La géographie sociale est une branche de la géographie qui étudie les rapports entre les espaces et les sociétés. L'accent est mis sur la dimension sociale des dynamiques spatiales afin de comprendre les interactions entre ces derniers à différentes échelles.

L'objectif est d'appréhender l'organisation des sociétés et d'apporter une prise de conscience aux problèmes sociaux. Elle est marquée par les engagements politiques et sociaux des chercheurs..

Épistémologie On considère aujourd’hui l’épistémologie comme « une étude critique des sciences ». L’épistémologie vise à élucider les systèmes de pensées qui fondent les démarches des sciences en général et de chaque discipline en particulier.

L’épistémologie de la géographie est une « réflexion explicite sur les conditions de production et sur les procédures de vérification et de légitimation du savoir géographique ». Cette réflexion épistémologique a tardé à venir en géographie et est la réponse à une crise disciplinaire.

Le contexte d'émergence de la géographie sociale On peut facilement attribuer la naissance de la géographie sociale au géographe libertaire Élisée Reclus à la fin du .

À la fin des années 1960, les géographes font le constat que la nouvelle géographie ne résout pas les problèmes de la société. L’approche quantitative ignore l'aspect humain et les enjeux sociaux dans ses démarches analytiques. On reproche à la Nouvelle Géographie son néopositivisme, sa prétendue objectivité et son incapacité à réfléchir aux problèmes sociaux.

Les géographes veulent alors fonder une géographie capable de penser les problèmes de la société et de construire des outils pour les résoudre. Ces géographies sont à la fois sociales et critiques. La géographie sociale considère que la société est productrice d’espace. On assiste ensuite, au début des années 1980, à un renouveau de la géographie sociale.

La différenciation de l’espace peut être lue à travers de multiples indicateurs sociaux (les professions, les revenus, les diplômes, le chômage, les comportements électoraux, la santé). C’est dans cet esprit qu’Armand Frémont, Robert Hérin, Jacques Chevalier et Jean Renard signent La Géographie sociale en 1984. Ils définissent l’inégalité sociale comme une inégalité spatiale.

Objets et enjeux de la géographie sociale La géographie sociale repose sur le principe que l'espace est avant tout une production des faits sociaux. Tel que le conçoivent Guy Di Méo et Pascal Buleon : «l’objet de la géographie sociale est l’étude des rapports existants entre rapports sociaux et rapports spatiaux».

L’objectif de la géographie sociale est de fonder une géographie de l’action, ouverte sur la société et sur les grandes questions sociales qui impliquent l’espace géographique.

Portée et limites Plusieurs géographes ont avancé l’idée d’une inutilité d’une géographie sociale se distinguant de la géographie tout court. C’est notamment le cas de Roger Brunet ou de Michel Lussault qui considèrent que le «spatial» rend déjà très bien compte du social, qu’il n’y a pas de spatial sans social.

Christine Chivallon souligne les divergences entre la géographie sociale et la géographie culturelle. La géographie sociale est une notion plus récente. Elle apparaît en 1982 pour la première fois avec la tenue à Lyon d'un colloque dont les actes ont été publiés sous la direction de D. Noin en 1983. La géographie culturelle est marquée par le nom de Paul Claval. Elle est officiellement fondée en 1992 avec la parution de la revue Géographie et Cultures.

La géographie sociale est marquée par des géographes de gauche et marxistes comme Pierre George ou Robert Hérin. L'espace est la traduction des rapports de production d'une société. La géographie doit avoir un regard critique et responsable vis-à-vis des inégalités sociales et elle doit traiter les différences et les disparités.

La géographie culturelle considère l'espace comme une traduction liée aux faits des systèmes de valeur, des idéologies et des langages symboliques. D'après P. Claval qui est attaché aux conceptions libérales « l'espace s'accorde avec la langue, la morale, la religion et les coutumes pour définir le groupe d'appartenance ».

Le renversement de l'ordre des facteurs En 1964 au congrès des géographes français à Lyon, Renée Rochefort développe l'idée du renversement de l’ordre des facteurs.. En tenant compte de l’évolution des approches de l’espace vécu, cette idée cherche à donner à la géographie sociale un nouveau fondement. Si Vidal de la Blache définissait l’étude géographique comme « la science des lieux et non celle des hommes » (1913), Renée Rochefort inscrit sa démarche dans l’étude dynamique des processus sociaux et prône « la société, ensuite l’espace ». Ce renversement consiste donc à mettre la société comme la clé principale des enjeux spatiaux alors que jusqu'ici l'espace était le concept central et premier aux dépens des faits sociaux dans une approche Vidalienne.

Guy Di Méo aussi prend acte du renversement de l’ordre des facteurs. Cependant, il ancre sa pensée dans la dialectique de l’espace réel et des sujets sociaux. Il définit en 2004 la géographie sociale comme une « nouvelle géographie cognitive, à la fois sociale et culturelle ». Cette appréhension novatrice procède de deux orientations complémentaires. La première est verticale, elle est un « décodage des rapports que les hommes socialisés nouent avec l’espace terrestre ». La seconde en est la conséquence et suit un axe horizontal, elle consiste dans « l’identification des formes et des organisations géographiques qui en découlent ».

Le lien entre le « spatial » et le « social »

Le rapport société-espace est un nœud fondamental dans le travail épistémologique de la géographie sociale. Ce nœud relève de la double contrainte qui caractérise la géographie depuis sa naissance, notamment dans sa revendication d’être incluse dans les sciences sociales. Il faut prendre en considération l'importance du milieu naturel sans être déterministe. Fabrice Ripoll et Vincent Veschambre parlent de cette contradiction en termes de « hantise » des géographes de perdre leur identité. Fait qui, encore selon leurs mots, a souvent poussé les géographes à « s’accrocher » à l’espace, compris comme espace autonomisé, extrait de la société, dans une « approche disjonctive ».

Veschambre, dans son article « Penser l’espace comme dimension de la société », retrace l’histoire de l’utilisation de la notion de « dimension spatiale ». Notion qui permettrait, selon l’auteur, de dépasser la contradiction implicite à discipline géographique et « d’éviter le piège de la réification de l’espace». L’emploi de cette notion a comporté un travail théorique important, entamé en France lors de la première conférence de géographie sociale qui a eu lieu à Lyon en 1982. Ce colloque, qui a le mérite d’affirmer cette branche de la discipline en France, est, d’un point de vue épistémologique, important pour la revendication de la primauté du social sur le spatial (Rochefort, 1982).

Ce tournant théorique contredit, ainsi, l’approche qui a longtemps dominé la géographie (en outre, sociale), en niant le statut autonome de l’espace. Ce statut s’exprimait, dans le champ spécifique de la géographie sociale, par un rapport symétrique entre espace et société (rapports sociaux/rapports spatiaux, effets de lieu/effets de classe, inégalités sociales/inégalités spatiales). Pourtant, la notion de « dimension spatiale » de la société ne s’est affirmée comme référence commune que dans les années 1990.

Au cours des années 1980, différents auteurs, comme Robert Hérin, revendiquent plutôt la notion de « rapports spatiaux » (Hérin, 1984). Cette prise de position doit être comprise dans son contexte idéologique, dans le but d’élargir les champs de sciences sociales à différents types de rapports à l’espace, tout en revendiquant la société comme objet premier de la géographie sociale (Veschambre, 2006).

Méthode de la géographie sociale La méthode en science humaine et sociale est une des composantes de la méthodologie, avec les techniques et les outils.. Elle est à la base de la démarche scientifique. Elle définit l’ensemble des procédés intellectuels grâce auxquels une discipline va pouvoir accéder à la vérité qu’elle vise et l’éprouver (Madeleine Grawitz, 1990Madeleine Grawitz, Méthodes des sciences sociales, Dalloz, Paris, édition, ). Elle est aussi une manière d’aborder un sujet. Elle désigne alors une posture prise vis-à-vis de l’objet étudié et détermine une certaine manière d’organiser et d’aborder la recherche. Il faut cependant faire une distinction entre technique et méthodeM. Grawitz, op. cit., . Le premier terme désigne des étapes précises de la recherche, des principes concrets et pratiques, le second subsume ces opérations par une démarche raisonnée. Les outils, quant à eux, constituent d’une part un intermédiaire entre le sujet et le milieu, et d’autre part un lien entre l’anticipation d’une action et sa réalisation (Dictionnaire des concepts fondamentaux des didactiques, 2007Yves Reuter (dir.), Dictionnaire des concepts fondamentaux des didactiques, De Boeck, Bruxelles, 2013 ( éd. actualisée), 280 p. ).

Il existe deux grands types de raisonnements utilisés par le chercheur. L’induction qui s’interroge sur des faits observables en émettant des hypothèses et la déduction qui part d’une hypothèse qu’elle confronte à la réalité. Toutes deux permettent d’énoncer des règles générales.

La géographie sociale a pour spécificité d’avoir plusieurs approches. Cette pluralité dans l’analyse sociale s’explique notamment par un « renversement de l'ordre des facteurs » (Renée Rochefort). Ce n’est plus l’espace qui est premier mais la société. Ce changement de paradigme a des conséquences directes sur la discipline, « l’objet de la géographie sociale est - avant - tout l’étude des rapports existants entre rapports sociaux et spatiaux » (Guy Di Méo, Introduction à la géographie sociale). Elle vise donc à produire une explication des phénomènes géographiques à caractère social.

Un des pionniers de la discipline est Élisée Reclus. Ce géographe libertaireÉlisée Reclus, géographe libertaire, Revue Hérodote, , 1981, texte intégral.Delphine Papin, Londres à la lumière d’un géographe libertaire, Revue Hérodote , 2/2005, texte intégral. du atypique – car resté à l’écart de l’école vidalienne – va poser les fondations de ce courant en s’intéressant à des thèmes encore inexplorés par la géographie. Il va notamment étudier les tensions créées par les systèmes de classes et de castes, expliciter le lien entre sociétés et milieux naturelsÉlisée Reclus, L’Homme et la Terre, 1905, mais aussi rompre avec le déterminisme ou le possibilisme en démontrant que l’homme par ses décisions individuelles est capable de progrès. Ce sont ses premiers questionnements qui vont structurer le champ de la géographie sociale et permettre une ouverture pluridisciplinaire. Elle va donc emprunter des procédés d’enquête à des disciplines telles que la sociologie qui permet une approche plus sensible tel que l'a fait Armand Frémont avec sa théorie de « l'espace vécu » - l’analyse de données statistiques, mais va aussi se baser sur des données plus subjectives, telles les cartes mentales, dispositif apparenté à l’anthropologie. On retrouve cette méthodologie dite « mixte » dans l’ouvrage d’Isabelle Danic, Olivier David et Sandrine Depeau, Enfants et jeunes dans les espaces du quotidien, dans une étude de terrain visant à définir la visibilité des jeunes dans la ville selon leurs âges.

Géographie des âges