La Nueve (chiffre « neuf » en espagnol) est, pendant la Seconde Guerre mondiale, le nom en espagnol de la du régiment de marche du Tchad, qui faisait lui-même partie de la blindée du général Leclerc. Cette compagnie enrôlait dont Francis Lapeyre, Evelyn Mesquida présente son livre à la librairie espagnole de Paris, 10 décembre 2008, voir en ligne., mais aussi des soldats français, le tout sous commandement français. Tous avaient combattu lors de la libération de l'Afrique du nord, puis participèrent à la libération de la France..
Son fait d'armes le plus connu est la participation à la libération de Paris, puisque les hommes de la Nueve firent partie des tous premiers à entrer dans la capitale française, au soir du . avec des semi-chenillés portant les noms de batailles de la guerre d'Espagne, « Teruel », « Guadalajara », ou encore « Belchite », accompagnées de du , Montmirail, Champaubert et Romilly, et d'éléments du génie..
Les Républicains espagnols de la Nueve étaient 146 quand ils débarquèrent en Normandie ; ils ne sont que 16 à leur arrivée en à Berchtesgaden, déplorant .
Histoire
Origines et formation de la
Après la bataille de France, l'Allemagne impose l'armistice du à la France. Les territoires de l'Afrique du Nord française se rallient au gouvernement de Vichy. Celui-ci se méfie des réfugiés espagnols, républicains qui ont fui l'Espagne franquiste après . Ces réfugiés sont poussés à choisir entre le travail forcé en France métropolitaine, l'enrôlement dans la Légion étrangère ou le rapatriement en Espagne. La plupart des vétérans de la guerre civile espagnole choisissent d'être intégrés à l'armée française. Après le débarquement allié du en Afrique du Nord, les autorités françaises créent le Corps franc d'Afrique, un corps régulier pour les combattants non-français, comme le capitaine Buiza, ancien commandant en chef de la marine républicaine. Il est en grande partie composé d'Espagnols. Ils participent aux combats à partir de contre l'Afrika Korps en Tunisie. Les combats se poursuivent durant la première moitié de l'année , jusqu'à la conquête du port de Bizerte, qui marque la fin des combats en Afrique du nord.
vignette|redresse|Drapeau tricolore de la Seconde République espagnole. vignette|redresse|Amado Granell en .
Le choix fut posé aux Espagnols d'intégrer la division Leclerc ou les forces du général Giraud, qui venait de se rallier aux forces françaises libres. La division Leclerc avait été constituée à partir de sous le nom de française libre, puis en août après la fusion des FFL et de l'Armée d'Afrique, sous son nom définitif de blindée, sous le commandement du général Leclerc, en Libye. La plupart des Espagnols rejoignirent les unités de Leclerc. Elle comptait , dont au début de l'année . Ils étaient particulièrement nombreux dans la , du , ce qui lui valut le nom de la Nueve ou la Española. Elle fut placée sous le commandement du français Raymond DronneDétail des hommes de la Nueve, selon son capitaine Raymond Dronne et de l'espagnol Amado Granell. La plupart des hommes étaient des socialistes, des communistes, des anarchistes ou des non-encartés hostiles à Franco, d'autres des déserteurs des camps de concentration réservés aux réfugiés espagnols en Algérie ou au Maroc. Ils étaient bien des soldats de l'armée française, en aucun cas une armée autonome, bien qu'il leur fût permis d'arborer le drapeau tricolore républicain sur leurs uniformes. La compagnie étant presque entièrement espagnole, la langue utilisée et l’encadrement (sous-officiers, officiers) étaient également espagnols.
En , la compagnie, avec l'ensemble de la division, est transférée à Rabat, au Maroc, où la division reçoit un équipement américain : 160 chars de combat M4 Sherman, 280 blindés half-track M3 et M-8 Greyhound, camions Dodge, GMC, Brockway, Diamond et nombreuses jeeps. Les Espagnols donnent à leurs véhicules des noms originaux, rappelant pour la plupart des événements de la guerre d'Espagne. La jeep de l'unité de contrôle est baptisée « Mort aux cons » et le halftrack « Les Cosaques ». La de combat baptise ses véhicules « Don Quichotte », « Cap Serrat », « Les Pingouins » d'après le surnom « Espingouins » donné par les soldats français aux Espagnols (le nom de « Buenaventura Durruti », proposé par des anarchistes, est refusé par les supérieurs français), « Madrid » et Guernica. La de combat donne à ses halftracks les noms de « Résistance », « Teruel », « España Cañi » (puis « Libération »), « Nous Voilà » et « Ebro ». La de combat baptise les siens « Tunisie », « Brunete », « Amiral Buiza », « Guadalajara », « El Canguro » et « Santander » ; les noms de « Catapulte », « Belchite », Rescousse pour le halftrack de dépannage sont aussi utilisés. Les équipages d'origine espagnole furent également autorisés à peindre le drapeau de la Seconde République espagnole sur leurs véhicules blindés, en remplacement par défaut de celui, refusé, de la CNT, syndicat anarchiste (allié aux républicains).
Opérations : de la Normandie à Berchtesgaden vignette|Entrée d'un véhicule de la Nueve lors de la Libération de Paris. La division Leclerc est transférée du Maroc en Grande-Bretagne et ne débarque en Normandie qu'au début d'. La débarque sur la plage d'Utah Beach, dans la nuit du au . La est alors intégrée à la américaine, dirigée par le général George Patton. La Nueve est engagée dans des combats contre des unités allemandes aux alentours de Château-Gontier et Alençon. Du au , la compagnie combat en avant-garde de la division à Écouché. Elle fait prisonniers allemands. Le , les divisions Waffen-SS Adolf Hitler et Das Reich, les et Panzer et la parachutiste attaquent la : les combats durent jusqu'à l'arrivée de la britannique en renfort. Le caractère des anarchistes combattant dans l’unité se révèle lors de cette bataille : une unité de mortiers fait ainsi un coup de main en arrière des lignes allemandes le , faisant et s'emparant en outre de , et libérant .
Libération de Paris La ville de Paris se soulève contre l'occupation allemande, le . Charles de Gaulle insiste auprès du commandement suprême des forces alliées pour que les troupes françaises libres soutiennent cette insurrection. De Gaulle soutient Leclerc, qui veut tirer parti de l'insurrection de la Résistance française pour libérer rapidement Paris. Le , la compagnie se met en route avec toute la division, en direction de Paris. Le , vers , la , la Nueve, accompagnée d'un peloton de chars du , entre dans Paris par la porte d'Italie. C'est la section du lieutenant Amado Granell qui parvient la première à l'Hôtel de ville, à . Parmi les unités arrivées place de l'Hôtel-de-Ville, le halftrack « Ebro » tire les premiers coups de feu contre un ensemble de mitrailleuses allemandes. Le lieutenant Amado Granell, ex-officier supérieur de l'Armée républicaine, est le premier officier « français » reçu par le Conseil national de la Résistance. En attendant la capitulation du général allemand von Choltitz, gouverneur de Paris, la Nueve est envoyée pour occuper la Chambre des députés, l'hôtel Majestic (siège du Haut commandement militaire allemand en FranceJean-Paul Cointet, « Gaël Eismann, Hôtel Majestic. Ordre et sécurité en France occupée (1940-1944) », http://www.histoire-politique.fr, 25 janvier 2012.) et la place de la Concorde. Dans l'après-midi du , à , la garnison allemande se rend, tandis que le général von Choltitz est fait prisonnier par trois Espagnols, dont le lieutenant Amado Granell, officier adjoint de la Nueve, et un civil vivant à Paris, avant d'être remis à un officier français.
Le lendemain, les troupes alliées entrent dans Paris en triomphe. Les Espagnols participent au défilé de la victoire et forment l’escorte du général de Gaulle sur les Champs-Elysées. Ils défilent en portant les couleurs de la Seconde République espagnole, et pendant quelques minutes, une bannière géante aux mêmes couleurs ouvre le défilé. Les protestations ultérieures du régime de Franco sont ignorées par le gouvernement français. La est cantonnée au bois de Boulogne du au , avant de repartir combattre.
La fin de la guerre Le , la compagnie se fait remarquer à Andelot, où allemands sont faits prisonniers. Le , les hommes de la Nueve traversent la Moselle au niveau de Châtel-sur-Moselle et établissent une tête de pont face aux lignes allemandes. Le général de Gaulle reconnaît la valeur de l'unité, et le , il remet personnellement des décorations aux soldats dans la ville de Nancy. Le capitaine, Raymond Dronne, le sous-lieutenant canarien Miguel Campos, le sergent catalan Fermín Pujol et le caporal galicien Cariño López reçoivent la Médaille militaire et la Croix de guerre 1939-1945. Les combats en Alsace commencent en « Le Régiment de Marche du Tchad prend garnison à Colmar », FNCV Infos et Actualités des Combattants Volontaires, 6 septembre 2010.. Le , la Nueve entre dans Strasbourg, dernière grande ville française occupée. Le , le capitaine Dronne leur rend hommage dans une lettre :
La est relevée fin pour cinquante jours de repos, dans la région de Châteauroux. Fin , elle reprend les combats jusqu'à la prise, le , du « Nid d'Aigle » (le Berghof), à Berchtesgaden. À ce moment, les pertes de la s'élevaient à et . Il ne restait plus que actifs dans la Nueve, beaucoup ayant été affectés à d'autres unités de l'armée française. À la fin de la guerre, quelques-uns suivirent Leclerc en Indochine, certains partirent avec des véhicules blindés en direction de l'Espagne franquiste, tandis que d'autres retournaient à la vie civile en acceptant la nationalité française qui leur était proposée pour avoir combattu au sein des troupes françaisesOrdonnance n° 45-2441 du 19 octobre 1945 portant Code de la nationalité française, article 64, 8°. (voir Légifrance) et https://www.senat.fr/leg/ppl97-113.html.
Plus de cinquante membres de la compagnie reçurent la Croix de guerre.
Histoire récente
Le , la Ville de Paris dévoile officiellement la plaque commémorative en hommage au combattant de la Nueve Manuel Lozano (de son vrai nom Manuel Pinto Queiroz Ruiz), le jour de la proclamation de la République et de l'anniversaire de la naissance de ce militant de la CNT. La cérémonie a lieu dans le au 43 rue des Bois. Le 33, rue des Vignoles, siège parisien de la CNT et lieu symbolique de mémoire des combattants de la Nueve, fait désormais partie du patrimoine sauvegardé de la capitale.
En 2017, une place est inaugurée à Madrid en l'honneur des soldats de la Nueve.
Le , la ville de Choisy-le-Roi dévoile une plaque commémorative en mémoire de Martin Bernal Lavilla et José Cortes au 38 rue Émile-Zola. Le samedi , une fresque est réalisée sur un mur du . et le soir, Anne Hidalgo commémore le rôle de La Nueve dans les jardins de l'Hôtel de ville..
Le , Rafael Gómez Nieto, dernier membre vivant du régiment, meurt à Strasbourg du Covid-19.
Après sa dissolution en , la du régiment de marche du Tchad a été recréée en 2011, lors du déménagement du régiment de Noyon à Meyenheim, et constitue désormais la compagnie de réserve du régiment. du régiment font vivre les traditions de cette compagnie mythique.
Postérité et hommages officiels Des historiens spécialisés ont reconnu les mérites de la espagnole, mais une grande partie de l'historiographie française a pratiquement ignoré sa grande importance dans l'épisode concret de la Libération de Paris (le considérant comme un événement exclusivement français). Les historiens espagnols n’ont étudié la de manière approfondie qu’après la chute du régime franquiste, lorsque cette unité a été reconnue pour son talent et sa valeur..
Ce n'est qu'en que la ville de Paris rend un hommage approprié aux Espagnols de la division Leclerc qui ont tant contribué à sa libération soixante ans plus tôt. Actuellement, la Nueve est largement reconnue en France, notamment à Paris.
Voie de la Libération