Le mouvement de résistance en Roumanie pendant la Seconde Guerre mondiale se manifeste de cinq manières.

Dans les territoires que le roi , menacé par l’ambassadeur allemand , avait dû céder aux Soviétiques selon le Pacte germano-soviétique et aux Hongrois selon le deuxième arbitrage de Vienne, des groupes de maquisards se forment à partir de l’été 1940, à mesure que la répression des nouveaux maîtres de ces territoires se met en place.

Après le coup d’État de qui met au pouvoir l'« État national-légionnaire » dirigé par la Garde de fer et le maréchal Antonescu (auto-proclamé le « Pétain roumain »), la Wehrmacht est « invitée » à occuper ce qui restait de la Roumanie en et de nouveaux groupes de maquisards se forment à mesure que les réquisitions se multiplient.

Après la rupture du Pacte germano-soviétique en 1941, deux divisions roumaines, « Tudor Vladimirescu » et se constituent du côté allié, en URSS, sous l'égide du Komintern puis du Parti communiste roumain.

Après la défaite de Stalingrad en 1943, le roi et les politiciens roumains tentent aussi de sortir de la sphère d’influence allemande, et finissent le par renverser Antonescu et par intégrer la Roumanie parmi les Alliés.

Après la mise en place de la Shoah du régime Antonescu, des mouvements humanitaires parmi lesquels la Croix-Rouge joua le rôle principal, mirent en place des filières d’aide (essentiellement alimentaire et médicale) aux persécutés (notamment aux déportés en Transnistrie) et d’exfiltration par la Bulgarie (dans l’Axe mais pas belligérante contre les Alliés) et par la Turquie (neutre) vers la Palestine mandataire (à charge pour eux de se procurer les visas britanniques, accordés difficilement et au compte-gouttes).

Histoire 250 px|thumb|Militaires roumains et soviétiques discutant près de Stalingrad fin 1942 : les seconds sont, en théorie, prisonniers des premiers… mais pour peu de temps. 250 px|thumb|Les forces soviétiques accueillies en alliées par les militaires roumains en 1944.

Maquis Le sentiment anti-allemand était resté très vif en Roumanie, tant chez les civils que les militaires, à la suite de la dureté de l’occupation allemande pendant la Première Guerre mondiale, et au fait que depuis son arrivée en Roumanie en , la Wehrmacht s’y comportait en pays conquis, multipliant les réquisitions, bien que le régime d'Antonescu fût l’allié du Troisième Reich. Les maquis sont alimentés par des ruraux affamés par ces réquisitions et fuyant la conscription, par des citadins antifascistes, des juifs fuyant les pogroms de la Garde de fer puis les travaux forcés et la déportation en Transnistrie (partie de l’Ukraine occupée par la Roumanie), des déserteurs. Des militaires antifascistes leur procurent secrètement armes et munitions A. Duţu, F. Dobre, L. Loghin, Armata română în al doilea război mondial (1941-1945) (« L'Armée roumaine dans la Seconde Guerre mondiale ») - Dicţionar enciclopedic, éd. enciclopedică, Bucarest 1999.. Comme en France, l’attaque contre l’URSS fait sortir les communistes de l’expectative : ils rejoignent l’opposition au fascismeGrigore Gafencu, Préliminaires de la guerre à l’est : de l’accord de Moscou (21 août 1939) aux hostilités de Russie (22 juin 1941). Egloff, Fribourg/Suisse, 1944..

Divisions roumaines alliées

Les divisions « Vladimirescu » et « Horia-Cloșca-Crișan » combattirent en URSS contre les Allemands. Elles grossirent pendant la campagne de l’armée roumaine contre l’URSS () d’un grand nombre de déserteurs et de prisonniers roumains faits par l’Armée rouge. La division « Vladimirescu » a été commandée par les généraux Nicolae Cambrea et Iacob Teclu. La division « Horia-Cloșca-Crișan » a été commandée par le général Mihail Lascăr, qui s’était rendu et joint aux soviétiques à Stalingrad. Après avoir reculé vers l’Est devant les forces de l’Axe jusque dans le Caucase, elles ont avancé vers l’Ouest jusqu’à la fin de la guerre, atteignant Bratislava en Slovaquie le et Humpolec en Bohême le Ștefan Pascu (dir.): Atlas pour l'Histoire de la Roumanie, Ed. didactique et pédagogique, Bucarest 1983, ..

La division « Vladimirescu » ( à sa constitution, à la fin de la guerre, surtout des ruraux) fut placée en face de divisions allemandes ou hongroises et utilisée au combat direct. La division « Horia-Cloșca-Crișan » ( à la fin de la guerre, surtout des citadins) fut plutôt utilisée face aux unités de l’armée roumaine sous les ordres du régime Antonescu, en infiltration et propagande pour tenter (et souvent réussir, surtout pendant et après Stalingrad) de rallier les soldats à la cause Alliée. Quant aux prisonniers roumains faits par les Soviétiques, le choix entre la captivité en Sibérie et l’engagement dans les divisions « Vladimirescu » ou « Horia-Cloșca-Crișan » a déterminé un bon nombre d’entre eux à choisir la seconde option, même s’ils n’avaient pas de convictions politiques arrêtées. Au sein de ces divisions, il leur était donné une éducation politique de gauche sous les auspices des commissaires politiques membres du PCR : le colonel Mircea Haupt (frère de l’historien communiste devenu français, Georges Haupt) pour la division « Vladimirescu » et le colonel Walter Roman (ancien des brigades internationales en Espagne et père du premier ministre roumain Petre Roman) pour la division « Horia-Cloșca-Crișan ». Après la guerre, le , de ces deux divisions reçurent l’ordre soviétique de la VictoireArticles du journal Ziua (« Le Jour ») du vendredi 8 septembre 2006, du Jurnalul Național du mardi 5 décembre 2006, et du Ziarul Financiar du 23 juin 2006 sur .

Résistance civile Contrairement à une idée répandue après-guerre, la société roumaine dans son ensemble ne partage pas les vues de l'extrême-droite (avant 1940 la gendarmerie avait reçu l'ordre de tirer sur tout rassemblement « légionnaire » refusant de se disperser). La résistance civile fut le fait de citoyens anonymes, de personnalités comme le poète Tudor Arghezi, la chanteuse de renom Maria Tănase, l'infirmière Viorica Agarici, le pharmacien Beceanu de Jassy ou Traian Popovici, maire de Czernowitz/Cernăuţi (des justes), mais surtout d'organismes humanitaires ou humanistes comme la Croix-Rouge roumaine qui apportèrent leur soutien aux maquis et aux proscrits ou persécutés du régime fasciste International Commission on the Holocaust in Romania (Commission Wiesel), Final Report of the International Commission on the Holocaust in Romania , Yad Vashem (The Holocaust Martyrs’ and Heroes’ Remembrance Authority), 2004.

On y compte les humanistes du Service maritime roumain qui firent tourner tout au long de la guerre les paquebots Transilvania, Medeea, Impăratul Traian et Dacia, ainsi qu’une douzaine de navires plus petits entre Constanța et Istanbul au service de l’organisation « Aliya » dirigée par Samuel Leibovici et Eugen Maissner, sauvant plus de . Quelques centaines périrent à cause des torpilles soviétiques ou du refus des autorités turques de les laisser débarquer (tragédies du Struma ou du Mefküre). « Aliya » affrétait aussi des trains qui, à travers la Bulgarie (qui était dans l’Axe, mais sans être en guerre contre les Alliés), amenèrent des dizaines de milliers de juifs roumains en Turquie (neutre). De tels épisodes sont évoqués dans le film Train de vie de Radu Mihaileanu Le Struma sur le site du Yad Vashem..

La Croix-Rouge fit parvenir des vivres et des médicaments aux déportés de Transnistrie et convainquit des officiers de ne pas exécuter leurs ordres, permettant ainsi la survie de familles comme celles de Wilhelm Filderman ou de Norman Manea : de à , en cour martiale sont prononcées pour de tels faits A. Duţu, F. Dobre, L. Loghin, Op. cit., Bucarest 1999. De son côté, l’as de l’aviation Constantin « Bâzu » Cantacuzino organise un réseau pour prendre en charge les aviateurs américains abattus en Roumanie et les faire passer en TurquieBernád Dénes, Rumanian Aces of World War 2, 2003, Osprey Publishing, Oxford, et Victor Niţu, Vasile Tudor, La Guerre aérienne en Roumanie, 1941-1944, Piteşti, éd. Tiparg, 2006, sur "Constantin "Bâzu" Cantacuzino - The prince of aces". Il bénéficie de la discrète protection du roi et du gouverneur militaire de Bucarest, Constantin Sănătescu, qui fournissent par ailleurs des moyens de communication et une garde à la mission clandestine inter-Alliée (mission « Autonomous » du SOE).William Totok, Elena-Irina Macovei, « De la S.D. la Securitate, biografia secretă a lui Fritz Cloos », in: Caietele CNSAS N° 14, 2/2014, pp. 201–219, ..

Résistance politique

Des personnalités politiques formèrent, sans qu’Antonescu réagisse autrement que par des assignations à domicile, des groupes oppositionnels qui protestèrent publiquement contre la politique du régime : exaspéré par la « trahison passive » du dictateur roumain, qui « assure le Führer de sa fidélité tout en tolérant des agissements anti-allemands », Joseph Goebbels rapporte dans son journal personnel : .

L’été 1943, l’ensemble de ces groupes politiques, communistes inclus, s’unirent en un Conseil national de la Résistance, secrètement présidé par le jeune roi et par les leaders des anciens partis démocratiques. Ce conseil tente de négocier en Suède (par l’ambassadeur Frederic Nanu et par son agent Neagu Djuvara) et en Turquie (par le prince Barbu Știrbei - descendant de son homonyme) un changement d’alliance au profit des Alliés occidentaux, et demande un débarquement anglo-américain dans les BalkansCes négociations n’avaient guère de chance d’aboutir, car l’échec britannique dans la campagne du Dodécanèse, favorisé par l’opposition américaine à ce projet, contraignit Churchill, aux conférences interalliées de Téhéran et de Moscou, de renoncer aux Balkans pour pouvoir garder au moins la Grèce dans la zone d’influence britannique (au prix d’une guerre civile) ; lire entre autres Un jour pour se retourner dans Le Monde du 25 août 1984 sur et Nicolette Frank, La Roumanie dans l’engrenage. Pour négocier directement sur place avec ce Conseil national de la Résistance, une mission clandestine inter-Alliée nommée Autonomous du SOE fut parachutée à Bucarest où le général Constantin Sănătescu lui fournit un appartement discret et des moyens de communication.

Résultats Les deux divisions « Tudor Vladimirescu » et « Horia-Cloșca-Crișan » sont rejointes par l’armée roumaine lorsque le le dictateur Antonescu est arrêté et destitué par le roi : sans attendre la réponse soviétique à sa demande d’armistice, la Roumanie déclare la guerre à l’Axe et engage les roumains contre l’Allemagne nazieLe Figaro du vendredi 25 août 1944, article La Roumanie se range aux côtés des Alliés, et 2 ; cet article contient une info erronée : il affirme qu’Antonescu se serait enfui en Allemagne.. Le front se déplace alors de vers l’Ouest et le sud en moins d’une semaine et selon des estimations de Winston Churchill, l’entrée en guerre de la Roumanie aux côtés des Alliés a permis d’éviter la mort de centaines de milliers de soldats russes et a accéléré la fin de la Seconde Guerre mondiale de six moisWinston Churchill, The Second World War, Bantam Books, N.Y. 1977 ; Documents on German foreign policy 1938-1945, Her Majesty’s stationary office, Londres 1956; Nicolette Frank, La Roumanie dans l’engrenage, Elsevier-Sequoia, Paris 1977. Une fois déclarée la guerre contre l’Axe, les forces roumaines, grossies des engagés venus des maquis et mises sous commandement soviétique, lancent leurs offensives en Hongrie et progressent jusqu’en Slovaquie.