Boccace, de son nom complet en français Jean Boccace (en italien : Giovanni Boccaccio), né en 1313 à Certaldo, dans la république de Florence (actuelle ToscaneCf. le travail collectif de Marthe Dozon, Catherine Grimbard, Marc Scialmon, et sous la direction de Christian Bec, professeur à l'université de Paris-Sorbonne, notes du texte intégral paru dans la Bibliothèque classique (Livre de poche, 1994).) où il est mort le , est un écrivain florentin du , qui a connu une célébrité précoce grâce à son recueil de nouvelles en toscan, le Décaméron.

Écrivant en prose, il est considéré comme un des créateurs de la littérature italienne, aux côtés de Dante, lui aussi florentin.

Biographie Origines familiales Boccace est le fils naturel de Boccaccino di Chelino, un homme d’affaires important de Florence, originaire de Certaldo dont on sait qu'il fit plusieurs séjours à Paris..

Lié à la compagnie des Bardi, particulièrement puissante à Naples, Boccaccino di Chelino y est envoyé en 1327 comme représentant et conseiller du roi Robert Ier de Naples (1277-1343) qui lui donne un titre honorifique de chambellan.

Séjour à Naples (1327-1340) Boccace accompagne son père à Naples en vue de faire des études de droit canonique.

Le droit et le commerce l'intéressant peu, il s'intègre à la cour du roi où il a l'occasion de se lier avec des membres de la maison d'Anjou-Sicile.

Il approfondit ses connaissances littéraires, lisant les classiques latins, la littérature chevaleresque française, Dante et Pétrarque. Il rédige ses premiers textes d'inspiration courtoise, en prose, comme le Filocolo, ou en vers, comme le Teseida. Il compose un poème épique sur la guerre de Troie, le Filostrato.

C'est à Naples qu'il vit sa première passion amoureuse pour une dame qu'il surnomme Fiammetta.

Retour à Florence (1340-1362) À la fin de l'année 1340, la famille de Boccace rentre à Florence dans un contexte économique difficile qui mènera notamment à la faillite des Bardi en 1345.

Cependant, il rencontre Pétrarque avec qui il se lie d'amitié.

Selon Pierre-Louis Ginguené : .

Il continue cependant d'écrire : la Commedia delle Ninfe, qui relate les amours d'une nymphe et de son berger, l'Amorosa visione, le Ninfale d'Ameto et le Ninfale fiesolano, plus allégoriques, l'Elégie de dame Fiammetta qui est le récit de style autobiographique d'une jeune Napolitaine trahie par son amant.

En 1348, Boccace assiste aux ravages que la peste noire provoque dans toute l'Europe. C'est peut-être cette pandémie qui le décide à rédiger son chef-d'œuvre : le Décaméron. L'œuvre est un succès et se propage largement après 1353. Elle lui vaut la reconnaissance de ses pairs et lui offre de nouvelles missions d'ambassadeur du gouvernement communal de Florence.

Retraite à Certaldo (1362-1375) En 1361 ou 1362, fatigué par la vie citadine et les troubles politiques à Florence, Boccace vit une profonde crise religieuse et se retire en solitaire dans le domaine que son père possède à Certaldo. Il envisage de détruire tous ses manuscrits, mais .

Entre 1365 et 1366, Boccace rédige le Corbaccio, œuvre qui reprend la tradition de la satire misogyne de façon moraliste. C'est son dernier ouvrage en toscan.

Encouragé par Pétrarque, avec lequel il entretient une correspondance suivie, il revient au latin pour des traités, des biographies, des églogues et des épîtres. Il consacre à Dante le Trattatello in laude di Dante et des Esposizioni sopra la Commedia di Dante.

Retiré à Certaldo, il vit la fin de sa vie . En 1373-1374, il est cependant invité par la ville de Florence à faire la lecture publique de la Divine Comédie de Dante dans l'église Santo Stefano di Badia.

Mort et funérailles Mais sa mauvaise santé le contraint à arrêter cette activité et il meurt à Certaldo le 21 décembre1375, un an après la disparition de Pétrarque.

Mémoire Si Dante est considéré comme le fondateur de la poésie italienne, Boccace est généralement admis comme le créateur de la prose italienne.

Une stèle en marbre, qui le représente sur l'allée centrale de l'église de Certaldo Alto, lui rend hommage .

En 2011, le nom de Boccace, précurseur du genre littéraire de la nouvelle, a été donné à un prix littéraire français, le prix Boccace, qui récompense un recueil de nouvelles publié en langue française au cours de l'année écoulée..

Œuvres En italien Œuvres de jeunesse La caccia di Diana

Écrit à Naples vers 1334, La caccia di Diana est un bref poème érotique composé de dix-huit chants formés en tercets. La trame peut se résumer ainsi : tandis que le poète est submergé par ses peines amoureuses, un esprit envoyé par la déesse Diane convoque certaines femmes de Naples, les plus belles, à la Cour «dell'alta idea», les appelant par leur nom, prénom et même leur nom hypocoristique. Guidées par l’inconnue aimée du poète, les dames arrivent dans une vallée et se baignent dans la rivière. Ensuite, Diane forme quatre groupes et la chasse commence. Les proies réunies sur un pré, la déesse invite les dames à faire un sacrifice à Jupiter et à se dédier au culte de la chasteté. L’aimée de Boccace se rebelle et, au nom de toutes, déclare que son inclination est bien différente. Diane disparaît dans les cieux, la donna gentile (l’aimée du poète) déclame une prière à Vénus. Celle-ci apparaît et transforme les animaux capturés — dont le poète sous forme de cerf — en de fascinants jeunes hommes. Le poème se termine en exaltant l’image du pouvoir rédempteur de l’amour (leitmotiv dans l’œuvre de Boccace).

Ce poème constitue une louange de la beauté des femmes de la ville, ce qui le rapproche de la Vita nuova de Dante. Cependant, il comporte de claires influences de la poésie alexandrine et le thème abordé reprend les topiques des joyeuses galanteries des littératures courtoises françaises et provençales.

Filocolo Filocolo est un roman en prose, long et embrouillé, qui raconte la légende de Floire et Blancheflor, de tradition française et très diffusée en diverses versions au Moyen Âge. Il est très possible que Boccace se soit inspiré de l’œuvre toscane Il Cantare di Fiorio e Biancofiore, celle-ci étant basée sur un poème français du .

L’œuvre a probablement été composée entre 1336 et 1338, à la demande de Fiammetta, comme l’affirme Boccace dans le prologue. Le titre, inventé par l’auteur, signifie quelque chose comme « fatigue d’amour », en mauvais grec.

L’histoire se forme autour des malheurs de deux jeunes amoureux. Fiorio, fils du roi Félix d’Espagne, et Biancofiore, orpheline accueillie à la cour par piété, qui est en réalité la fille d’une famille de nobles romains, décédés lors de leur pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle. Les deux jeunes gens ont été élevés ensemble et sont tombés amoureux à l’adolescence. Le roi, pour empêcher leur union, vend Biancofiore comme esclave à des marchands qui la cèdent à l’amiral d’Alexandrie. Florio, désespéré, prend le nom de Filocolo et part à la recherche de son aimée ; lorsqu’il la retrouve, son identité est découverte et il est réduit en captivité. L’amiral condamne les deux jeunes gens à mort. Juste avant leur exécution cependant, l’amiral reconnaît son neveu en Florio et découvre l’origine noble de Biancofiore. Les deux amants peuvent alors retourner en Italie et s’unir.

Dans le prologue de l’œuvre, après une description des origines du royaume de Naples utilisant de nombreuses allusions mythologiques, Boccace relate sa rencontre avec Fiammetta et comment est né son amour pour elle, l’apercevant un Samedi Saint dans l’église d’un couvent. C’est elle qui lui a demandé d’écrire un poème en « vulgaire », c'est-à-dire un roman. On peut classifier le Filocolo dans le genre littéraire du roman byzantin.

Filostrato Filostrato est un poème narratif formé autour de la thématique classique. Il est divisé en huit chants écrits en ottava rima. Le titre, formé par un mot grec et un mot latin, peut se traduire approximativement par « Abattu par l’amour ».

La thématique du poème est tirée de la mythologie grecque : Boccace raconte l’amour de Troïlos, fils de Priam, envers Cressida, fille de Calchas, le devin grec aide d’Agamemnon. Troïlos gagne l’amour de Cressida avec l’aide de son ami Pandare. Cependant, lors d’un échange de prisonniers, Cressida est envoyée dans le campement grec. Là, le héros grec Diomède tombe amoureux d’elle et la jeune femme s'éprend également de lui. Troïlos se rend compte de la trahison de son aimée lorsque le troyen Déiphobe lui amène un vêtement de Diomède pris lors d’une bataille, orné d’une broche appartenant à Cressida. Furieux, Troïlos se lance dans la bataille afin d’affronter son rival ; il inflige des pertes aux troupes grecques, mais est abattu par Achille avant qu’il n'ait pu trouver Diomède.

L’histoire n’est pas directement inspirée du mythe, mais du Roman de Troie, élaboration médiévale française de la légende troyenne écrite par Benoît de Sainte-Maure () dont Boccace a lu la version italienne de Guido delle Colonne. Le poème de Boccace a ensuite trouvé écho dans Troïlus et Criseyde de Geoffrey Chaucer.

L’histoire de Filostrato peut se lire comme la transcription littéraire de ses amours avec Fiammetta. L’ambiance du poème rappelle la cour de Naples, et la psychologie des personnages est décrite par de subtiles notes. Il n’existe pas d’accord sur la date de la composition : certains pensent que le texte a été écrit en 1335, d’autres considèrent qu’il date de 1340.

Teseida Selon certains auteurs, la Teseida (de son nom complet Teseida delle nozze di Emilia – « Teseida des noces d’Emilia ») est le premier poème épique composé en italien. Tout comme dans Filostrato, la rime utilisée est la « ottava rima ». Boccace raconte les guerres que le héros grec Thésée mena contre les Amazones et contre la cité de Thèbes. Le poème est divisé en douze chants, imitant l’Énéide de Virgile et la Thébaïde de Stace.

L’épopée constitue le sujet principal mais Boccace ne délaisse pas complètement le thème amoureux. La Teseida fait le récit de l’affrontement entre deux jeunes habitants de Thèbes, Palemon et Arcita, afin de conquérir l’amour d’Emilia, sœur de Hippolyte (la reine des Amazones). L’œuvre contient une longue et alambiquée lettre à Fiammetta, ainsi que douze sonnets qui résument les douze chants du poème.

Comedia delle ninfe fiorentine

La Comedia delle ninfe fiorentine (Comédie des nymphes florentines), également connue sous le nom de Ninfale d'Ameto ou simplement Ameto, d’après le nom du personnage principal, fut probablement composée entre 1341 et 1342. Il s’agit d’une fable idyllique allégorique, écrite en prose, alternant des fragments en tercets enchaînés. Cette forme n’est pas nouvelle, on la retrouve dans de nombreuses œuvres médiévales, comme la Vita nuova de Dante ou De nuptiis Philologiae et Mercurii (Noces de Mercure et la Philologie), de Martianus Capella. Encore une fois, le thème de Boccace réside dans le pouvoir rédempteur de l’amour qui permet à l’humain de passer de l’ignorance à la connaissance et à la compréhension du mystère divin.

L’œuvre commence avec le berger Ameto qui erre dans les bois d’Etrurie où il aperçoit un groupe de magnifiques nymphes se baignant au son du chant de Lia. Ameto, fasciné par le chant de la nymphe, s’éprend d'elle et se dévoile aux nymphes. Le jour consacré à Vénus, sept nymphes se réunissent autour de Ameto et lui content leurs histoires amoureuses. Après avoir écouté leurs récits, Ameto, sur ordre de la déesse, prend un bain purificateur lui permettant de comprendre la signification allégorique des nymphes (qui représentent les vertus théologales et cardinales), celle de sa rencontre avec Lia (qui implique sa propre transformation de l’état animal à humain, ouvrant la possibilité de connaître Dieu).

Thème et ambiance sont cependant très différents ; la structure de cette œuvre annonce déjà celle de son œuvre principale le Décaméron.

Amorosa visione