Les lois de succession à la couronne de Grèce sont un ensemble de règles définies par des traités internationaux puis par les constitutions helléniques tout au long du . Ces lois définissent, à l'époque monarchique, les conditions à respecter pour pouvoir succéder aux deux souverains élus à la tête de la Grèce en 1832 et en 1863, à savoir Othon et Georges .
Ces règles mettent progressivement en place une monarchie héréditaire où les descendants mâles des souverains ont la préséance sur les femmes et où les aînés ont priorité sur les cadets (1832-1833). Dans un premier temps, les lois de succession établissent ainsi que les princesses grecques ne peuvent accéder à la couronne qu'en cas d'extinction totale des membres masculins de la dynastie au pouvoir. Après 1952 toutefois, la succession quasi salique est réinterprétée dans un sens moins restrictif, ce qui donne la possibilité aux filles du monarque de monter sur le trône si elles n'ont pas de frère. À partir de 1844, les différents textes faisant référence à la succession royale établissent, par ailleurs, que le souverain grec et ses descendants doivent impérativement professer la religion orthodoxe.
La Grèce ne connaît pas le mariage morganatique et les membres de la dynastie au pouvoir ne sont pas tenus d'épouser des personnes de rang similaire au leur, l'autorisation du monarque et de l'archevêque-primat suffisant à rendre légal le mariage des héritiers. Malgré tout, les mariages inégaux ont longtemps été réprouvés dans le pays et plusieurs princes ont dû renoncer à leurs droits successoraux pour pouvoir épouser des roturières.
Construction et évolution des règles successorales La mise en place d'une monarchie nationale d'origine étrangère
Dès la proclamation de l'indépendance grecque, une partie des insurgés hellènes se positionne en faveur de la mise en place d'un régime monarchique. L'ébauche de constitution proposée par l'Assemblée de la Grèce continentale orientale, le , prévoit ainsi la reconnaissance d'un .
Une dizaine d'années plus tard, en 1832, la Cinquième Assemblée nationale grecque va dans le même sens lorsqu'elle rédige une constitution qui pose les bases d'un régime . Malgré les protestations des représentants des « puissances protectrices », qui craignent que la rédaction de cette loi fondamentale effraie le futur candidat au trône, les députés hellènes stipulent que leur roi doit professer la religion orthodoxe et atteindre la majorité à l'âge de 24 ans.
Cependant, cette constitution reste lettre morte et c'est un catholique qui est finalement appelé sur le trône.
Les règles de succession sous la dynastie des Wittelsbach Le traité de Londres de 1832 instaure une monarchie héréditaire avec Othon de Bavière
Par le protocole du et le traité de Londres du , les « puissances protectrices de la Grèce » (Royaume-Uni, France et Russie) proclament officiellement l'élévation de l'ancienne province ottomane au rang de royaume. Le traité reconnaît par ailleurs la nomination du prince Othon de Bavière à la tête du pays et lui confère le titre de « roi de Grèce » (art. 3).
La couronne est alors déclarée . Le traité précise cependant que (art. 8).
Une régence est par ailleurs prévue en attendant la majorité d'Othon, fixée à ses vingt ans, le (art. 9 et 10).
L'article additionnel de 1833 instaure une succession quasi salique Un article d'explicitation signé à Londres le précise les règles de succession du nouveau royaume de Grèce. Il réaffirme que la succession au trône doit se faire de mâle en mâle, par ordre de primogéniture, dans la descendance légitime d'Othon ou de ses frères Luitpold et Adalbert.
L'article précise par ailleurs que les femmes ne peuvent monter sur le trône hellène qu'en cas d'extinction totale des héritiers mâles appartenant aux trois branches susnommées. Dans ce cas, et dans ce cas seulement, la couronne reviendrait à la princesse (ou aux héritiers de la princesse) la plus proche du dernier souverain mâle. Par la suite, la couronne échoirait aux héritiers mâles de cette princesse et les règles de succession reprendraient comme sous la dynastie des Wittelsbach.
Finalement, l'article réaffirme l'impossibilité de réunir la couronne de Grèce et celle d'un autre pays.
La constitution grecque de 1844 affirme l'orthodoxie de la famille royale
En 1843, un coup d'État met un terme à l'absolutisme du roi Othon . Un an plus tard, une constitution est mise en place par les députés grecs. Ses articles 37 et 38 réaffirment les règles de transmission de la couronne telles qu'elles ont été définies par le traité de 1832 et l'article additionnel de 1833.
Cependant, l'article 39 complète ces dispositions en conférant au dernier héritier légitime de la couronne la capacité de nommer directement son successeur avec l'accord des deux-tiers des députés et des sénateurs grecs convoqués en séance exceptionnelle. L'article 45 indique quant à lui qu'en cas de vacance du trône, une assemblée composée des députés, des sénateurs et d'un nombre égal de représentants élus spécialement par les citoyens devrait élire directement le nouveau souverain du pays.
Surtout, l'article 40 dispose que les successeurs d'Othon doivent professer la religion orthodoxe pour pouvoir monter sur le trône. Il s'agit là d'une disposition très importante puisque les Wittelsbach sont catholiques et ne semblent pas du tout prêts à envisager une conversion.
Finalement, l'article 42 de la loi fondamentale fixe la majorité de l'héritier du trône à ses dix-huit ans. Il impose, en outre, aux nouveaux souverains de prêter serment, en présence du gouvernement, du Saint-Synode, des sénateurs, des députés et des hauts-fonctionnaires, .
Le traité de Londres de 1852 confirme la nécessaire orthodoxie de l'héritier du trône L'article premier du traité de Londres du confirme l'article 40 de la constitution de 1844 et oblige les héritiers d'Othon à embrasser la foi orthodoxe pour pouvoir monter sur le trône hellénique.
L'article 2 du traité confirme, quant à lui, une loi votée par l'Assemblée hellénique conférant à la reine Amélie d'Oldenbourg le titre de régente du royaume de Grèce en cas de vacance de la couronne ou de minorité du successeur d'Othon.
L'exclusion des Wittelsbach et la période de transition Les Wittelsbach tergiversent sur la question religieuse
La constitution de 1844 et le traité de 1852 placent la maison de Wittelsbach dans une situation très inconfortable. Les frères et les belles-sœurs d’Othon se montrent en effet très attachés à la foi catholique et ils refusent de se convertir ou d’élever leurs enfants dans la religion orthodoxe. Pendant plusieurs années, la succession grecque est donc victime des tergiversations des princes bavarois, qui refusent de renoncer à leurs droits dynastiques, mais ne font que peu d'effort pour affermir leur position d'héritiers du trône de Grèce.
À partir de 1861 toutefois, les choses semblent évoluer à l'intérieur de la famille royale. Le prince Louis de BavièreLe prince monte finalement sur le trône de Bavière sous le nom de en 1913., fils aîné de Luitpold, approche de ses seize ans et il se montre très intéressé par le trône hellène. Malgré leurs réticences, ses parents acceptent qu’il se convertisse à l'orthodoxie à sa majorité (prévue le ) et envisagent de le fiancer à sa cousine, la princesse orthodoxe Eugénie de Leuchtenberg, petite-fille du tsar Nicolas de Russie, afin de rassurer la population. Il est cependant déjà trop tard et les Grecs ne sont plus disposés à attendre.
La révolution d'octobre 1862 renverse Othon et Amélie Le , le roi Othon et son épouse quittent Athènes pour réaliser un voyage en province mais, deux jours plus tard, une insurrection éclate à Vonitza avant de s'étendre à Patras et Missolonghi. Le , c'est au tour de la capitale d'être touchée : des manifestations s'y déroulent et l'armée, chargée de les réprimer, ne tarde pas à rejoindre la foule. Le soir-même, un gouvernement provisoire est nommé avec, à sa tête, Voúlgaris, Kanáris et Roúphos.
Le , les nouvelles autorités proclament un décret par lequel : . Abandonné par les ambassadeurs des puissances protectrices, le couple royal doit embarquer sur un navire britannique, le Scylla, et quitter la Grèce. Malgré tout, contrairement à ce que prévoyait la première version du décret grec, la maison de Wittelsbach n'est pas officiellement déchue de ses droits et un prince bavarois semble encore pouvoir succéder à Othon.
Le décret du 16 février 1863 exclut les Wittelsbach de la succession
Alors que les grandes puissances échouent à trouver un nouveau souverain à la Grèce, des rumeurs circulent dans le pays selon lesquelles les ambassades d'Autriche et de Bavière complotent dans le but de restaurer les Wittelsbach. Des incidents se produisent et le gouvernement provisoire proteste officiellement, le , contre le comportement du vice-consul d'Autriche à Kalamata qui a fait débarquer des troupes d'un navire de guerre.
Face au risque d'une restauration bavaroise, les députés grecs, encouragés par le Royaume-Uni, signent à l'unisson le décret proclamant la déchéance d'Othon le . Peu de temps après, les 26 et , une émeute, survenue à Athènes, renverse le triumvirat Voúlgaris, Roúphos et Kanáris qui est remplacé par un nouveau gouvernement, présidé par Aristídis Moraïtínis. Les représentations diplomatiques grecques à l'étranger sont fermées par mesure d'économie tandis que l'ambassadeur de Bavière est arrêté et celui d'Autriche menacé d'expulsion.
Après ces événements, la probabilité d'une restauration des Wittelsbach devient presque nulle. Il faut cependant attendre pour que les héritiers d'Othon renoncent officiellement à leurs droits successoraux sur la couronne de Grèce. Le duc Albert de Bavière, aîné des descendants du prince Luitpold, envoie alors son fils Maximilien Emmanuel à Athènes pour y reconnaître officiellement les droits de la maison de Glücksbourg et remettre à Paul les regalia emportés par Othon et Amélie en 1862.
Les règles de succession sous la dynastie des Glücksbourg Le traité de Londres de 1863 donne la couronne au prince Guillaume de Danemark
Le traité de Londres du proclame l'élection du prince Guillaume de Danemark à la tête du royaume de Grèce (art. 1). Il lui confère le titre de « roi des Grecs » en même temps qu'il le rebaptise « Georges » (art. 2). Comme les textes de 1832, 1833 et 1844, ce traité interdit l'union de la couronne de Grèce avec une couronne étrangère, en l'occurrence celle du Danemark (art. 6).
Le traité de 1863 réaffirme, par ailleurs, l'obligation des successeurs du nouveau monarque d'embrasser la foi orthodoxe (art. 7). Il ne contraint cependant pas le jeune roi à abjurer lui-même la religion luthérienne.
Finalement, le texte précise que la majorité du souverain est fixée à ses dix-huit ans, mais que l'Assemblée hellénique a la faculté de l'anticiper, si elle le juge nécessaire (art. 8).
Les protocoles additionnels d'août et d'octobre 1863 précisent le titre du souverain Les protocoles du et du modifient le titre de Georges à la demande du jeune souverain. Il cesse alors d'être « roi des Grecs » pour devenir « roi des Hellènes ».
La constitution grecque de 1864 réaffirme les règles de succession
À quelques détails près, la constitution de 1864 reprend les mêmes dispositions que celles établies par la loi fondamentale de 1844, en les appliquant à la nouvelle dynastie au pouvoir.
L'article 45 établit ainsi que ..