L'arsenal de Redstone est un établissement militaire de l'Armée de terre des États-Unis voisin de la ville d'Huntsville dans le comté de Madison, en Alabama aux États-Unis. Il fait partie de la zone urbaine de Huntsville-Decatur. Il abritait des services de l’United States Army Materiel Command, de l’Army's Aviation and Missile Command, de la Missile Defense Agency et du Centre de vol spatial Marshall de la NASA. Ces centres ont déménagé depuis 2010 à la suite d'une décision prise par la Commission de rationalisation des bases militaires. Le district de Redstone Arsenal comptait habitants au recensementD'après . de 2010. La base emploie quotidiennement entre et salariés.

Consacré à l'origine à la fabrication d'armes chimiques, de dispositifs pyrotechniques et d'autres équipements militaires pendant la Seconde Guerre mondiale, l'arsenal voit son activité fortement décroître à la fin du conflit avant d'être réactivée avec la guerre de Corée. En 1949, l'Armée de terre décide d'y implanter son centre de recherche et de production des missiles sol-sol un tout nouveau domaine à cette époque. 130 spécialistes allemands des missiles balistiques qui avaient joué un rôle majeur dans la conception et la mise au point du V-2 nazi et qui avaient été recrutés dans le cadre de l'opération Paperclip sont affectés à cette nouvelle activité ainsi que plusieurs centaines de militaires et de civils. Ils développent des missiles balistiques de taille croissante en utilisant les technologies mises au point pour le V2. Leur production principale est la fusée Redstone. Les essais se déroulent sur le pas de tir de White Sands où les techniciens se rendent à de nombreuses reprises en avion. À la fin de 1956, l'activité des missiles de l'arsenal est transférée dans une nouvelle entité l'Army Ballistic Missile Agency (ABMA) qui poursuit le développement d'un missile de portée intermédiaire, le PGM-19 Jupiter qui est déployé par l'Armée de l'Air à la fin des années 1950. À la suite d'un arbitrage entre l'Armée de Terre et l'Armée de l'Air, l'ABMA n'est plus autorisé à développer de missiles d'une portée supérieur à 200 kilomètres. L'essor du programme spatial sauve l'entité.La NASA, agence spatiale civile créé en 1958, intègre l'ABMA qui va développer les lanceurs dont elle a besoin. Pratiquement tout l'effectif, soit 3700 personnes est rattaché à la nouvelle agence et forme le Centre de vol spatial Marshall. L'arsenal de Redstone poursuit avec des effectifs fortement réduits une activité de fabrication de munitions et conception de missiles anti-aériens jusqu'à nos jours.

Géographie vignette|Situation de l'arsenal en Alabama

Selon le Bureau du recensement des États-Unis, le district de Redstone s’étend surD'après . . Les terrains de l’arsenal de Redstone recouvrent une large part des zones humides de la vallée du Tennessee et d'autres cours d'eau, gérées pour la plupart par la réserve naturelle de Wheeler.

Histoire Jusqu'en 1941 On a pu dénombrer jusqu'à 651 sites préhistoriques sur les terrains de l'arsenal de Redstone, dont au moins 22 présentent des vestiges remontant à la période paléo-indienne (), dont un type particulier de pointe de flèche, dit « de RedstoneCf. ».

Les colons européens ont construit des fermes à cet endroit peu après 1800. Jusqu'à la guerre de Sécession, le site était couvert de plantations, dont il subsiste quelques traces. La région n'a joué qu'un rôle marginal au cours de ce conflit : l'activité défensive des fermiers s'est bornée à planter des palissades le long de la rivière Tennessee. La paix revenue, les grandes propriétés foncières furent morcelées et réparties entre esclaves affranchis. Au début du , plusieurs fermes étaient détenues par des gens de la ville, et exploitées par ds métayers. Encore aujourd'hui, le paysage est mité par la multitude de maison des petits fermiers de cette époqueCf. ..

Au début du , les de terrain vallonné recouvrant les terres les plus rentables du comté de Madison, englobaient les communes de Spring Hill, Pond Beat, Mullins Flat et Union Hill. Malgré l'absence d'électricité, d'eau courante ou de téléphone, les habitants de cette contrée « loin de tout » prospérèrent avec leurs propres commerces, moulins et écoles. On dénombre jusqu'à 46 cimetières historiques (esclaves, planteurs, etc.) sur le site de l'arsenal de Redstone.

L'arsenal de Huntsville L'arsenal de Huntsville a été créé en 1941 dans le cadre de l'entrée en guerre des États-Unis, afin d'en faire un second centre de fabrication d'armes chimiques après celui d’Edgewood (Maryland). Pour cela, l'armée américaine expropria plus de 550 familles, dont 300 exploitants agricoles. La plupart de ces agriculteurs eurent cependant le droit d'effectuer leur dernière récolte pour reconstruire ailleurs. Les maisons furent toutes rasées aux frais du département de la Guerre. La Tennessee Valley Authority accorda aux militaires l'autorisation d'aménager de terre le long de la rivière Tennessee.

Cette base militaire accueillit au départ trois services : l’arsenal de Huntsville et l'entrepôt d'armes chimiques de Huntsville (Gulf Chemical Warfare Depot), tous deux rattachés au Service des armes chimiques ; et le service de l'artillerie de Redstone, dépendant du département de l’artillerie de l'armée américaine. Le toponyme vient de la terre et des roches rougeâtres du paysD’après ..

Chaîne de montage d'obus au début des années 1940 à l'arsenal de Huntsville|vignette Les premières années, l'arsenal produisait et entreposait des armes chimiques telles les obus au phosgène, à la Lewisite et au gaz moutarde. Le recours aux gaz toxiques avait en effet bien été interdit par la Convention de Genève de 1925, seulement les États-Unis ne l'avaient ratifié qu'avec une clause particulière, les autorisant à employer l'arme chimique contre tout agresseur qui en ferait usage. L'usine de Huntsville produisait aussi du carbonyle de fer en poudre (pour l'accord des radios et radars), du gaz lacrymogène, des fumigènes, des bombes incendiaires et de petits engins pyrotechniques : des fusées à propergol solide. En reconnaissance de ses records de production, l'arsenal reçut à quatre reprises la médaille "E" de la Marine américaine : une première fois le .

La base de l'artillerie fut rebaptisée « arsenal de Redstone » en 1943. Elle produisit plus de munitions chimiques et d’obus. L'aérodrome de Redstone fut aménagé en 1943 par la 6th Army Air Force pour y tester des armes incendiaires en vue du bombardement des grandes villes japonaisesD’après , ouvrage numérisé par The Hathi Trust, Urbana-Champaign..

Trois jours après la capitulation du Japon, on suspendit la production. L'arsenal de Huntsville servit d'abord de dépôt central pour les armes chimiques, et se consacra à la production de masques à gaz et à la destruction des stocks de bombes incendiaires. On congédia la plus grosse partie de la main d’œuvre civile, qui s'effondra à 600 salariés alors qu'il y en avait eu jusqu'à au plus fort du conflit. L'essentiel des terrains fut loué à des agriculteurs, et les bureaux furent loués à des industriels, comme la Keller Motors Corporation au début de 1948 ; toutefois cette compagnie n'avait fabriqué que 18 prototypes de véhicules lorsque son fondateur, George Keller, mourutD'après , et le projet de zone industrielle tomba de lui-même. Dès 1947, la base était jugée trop étendue, premier pas vers la démilitarisation.

L’armée de l'air américaine, de son côté, recherchait un site propice à l'aménagement d'un grand centre de recherche, et s'intéressa pour cette raison à l'arsenal de Huntsville. En 1949, elle choisit pourtant d'abord le site concurrent de Tullahoma (Tennessee), et donc le Secretariat général de l'armée n'eut plus d'autre choix que de vendre les terrains de l'arsenal de Huntsville : il fit paraître les avis le , mais la mise en vente fut suspendue car l'armée avait à présent besoin d'un centre d'études balistiques. Une société spécialisée dans la chimie des propergols, Thiokol Corp., quitta le Maryland pour emménager à Redstone au cours de l'été 1949 ; le motoriste Rohm and Haas suivit. Le , l’arsenal de Huntsville fusionnait avec deux autres services pour former l’arsenal de Redstone.

Le Corps de l'Artillerie vignette|Un missile « Redstone » (1953). Vers la fin de la Seconde guerre mondiale, on amena plusieurs ingénieurs et chercheurs allemands aux États-Unis dans le cadre de l'Operation Paperclip. Le colonel Holger Toftoy fit établir des contrats de travail pour 127 de ces hommes, parmi lesquels Wernher von Braun, afin qu'ils soient employés à la mise au point de missiles. À la fin de l'année 1945, ils commencèrent à arriver à Fort Bliss (Texas), où, à partir de pièces détachées ramenées d'Allemagne, il entreprirent d’améliorer les V-2. Les essais eurent lieu au pas de tir de White Sands au Nouveau-MexiqueD'après .

Le , la direction de l'artillerie américaine désigna l’arsenal de Redstone comme centre de recherche sur les fusées. Au mois d', le service de recherche sur les missiles de Fort Bliss fut transféré, avec ses 130 employés allemands sous contrat, ses 120 salariés civils et 500 militaires, à l’arsenal de Redstone, rebaptisé l’Ordnance Guided Missile Center (OGMC), avec à sa tête le général James Hamill, et le directeur technique W. von Braun. Le premier projet à l'étude fut le missile tactique Major.

Lorsqu’éclata la guerre de Corée en , OGMC fut chargé de développer un missile balistique sol-sol d'une portée objective de . Des améliorations successives du missile Major menèrent au prototype PGM-11 Redstone. Pour accélérer le développement, on eut recours à un moteur existant, ce qui réduisit la portée operationnelle à moins de D'après .

La production de munition reprit pendant la guerre de Corée : entre et , Redstone fabriqua plus de caissons d'obus chimiques.

Les laboratoires des missiles d'artillerie (Ordnance Missile Laboratories, OML en abrégé) ont été créés en 1952 pour coordinner les recherches à l’OGMC. Holger Toftoy, l'officier qui avait recruté l'Allemand von Braun et son équipe d'experts en fusées, fut affecté à Huntsville comme directeur de ces laboratoires, et promu général de brigade. Kurt Debus était le responsable des essais : il aménagea un pas de tir (supposé temporaire) sur un site de Floride, Cap Canaveral. Les premiers tirs à Redstone commencèrent au printemps 1953, et le premier tir de fusée fut effectué à Cap Canaveral le D'après ..

Outre le développement de la fusée Redstone, l’OML menait divers programmes. Cette organisation comprenait en effet la Division R&D du colonel Miles B. Chatfield, La Division opérationnelle du commandant Ben Keyserling, et la Division de production industrielle. Or la Division R&D travaillait sur les missiles sol-Air (cmdt. Rudy Axelson) tels le missile Nike B, les missiles sol-sol (cmdt. Dan Breedon) tels le Honest John, le Little John, le Hawk, le Lacrosse et la fusée Corporal Type III ; enfin sur des missiles spéciaux (lieutenant-colonel John O'Conner). Le centre de recherche renonça bientôt au projet de missile à propergol liquide Corporal Type III au profit du lanceur Sergeant à propergol solide. Le Jet Propulsion Laboratory (JPL) du CalTech était alors un laboratoire militaire, préfigurant la NASA : c'est là que furent développés les moteurs Corporal et Sergeant.

Lors d'une réunion de la commission des vols spatiaux de l’American Rocket Society en 1954, von Braun proposa de placer un satellite en orbite grâce au lanceur Redstone équipé à sa partie supérieure de petits moteurs à propergol solideCf. .. Ce programme, appelé Project Orbiter, fut dénoncé en 1955.

L'École d'artillerie