Joana Hadjithomas, née le , et Khalil Joreige, né le , sont des cinéastes et artistes libanais. Leurs œuvres communes comprennent des films de fictions et des documentaires, des installations vidéo et photographiques, des sculptures, des performances et des écrits.
Biographie Origines familiales Joana Hadjithomas et Khalil Joreige sont nés à Beyrouth en 1969. Tous deux issus de familles de réfugiés, l'une greque, syrienne et libanaise, l'autre palestinienne et libanaise, ils ont grandi pendant la guerre du Liban...
Démarche artistique Ils travaillent ensemble depuis le début des années 1990. Ils n'ont jamais suivi d’études d'art ou du cinéma, mais ont commencé leur pratique à la suite de la longue guerre civile libanaise. S'inspirant de documents trouvés, d'archives personnelles et d'expériences poétiques, ils tentent de révéler les non-dits de l'histoire, une forme de résistance à l'histoire dominante et officielle, déplaçant le regard vers des situations politiques et complexes.
Leurs œuvres sont le résultat de projets de recherche à long terme et tissent des liens thématiques, conceptuels et formels à travers des vidéos, des films, des photographies et des installations.
Ils s’inspirent parfois d'événements familiaux, tels que le kidnapping et la disparition d'Alfred Junior Kettaneh, l’oncle de Joreige, ou les origines paternelles de Hadjithomas dans le documentaire Ismyrne, avec la poétesse et peintre Etel Adnan. Cependant, l'aspect autobiographique de leur art est plus souvent implicite, comme le note Suzanne Cotter :
Autres Hadjithomas et Joreige enseignent également à l'université ; ils sont les auteurs de nombreuses publications et performances. Ils sont membres actifs du conseil d'administration de Metropolis Cinema et cofondateurs d'Abbout Productions avec Georges SchoucairSite d'..
Hadjithomas a été membre du comité de curriculum de l'Académie Ashkal Alwan, Home Work Space.
Œuvre thumb|369x369px|Joana Hadjithomas et Khalil Joreige au IVAM de Valencia, 2017. Que ce soit dans le cinéma, l'écriture ou l'installation, leur travail questionne la fabrication d'images et de représentations, la construction d'imaginaires et l'écriture de l'histoire. Leur travail tente de révéler les non-dits de l'histoire. Certains thèmes se reproduisent tout au long de leur œuvre: la relation entre la fiction et l'histoire, l'importance de l'écriture de l'histoire, la construction des imaginaires, l'émergence de l'individu au sein de la société communautaire, les traces de l'invisible et l’absent et sa relation avec l’image filmée et photographique.
Les projets artistiques de Hadjithomas et Joreige s’étendent souvent sur plusieurs années, et ils sont connus pour leur tendance à revisiter et reformuler leurs travaux précédents après un moment de rétrospection. L'importance de la recherche dans leur travail est telle qu'ils préfèrent se décrire non pas comme des artistes mais plutôt comme des «chercheurs». Ils se sont intéressés à un projet spatial oublié dans le monde arabe mais aussi sur la virtualité des escroqueries sur Internet et des spams pour interroger les croyances, les imaginaires de corruption et l'historiographie du monde. Une de leurs dernières œuvres est centrée sur la poésie comme un outil pour s'opposer au chaos et aux barbares. Dernièrement, ils ont concentré leurs recherches sur des carottages archéologiques et géologiques, dans leur projet Unconformities qui questionne l'ère Anthropocène.
Inspirés par des archives personnelles et des documents trouvés, ils travaillent en collaboration avec d'autres écrivains, philosophes, historiens, archéologues et illustrateurs, et soulignent l'importance de cet aspect:
"Nous croyons en la rencontre plus qu'en influence et, au-delà, nous cultivons l'admiration: tant de photos, de séquences de films, de conversations, de rencontres et d'échanges nous ont permis d'admirer quelqu'un ou quelque chose. »
Leurs œuvres d'art et leurs films font partie des plus grandes collections privées et publiques, et ont été présentés dans des musées et centres d'art à travers le monde. Dernièrement, leur travail a été exposé au Centre Pompidou (Paris), au Jeu de Paume (Paris), Haus der Kunst (Munich), Sharjah Art Foundation (Sharjah), Ivam (Valencia), Solomon R. Guggenheim (New York), MIT, List Visual Arts Centre (Cambridge), Victoria & Albert Museum (Londres), British Museum (Londres), SF Moma (San Francisco) ; et de nombreuses biennales dont Istanbul, Lyon, Sharjah, Kochi, Gwangju, Yinchuan, Venise et la Triennale de Paris.
Ils sont représentés par In Situ - Fabienne Leclerc à Paris et The Third Line à Dubaï.
Médium Hadjithomas et Joreige tissent des liens formels, conceptuels et thématiques à travers des photographies, des installations vidéo et des films. Mais chaque discipline ne s’exclut jamais les autres : leur travail dans le cinéma débouche sur des projets dans les arts plastiques, et vice-versa. Comme l'écrit Jean-Michel Frodon, leur travail «non seulement met continuellement en question les distinctions entre les arts visuels, la vidéo et le cinéma, le film de fiction et le documentaire, mais surtout se développe en étant constamment reformulé par ces distinctions».
Sélection d’œuvre Hadjithomas et Joreige présentent souvent leur travail comme des installations. Dans Le Cercle de la Confusion, par exemple, les visiteurs sont invités à retirer l'un des trois mille fragments qui composent une photographie aérienne géante de Beyrouth. Derrière chaque fragment se lit "Beyrouth n'existe pas". Petit à petit, la ville commence à disparaître et un miroir se révèle, dans un geste qui démontre comment les lieux sont formés par les désirs que nous projetons sur eux.
Hadjithomas et Joreige s'interrogent sur l'acte de représentation des conflits. «Nous ne montrons pas d'images de guerre», ont déclaré Hadjithomas et Joreige, «nous montrons ce que la guerre fait aux images». Par exemple, dans leur série Wonder Beirut (1997-2006), les artistes reprennent les images de la ville dans des cartes postales datant d'avant la guerre civile libanaise, dont la vente s'est poursuivie dans des boutiques touristiques après la fin du conflit, alors que de nombreux bâtiments avaient disparu. Hadjithomas et Joreige ont attribué ces images à un photographe pyromane fictif, Abdallah Farah, qui a tenté de reporter sur ses images les bombardements et destructions que les lieux qu'elles représentaient subissaient durant les guerres libanaises. Ce processus a permis aux artistes de s'interroger sur l'écriture de l'histoire mais aussi sur la photographie elle-même : «nous voulions revenir à la définition ontologique de ces images: l'inscription de la lumière par la combustion». Le projet s'est développé sur trois étapes : Histoire d'un Photographe Pyromane, Cartes Postales de Guerre, et enfin Images Latentes, un journal photographique d'image que Farah a photographié mais qu'il n'a jamais développés.
Les thèmes d'absence, de latence et de réappropriation photographique sont également au cœur du projet Faces, qui prend pour sujet les affiches des «martyrs» tués pendant la guerre civile libanaise, exposés autour de Beyrouth. Pendant de nombreuses années Hadjithomas et Joreige ont photographié ces affiches ternies, et ont demandé des illustrateurs de révéler les traits fantomatiques encore visibles, dans un processus qui se questionne sur la possibilité de ramener l'image, une trace, une matière, une image durable.
La relation de l'histoire avec la réalité est un thème qui émerge également dans leur projet documentaire et photographique Khiam (2000), où Hadjithomas et Joreige ont d'abord filmé le témoignage de six anciens détenus d'un camp à Khiam, une zone occupée par Israël au sud du Liban. Six ans plus tard, ils sont retournés au camp après sa destruction pendant la guerre de 2006. Le projet documente un voyage qui questionne la possibilité de l'art comme mode de reconstitution, de témoignage et de trace.
Comme Khiam, The Lebanese Rocket Society est un projet pluridisciplinaire; un film documentaire, mais aussi une série d'installations de six parties, organisé en deux sections: Elements for A Monument (I et II) et A Tribute to Dreamers (II - VI). Le film raconte l'histoire d'un groupe d'étudiants de l'Université Haigazian qui a commencé à faire des tests en vue de conquérir l'espace. Hadjithomas et Joreige s'interroge sur ces personnages et leurs motivations dans le contexte du Liban dans les années 1960, et pourquoi cette histoire, qu'on trouve dans tous les journaux de l'époque, a été oubliée au fil du temps.
Ce long processus de recherche et de collection se trouve également dans un autre projet développé par Hadjithomas et Joreige, qui se concentre sur les arnaques par mail. Depuis 1999, les artistes ont recueilli plus de quatre mille courriels, destinés à inciter leurs lecteurs à envoyer de l'aide financière. Au cours de nombreuses expositions et installations, Hadjithomas et Joreige ont créé un itinéraire narratif autour de ces arnaques modernes et ont retracé leur histoire à partir de leur origine, une tradition littéraire connue sous le nom de la lettre de Jérusalem.
Comme le disent Hadjithomas et Joreige, «ces archives virtuelles décrivent une cartographie des conflits, symptôme de l'état du monde et des relations complexes, motivées par les idéologies coloniales entre le Nord et le Sud, tout en restant un espace pour des rencontres singulières et des expériences poétiques».
Dans le cadre de ce projet, Hadjithomas et Joreige ont créé l'installation sonore et vidéo The Rumour of the World, où ils ont demandé à 38 acteurs amateurs de lire et d'incarner ces arnaques, afin de se questionner sur les histoires qu'ils racontent, qui brouillent les frontières entre le réel et la fiction, et le besoin humain d'y croire.
Prix Marcel-Duchamp Lauréats du prix Marcel-Duchamp, Hadjithomas et Joreige présentent en 2017 Unconformities au Centre Pompidou à Paris..
L'installation est constituée de carottages, d'échantillons de matériaux naturels ou d'artefacts humains prélevés entre 2014 et 2017, qui révèlent les mondes souterrains de trois villes omniprésentes dans l'histoire et dans la pensée des artistes : Athènes, Paris et Beyrouth.
Décrivant ce projet comme une interrogation sur l'ère de l'Anthropocène, les deux artistes questionnent les récits et les représentations possibles de l'histoire, où les échantillons prélevés ne sont pas seulement une succession de strates, mais aussi des actions et des événements qui combinent des époques et des civilisations différentes. Les vestiges et les transformations invisibles sont rendus visibles. Ces recompositions poétiques révèlent à la fois des mouvements géologiques catastrophiques et régénératifs, et le cycle permanent de construction et de destruction que les villes subissent, chaque civilisation utilisant les pierres de la précédente.
Distinctions Prix Marcel Duchamp, 2017 Best Documentary Award pour The Lebanese Rocket Society: l'étrange histoire de l'aventure spatiale libanaise, Doha Tribeca Festival, Qatar, 2012 Abraaj Capital Art Prize, Dubaï, Émirats arabes unis, 2012 Best Singular Film for Je veux voir, Syndicat Français de la Critique de Cinéma et des Films de Télévision, Paris, France, 2008 Non-Fiction and Documentary Award pour Je veux voir, Gijón International Film Festival, Espagne, 2008 Prix Georges de Beauregard pour Khiam, FID Marseille, France, 2008 Best Director pour A Perfect Day, Alexandria Mediterranean Film Festival, Egypte, 2006 Fipresci Prize et Don Quixote Award pour A Perfect Day, Locarno International Film Festival, Suisse, 2005 Bayard d’Or pour Best Actor et Special Jury Mention pour A Perfect Day, Namur Francophone International Film Festival, Belgique, 2005 Montgolfière d’Argent, Best Actor et SACEM Prize pour Sound and Original Music for A Perfect Day, Festival des 3 Continents, Nantes, France, 2005