Notre-Dame de Kerdévot (en breton ) est une église catholique située dans la commune d'Ergué-Gabéric, en Bretagne. Monument dont la date de fondation n'est pas connue, elle est réédifiée au en dévotion à la Sainte Vierge, après qu'une épidémie de peste a ravagé la région.

De style gothique, elle prend place dans un enclos comprenant un calvaire du et une sacristie du . Une fontaine de style gothique réputée soigner la fièvre et le catarrhe est aménagée à de l'enclos. L'ensemble architectural est un exemple remarquable de la période de reconstruction consécutif à la guerre de succession de Bretagne et de l'âge d'or breton des . L'enclos est classé monument historique depuis le .

La chapelle est également renommée pour sa statuaire, notamment son retable flamand de la fin du , et son pardon tenu chaque année le second dimanche de septembre.

Histoire La peste d'Elliant thumb|upright=1.2|left|La peste d'Elliant représentée par Louis Duveau en 1849. Selon la tradition populaire, la chapelle de Kerdévot fut élevée en remerciement de l'intervention de la Vierge, qui protégea la paroisse d'Ergué-Gabéric de la peste sévissant dans la paroisse voisine d'Elliant. Cet épisode de la « peste d'Elliant » a suffisamment marqué les esprits de l'époque pour que sa légende vienne jusqu'à nous à travers plusieurs œuvres, telle La Peste d’Elliant présentée par Théodore Hersart de La Villemarqué dans son Barzaz Breiz, ou celle rapportée par François-Marie Luzel dans ses Chants populaires de la Basse-Bretagne.

Ainsi, selon la légende, un meunier ramena la peste (matérialisée sous les traits d'une vieille mendiante) de la ville de Quimper en la paroisse d'Elliant, où elle tua presque tous les habitants. Alors que la peste allait atteindre Ergué-Gabéric, la Vierge apparut et l'arrêta au niveau du ruisseau marquant la limite des deux paroisses. Pour la remercier, un sanctuaire fut construit sur les terres du seigneur de Botbodern, à proximité du lieu du miracle. Cet acte a donné son nom à la chapelle, Kerdévot signifiant en breton le lieu des .

Sur le plan historique, il est établi que les décennies précédant la construction de la chapelle ont vu la résurgence régulière d'épidémies de peste, particulièrement en 1349.

La chapelle de dévotion Le nom de Kerdévot apparaît pour la première fois en 1439, dans le testament d'un ecclésiastique quimpérois. La chapelle existait donc à cette époque, sans que l'on puisse savoir s'il s'agit du bâtiment actuel. Toutefois, certains éléments d'architecture de la chapelle permettent de la dater du : la maîtresse-vitre du chœur porte la date de 1489voir la fiche du vitrail dans la base Palissy, et le clocher comporte un médaillon représentant une hermine passante, symbole des ducs de Bretagne qui ont régné jusqu'en 1514, ainsi que deux blasons d'hermines sur les sablières de la nef. On sait par ailleurs que dans cette période consécutive à la désastreuse guerre de succession (1341-1364), les ducs faisaient des donations aux églises et chapelles locales, comme Jean V pour Locronan en 1438. Cela a pu bénéficier aussi à Kerdévot et entraîner de nombreux autres dons. Il est par exemple établi que les nobles locaux ont contribué à l'édification de la chapelle et à son embellissement, à l'instar de François Liziart, seigneur de Kergonan en Ergué-Gabéric, au d'après le site topic-topos.com et des seigneurs de Tréanna en Elliant, ces derniers étant au service du duc pendant tout le . Une tiare papale est également figurée dans le chœur, ce qui peut indiquer une exonération de la paroisse de certaines charges pour accélérer les travaux. La chapelle est inaugurée en 1556.

Les dons importants ont probablement permis à la fabrique d'acheter assez rapidement le magnifique retable flamand que l'on peut voir au-dessus du maître-autel. Ce retable a été fabriqué par les ateliers d'Anvers et date des années 1480-1490. Il comporte six panneaux représentant les scènes de la vie de Marie. Quatre scènes sont d'origine et deux ont été ajoutées au .

La peste frappe régulièrement la région quimpéroise, notamment en 1533, 1565, 1586, 1595 et 1639. Chaque épidémie est l'occasion pour la fabrique de Kerdévot de recevoir des dons, par exemple les 33 écus offerts en 1598 par Yves Toullalan, chantre de la cathédrale de Quimper. La richesse relative de la fabrique permet d'embellir et de compléter la chapelle. Ainsi un calvaire et une fontaine sont construits dans le courant du . Le mobilier de la chapelle est également complété à cette époque par l'achat de la statue dite Notre-Dame-de-Kerdévot et celle de Notre-Dame-de-l'Angoisse. Le retable flamand est quant à lui complété par deux panneaux supplémentaires.

Le père Alexandre, qui effectue un tro Breiz, passe à Kerdévot vers 1669. Il décrit un pardon attirant une foule importante et une manifestation alliant les dévotions à la Vierge et la bonne chère de la foire.

Le commence par une catastrophe : une tempête abat le clocher le . La fabrique le reconstruit rapidement. Une nouvelle cloche est achetée en 1704 et une nouvelle sacristie est construite en 1705 dans le style classique.

À cette époque, la renommée de la chapelle est telle qu'au carême de 1712, des marins de l'escadre de Duguay-Trouin, tout juste rentrés d'une campagne au Brésil, viennent y faire leurs dévotions. Le cantique de Kerdévot, composé peu après, rappelle cet évènement. Il s'agit d'un chant en moyen breton long de 56 couplets. Il fait l'apologie de Notre-Dame de Kerdévot en rappelant ses légendes et ses miracles. Il se compose de la façon suivante : + Plan du cantique de Kerdévot Couplets Contenu1 à 5 Considérations sur les malheurs du temps6 à 9 Éloge de Kerdévot10 à 15 Légende du retable flamand16 à 20 Évocation de la peste d'Elliant21 à 29 Bienfaits de Notre-Dame de Kerdévot30 à 32 Le pèlerinage des marins de Duguay-Trouin33 à 50 Miracles à Kerdévot51 à 56 Les grandes heures de Kerdévot Vers la fin de l'Ancien Régime, la chapelle Notre-Dame de Kerdévot à Ergué-Gabéric (avec livres de revenus annuels estimés), était la troisième de l'évêché de Cornouaille pour le montant de ses revenus constitués essentiellement par les offrandes des pèlerins, donc probablement le troisième pèlerinageDerrière la chapelle Notre-Dame de Bulat à Pestivien ( livres) et la chapelle Sainte-Marie-du-Ménez-Hom ( livres) et devant, par ordre d'importance, la chapelle Notre-Dame de Kergoat à Quéménéven ( livres), la chapelle Sainte-Barbe au Faouët ( livres) et la chapelle Notre-Dame de Confort à Confort-Meilars ( livres de revenus). le plus fréquenté de l'évêché..

Les richesses accumulées dans la chapelle suscitent la convoitise et attirent des bandes organisées qui dérobent des objets précieux. À tel point qu'en 1774 le Parlement de Bretagne ordonne qu'un sacristain dorme dans la chapelle pour éviter les vols.

La tradition se perpétue À partir de 1789, la Révolution française apporte des changements radicaux : la constitution civile du clergé est promulguée dès le , ce qui impose au recteur d'Ergué-Gabéric et à ses vicaires de se soumettre à ce texte non approuvé par le Saint-Siège. Réfractaire, le recteur Alain Dumoulin est alors remplacé par un curé constitutionnel qui prend sa place au bourg d'Ergué. Dumoulin se réfugie à Kerdévot, avant de fuir finalement à Prague.

Le , la chapelle de Kerdévot, bien national, est vendue aux enchères. Les paroissiens organisent le rachat de l'édifice par l'intermédiaire d'une souscription. Afin de contourner la loi qui interdit ce type de rachat, un prête-nom est choisi : Jérôme Crédou, par ailleurs futur maire d'Ergué-Gabéric. Celui-ci s'engage à céder gracieusement la chapelle à la commune, chose faite en 1804Jérôme Crédou, maire d'Ergué sur www.grandterrier.net. La chapelle sera élevée en 1855 au rang d'église succursale de la paroisse d'Ergué-Gabéric par un décret impérialDécret impérial pour érection de Kerdévot en chapelle de secours sur www.arkaevraz.net, consulté le 23 février 2012.

Le voit la perpétuation des traditions de dévotion à Notre-Dame. Les pardons célébrés tout au long de l'année attirent les foules et les curieux, notamment le grand pardon du mois de septembre. Des artistes de passage à Kerdévot relatent ainsi la renommée du lieu et l'importance des cérémonies religieuses :

Des peintres prennent le grand pardon comme modèle de leurs tableaux, tel Eugène Boudin qui exécute 23 croquis dans les années 1855 - 1857 pour préparer son tableau Un pardon près de Quimper, aujourd'hui disparu.

La première moitié du verra également l'édition de cartes postales des scènes pittoresques des pardons de Kerdévot. On peut notamment citer les séries de Joseph Villard dans les années 1910 et celles de Raphaël Binet dans l'entre-deux-guerres.

Le retable puis la chapelle sont progressivement reconnus comme un patrimoine à protéger : après le classement aux monuments historiques du retable flamand le , la chapelle, la sacristie et le calvaire sont classés à leur tour le . L'ensemble architectural et le placître deviennent aussi un site inscrit en 1931, et le reste des objets et du mobilier ancien est classé monument historique entre les années 1930 et 1950voir les fiches des objets classés dans la base Palissy.

Après la seconde Guerre mondiale, la renommée de la chapelle diminue. Seul le « grand pardon » de la nativité de Marie attire encore plusieurs milliers de personnes au début du mois de septembre.

C'est seulement après le vol en 1973 de plusieurs personnages du retable flamand, que l'intérêt pour la chapelle renaît vraiment. Le bâtiment et son mobilier sont restaurés, et le site s'ouvre aux visites touristiques.

Architecture L'enclos La chapelle prend place dans un enclos fermé par un muret et jouxtant au sud les anciennes écuries de la ferme de Kerdévot. On accède à l'enclos par l'un des deux portails de fer forgé. Le calvaire se situe au milieu du placître, tandis que la chapelle prend place dans la moitié nord de l'enclos, la sacristie étant accolée à sa façade méridionale.

Extérieurs de la chapelle La chapelle de Kerdévot, construite essentiellement au , est de style gothique flamboyant. Elle forme un bâtiment rectangulaire, construit en granite, couvert de deux pans de toiture en ardoises. Ses dimensions imposantes ( de large et de haut) lui valent le surnom de « cathédrale de campagne ».

La façade occidentale date du . Elle comporte la porte principale de la chapelle, encadrée par un portail ouvragé, et surmontée d'un fenêtre à baie géminée. Les armoiries des seigneurs ayant probablement contribué à l’édification de la chapelle sont placées au-dessus de la porte. L'hermine passante du duc de Bretagne est quant à elle située à la place d'honneur, au départ du clocher.

La façade est soutenue par quatre contreforts, dont deux se prolongent par des tours octogonales donnant accès au clocher. Ces dernières, ainsi que le clocher construit en 1702, sont d'un style hybride entre le gothique et le style classique. Le clocher, qui comporte une balustrade et une flèche et de granite, culmine à vingt mètres de hauteur.

Le clocher abrite deux cloches. La première date de 1704 et mesure de diamètre. La seconde a été fabriquée à Nantes en 1803 et mesure de diamètre.

Le côté sud de la chapelle fait face au placître et au calvaire. De style gothique, elle est soutenue par quatre contreforts encadrant deux fenêtres et deux portes, dont l'une est murée. Une lucarne de style classique a été ajoutée postérieurement afin d'éclairer l'escalier du clocher. La façade comporte également un cadran solaire en ardoise.

Le chevet est plat. Il comporte deux contreforts encadrant deux fenêtres et la maîtresse-vitre du chœur. Les contreforts sont agrémentés de pinacles. Une fenêtre circulaire au décor d'inspiration celtique est présente au-dessus de la verrière principale.

Le côté nord comporte deux fenêtres et une porte murée.

Sacristie