thumb|300px|Madagascar Cet article a pour objet de résumer la problématique et une partie de l'état des lieux des recherches actuelles sur les migrations juives anciennes à Madagascar.

Problématique Une équipe de généticiens a démontré une contribution à peu près égale de l'Afrique et l'Indonésie aux lignages malgaches, aussi bien maternels que paternelsMatthew E. Hurles, Bryan C. Sykes, Mark A. Jobling, Peter Forster, "The dual origin of the Malagasy in island Southeast Asia and East Africa: evidence from maternal and paternal lineages", American Journal of Human Genetics, 2005, 76, , University of Chicago Press. L’origine austronésienne commune de la majorité du peuple malgache est aujourd’hui un fait scientifique avéré et corroboré par de nombreuses recherches multidisciplinaires (génétiquesHurles et alii (2005)Ricaut et alii (2009), linguistiquesSimon P. (2006)Dahl O.. (1991)Adelaar K.A. (2006), archéologiquesVérin, P. (1973)Solheim II (1975)Burney (2004), ethnologiques-anthropologiquesOttino, P. (1973b, 1981, 1984, 1986), historiquesRavelojaona (1855)Verin (2000), ) anciennes et récentes sur l’histoire de Madagascar.

Ces vahoaka ntaolo (litt. « peuple premier » en malgache, du proto-malayo-polynésien *va-*waka « ceux des canoës » et *tau-*ulu –« hommes premiers ») austronésiens dont l’arrivée supposée se situe autour du début de notre ère ( avant selon les archéologues, 200 à après selon les linguistes sont à l’origine de la langue malgache commune à toute l’île ainsi que de tout le fond culturel commun.

Les fouilles archéologiques montrent que ces protomalgaches sont essentiellement restés sur les côtes jusqu’au , période à laquelle on peut observer le début de leur installation dans les collines et les forêts de l’intérieur, notamment sur les hauts plateaux centraux. Ces protomalgaches des forêts de l’intérieur sont connus des traditions oralesRaombana (1855)Callet (1908) sous le nom de Vazimba. Les recherches linguistiques récentes ont confirmé l’origine austronésienne de ce nom et sa signification : comme tous les mots du vocabulaire malgache austronésien originel issus du proto-Sud-Est Barito (désormais proto-SEB), vazimba vient de vayimba et signifie « ceux de la forêt » (du préfixe *va- + *yimba – « forêt » en proto-SEB, aujourd’hui barimba en malais). Ceux qui sont restés sur les côtes, en revanche, sont désignés par les linguistes par le mot Vezo (mot emprunté par les protomalgaches au proto-malayo-polynésien va/ve-jau –« ceux de côte », aujourd’hui veju en bugis, bajo en javanais et bajau en malais et tagalog)

Vers la fin du premier millénaire, cependant, et tout le long du second millénaire, Madagascar a connu d’autres vagues d’immigrations – orientales/néo-austronésiennes, moyen-orientales, est-africaines notamment –et les différents clans austronésiens d’alors (Vazimba de l’intérieur et Vezo des côtes), disséminés çà et là sur toute l’île, ont chacun développé une culture et une identité propre qui aboutit à la diversité culturelle que l’on connaît aujourd’hui, mais dont le fonds -culturel et génétique- austronésien commun d’origine reste partout prégnant et observable (notamment la langue commune qui a seulement subi des variations dialectales).

Parmi les contacts et/ou immigrations qui ont contribué à forger les diverses identités des peuples malgaches actuels, les apports orientaux et moyen-orientaux ont été particulièrement notables. Il s’agissait surtout de commerçants et/ ou migrants de culture musulmane : Perses ShiraziOttino, P. (1978) et Arabes Omanites ayant établi, dès le Moyen Âge, des comptoirs à l’Ouest (île de Mazalagem NovaRaison, F. (2009), puis Mahajanga), au Nord (Comores et Mayottes) et au Nord Est (Vohémar), clans Indo-musulmans (les Zafiraminia)Ottino, P. (1973a)Ottino, P. (1973b)Ottino, P. (1976)Ottino, P. (1980) et malayo-musulmans (les Zafikazimambo)Ottino, P. (1984)Ferrand, G. (1893)Ferrand, G. (1905)Beaujard (1991) établis à partir du et au Sud-Est de l’île.

Outre la tradition orale, les preuves historiques de ces apports islamiques d’origine perse, arabe omani, malaise ou nord indienne sont nombreuses : des fouilles archéologiques au Nord (Mahilaka, Vohémar) et de nombreux manuscrits en alphabet arabico-malgache appelé sorabe dans le Sud-Est ont permis de confirmer les récits et les généalogies produites par les gardiens des traditions de ces régions sur leurs ancêtres éponymes (Zafiraminia, Zafikazimambo du Sud-Est notamment).

Outre ces éléments moyen-orientaux d'origine musulmane, certains groupes de Madagascar affirment avoir également bénéficié d’apports juifs (ou plus généralement hébraïques) dans leur passé préhistorique et/ou historique, fondant essentiellement leur argumentation sur leurs coutumes et leur tradition orale et/ou écrite. Les preuves scientifiques irréfutables (archéologiques, génétiques, historiques) de ces allégations restent encore à produire (notamment à travers des articles scientifiques avec comité de lecture), mais il est intéressant de présenter les ouvrages de synthèses (ouvrages historiques, retranscriptions de traditions orales et écrites, thèses) ayant traité du sujet, sur lesquels ces groupes fondent en partie leur identité et qui constituent en même temps les points de départ des recherches actuelles sur le sujet.

Les groupes de Madagascar qui se réclament d’une ascendance - partiellement ou totalement - juive

Parmi les malgaches, les groupes qui se réclament d’une ascendance – partiellement ou totalement – juive sont les antemoro AnakaraKasanga, F (1970)Rombaka (1963), les MerinaRamilison, E. (1951), les Zafibrahim de l’île Sainte-Marie et les Antandroy. D'après les recherches du Pasteur Tolotra Ratefy et du Rev. Dr. Ndriana Rabarioelina, beaucoup d'autres tribus de Madagascar, pratiquant la circoncision sont aussi d'origine juiveRabarioelina, N (2011).

Les antemoro Anakara (Sud-Est - région de Manakara et Vohipeno)

Parmi les clans Antemoro (le peuple habitant la région du Sud-Est de Madagascar, en particulier des villes de Vohipeno et Manakara), ils forment un groupe particulier qui affirme descendre de Ralitavaratra qui, selon la tradition écrite archivée dans les sorabe de leurs scribes (Katibo), s’appelait à l’origine Ali Torah ou Ali Towarah ou Ali Towarath. Ce dernier serait un prêtre juif arabisé qui se serait, avec sa famille et ses hommes, enfui de La Mecque et, arrivé en boutre à Madagascar vers la fin du , aurait emmené avec lui des objets précieux appartenant à sa famille depuis des millénaires, notamment : un morceau des tables de la Loi que Moïse, en colère face aux péchés d'Israël, avait brisées au pied du mont Sinaï (ou Horeb), un morceau du bâton de Moïse, le livre de Daniel écrit en arabe, le Sat-el habar, ainsi qu’un couteau ayant appartenu au Roi David.

Les Katibo Antemoro Anakara gardent jalousement leur tradition historique, tout autant que leur écriture arabico-malgache (sorabe) héritée notamment de Ralitavaratra et de ses compagnons (des exemples de leurs manuscrits sont aujourd’hui consultables dans les bibliothèques européennesFerrand, G. (1904a)Ferrand, G. (1904b)). Ils confirment notamment l’origine sémite du mot katibo (de l’hébreu et de l'arabe, signifiant « écrire » ketubah- « document », « contrat »).

Historiquement, le roi Merina Andrianampoinimerina avait mandé à sa cour trois Katibo Antemoro Anakara –dont Andriamahazonoro et Ratsilikaina- qui avaient, entre autres, enseigné l’écriture sorabe au futur roi Radama . Ces scribes sont d’ailleurs supposés avoir proposé le nom de ce prince (Ra+adama de adam « l’homme » en hébreu).

Des explorateurs auraient aussi retrouvé une trace de Judaïté chez leurs voisins musulmans Zafiraminia. En effet, un certain auteur anonyme M. de V. présenté par Carpeau de Saussay aurait écrit au sujet des Zafiraminia « ...Ils savent lire et écrire l'hébreu », de même qu'un peu plus tard, Du Bois déclara au sujet de Zafiraminia « Ils tiennent quelque chose du Judaïsme et du Mahométan »Histoire de la grande isle Madagascar. L'hébraïsant Joseph Briant lui-même soutient cette thèse de l'origine juive des Zafiraminia en affirmant que cette tribu est une tribu juive islamisée qui serait passée par la Mecque où elle aurait reçu le Coran et l'islam.

Aucune étude génétique n’a pour l’instant infirmé ou confirmé les origines juives des Anakara (en particulier l'origine cohannique des scribes Katibo). Cependant, ces scribes Antemoro Anakara parleraient couramment l'hébreu ancien. Le morceau de la canne de Moïse leur appartenant aurait été envoyé en Israël pour expertise, laquelle aurait confirmé son origine.

Les Merina (Hautes Terres Centrales - région d'Antananarivo)

Les Merina - qui pour leur très grande majorité descendent des premiers Vazimba austronésiens - n’affirment pas tous avoir une ascendance juive. Cependant, la tradition orale de certains clans parmi eux disent garder le souvenir d’un tel apport dans leur passé lointain. Il en est ainsi, par exemple, de certains clans andriana de la grande famille royale, mais également de certains groupes se réclamant descendre directement des anciens Vazimba, tels les Antehiroka par exemple qui seraient, selon eux, très anciennement liés aux Antandroy, c'est-à-dire à la première population humaine ayant débarqué dans le Sud-Ouest de Madagascar au début de notre ère.

Ceux parmi les Merina qui affirment être d'origine juive justifient cette ascendance, d'une part par certaines traditions et coutumes anciennes qu'ils auraient en commun avec les anciens Israélites et, d'autre part, par certaines expressions malgaches courantes comme faha-gola - « aux temps anciens », qui, selon eux, correspond à l'exil des israélites à Babylone car le mot Gola vient de l'hébreu golah qui signifie "diaspora" ou "exil" (galut est aujourd'hui plus communément usité pour "exil").

L'origine du mot Imerina se trouverait, selon eux, dans Esdras 2:37 « ...et les fils d'Imer » et dans 1 Chroniques 24:14 « ...à Imer », en affirmant que « Imerites » ou « Imeriens » se dit en hébreu Imerim et en araméen Imerinle suffixe hébreu de pluralité -im est transcrit-in en araméen, exemple: Banim et banin (fils), Shiveyim et Shiveyin (septièmes), anashim et anashin (personnes)., ce dernier mot aurait donné les noms Imerina et merina. Ils sont donc selon eux, de la tribu de Lévi, des descendants de Cohanim, de sacrificateurs par Imer (les fils d'Imer étant des Cohanim, voir Jérémie 20:1), tout en étant partiellement selon eux de la tribu de Juda. Ils affirment que l'on retrouve encore de nos jours, dans la topologie merina, des lieux qui rappellent cette origine lévitique lointaine comme les différents autels de sacrifices anciens disséminés en Imerina. Et aussi disent-ils, si les Hébreux sont venus à Antananarivo, c'est que tout comme Jérusalem, ce lieu est entouré de douze collines considérées comme saintes par les Anciens monarques de l'Imerina, où l'on invoquait et priait Zanahary le Dieu unique en faisant des sacrifices d'animaux.

Selon eux, leurs ancêtres auraient quitté la Judée entre 597 et 587 , et auraient été déportés de Jérusalem à Babylone par Nabuchodonosor.

Ils affirment aussi que les anciens rois de l'Imerina sont d'origine juive: le nom d'enfance du roi Andrianampoinimerina, par exemple, Imboasalama, est interprété comme venant de l'hébreu Im be hou shalayim signifiant "avec et en lui est la paix". Ce souverain vécut à Besakana interprété là aussi comme venant de l'hébreu be shakan (« dans la demeure »).

Le Roi Andrianampoinimerina avait aussi avec lui des Antemoro Anakara qui avaient enseigné l’écriture sorabe au futur roi Radama Ier. Ces scribes sont d’ailleurs supposés avoir proposé le nom de ce prince (Ra+adama de adama « l’homme » en hébreu) et ont beaucoup participé à l'enrichissement de la langue et de la culture des Hautes Terres depuis le palais royal.