Alice Ayres, née le à Isleworth et morte le à Southwark en Londres, est une nurse anglaise connue pour avoir secouru trois enfants prisonniers d'un feu de maison. Ayres était une domestique et nourrice dans la famille de son beau-frère et de sa sœur, Henry et Mary Ann Chandler. La famille Chandler était propriétaire d'un magasin de peinture et d'huile à Union Street dans le quartier Southwark au sud de Londres, et Ayres vivait avec la famille à l'étage. En 1885, l'incendie se déclenche dans le magasin et Ayres secourt trois de ses nièces de l'immeuble en feu avant de tomber d'une fenêtre et de succomber à ses blessures.

Au début de la révolution industrielle, la Grande-Bretagne traverse une période de grands changements sociaux dans laquelle les médias d'information, qui se développent rapidement, prêtent une attention grandissante aux classes pauvres. La façon dont Ayres est morte a suscité un grand intérêt auprès du grand public, et beaucoup de gens ont assisté à ses funérailles et participé au financement d'un mémorial. Bien que peu de choses soient connues sur sa vie, elle a été l'objet peu après sa mort d'une forte représentation dans la culture populaire et fut considérée comme un modèle de courage, phénomène décrit à l'époque comme une « canonisation laïque » (). Divers mouvements, notamment politiques, ont utilisé la personne d'Alice Ayres en la présentant comme un exemple des valeurs qu'ils défendent. Les circonstances de sa mort ont été déformées pour donner l'impression qu'elle était une employée prête à mourir pour défendre la famille de son employeur, alors qu'elle était en fait simplement très proche des enfants. En 1902, son nom a été ajouté au , monument londonien commémorant les anonymes ayant fait don de leur vie pour les autres. En 1936, , une rue proche du site de l'accident, a été renommée (« rue Ayres ») en son honneur.

Le film plusieurs fois récompensé Closer, entre adultes consentants (2004) et la pièce de théâtre de Patrick Marber (1997) sur laquelle le film est fondé ont largement contribué au changement de l'opinion publique sur l'histoire d'Alice Ayres. Un élément important de l'intrigue voit un des personnages principaux construisant son identité en se fondant sur la description faite d'Ayres sur le , où certaines scènes du film ont d'ailleurs été tournées.

Travail chez les Chandler Alice Ayres est née en 1859 dans une grande famille. Elle est la septième d'une famille de dix enfants. Leur père, John Ayres, est ouvrier. En décembre 1877, sa sœur Mary Ann (de onze ans son aînée) se marie avec un marchand d'huile et de peinture, Henry Chandler. Il possède une boutique au 194 à , à environ de l'actuel musée d'art contemporain .

En 1881, Ayres est employée de maison chez Edward Woakes, un docteur spécialisé dans les dysfonctionnements de l'ouïe et de la gorge (inscription requise). En 1885, elle devient employée de maison et nourrice chez les Chandler et vit dans la famille. Après sa mort, un voisin l'a décrite comme , et toujours très occupée par son travail. Un autre voisin a dit à la presse que . Il n'existe aucune déclaration d'Alice Ayres autre que celles données à l'hôpital après l'incendie d'. Tous les articles publiés dans la presse ont été faits selon la description de la famille ou des voisins après sa mort et dans un contexte de représentation de Ayres comme héroïne nationale et modèle de dévouement.

Incendie à

La boutique de Chandler à , comme représentée dans les illustrations de journaux contemporaines, était située à l'angle d'un bâtiment de trois étages. La famille vivait au-dessus de la boutique, Henry et Mary Ann Chandler occupant une chambre avec Henry, leur fils de six ans, et Alice partageant une chambre au second étage avec ses nièces Edith (cinq ans), Ellen (quatre ans), et Elizabeth (trois ans).

Dans la nuit du 24 avril 1885, l'incendie se déclenche dans la boutique et la famille se retrouve coincée tout en haut de l'immeuble. La poudre à canon et les tonneaux remplis d'huile stockés aux étages d'en dessous accélèrent la propagation des flammes. Bien que le magasin soit proche du siège de la et que les services d'urgence arrivent rapidement sur place, de grandes flammes sortent déjà des étages inférieurs à l'arrivée des pompiers, rendant impossible le positionnement d'échelles. Pendant ce temps, Ayres, en chemise de nuit, tente en vain de rejoindre sa sœur à travers la fumée. Malgré les cris de la foule réunie autour de l'immeuble la priant de sauter, elle retourne dans la chambre qu'elle partage avec ses sœurs, pose prudemment Edith sur un matelas et le jette par la fenêtre. De nouveaux cris la supplient de sauter mais elle quitte la fenêtre et rejoint Ellen pour la sauver. L'enfant refuse de sauter mais Ayres la lance par la fenêtre et un membre de la foule la rattrape. Ayres retourne alors une dernière fois dans la fumée pour sauver la dernière enfant, gravement blessée, qui saute par la fenêtre sur le matelas, saine et sauve.

Après avoir sauvé les trois filles Ayres essaie de sauter mais, dépassée par les inhalations de fumée, tombe maladroitement de la fenêtre en se cognant contre l'enseigne. Elle rate le matelas et la foule et s'écrase sur le trottoir, provoquant un traumatisme rachidien. Elle est emmenée rapidement au où, à cause de l'intérêt du public pour cette histoire, des bulletins de santé sont communiqués toutes les heures et la reine Victoria envoie une dame de compagnie pour s'informer de l'évolution de son état.

L'huile et la peinture présentes dans le magasin rendent la propagation du feu incontrôlable et lorsque les pompiers peuvent enfin entrer dans les locaux, ils trouvent le reste de la famille mort. Le corps de Henry Chandler est retrouvé dans l'escalier, tenant dans les mains le coffre-fort où sont gardées les recettes de la boutique, et le corps gravement brulé de Mary Ann Chandler est retrouvé gisant près d'une fenêtre du premier étage avec Henry, l'enfant de six ans, à ses côtés. L'état d'Alice Ayres se détériore et elle meurt le . sont considérés comme ses derniers mots. Contrairement aux affirmations de quelques articles de presse de l'époque, Ayres est bien consciente et lucide à l'hôpital et donne les détails de ses actions aux autorités. Elizabeth, la dernière des enfants à avoir été secourue, souffre de graves brûlures aux jambes et meurt peu après Ayres.

Funérailles Le corps de Ayres n'est pas transporté dans la morgue de l'hôpital mais dans une pièce qui lui est réservée. Le coût des fleurs et des couronnes est estimé à plus de (l'équivalent d'environ en 2011)Chiffres de l'inflation UK CPI basés sur les données de . Ayres est reconnue après sa mort par la Royal Society for the Protection of Life from Fire (aujourd'hui Society for the Protection of Life from Fire) qui récompense son père de 10 guinées (l'équivalent d'environ en 2011) en son honneur. La messe commémorative a lieu à la cathédrale du Saint-Sauveur (devenue la « cathédrale de Southwark »), elle attire une foule tellement grande qu'une partie doit partir à cause du manque de place. La collecte organisée permet de réunir , soit plus de . Cette immense célébration réunit plus de . Son cercueil est transporté de la maison de ses parents au cimetière de Isleworth par une équipe de 16 pompiers se relayant quatre par quatre. L'office est célébré par un groupe de 20 filles vêtues de blanc venant de l'école de village dans laquelle Ayres est allée. Il est prévu qu'elles suivent le cercueil jusqu'au tombeau en chantant mais elles sont finalement empêchées par une sérieuse averse de grêle.

Henry et Mary Ann Chandler sont eux enterrés au cimetière de Lambeth avec les deux enfants mortes dans l'incendie. Edith et Ellen Chandler sont acceptées dans une école pour orphelins dans le quartier londonien Kentish Town, l', où elles sont formées au travail de domestique.

Mémorial right|thumb|upright|Tombe d'Alice Ayres.|alt=Un grand obélisque rouge à quatre côtés entouré de pierres tombales beaucoup plus petites. Peu de temps après l'incendie, un monument est érigé en l'honneur de Ayres, financé par une collecte de fonds. En août 1885, (l'équivalent d'environ en 2011). Les travaux sur le mémorial commencent le 15 août 1885. Le monument est érigé sur sa tombe au cimetière d'Isleworth. Il est inspiré par l'aiguille de Cléopâtre, érigée dans le centre de Londres en 1878. Il a la forme d'un robuste obélisque en granite rouge de et constitue encore aujourd'hui la plus grande pierre tombale du cimetière. Il est écrit sur le devant :

Le côté droit liste le nom des dix membres du , présidé par le révérend H. W. P. Richards. L'histoire de Ayres, dès le début, provoque un grand intérêt auprès du public : l'incendie, la mort de Ayres, ses funérailles et la collecte de fonds sont rapportés en détail dans la presse locale et nationale de l'Empire britannique.

Hommages Le gouvernement britannique porte traditionnellement peu d'attention aux pauvres mais à l'aube de la révolution industrielle, l'attitude à l'encontre des actions des classes les plus faibles change. La traditionnelle économie féodale laisse place au développement des chemins de fer, à la mécanisation de l'agriculture et aux nouvelles usines situées aux cœurs des villes, qui ont besoin de main-d’œuvre, permettant ainsi le développement rapide des villes, , et l'alphabétisation croissante conduit également à un intérêt plus grand de la part des travailleurs pour les médias et les faits d'actualité, . En 1856 est instituée la croix de Victoria, première distinction militaire à récompenser des actes de bravoure sans distinction de grade. En 1866, la médaille Albert récompense elle pour la première fois les civils de toutes classes. Un certain nombre d'organisations privées de bienfaisance dédiées à sauver des vies telles que la (1776) et la (1824) augmentent dans le même temps leurs activités et leurs poids, et distribuent des médailles et récompenses pour faire connaître leurs activités.

Le peintre et sculpteur George Frederic Watts et sa seconde épouse, la designer et artiste Mary Fraser Tytler, ont longtemps défendu l'idée que les arts étaient source de transformation sociale et que les récits d'exploits aident à répondre aux graves problèmes sociaux des villes britanniques. Watts avait peint il y a peu une série de portraits de personnalité qu'il considérait comme ayant une influence sociale positive, le « », qui a été donné au Sandy Nairne, dans ; depuis 1866 au moins, il proposait comme pièce complémentaire un monument à la , célébrant la bravoure des gens ordinaires.

Le 5 septembre 1887, une lettre écrite par Watts est publiée dans le . Il y propose un projet pour commémorer le jubilé d'or de la reine Victoria par la création d'. Comme exemple du type d'événement qu'il propose de commémorer, il cite la mort d'Alice Ayres, et inclut dans sa lettre un compte-rendu déformé de ses agissements lors de l'incendie d'Union Street.

Représentation dans l'art et la littérature right|upright|thumb|The Union Street Fire, Walter Crane.|alt=Gravure en noir et blanc stylisée dans le style de Edward Burne-Jones. Une femme pose héroïquement dans une large robe blanche, debout à la fenêtre et tenant un enfant dans ses bras. Un pompier grimpe à une échelle, à peu près au niveau de la fenêtre, tendant les bras pour l'attraper. Un marin de la en uniforme, plus bas sur l'échelle, tient un enfant dans ses bras. Le poème d'Emilia Aylmer Blake est probablement le premier à être écrit sur Alice Ayres. Il est intitulé Alice Ayres et est lu lors d'une rencontre en juin 1885. Plusieurs autres poèmes ont été écrits en hommage à Ayres, comme celui de Sir Francis Hastings Doyle, très bien accueilli ou celui de la féministe Laura Ormiston Chant. À la fin des années 1880, Ayres devient un réel modèle britannique de dévouement et son histoire est présente dans les collections de récits héroïques racontés aux enfants, et notamment dans de F. J. Cross, dans lequel il écrit : .