Le Sin Moo Hapkido (en ) est un art martial dit coréen. Cependant, même si la fondation de cette discipline date de 1983 en Corée, par Ji Han-Jae (en ), son premier lieu d'enseignement a été les États-Unis à Daly City, Californie, en 1984 d'où il s'est diffusé depuis de par le monde.
Définition
Le Sin Moo Hapkido est un art martial qui combine des techniques de frappe avec les pieds et les membres supérieurs, de projection et de contrôle articulaire. Bien que cet art martial soit un proche parent du Hapkido, il comporte un plus grand travail sur la méditation, les philosophies orientales (manière de vivre) et le développement du Ki. Le terme Hapkido est souvent traduit du Coréen par « la voie de l'union des énergies », qui renforce les techniques physiques qui font la renommée du Hapkido.
Le fondateur du Sin Moo Hapkido, Ji Han Jae, explique le sens du nom de son Art différemment : « Sin » signifie « esprit élevé », « Moo » est le mot employé pour dire « art martial », « Hap » signifie « union », « Ki » est le mot qui désigne l’énergie, ou plus précisément, le « souffle qui connecte corps et esprit », et « Do » est la voie par laquelle on atteint cet objectif. Sa définition du Sin Moo Hapkido est donc « la voie de l'union entre les énergies physique, mentale et spirituelle par une pratique martiale élevée », dont l'objectif est d’atteindre un état d’existence plus élevé comme l'illumination chez les bouddhistes ou chez les taoïstesBradley Sean (2010). « The Pineal Gland’s Biochemical Function in the Fighting and Meditative Arts Exemplified in Korean Sinmoo Hapkido » Journal of Asian Martial Arts 19 (2) : 28-29..
Histoire
Prémices
En 1983, Ji Han-Jae (né en 1936) était l'un des plus grands Maîtres de Hapkido au monde : c'est à lui que l'on doit notamment les techniques de respiration, de coups de pied (mises en place en 1961 avec l'aide de Kim Moo Hong), de bâton, de foulard et de canne, et même le nom du Hapkido (donné en 1958), autrefois appelé Hapki Yukwonsul par son maître Choi Yong Sul. Ces techniques ajoutées par Ji Han-Jae lui venaient entre autres du Samrangdo qu'il avait appris de Maître Lee dit "le Taoiste". D'après Ji Han-Jae, le Samrangdo est un ancien art martial qui préexistait à la Corée et a été intégré à l'instruction des guerriers dans les Structures éducatives des Trois Royaumes. Il serait notamment à l'origine du Taekkyon, et lié au Sundo, autre art pré-coréen.
C'est aussi dans les années 1980 que Ji arriva au bout de son voyage spirituel. Après la fondation du Hapkido, il avait continué de s'instruire, auprès de l'instructeur de Maître Lee, que tout le monde appelait Grand-Mère en raison de son âge avancé. Cette nonne, qui dirigeait un centre de soins, lui enseigna la voie spirituelle du Samrangdo, à la demande de Lee qui ne lui avait transmis que les aspects physique et mental de son art. Elle lui donna de nouveaux exercices de méditation, de mantra (en coréen "Yeombul" : 염불) et de "Kihap Sul", afin de terminer sa formation. Ji avait notamment travaillé au service du Président Park Chung-Hee, à la fois pour le développement de l'art militaire du Hapkido, et pour l'entraînement des gardes du corps et forces spéciales coréennes. Après la chute du régime en 1979, il devint donc une cible pour le nouveau pouvoir en place, et en 1980, il fut condamné à une peine d'un an de prison. C'est dans sa cellule qu'il termina l'entraînement méditatif que lui avait donné Grand-Mère.
Genèse
Le Sin Moo Hapkido a été fondé en 1983 à Séoul, en Corée du Sud par Dojunim Ji Han-Jae puis diffusé avec l’assistance de Merrill Jung ainsi que d’autres membres de l’Association de Hapkido de Californie du Nord. Le programme d’étude était basé sur les anciens programmes de Hapkido, auxquels il ajoutait les enseignements plus récents que Ji avait reçus de Grand-Mère. Bien que fondée à Séoul, la première école officielle de Sin Moo Hapkido ne fut pas ouverte avant 1984, à Daly City (ville proche de San Francisco), en Californie (la situation politique en Corée était devenue périlleuse pour Ji). Là bas, Ji Han Jae commença à enseigner son nouvel art, assisté par Merril Jung et Yung Freda. Bientôt, des artistes martiaux du monde entier vinrent s'entraîner dans son école, parmi lesquels l'Américain Kenneth MacKenzie et le Suisse Jürg Ziegler. Au fil des années, le Sin Moo Hapkido se diffusa dans le monde : en 1990 eut lieu le premier stage international à San Francisco, puis Jürg Ziegler introduisit l'art en Europe et fonda l'European Sin Moo Hapkido Association ; en 1995, Jürg Ziegler organisa avec Ji Han-Jae et Yung Freda le premier stage de Sin Moo Hapkido en Europe (à Wil, en Suisse), auquel participa Nicolas Tacchi, résidant en France Sinmoo Hapkido Curriculum Handbook, Dr. Sean Bradley, 2012 .
Développement
En 1997, Ji Han-Jae donna le tout premier stage organisé dans l'hexagone, au cours duquel il nomma Nicolas Tacchi responsable du Sin Moo Hapkido pour la France. Entre 1997 et 2003, c'est Jürg Ziegler qui anima les principaux stages de Sin Moo Hapkido en France, afin d'aider Nicolas Tacchi à y implanter cette discipline nouvelle. Ji revint enseigner en France en 2003 et 2006, après quoi il nomma Nicolas Tacchi responsable du Sin Moo Hapkido pour l'Afrique, où celui-ci donna de nombreux stages pour diffuser l'art martial. En 2009, une délégation française fut envoyée à Winterthur en stage avec Ji Han-Jae et Jürg Ziegler, et en 2010, lors d'un stage à Cheonan (Corée) au cours duquel il désigna ses successeurs, Ji Han-Jae donna à Nicolas Tacchi la responsabilité de l'ensemble des pays francophones, que ce dernier assuma en fondant la Fédération Francophone de Sin Moo Hapkido. Depuis 2014, Ji Han-Jae a chargé ses meilleurs élèves de prendre en main l'avenir du Sin Moo Hapkido en développant leurs propres styles de Sin Moo : ainsi ont émergé les "Kwan", styles de Sin Moo Hapkido dirigés par cette nouvelle génération de Maîtres.
Il est important de comprendre que, contrairement au Hapkido qui s'est d'abord développé en Corée puis exporté aux États-Unis et enfin dans le reste du monde, le Sin Moo Hapkido a été enseigné d'abord en Occident, notamment en Amérique et en Europe. C'est pour cette raison que les plus grands Maîtres de Sin Moo Hapkido sont américains et européens, et non coréens comme l'étaient les premiers Maîtres de Hapkido. Le Sin Moo Hapkido, bien qu'initié en Corée, était en fait dès sa naissance un art martial international.
L'Art martial
Le Sin Moo Hapkido enseigne une philosophie de non-violence, de développement personnel, d’adaptation et d’équilibre physique et émotionnel, parallèlement à l’entraînement basique du Hapkido. De plus, Le Sin Moo Hapkido formalise des séries de techniques, bien qu’à un haut niveau, on attende des élèves qu’ils synthétisent leur propre travail. L’utilisation de la circulation de l’énergie est également importante dans le Sin Moo Hapkido.
Hap Ki Do
Comme expliqué plus haut, "Hap" (合) signifie union, coordination, harmonie.
Le terme "Ki" (氣) est quant à lui plus ambivalent. Dans le contexte des arts martiaux, il convient de le voir comme la connexion entre le corps et l'esprit, définition vague qui couvre à la fois les aspects énergétiques de la médecine et de la philosophie orientales, l'efficacité bio-mécanique résultant d'une parfaite coordination des mouvements par la pensée, et la capacité de concentration de toute la volonté sur une seule action. Une image simplifiée mais plus claire utilisée dans le Sin Moo Hapkido pour décrire le Ki aux occidentaux, est de l'assimiler à la conjonction des hormones sécrétées par nos organes internes, notamment l'adrénaline (produite au niveau des glandes surrénales), et de l'oxygène issu de la respiration. Les hormones et l'oxygène sont responsables de la bonne marche de nos fonctions vitales, et l'adrénaline nous rend plus fort, plus rapide, plus résistant à la douleur, et elle focalise notre attention sur une unique chose : notre survie. Voilà l'interprétation du Ki en Sin Moo Hapkido.
Enfin, le mot "Do" (道) peut se résumer par Voie, cheminement. Ici, on pourra le voir comme un processus, une façon d'être..
Sin Moo
"Moo" (武) se traduit très simplement par "martial". Ce mot désigne ce qui a trait au combat et à la guerre voir https://www.youtube.com/watch?v=iE0yj3DGG0k .
Le terme "Sin" est, quant à lui, plus difficile à expliquer clairement. Autrefois, Ji Han-Jae utilisait l'idéogramme moderne 神, qui désigne l'esprit supérieur, le divin. Cependant, le Sin Moo Hapkido n'ayant pas pour objet la religion, cette première interprétation a été mise de côté pour préférer un idéogramme plus ancien, issu du texte antique appelé "Samil Sin Go" (élément majeur de la spiritualité coréenne), et désignant un état d'existence plus élevé et éclairé. L'idée est simplement de se sentir plus calme, serein, débarrassé des pensées négatives..
Les techniques
Dans un souci de complétude et d'adaptabilité du pratiquant, le Sin Moo Hapkido englobe un large éventail de techniques d’étranglement, de contrôle articulaire (soumission), de projection, de détournement de la force de l'adversaire, de coup de pied, de frappe des membres supérieurs, d'esquive, de blocage, de points de pression, d’armes et de maîtrise de la circulation de l’énergie. Certains styles enseignent également différents degrés de combat au sol, allant de la simple autodéfense jusqu'à la soumission totale de l'adversaire.
Le Sin Moo Hapkido formalise des séries de techniques, et comprend plusieurs séries spéciales qui sont sa "marque de fabrique". Parmi elles, on distingue notamment les "9 steps" qui sont des techniques de déséquilibre pour débutants, les "8 clés de bases" enseignées pour chaque ceinture et qui forment la base de l'autodéfense en Sin Moo Hapkido, les "25 coups de pied de base", travaillés dès le programme de ceinture verte, qui développent à la fois la condition physique et la technique de coup de pied, les "8 spin kicks" de la ceinture bleue, les "20 frappes", enseignées au niveau ceinture rouge contre coup de poing, les "10 best of" du programme de défense contre couteau à la ceinture marron, et les "30 attaques", synthèse des techniques de combat à mains nues, enseignées au niveau quatrième dan.
Techniques de clés articulaires
Adaptées du Daitōryū aikijūjutsu par Choi Yong Sul et Ji Han-Jae, les techniques de clé articulaire sont d’abord utilisées pour contrôler un agresseur. Outre les fameuses clés de coude et de poignet, le Sin Moo Hapkido enseigne également des clés à appliquer sur d'autres articulations comme l'épaule, la nuque, le genou, ou les doigts. Dans la plupart des cas, la technique consiste à exercer une pression dans le sens naturel de l’articulation, mais en la forçant à aller plus loin qu’elle le fait normalement, ou bien de forcer l’articulation dans un sens contraire à celui qui lui est propre. Ces techniques peuvent s’utiliser pour soumettre l’adversaire par la douleur, pour l'immobiliser ou le forcer à se déplacer (très utilisé par les forces de l’ordre), pour préparer une projection, ou encore pour déboiter ou casser une articulation. À la base, elles sont défensives, mais à un niveau plus avancé de pratique, elles peuvent être utilisées en tant qu’attaques. Par exemple, au quatrième Dan de la ceinture noire sont enseignées trente techniques spéciales d’attaque utilisant des variantes et des combinaisons de clés articulaires basiques, appelées "30 attaques".
Projection, détournement de la force de l'adversaire, esquives et blocages