Dion de Syracuse (né en 408 av. J.-C. à Syracuse et mort en 354 av. J.-C. dans la même ville) est un homme politique grec en Sicile et un élève de Platon. Dans sa ville de naissance, Syracuse, il établit à la fin de sa vie, et pour peu de temps, un pouvoir de type tyrannique. Qu'il se soit en cela inspiré des principes de la théorie platonicienne de l'État, est controversé.

Famille Il est le fils de Hipparinos, notable Syracusain. Il a une sœur, Aristomache, et un frère ainé, Megacles. Vers -375, il épouse sa nièce, Arété, la fille de Denys l'Ancien et d'Aristomache. De cette union, ils ont deux fils;

Hipparinos, né vers -370, décédé en -354; Aretaios, né en -354.

Enfance et jeunesse Hipparinos, le père de Dion, était un citoyen des plus nobles et admirés à Syracuse. Déjà avant la prise de pouvoir du tyran Denys l'Ancien, il était son ami et son confident. En 398, alors qu'il était déjà tyran, Denys épousa Aristomaque, une fille d'Hipparinos et une aînée de Dion. Dion épousa plus tard (vers 375) un des fruits de ce mariage, sa nièce Arété ; il était donc à la fois beau-frère et neveu par alliance du tyranBerve, .Nails, .Nails, .. Hipparinos mourut quand ses enfants étaient encore mineurs. C'est alors Denys qui les prit sous tutelle et Dion grandit dans l'environnement du tyran. C'est à cette époque que Denys, dans des combats contre Carthage, l'ennemi traditionnel de Syracuse, plaça une grande partie de la Sicile sous sa domination.

Quand le philosophe Platon se rendit à Syracuse vers 389-388 – date controverséeNails, p. 129 et 247 ss. – il rencontra le jeune Dion ; ils scellèrent ensemble une amitié qui durerait toute leur vie. Une légende tardive, selon laquelle Denys l'Ancien aurait lui-même entrepris d'inviter Platon à Syracuse, est invraisemblableBerve, .. C'est en effet Dion qui obtint que le philosophe fût reçu par le tyran. Leur entretien fut ouvertement inamical, et peu après, Platon quitta la régionStroheker, .Trampedach, .Breitenbach, .Berve, ..

Politicien à la cour du tyran Platon assure que Dion devint un adepte convaincu de sa philosophie, laquelle réprouvait fondamentalement la tyrannie. Dion serait donc en opposition avec son oncle et, en conséquence, haï de la courPlaton, Septième lettre, 327, a-b.Nails, .Berve, .. Mais par ailleurs les sources montrent que la relation de Dion et Denys était excellente ; il bénéficiait de la pleine confiance du tyran, qui lui confia des responsabilités importantes, dont une ambassade à CarthageStroheker, .Trampedach, .. Denys ordonna aussi à son trésorier de payer tout ce que Dion souhaiterait. Il le considérait comme son gendre. Dion acquit ainsi à cette époque un patrimoine si important qu'il permit plus tard, à lui seul, de recruter et financer une armée de mercenairesBerve, .Breitenbach, .Sprute, ..

Quand le tyran fut atteint en 367 d'une maladie mortelle, la question de la succession n'était pas claire, car son fils aîné Denys II de Syracuse n'avait pas été préparé à gouvernerNails, .Stroheker, .. Denys II n'était pas un fils d'Aristomaque, la sœur de Dion, mais était le fruit d'un autre mariage de son père. D'Aristomaque Denys l'Ancien avait eu de nombreux enfants, dont deux fils encore jeunes à cette époque. Dion essaya en vain de persuader le tyran à l'agonie d'établir une règle de succession, qui départagerait le pouvoir entre ces enfants, ce qui lui aurait conféré à lui-même une position puissanteSprute, .Trampedach, .von Fritz, .Berve, .. Après que la décision fut prise, d'un règne sans partage de Denys II, Dion réussit rapidement, malgré sa rivalité avec le nouveau maître, à préserver sa place à la cour. Cela lui fut favorable, que son adversaire politique Philistos, un aristocrate éminent, qui était tombé en disgrâce auprès de Denys l'Ancien, se tint en retraitNails, .Stroheker, .. De plus les liens généalogiques entre Dion et Denys II étaient serrés : la femme de ce dernier, Sophrosyne, était une sœur d'Arété, la compagne de Dion ; et Sophrosyne était aussi la nièce d'Aristomaque, la sœur de Dion.

Dion poussa le nouveau tyran à inviter Platon à la cour comme conseiller ; il pouvait espérer en tirer un renforcement de son influence. Il présenta l'affaire à Platon en lui montrant que c'était là l'occasion d'accorder les rapports de force politiques à sa philosophie de l'État. C'est ce qui aboutit au second voyage de Platon en Sicile, en 366. Denys II était cependant méfiant ; pour apporter un contre-poids au parti de Dion, il convoqua à la cour, avant l'arrivée de Platon, Philistos, le dirigeant de l'oppositionStroheker, .Breitenbach, .Berve, .. Quand Platon entra en scène, la cour était donc d'ores et déjà parcourue d'une forte tension entre les deux partis opposésNails, ..

Déjà à l'époque Dion avait en perspective, soit, avec l'aide de Platon, de faire basculer Denys sous son influence, soit de le renverserBerve, .Sprute, .von Fritz, , note 110.. Puisque Denys s'intéressait, au moins superficiellement, à la philosophie, et qu'il était fortement impressionné par la personnalité de Platon, la première possibilité semblait être accessible. Restait cependant le parti de Philistos, pour qui cette alternative aurait signifié la défaite, et qui essaya donc de convaincre Denys que Dion ne cherchait, avec la philosophie, qu'à le distraire de la politique, pour engager ses propres neveux dans cette voie, voire s'emparer lui-même du pouvoir. Dion écrivit une lettre aux puissants de Carthage, où il leur tirait sa révérence comme conseiller et messager pour les transactions antérieures avec Denys. Cette lettre fut interceptée et atterrit dans les mains du tyran, qui la lut à Philistos. Sur quoi, Denys inculpa Dion de trahison envers le pays et le bannitPlaton, Septième lettre, 329, c.Plutarque, « Vie de Dion », 14-15.. À la fin de l'été 366, Dion partit pour la Grèce. En raison de ses nombreuses relations, pour certaines éminentes, amis et fidèles, dont Platon et la femme du tyran, son absence ne devait être que provisoire et sa fortune ne fut pas confisquée. L'année suivante, Platon quitta la région à son tour.

Exil grec En Grèce, Dion fut mieux accueilliNails, p. 131.Trampedach, p. 111.Berve, p. 43-44.. À Corinthe, où il vécut longtemps, il rencontra la sympathie ; à Sparte, il reçut les droits du citoyen, bien que les Spartiates fussent liés au tyran de Syracuse ; à Athènes, il entra dans l'académie de PlatonPlutarque, « Vie de Dion », 17.. Puisque ses revenus affluaient, à partir de son patrimoine de Syracuse, il avait un grand train de vie. Bientôt il espéra obtenir le retour dans sa patrie. En 361, Platon se rendit en Sicile pour la troisième fois, sur l'invitation de Denys, et pour obtenir la réhabilitation de Dion. Denys voulait rallier Platon à sa propre cause, mais l'intention de Platon était au contraire d'aider son ami Dion. Dans le sillage de Platon se trouvaient quelques-uns de ses élèves, dont Speusippos et Xénocrate. Speusippos, futur successeur de Platon comme scholarque, était un radical défenseur de Dion. Il recueillit dans la ville des informations concernant l'avis des habitants, pour évaluer les chances de réussite d'un renversement du tyran par la force, ce qui, selon toute apparence, ne resta pas caché à DenysTrampedach, .von Fritz, .Berve, .. La méfiance qui en résulta plaça Platon dans une situation difficile. Il n'était plus question dans une telle situation d'une amnistie de Dion, et au contraire Denys confisqua les possessions de Dion restées à Syracuse. Par ailleurs, Denys ordonna à sa demi-sœur Arété, la femme de Dion, qui était restée au pays avec son fils Hipparinos, de rompre son hymen et d'épouser Timocrate, un haut gradé de l'armée et favori du tyran. Nous ne savons pas vraiment si cet ordre fut suivi ou nonNails, .Berve, .. En tout cas, dans ces conditions, une réconciliation des rivaux était impensable. Ainsi Platon, ayant échoué, repartit l'année suivante.

Retour et victoire militaire

Lors de son voyage de retour, Platon rencontra Dion à Olympie et lui rendit compte de l'échec auquel ses efforts avaient abouti. À ce stade du conflit, Dion, qui avait déjà auparavant eu le rôle d'agitateur contre DenysSprute, ., ne pouvait plus envisager qu'une solution militaire. Il commença à engager des mercenaires et fit face, dans l'académie, à un point de vue très critique. Platon, qui était lié par les règles de l'hospitalité que Denys lui avait accordée, se tint en retrait, mais il toléra la participation de ses élèves à l'entrepriseSprute, .Trampedach, .von Fritz, .Berve, .. Syracuse était certes la plus grande puissance militaire du monde grec à l'époque, mais Speusippos informa Dion qu'au vu de l'impopularité générale à laquelle le tyran était sujet, une petite troupe suffirait pour le coup d'État, car l'attaquant trouverait en Sicile des soutiens importantsBerve, .von Fritz, ..

Du point de rassemblement, sur l'île de Zakynthos, Dion fit voile en 357 avec environ sur cinq bateaux. L'expédition n'était constituée que de deux à trois douzaines de Grecs de SicileBerve, .. La petite flotte accosta en Sicile dans une crique à l'ouest, à Héracléia Minoa, une ville sous contrôle des Carthaginois. Ceux-ci étaient des ennemis traditionnels des Grecs siciliens et en particulier des Syracusains. Pourtant Dion semble avoir établi une relation de confiance à long terme avec euxSprute, .Berve, .. Les Carthaginois accueillirent bien les troupes, les entretinrent et leur apportèrent un soutien logistique. Denys était parti pour l'Italie du Sud avec sa flotte, attendant une attaque de ce côté-là ; cela obligeait Dion à une avancée rapide. Un nombre important de cités se détournèrent du pouvoir de Denys et rejoignirent le soulèvement de Dion, de sorte que l'armée s'agrandit de quelque mille hommes. À Syracuse, Denys, absent, n'avait presque plus de soutiens, les habitants de la ville se soulevaient contre lui. Les Syracusains réservèrent à Dion un accueil enthousiaste et l'élurent, avec son frère Mégaclès, chef de l'armée avec un pouvoir illimitéPlutarque, « Dion », 29 : .. C'est seulement dans la garnison, qui se trouvait sur l'île d'Ortygie, que les soldats du tyran pouvaient se réfugier. C'est là que Denys, entretemps mis au fait de la défaite, se retrancha et entreprit des tractations avec Dion, lesquelles avortèrent sans succès.

Une attaque surprise des soldats de Denys fut repoussée dans des combats difficiles. Le tyran se trouvait dans une situation plutôt favorable : il pouvait se reposer sur les troupes de son commandant Philistos, sa flotte dominait l'espace maritime, et il avait sous son pouvoir la sœur, la compagne et le fils de Dion. Cette situation se renversa quand arriva de Grèce, à la rescousse de Dion et des Syracusains, une flotte dirigée par Héraclide de Syracuse. En tant que navarque, Héraclide prit le commandement des forces navales syracusaines. Il mena une bataille navale qui aboutit à sa victoire et à la mort de Philistos. Sur quoi, Denys recommença des négociations de paix, afin d'obtenir pour lui-même un départ libre d'Ortygie ; il essayait apparemment de sauver une partie de son pouvoir et de ses possessions, à défaut de la villeBerve, .von Friz, .. La certitude de la victoire fit échouer le traité. Finalement, Denys put fuir Ortygie avec quelques vaisseaux, chargés de trésor, sans abandonner la garnison : une partie de ses troupes resta avec les parents de Dion tenus en otages.

Guerres extérieures et dissensions intérieures