vignette|Fers d'esclave.
L'esclavage est un système de domination et d'exploitation dans lequel des individus sont privés de leur liberté, de leurs droits fondamentaux et de leur personnalité juridique, les réduisant au statut de biens ou de propriété appartenant à d’autres. Ce crime, reconnu comme une violation grave des droits de l’homme, repose sur des pratiques coercitives, telles que la contrainte physique, psychologique ou économique, pour maintenir une soumission totale. L’esclavage se manifeste sous diverses formes, notamment le , l’esclavage sexuel, la servitude pour dettes, ou encore la traite des êtres humains. Condamné par les conventions internationales, il représente l’une des atteintes les plus graves à la dignité et à l’égalité humaine, perpétuant des injustices historiques et contemporaines à travers le mondepuni par des années d'emprisonnement.vignette|redresse=0.7|L'Esclave rebelle, Michel-Ange, .
Le propriétaire d'un esclave est quant à lui appelé maître. Défini comme un par AristoteÉthique à Nicomaque, VI, chap. VIII-XIII., l’esclave se distingue du serf, du captif ou du forçat (conditions voisines dans l'exploitation) par l'absence d'une personnalité juridique propre« Servage », Encyclopédie Larousse.. Des règles (coutumes, lois…) variables selon le pays et l’époque considérés, fixent les conditions par lesquelles on devient esclave ou on cesse de l'être, quelles limitations s'imposent au maître, quelles marges de liberté et protection légale l'esclave conserve, quelle humanité (quelle âme, sur le plan religieux) on lui reconnaît L'affranchissement d'un esclave (par son maître ou par l'autorité d'un haut placé) fait de lui un affranchi, ce qui lui donne un statut proche de celui de l'individu ordinaire. Un esclave en fuite qui a échappé à son propriétaire est appelé marron.vignette|Esclaves sur le pont d'un navire, vers 1900.
Au fil des siècles, trois commerces à grande échelle, les traites négrières, ont prospéré en s'approvisionnant spécifiquement sur le continent africain : la traite orientale ( de déportés, sur .), dont la traite dite arabe était la composante principale, la traite intra-africaine ( de déportés, sur plusieurs siècles, et qui a lieu majoritairement au Mémoire de la traite négrière, Marcel Dorigny, www.monde-diplomatique.fr, novembre 2007), et la traite atlantique ( de déportés, dont sur ). Les estimations sont parfois contestées, surtout pour le nombre de victimes de la traite intra-africaine. En tout cas l'impact sociologique, culturel et économique, tant dans les régions esclavagistes qu'en Afrique, où se trouvaient les trois grandes villes du trafic d'esclaves : Tombouctou, Zanzibar et Gao, est particulièrement important, et les trois traites restent fortement gravées dans les mémoires.
L'abolition de l'esclavage devient une cause moderne avec la controverse de Valladolid, à partir de 1550, mais ne progresse vraiment qu'à partir de la protestation de Germantown en 1688. La Révolution française abolit l'esclavage le 4 février 1794, mais Napoléon le rétablit en 1802-1803. Cependant, quelques années plus tard, Napoléon abolira officiellement la traite des Noirs en 1815. La Deuxième République abolira l'esclavage sur tous les territoires français, par le décret du .
Les abolitions dans le reste du monde se feront à la fin du , et au . L'esclavage est officiellement interdit par les différentes déclarations des droits de l'homme, et notamment par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966.
La Mauritanie a interdit officiellement l'esclavage, en 1981, avec des poursuites pénales contre les propriétaires d'esclaves établies en 2007. Le Niger a lui interdit l'esclavage depuis 1999 et l'a criminalisé depuis 2003Le Niger compte ses esclaves mais il restait encore en 2015 des milliers d'adultes et d'enfants (environ ) qui étaient la propriété d'une personne ou d'une familleEsclavage au Niger: le combat pour la liberté. En 2019, environ de personnes, dont 26 % d'enfants, étaient encore réduits en esclavage dans le monde malgré l'illégalité de cette pratique. Plus de 50 % des esclaves servent de main-d'œuvre forcée, généralement dans les usines et les ateliers clandestins du secteur privé de l'économie d'un pays. Dans les pays industrialisés, la traite des êtres humains est une forme moderne d'esclavage ; dans les pays non industrialisés, la servitude pour dettes est une forme courante d'asservissement, tels que les domestiques captifs, les personnes dans des mariages forcés et les enfants soldats.
Étymologies vignette|Atlantes représentant des esclaves musulmans capturés par Charles Quint lors de la conquête de Tunis, Palerme (Italie), .
Le terme moderne « esclavage » vient du latin médiéval sclavus : le mot « esclave » serait apparu au haut Moyen Âge à VeniseCf. pour l'étymologie du mot « slave » Alberto Manco, « On the toponym Schiava ‘slave’ », Indogermanische Forschungen 113, 2008., où la plupart des esclaves étaient des Slaves des Balkans (alors appelés Esclavons, terme issu du grec médiéval , pluriel de ), dont certains furent vendus jusqu'en Espagne musulmane où ils sont connus sous le nom de SaqālibaFrancis Conte, Les Slaves, Bibliothèque de l'Évolution de l'Humanité, Albin Michel, 1996, ..
Rome pratiquant l'esclavage, comme d'autres peuples antiques, le latin disposait de plusieurs termes pour désigner l'esclave selon son statutDans la Rome antique, les esclaves sont généralement appelés serui.
Le mot uilicus désigne un intendant ou régisseur de condition servile (souvent un ancien esclave ou un « mignon » récompensé) qui a la responsabilité d'une exploitation agricole (uilla) et sous ses ordres des esclaves (seruus/serui).
La uilica issue des esclaves, et concubine du uilicus, doit s'occuper d'un certain nombre de tâches dans la uilla, qui n'est pas le travail de production.
Les monitores ou les operum magistri (sorte de contremaîtres ou « kapos ») sont des esclaves gradés travaillant sous la responsabilité du uilicus et assurant l'encadrement des travailleurs et autres esclaves (serui et operarii).
Les esclaves non-enchaînés sont appelés soluti.
Les compediti, les uincti ou les adligati (selon leurs fonctions) sont des esclaves enchaînés, et ceux enchaînés en permanence sont généralement appelés serui uincti ou serui rustici.
Dans l'économie pastorale, les esclaves-bergers (seruitia) sont en général d'origine gauloise et encadrés par un magister pecorum, lui-même esclave.
A tous ces hommes sont adjoints des femmes-esclaves (des conserua) chargées de préparer leur nourriture, de procréer et d'abattre autant de travail qu'eux. Elles sont affranchies quand elles ont mis au monde plus de trois enfants mâles.
Les esclaves nés au domaine agricole ou dits « esclaves de naissance » sont appelés uernae.
Martin René, « Familia rvstica : les esclaves chez les agronomes latins », lire en ligne mais celui que l'on retient généralement est le mot servus qui a conduit aux termes « servile » et « servitude », relatifs à l'esclave et à sa condition. Ce mot a aussi donné naissance aux termes « serf » du Moyen Âge et aux modernes « service » et « serviteur ».
Définitions Nommer l'esclavage est difficile. La notion peut s'approcher, mais elle stigmatise, prétendant par sa seule utilisation identifier quelqu'un, et le terme est souvent refusé par qui subit l'esclavage. Ainsi Nicey Pugh, une de ces femmes qui, un jour de 1936, recevant des enquêteurs de l'État fédéral aux États-Unis qui voulaient recueillir le témoignage des derniers esclaves encore vivants leur répondit : Et une autre femme, Abina Mansah, qui, en 1876 devait expliquer à un juge de l'Empire Britannique au Ghana si elle avait été esclave, lui a répondu qu'on lui avait dit qu'elle était esclave de son maître, et, l'apprenant, avait voulu fuir. Zhang Rhu un des meneurs d'une révolte en Chine à la fin de la dynastie Ming au , répondant au juge qui lui demandait les motifs de l'insurrection, dit : Enfin, l'un des plus célèbres d'entre eux, Ésope, dont les histoires ont inspiré Socrate, Marie de France (poétesse) et tant d'autres, disait de lui-même : -.vignette|redresse=0.7|Jeune esclave noir, bronze trouvé à Fayum (près de Memphis), Égypte, - s. av. J.-C.Il existe deux approches pour définir l'esclavage. La première est de s'appuyer sur l'état de propriété qu'exerce le maitre sur la totalité de la personne esclave (, esclavage de possession). C'est l'approche de la Convention relative à l'esclavage (1926). Elle a évolué en considérant que, mieux que l'état de propriété, la possession, la contrainte par la violence du corps des victimes qualifiait mieux en droit l'esclavage. La deuxième façon d'élaborer une définition est de travailler à partir de la désocialisation et l'exclusion sociale imposées à l'esclave. Pour tirer profit de l'esclave, il s'agit de faire plus que de le déshonorer, et le sociologue Orlando Patterson qui a travaillé sur ces questions en Jamaïque et aux États-Unis montre le principe de mort sociale. Ces deux modes de définition ne sont pas contradictoires. Que ça soit l'appropriation des personnes, que ça soit leur désocialisation, même lorsque ces éléments sont ponctuels, même lorsqu'ils découlent d'un contrat supposé libre, elles distinguent bien l'esclavage des autres statuts de dépendance. Elles peuvent s'inscrire dans des modalités différentes, comme celle de la race, mais elles sont toujours le produit d'une institution esclavagiste.
Définitions juridiques Plusieurs textes internationaux ont tenté de définir la notion d'esclavage : la Convention relative à l'esclavage (1926) de la Société des Nations dispose en son article premier que . L'article définit également la traite des esclaves comme SDN, Convention relative à l'esclavage, 1926. ; l'Organisation internationale du travail (OIT) a adopté en 1930 une définition du travail forcé que l'on peut rapprocher de celle de l'esclavage : OIT, Convention sur le travail forcé, 1930. ; la Convention supplémentaire sur l'abolition de l'esclavage (1956) des Nations unies renvoie à la définition de la convention de 1926, en ajoutant en son article premier plusieurs : servitude pour dettes, servage, mariage forcé« Convention supplémentaire relative à l'abolition de l'esclavage, de la traite des esclaves et des institutions et pratiques analogues à l'esclavage », ONU, . ; l'OIT assimile le travail des enfants au travail forcé.
Définition d'Olivier Grenouilleau Dans son ouvrage Qu'est-ce que l'esclavage ? Une histoire globale, l'historien Olivier Grenouilleau propose une définition de l'esclavage autour de quatre caractères se combinant, selon les cas, de manières différentes : l'esclave est un humain qui, même semblable (de race, d'origine ou de religion), est transformé en un à la ; l'esclave . Olivier Grenouilleau préfère, à celui de « propriété », le terme de « possession » pour marquer la , le maître disposant de la personne de l'esclave et pas seulement de son travail : ; , ; quatrième caractère découlant des précédents, l'esclave : Éric Conan, « Esclavage : retour à l'histoire », marianne.net, ..
Esclavagisme L'esclavagisme caractérise quant à lui une société dont le fonctionnement est basé de manière prépondérante sur l'esclavage.
Traite Commerce portant sur une ou des personnes réduites en esclavage.
Histoire
Réduction en esclavage
Esclavage interne, esclavage externe L'esclavage interne par opposition à l'esclavage externe, se caractérise par la réduction en esclavage des membres d'une communauté (religieuse, étatique, lignagère ou autre).