L'automutilation, comportement auto-lésionnel ou lésion auto-infligée non suicidaire (nonsuicidal self-injury - NSSI - pour les anglophones) est un comportement auto-dommageable caractérisé par des blessures « délibérées, auto-infligées sur des surfaces corporelles, sans intention suicidaire » selon le DSM-5, mais d'autres retiennent aussi certains cas d'intentions suicidaires. La scarification est une pratique ancienne et répandue dans le monde, qui a été utilisée dans différents contextes culturels et sociaux, mais elle était généralement appliquée par autrui et dans un cadre rituel ; quand elle est répétitive et autoinfligée, c'est un indice de souffrance, souvent associé à d'autres indices de trouble de la santé psychique. Ce terme était retenu dans le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM--TR) comme symptôme du trouble de la personnalité DSM-, F60.31 [301.83] « Personnalité » (le critère est la . ; Le DSM-5 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, cinquième édition) classe l'automutilation dans les troubles de contrôle des impulsions non spécifié, sans la considérer comme un trouble mental autonome, mais plutôt comme un symptôme associé à d'autres troubles tels que la dépression ou les troubles du comportement alimentaire, la personnalité borderline et l'anxiété. Sa forme la plus courante est la coupure auto-infligée (scarification), mais la définition inclut généralement aussi les coups, les brûlures (de cigarette notamment), les griffures, morsures, et autres atteintes corporelles infligées à soi-même. L'automutilation, phénomène en augmentation, et concerne 3 à 5 % de la population en Europe et aux États-Unis.

L'automutilation est aussi observée chez les mammifères (primates notamment) et les oiseaux en souffrance ou en captivité...

Les traitements concernent idéalement les causes plutôt que le comportement seul. Si l'automutilation est associée à la dépression, les antidépresseurs et autres médicaments peuvent être efficaces, ainsi qu'un accompagnement psychologique. D'autres approches consistent à occuper le patient grâce à d'autres activités, ou à remplacer l'automutilation par des comportements moins risqués et socialement plus acceptables.. En 2015, aucun traitement n'a prouvé une efficacité à long terme, mais la thérapie cognitive semble réduire le risque de récidive ou les intervalles entre deux récidive.

Définitions La scarification et l'automutilation ne doivent pas être confondues avec les blessures non intentionnelles que s'infligent le bébé et le jeune enfant à la suite de leur mauvaise coordination motrice (Shentoub , 1961) qui disparaitra avec l'âge, sauf en cas de handicapé moteur interdisant la maitrise des mouvements. L'automutilation volontaire apparait, elle, le plus souvent à l'adolescence, avec des causes et fonctions diverses ; allant de l'autopunition à une action visant à supprimer une autre état psychique vécu comme insupportable ( douleur morale, physique ou mentale). Elle inquiète alors l'entourage, surtout si elle met la vie de la personne en danger. La dégradation cutanée (scarifications, typiquement) est la plus fréquente, mais il peut s'agir (sans s'y limiter) de brûlures, abrasions, griffures, grattement au sang, cognement de certaines parties du corps, réouverture d'anciennes plaies cutanées, arrachage de cheveux (trichotillomanie) et ingestion de substances ou objets toxiques... De même, les comportements associés à un abus substantiel et aux troubles des conduites alimentaires ne sont généralement pas considérés comme automutilation car les dommages infligés à l'organisme ne sont pas directement intentionnels..

Du strict point de vue étymologique, l'usage du mot « automutilation » est discutable pour les scarifications auto-infligées, car le latin mutilare renvoie à la section irréversible d'un membre ou d'un organe (exemple : se crever un œil ou se couper un doigt)Pommereau X., Brun M., Moutte J.-Ph. (2009) L'adolescence scarifiée, L'Harmattan., mais il a largement été adopté pour décrire des comportements à la gravité et à la finalité variables, certains impliquant une mutilation irréversible et d'autres une lésion corporelle ne persistant quelques dizaines de minutes. Dans tous les cas, les blessures sont infligées par la personne elle-même (sans l'intervention d'un tiers).

Dans le domaine de la santé mentale, on ne parle pas d'automutilation si l'individu se blesse dans un but sexuel (masochisme), social (rituels d'acceptation dans certaines sociétés, mode), religieux, spirituel, créatif (Body Art) ou socio-esthétique (cf. pratiques sociales, en augmentation dans les sociétés occidentales, telles que le tatouage et le piercing ou la chirurgie esthétique). L'automutilation est citée par le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-) comme symptôme du trouble de la personnalité . Mais d'autres patients diagnostiqués peuvent s'automutiler, dont ceux atteints de dépression, de troubles anxieux, d'addiction substantielle, de troubles des conduites alimentaires, de trouble de stress post-traumatique, de schizophrénie et autres troubles de la personnalité et certaines formes du trouble du spectre autistique.

Automutilation versus suicide L'automutilation n'est pas un comportement suicidaire, même si une blessure auto-infligée peut s'infecter et être parfois assez grave pour menacer la vie de l'individu. Elle peut néanmoins être un signe de stress émotionnel intense, de dépression, ou d'autres troubles psychologiques susceptibles d'augmenter le risque de suicide.. Les individus qui s'automutilent sont aussi perçus comme suicidaires, ce qui, dans la majeure partie des cas, est inexact.. Par exemple, selon le NHS, au Royaume-Uni, du milieu des années 1980 à la fin des années 1990, tandis que l'incidence du suicide diminuait, celle de l'automutilation ne cessait d’augmenter (jusqu'à une hausse de 400 cas par an pour 100 000 individus), l’un des plus forts taux en Europe)NHS Centre for Reviews and Dissemination Deliberate Self Harm. 1989, 4 (6), cité par . Statistiquement, le risque de mort ou de suicide augmente néanmoins chez les individus s'infligeant des blessures « graves ». (au Royaume-Uni en 2023, 40 à 60 % en meurent).. Le risque de suicide et de blessures plus graves augmente chez les personnes âgées se mutilant. Des études suggèrent que l’incidence, la fréquence et la gravité de l’automutilation au cours de la vie sont associées à un risque accru de tentative de suicide. Cela est étudié via trois facteurs d'habituation : 1) la tolérance à la douleur, 2) la réduction de la peur de la mort et 3) la répétition mentale du suicide.

Signes et symptômes 80 % des cas d'automutilation impliquent des objets coupants et vise à couper ou arracher la peau.. Cependant, le nombre de méthodes n'est limité que par l'imagination de l'individu et sa détermination à se blesser. Cela inclut, sans s'y limiter : les brûlures, l'auto-empoisonnement, l'alcoolisme, la pénétration d'objets et autres types d'automutilation liés à l'anorexie et la boulimie. Les parties du corps les plus atteintes sont principalement cachées et dissimulées aux yeux des autres.. L'automutilation concerne le corps physique, mais peut également traduire la sévérité de la détresse émotionnelle ressentie par la personne..

Aucun critère diagnostique n'est défini dans le DSM--TR ni dans le CIM-10, mais il a été proposé en 2010 d'inclure « Automutilation non suicidaire » en tant que diagnostic distinct dans la cinquième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5).. Le DSM-5 précise que pour être considérés comme automutilation non suicidaire (NSSI), les comportements auto-lésionnels doivent répondre à certains critères (tels que se produire au moins cinq fois au cours d'une année, être motivés par un soulagement émotionnel ou une régulation affective, et ne pas être liés à une tentative de suicide).

Causes Selon l'anthropologue (et psychanalyste) Françoise Héritier, l'automutilation n'est pas une simple survivance, déphasée, de moyens par lesquels le sujet s'est antérieurement approprié son corps ; elle peut être une tentative de reprise de contrôle, une manière de conjurer l'angoisse, de se sentir existerHéritier Françoise (2002) Le Corps Volé : Enquête sur les Violences Sexuelles. Éditions Odile Jacob.

Motivations variées L'automutilation peut avoir différentes fonctions, comme aider à supporter l'anxiété, la dépression, le stress intense, un manque affectif ou une profonde remise en question de soi.

Elle est souvent associée à des traumatismes et abus, soit violence psychologique, agression sexuelle, toxicomanie, trouble des conduites alimentaires ou autres traits mentaux tels que l'estime de soi ou le perfectionnisme. Elle est notamment répandue chez les adolescents et jeunes adultes, et apparaît habituellement entre 12 et .. Cependant, elle peut survenir à tout âge. même durant la vieillesse..

Troubles mentaux Toutes les personnes s'automutilant ne souffrent pas d'un trouble mental reconnu., mais certains troubles mentaux exposent à un risque hautement accru d'automutilation.

Ces principaux troubles incluent le stress post-traumatique, le trouble de la personnalité , le trouble bipolaire, la dépression., la phobie, et les troubles des conduites.. La schizophrénie peut également conduire à l'automutilation. Les personnes schizophrènes ont un plus haut risque de suicide, particulièrement les jeunes patients, qui peut aggraver leur état psychologique déjà instable Gelder, M. (2005). New York: . .. Un abus de substances est également un facteur de risque élevé.

Facteurs psychologiques ou neurodéveloppementaux un état dissociatif et/ou de dépersonnalisation peut favoriser l'automutilation Antai-Otong, D. 2008. . . Canada: . ; La dysrégulation émotionnelle entraine souvent un comportement compensateur d'automutilation, Un environnement dans lequel les parents privent leurs enfants de leurs émotions, telles que l'expression de la tristesse ou de la douleur, peut contribuer à une difficulté d'exprimer certaines émotions et s'exposent à des risques élevés d'automutilation. ; Une étude américaine faite auprès de 11 814 enfants et préadolescents de 9 à 10 ans (47,8 % de filles ; 52,0 % de Blancs) a conclu qu'un conflit familial intense et une faible surveillance parentale augmentent le risque de suicidalité et d'automutilation chez les enfants. Tout type d'abus sexuel, de violence sexuelle ou de traumatisme important dans l'enfance et/ou l'adolescence (voir maltraitance sur mineur) est un facteur de risque d'automutilation, incluant le deuil et certains troubles des relations parentales ou avec un partenaire.. Des facteurs contextuels tels que la guerre, la pauvreté et le chômage peuvent aussi contribuer. ;