Le réseau Comète ou la Ligne Comète (Comet line en anglais) est un mouvement de résistance actif en Belgique, en France et en Espagne durant l'occupation allemande de la Belgique pendant la Seconde Guerre mondiale. La filière d'évasion permit à de nombreux aviateurs alliés et à des résistants brûlés en Europe de l'Ouest occupée de regagner le Royaume-Uni.
En quatre années, le réseau a compté jusqu'à au total. Infiltré à plusieurs reprises par des agents doubles à la solde de l'Abwehr, le réseau connait de multiples vagues d'arrestations mais il renaît à chaque fois de ses cendres et reste fonctionnel de 1941 à l'avant-veille du débarquement de Normandie. Le réseau était financé par le MI9 à Londres mais maintenait une indépendance opérationnelle totale.
Environ 800 aviateurs alliés empruntent la ligne Comète de à . Au-delà de cette date, 250 hommes supplémentaires regagnent le Royaume-Uni dans le cadre de la Mission Marathon qui lui fait suite.
Durant la Seconde Guerre mondiale, 156 membres du réseau Comète perdent la vie (dont 55 femmes). Une trentaine d'hommes sont fusillés ou abattus. Plusieurs centaines sont déportés dans des camps de concentration en tant que Nacht und Nebel où une centaine de personnes meurent. Les survivants ne reviennent pour la plupart qu'en avril- lorsque les camps sont libérés.
En 1946, Andrée De Jongh, cofondatrice du réseau avec Arnold Deppé, reçoit la George medal, la plus haute distinction qui puisse être décernée à un sujet non-britannique.
Dénomination
Le nom de Comet line est le nom que les Britanniques avait décerné à la filière vers 1943, après l'arrestation d'Andrée De Jongh. Auparavant on parlait de la filière DD, pour Deppé-De Jongh, mais « Dédée » était également le pseudonyme d'Andrée De Jongh ce qui semblait convenir, même après l'arrestation d'Arnold Deppé. Réseau et ligne ne sont toutefois pas totalement synonyme. La ligne recouvre la filière directe menant de Bruxelles à Gibraltar et les membres du réseau en jalonnant le parcours. Le réseau, plus vaste, comporte l'ensemble des personnes impliquées depuis la collecte des aviateurs jusqu'aux réseaux d'hébergeurs, de ravitailleurs, etc.
Historique Prémices du réseau vignette|200px|gauche|Arnold Deppé ouvre la filière d'évasion en . Trahi, il est arrêté lors de son troisième passage en . vignette|200px|gauche|Andrée De Jongh, Dédée, cheffe du réseau d' à . Ici portant la médaille de George en 1946.
En , le Corps expéditionnaire britannique est forcé de quitter le continent et de regagner l'Angleterre. De nombreux soldats britanniques ne peuvent pas embarquer et se retrouvent en territoire occupé par l'ennemi. Ils seront faits prisonniers ou seront cachés. Par ailleurs, l'intensification des raids aériens à partir de 1941 augmente le nombres d'aviateurs dont l'avion a été abattu sur le sol belge. Comment leur permettre de regagner l'Angleterre ? De nombreux Belges souhaitent également rejoindre les Forces belges libres au Royaume-UniClaire Greindl, La Ligne Comète, contexte historique, 2009..
À cette époque, Andrée De Jongh qui travaillait comme graphiste publicitaire pour une entreprise, quitte Malmedy et parvient à rejoindre de justesse la maison familiale à Schaerbeek. Elle travaille un temps à Bruges à l'hôpital Saint-Jean où elle soigne des blessés britanniques et allemands. Irritée à l'idée que la remise sur pied de ces soldats alliés n'est prévue que pour mieux les déporter dans des camps de prisonniers, elle organise de discrètes évasions de patients. Son travail à Bruges prenant fin, elle revient à Bruxelles chez ses parents.
Andrée De Jongh s'investit alors pleinement dans la résistance avec Henri Debliqui, elle déniche des vêtements civils et du ravitaillement pour les soldats alliés cachés dans des familles bruxelloises. C'est ainsi qu'elle rencontre pour la première fois, en , Elsie Maréchal-Bell et son mari Georges qui lui font un accueil chaleureux. Le , Andrée De Jongh leur confie un premier pensionnaire, un soldat belgo-polonais qui, trépané, déraisonne. En ce début avril également, son ami, Henri Debliqui lui présente son cousin, Arnold Deppé qui s'est évadé d'un camp de prisonniers en Allemagne. Arnold Deppé est arrêté et détenu quelques jours puis relaxé "faute de preuves". Il part se mettre au vert en Bretagne, à son retour à Bruxelles, il rencontre Andrée à leur lieu habituel, le Parvis de Saint-Gilles. C'est là qu'ils décident de mettre au point une filière d'exfiltration vers l'Angleterre. Le mur de l'Atlantique rendant toute évasion hasardeuse en un point quelconque de son tracé, ils décident que la traversée des Pyrénées puis Gibraltar est la meilleure option. Arnold Deppé connait bien la région pour y avoir vécu dix ans tandis qu'il était ingénieur du son à Bayonne pour Gaumont, à cette époque, il vivait à Saint-Jean-de-Luz où il a gardé des contacts. Arnold rencontre Jean Apper, un cadre de la Société générale de Belgique qui lui fournit l'adresse d'une famille de résistants belges installée à Anglet, les De Greef.
Le Andrée De Jongh, confie aux Maréchal deux Français évadés des camps allemands, Charles Morelle de Valenciennes et Henri Bridier originaire du Puy-de-Dôme. Arnold et Andrée décident qu'ils accompagneront Arnold pour son voyage de reconnaissance vers les Pyrénées. Le , Andrée leur apporte de faux-papiers et, deux jours plus tard, le , Georges Maréchal les conduit à la gare du Midi où les attend Arnold.
Arnold Deppé loge chez les De Greef à la Villa Voisin à Anglet, entre Biarritz et Bayonne. Cette famille belge, comme beaucoup d'autres, prit le parti de l'exode lors de l'invasion allemande de la Belgique. Elvire De Greef, « Tante Go », son mari, Fernand De Greef, « Oncle Dick » leurs deux enfants Frederick et Janine et la grand-mère De Greef ont pris place à bord de quatre véhicules de L'Indépendance belge, où travaille Elvire, en compagnie de journalistes en partance pour les États-Unis. Les De Greef souhaitaient rallier l'Angleterre, mais ils finissent par s'installer dans une ferme abandonnée à 18 kilomètres de la frontière espagnole, au 12 de l'allée du Marquis Casa Argudin, à Anglet : la Villa Voisin qui devient une véritable plaque tournante pour tout le réseau Sud de la filière d'exfiltration.
À son retour à Bruxelles, Arnold est rayonnant. La filière est établie, des contacts ont été pris avec des passeurs basques, contrebandiers habiles connaissant bien la montagne, dont Florentino Goikoetxea pour le franchissement des Pyrénées. Pour ce qui est de la frontière franco-belge, elle se franchit, au début du moins relativement aisément en raison du fait que c'est la même Administration militaire qui régit la Belgique et le Nord de la France. En revanche, pour franchir la limite entre la zone administrée par la Kommandantur de Bruxelles et la zone occupée du Nord de la France, c'est une autre histoire, aussi, les groupes franchissent la Somme en barque.
Charles Morelle, séduit par l'initiative, tient une safe house à Valenciennes puis à Paris avec sa sœur Elvire et devient, avant son arrestation, un des piliers du réseau.
La ligne DD (juin 1941 - janvier 1943) dirigée par Andrée de Jongh vignette|200px|Frédéric De Jongh en 1940. Il coordonne Bruxelles puis Paris, d' à . vignette|350px|gauche|Itinéraires employés par la ligne Comète pour franchir les Pyrénées. Le , Andrée et Arnold emprunte alors pour la première fois ensemble la « ligne DD » (pour Deppé-De Jongh) avec un groupe de onze candidats à l'évasion, des hommes et des femmes, tous belges. Andrée en a financé le coût en vendant ses bijoux et en empruntant à des amis.
La première difficulté réelle est le passage de la Somme. En effet, arrivés sur place, Andrée et Arnold constatent qu'il n'y a pas de barque. Ils doivent donc la traverser à la nage. Certains ne savent pas nager et doivent être transbordés sur une grosse chambre à air trouvée dans une ferme voisine.
Ils les guident ainsi jusqu'à la Villa Voisin des De Greef à Anglet où ils sont confiés à des passeurs. Andrée De Jongh et Arnold Deppé effectuent quant à eux le chemin inverse pour rentrer à Bruxelles. Ce fut un échec, la plupart des hommes sont arrêtés par la guardia civil franquiste, certains sont remis aux Allemands, d'autres sont détenus au camp de Miranda de Ebro. Le constat est amer, il faut désormais veiller à les acheminer jusqu'en lieu sûr : le consulat britannique à BilbaoWII Escape and Evasion, Frédérique Dupuich - the real Miss Richards, consulté le 14 mars 2024.www.belgiumww2.info, 6. Comet Line, consulté le 14 mars 2024..
En , se déroule le second voyage. Andrée De Jongh prend en charge, depuis Bruxelles, la moitié d'un groupe assez nombreux, l'autre partie est confiée à Arnold Deppé. Ce dernier et son groupe sont arrêtés tandis qu'ils quittent Bruxelles en train pour se rendre à Lille. Arnold Deppé est interné successivement dans trois camps de concentration, il ne parla jamais et il survécut à la guerre. Dédée est contrainte de rester en France. Charles Morelle prend la place d'Arnold Deppé et devient le bras droit d'Andrée De Jongh. Andrée De Jongh suit la filière jusqu'au bout, franchit les Pyrénées le et se rend au consulat britannique de Bilbao où elle rencontre le vice-consul d'abord réticent et ensuite , « Monday », qui est conquis par la témérité et l'enthousiasme de la jeune femme. La jonction avec le MI9 est ainsi établie. Les Britanniques prennent en charge les frais d'exfiltration.
Fernand De Greef, le père, homme d'affaires et linguiste de formation, est un ami du maire d'Anglet. Fernand parlant couramment allemand est sollicité par ce dernier pour devenir l'interprète auprès des autorités allemandes qui procèdent à des réquisitions dans la région. Fernand devient ainsi l'interlocuteur privilégié des Allemands. Ceci s'avère être très utile puisque par son entremise, le réseau dispose de documents d'identité vierges, de sceaux, d’Ausweiss ainsi que de coupons de ravitaillement supplémentaires. « Freddie », le fils, servait de courrier et était le faussaire en titre. Un Anglais vivait également à la Villa Voisin chez les De Greef, Albert Edward Johnson, « Bee », il y reste jusqu'en , passant pour le neveu de Fernand dont le frère était porté disparu au Congo et rallie ensuite Londres. Andrée De Jongh demande l'aide de son père, Frédéric De Jongh, « Paul », qui la surnommait affectueusement Le petit cyclone, pour coordonner les actions à Bruxelles. Elvire De Greef devient la cheffe du réseau sud.. vignette|200px|gauche|Jean Greindl (1905-1943) Némo coordonne Bruxelles d' à . Le , Janine De Greef effectue sa première mission à l'âge de seize ans. Il s'agit de monter à Paris et de prendre en charge deux aviateurs alliés pour les ramener à Anglet..
En , le réseau a déjà connu quelques revers. Frédéric De Jongh, « brûlé » à Bruxelles, s'installe à Paris au quatrième étage d'un immeuble situé au 10 de la rue Oudinot sur les conseils de sa fille . Elle l'y rejoint. Frédéric De Jongh est très vite en contact avec le Père Riquet, aumonier-directeur directeur de la Conférence Laënnec des médecins catholiques. Ce dernier lui présente Robert Aylé et son épouse Germaine Aylé-Leca. Au 10 de la rue Oudinot, vivent également Lucienne Laurentie et Aimable Fouquerel, tous deviennent membres du réseau parisien de Comète. Il s'agit d'organiser des lieux d'hébergement clandestins dans l'immeuble de la rue Oudinot mais celui-ci sert rapidement de centre de triage pour orienter les candidats à l'exfiltration au sein de différentes safe houses organisées à Paris. Il faut également organiser le réseau permettant de collecter les aviateurs une fois tombés sur le sol français, dans le Nord, en Bretagne. Le père Riquet est chargé du recrutement. Sous la direction de Frédéric De Jongh, Robert Aylé supervise ces développements. Les époux Aylé réalisent également de faux-documents d'identité. Début 1943, Robert Aylé assure pleinement la direction du secteur Paris-Nord-Bretagne.