La pièce d'un quart de dollar américain est une pièce de frappée par la Monnaie des États-Unis de 1916 à 1930. Il succède au quart de dollar Barber, frappé depuis 1892. On y voit la déesse de la Liberté sur l’avers et un aigle en vol sur le revers. La pièce est conçue par le sculpteur américain Hermon Atkins MacNeil.
En 1915, le directeur de la Monnaie, Robert W. Woolley, entreprend de remplacer le dime, le quart de dollar et le demi-dollar Barber, croyant à tort que la loi exige de nouveaux types. MacNeil propose un dessin militariste qui montre la Liberté sur ses gardes face à des attaques. La Monnaie exige des modifications, et la version révisée de MacNeil inclut des dauphins qui représentent les océans. Fin 1916, les responsables de la Monnaie apportent d’importants changements au dessin sans consulter MacNeil. Le sculpteur proteste en après avoir reçu la nouvelle émission. Une loi spéciale permet alors à MacNeil de redessiner la pièce comme il le souhaite. Parmi les changements qu’il introduit figure l’ajout d’un plastron de mailles qui couvre le sein nu de la Liberté.
En circulation, la date de la pièce s’efface rapidement. En 1925, les graveurs modifient donc le dessin pour corriger ce défaut. Le quart de dollar disparaît en 1931, année où aucun quart de dollar n’est frappé. Par un acte du Congrès, le quart de dollar Washington, représentant le profil du premier président, est introduit en 1932 pour célébrer le bicentenaire de sa naissance.
Contexte Le , le Congrès des États-Unis adopte une loi qui stipule :La monnaie Barber est introduite en 1892 : les dimes, quarts de dollar et demi-dollars portent un dessin similaire réalisé par le graveur en chef de la Monnaie, Charles E. Barber. Dès leur émission, les pièces Barber suscitent un mécontentement public. À partir de 1905, les administrations présidentielles successives cherchent à donner aux pièces américaines des dessins modernes et esthétiques. Après la refonte du , de l’, du et du en 1907 et 1908, ainsi que celle du et du nickel en 1909 et 1913 respectivement, les partisans du remplacement des pièces Barber commencent à réclamer le changement lorsque leur durée minimale arrive à expiration en 1916. Dès 1914, Victor David Brenner, concepteur du Lincoln, soumet de façon spontanée des projets pour les pièces en argent. On lui répond que le secrétaire au Trésor William G. McAdoo est entièrement absorbé par d’autres affaires.
Le , une interview du surintendant de la Monnaie de Philadelphie, Adam M. Joyce, paraît dans le : alt=Plaquette sculptée représentant le profil droit d'un homme en costume et aux cheveux courts.|gauche|vignette|redresse=0.5|Le surintendant de la Monnaie de Philadelphie, Adam M. Joyce, critique le Lincoln et d’autres nouvelles pièces, estimant qu’elles se frappent mal. En , le secrétaire adjoint au Trésor William P. Malburn envoie à William G. McAdoo une note au sujet des monnaies divisionnaires en argent, soulignant que . En marge de ce document, McAdoo répond : .
En , Robert W. Woolley prend ses fonctions de directeur de la Monnaie. Le , il demande au surintendant Joyce de charger le graveur en chef Charles E. Barber, alors en poste depuis , de préparer de nouveaux dessins. Le même jour, Malburn sollicite l’avis du conseiller juridique du département du Trésor concernant la position de la Monnaie selon laquelle elle peut frapper de nouveaux dessins pour les trois pièces en 1916. Le , le bureau du conseiller confirme que la Monnaie a bien le droit de modifier les dessins. À ce moment-là, la Monnaie est accaparée par la production des monnaies commémoratives de l’exposition Panama-Pacific, et aucune mesure immédiate n’est prise. En octobre, Barber est convoqué à Washington pour discuter des dessins avec Woolley, bien qu’il ne soit pas certain qu’il ait déjà préparé des esquisses pour la nouvelle série.
Le , Woolley rencontre la commission des beaux-arts. Il lui demande d’examiner des esquisses préparées par le service de gravure de la Monnaie. Barber est présent pour expliquer aux membres le processus de fabrication des pièces. Woolley suggère aux commissaires que, s’ils n’apprécient pas les dessins de la Monnaie, ils devraient choisir eux-mêmes des sculpteurs afin de proposer de nouveaux modèles. Woolley souhaite en effet que le dime, le quart de dollar et le demi-dollar aient chacun un dessin distinct . Le directeur informe la commission que, les dessins existants ayant été utilisés pendant , ils doivent être remplacés .
La Commission rejette les esquisses de la Monnaie et choisit les sculpteurs Adolph Weinman, Hermon MacNeil et pour présenter des propositions. Les artistes peuvent soumettre plusieurs projets. Même si la Monnaie conserve le droit d’attribuer un dessin à une coupure différente de celle prévue par son créateur, les projets ne sont pas totalement interchangeables : par la loi, un aigle doit figurer au revers du quart de dollar et du demi-dollar, mais il est interdit sur le dime. Woolley espère que chacun des sculpteurs sera retenu pour au moins une pièce. alt=Médaille représentant le profil gauche d'un homme en costume et aux cheveux courts.|gauche|vignette|redresse=0.5|Le directeur de la Monnaie Robert W. Woolley plaide pour la fin de la monnaie Barber, bien qu’il ne semble pas avoir compris qu’il n’était pas obligé de la remplacer. Les trois sculpteurs soumettent leurs esquisses à la mi- et, le 23 du même mois, ils rencontrent Woolley à New York pour lui présenter leurs travaux et répondre à ses questions. Après discussions entre Woolley et McAdoo, Weinman est informé, le , que cinq de ses esquisses sont retenues : pour le dime, le demi-dollar et le revers du quart de dollar. Le même jour, Woolley écrit à MacNeil pour lui annoncer qu’il réalisera l’avers du quart de dollar, et à Polasek pour l’informer de son échec. Les membres de la Commission persuadent cependant Woolley de ne pas confier autant à un seul artiste, et MacNeil est finalement autorisé à concevoir les deux faces du quart de dollar, à condition de produire un dessin qui convienne à Woolley.
Le , les nouvelles pièces sont annoncées publiquement, le Trésor précisant : . Le communiqué indique que le Trésor espère lancer la production des nouvelles monnaies environ deux mois plus tard, une fois les dessins finalisés. Le même jour, Woolley écrit au graveur Barber pour l’informer que ses esquisses sont rejetées et que les modèles de Weinman et MacNeil arriveront à la Monnaie de Philadelphie au plus tard le . Selon l’historien numismate Walter Breen, Barber devient alors . David W. Lange note que . Dans son ouvrage sur les dimes Mercury, Lange souligne qu’à , Barber est : il doit assister à un processus qui remplace ses propres créations par celles d’autres artistes.
Avec ces nouvelles pièces, toutes les monnaies américaines voient leur dessin récemment modifié . Selon une chronique de la revue en 1916 :
Dessin gauche|vignette|redresse=0.5|Doris Doscher, présentée comme . L’identité du modèle pour l’avers du quart de dollar reste incertaine. Dès , on rapporte que la Liberté représentée serait inspirée de Doris Doscher, qui deviendra plus tard actrice du cinéma muet sous le nom de Doris Doree. Cette version est admise pendant de nombreuses années. Doscher devient célèbre comme ; elle meurt en 1970, à . En 1972, soit vingt-cinq ans après la mort de MacNeil, des journaux affirment que le véritable modèle est en réalité l’actrice de Broadway Irene MacDowell, alors âgée de , dont le nom aurait été tenu secret parce que son mari s’y opposait. Dans un article de , Timothy B. Benford suggère que cette dissimulation visait plutôt à écarter les soupçons de l’épouse de MacNeil, qui voyait MacDowell comme une rivale potentielle. En 1982, le veuf de Doscher déclare que, malgré la revendication MacDowell, son épouse avait bien posé pour la pièce.
MacNeil propose deux dessins pour l’avers : celui qui est retenu, et un autre, représentant une Liberté debout tournée vers la droite, qu’il réutilise sous une forme modifiée lors du concours pour le dollar en 1921, sans succès. Dans ce projet rejeté, la Liberté se penche en avant, un rameau d’olivier dans la main gauche, mais la main droite posée sur le pommeau d’une épée. Selon Roger Burdette, le dessin veut adresser un message aux belligérants de la Première Guerre mondiale : l’Amérique souhaite la paix mais est prête à combattre.
L’avers finalement adopté est à peine moins militarisé : la Liberté de MacNeil fait face à droite , et son bouclier est tourné dans la même direction. Elle tient un rameau d’olivier en avançant à travers une porte sur un mur portant l’inscription « », où le « U » de « » est dessiné comme un « V ». MacNeil explique que l’avers représente la Liberté . Pour l’historien de l’art Cornelius Vermeule, , et hormis les étoiles et les bandes de son bouclier, .
Vermeule suggère que l’aigle en vol au revers n’est qu’une reprise de celui du dollar Gobrecht de 1836, mais orienté de gauche à droite au lieu de droite à gauche. Il salue la modification du revers en 1917, estimant qu’elle le rend moins surchargé. Il observe aussi que ce revers marque le début de la fin des représentations naturalistes de l’aigle sur les pièces américaines, notant qu’après 1921, celles-ci tendent vers une apparence plus héraldique.
Préparation vignette|redresse|alt=Photo en noir et blanc d'un homme barbu,aux cheveux court, en costume, assis sur une chaise.|Hermon Atkins MacNeil
Dans une lettre à Robert W. Woolley, Hermon MacNeil promet de . Le sculpteur n’a reçu que provisoirement l’avers et prépare une série d’études pour le revers afin de les montrer à Woolley lors de sa visite dans son atelier de College Point, à New York. Woolley choisit alors un revers proche de celui finalement adopté, représentant un aigle en vol, ailes largement déployées et montré presque en entier. D’autres dessins présentés à Woolley montrent également des aigles, mais sous des angles différents.
Le calendrier initial de la Monnaie prévoit que les trois artistes terminent leurs modèles avant le , afin de lancer la production vers le . La date limite est rapidement repoussée au , mais cet objectif s’avère trop ambitieux : MacNeil ne soumet ses modèles, sous forme de fontes en bronze, que le . Il reste pourtant plus rapide qu'Adolph Weinman, qui n’expédie ses derniers modèles à la Monnaie que le . Woolley approuve officiellement les dessins du quart de dollar par lettre, le . Malgré ces retards, la Monnaie tente de respecter la date de lancement du .
Le 21 juin, Woolley écrit au surintendant Joyce :
Aucun document ne précise les objections de Woolley sur l’avers du quart de dollar, mais l’auteur numismate Roger Burdette suggère que sa principale inquiétude est liée au fait que, lors de la frappe des prototypes expérimentaux en juin, l’avers apparaît indistinct, donnant aux pièces neuves l’air déjà usé. Fin juin, Woolley autorise MacNeil à retravailler son dessin. À la mi-août, le sculpteur remet une nouvelle version, différente dans les détails : la devise « » figure sur l’écharpe tenue par la Liberté, un motif de chaînes complexe encadre le dessin, et deux dauphins symbolisant l’Atlantique et le Pacifique reposent aux pieds de la Liberté. Son bouclier porte un aigle au lieu des étoiles et bandes. Le secrétaire au Trésor William G. McAdoo approuve immédiatement ces changements le .
vignette|redresse|gauche|alt=Médaille représentant le profil droit d'un homme en costume et aux cheveux courts.|Le directeur de la Monnaie Friedrich Johannes Hugo von Engelken connaît des difficultés avec le quart de dollar durant ses six mois de mandat.