Explore est le vingt-deuxième album original d'Alan Stivell et son dix-huitième album studio, sorti le en France. Après avoir maîtrisé la tradition, explorer de nouvelles pistes a toujours été l'envie première de l'artiste. Dans cet album, il absorbe à nouveau toutes les influences de son temps, pour en faire une nouvelle musique, à la signature reconnaissable. Le chant d'Alan Stivell, polyglotte, se mêle aux sonorités de la musique électronique.

Explore est « un concentré d'énergie, d'ancrage dans le monde » selon le texte de présentation. Les textes sont plus sombres, ciselés pour la révolte ou la tendresse. La harpe celtique conduit les chansons, les basses et rythmiques sont bien présentes et la guitare électrique de Pat O'May intervient dans deux chansons. L'album est distribué par Coop Breizh en Bretagne et par Harmonia Mundi en France et à l'étranger.

Historique

Contexte En 2002, le précédent album, Au-delà des mots, était entièrement instrumental. Alan Stivell a ressenti un besoin d'expression profond : . Ainsi, la voix revient au premier plan de ses nouvelles compositions. Passant beaucoup de temps en ville, à Rennes, Nantes, Brest, Paris ou New York, les influences urbaines guident sa création musicale« La Bretagne selon… Alan Stivell », Propos recueillis pour routard.com par Michel Doussot en 2006.

Depuis toujours, Stivell a été attiré par les nouveaux moyens d’expression, dont les instruments électriques, l'électronique, l’informatique musicale : . Dans Explore, le ton global est electro, ce qui est un parti-pris de l'artiste, en l’utilisant dans tous les titres, sauf deux instrumentaux (Into, Explore) : .

Enregistrement thumb|Pat O'May fait partie des quelques musiciens qui participent à l'enregistrement La première phase a démarré en avec le travail autonome d'Alan Stivell dans son home-studio qui a enregistré des programmations et des parties de harpe en son brut et prise directe (surtout la Camac-Stivell prototype en cinq sorties et la Leo-Goas-Stivell à cordes métalliques –en trois sorties) ou avec effets (notamment de la distorsion dans les titres 3, 4, 5, 7)Edmond Sadaka, Alan Stivell et les musiques du monde, Le Français dans le monde , juillet 2006, . Il a aussi enregistré les parties de clavier et de Deger pipe ( en MIDI sur les titres 1 et 7), de low whistle (titres 2, 4, 5, 7 et 8), ainsi que la voix définitive du titre 10. Jeff Grimont, son ingénieur façade en tournée, Jean-Pierre Boyer et quelques autres, lui ont prodigué leurs conseilsVéronique Maugé, « Explore : le nouveau CD d'Alan Stivell », Agence Bretagne Presse, 13 mars 2006.

En deuxième phase, Xavier Jean, dit Azaxx, est venu l'assister. Puis, la troisième phase a consisté à enregistrer les voix définitives d'Alan Stivell, le pib-uilleann (cornemuse irlandaise), le backing vocal de Brian Mac CombeUne grande voix du folk celtique à Sénart, Le Parisien, 29 janvier 2015, le backing vocal et guitare électrique rythmique de Pat O'May, renforçant certaines parties de harpe disto (–titres 4 et 5), la basse de Sylvain Corbard, les programmations de Sébastien Guérive. Ils se sont déroulés au studio Arpège, aux Sorinières près de Nantes, de décembre à début , avec Eric Chauvière qui s'est également occupé du mixage. Le mastering a été réalisé aux studios La Source à Paris fin janvierPochette de l'album.

Parution et réception L'album paraît le en France. Il est distribué par la maison de disques française Harmonia Mundi, nouveau distributeur des albums de l'artiste au niveau national. À la radio, il est bien programmé sur France Inter et bien sûr sur France Bleu (Armorique et Breizh Izel).

Dans les médias

Dans Libération, Bouziane Daoudi remarque : Bouziane Daoudi, Alan Stivell dans Libération, 17 mars 2006. Le journal en fait même un des « disques de l'année » 2006 et témoigne alors de la pertinence de la démarche : Bouziane Daoudi, Disques de l'année, Libération, 21 décembre 2006.

Dans Télérama, qui lui accorde quatre clefs, Éliane Azoulay écrit : Éliane Azoulay, Explore, Télérama, 22 avril 2006.

Dans ArMen, Michel Toutous, déclare, concernant les musiciens invités, qu'Michel Toutous, « Electro-Stivell », ArMen , mai-juin 2006, . Edmond Sadaka juge dans la revue Le Français dans le monde que .

Dans AllMusic, Chris Nickson a conscience que .

En tournée vignette|Prestation d'Alan Stivell au Bardentreffen 2007 à Nuremberg. Le répertoire de l'album représente un tiers des morceaux joués lors des concerts, rejouant d'une part des morceaux anciens et d'une autre part des morceaux moins anciensJean-Pierre Coffin, Alan Stivell, un menhir à Jarnac, Charente Libre, 22 mars 2007. L'improvisation trouve sa place sur scène dans beaucoup de morceaux. La tournée Explore passe par les festivals bretons (le Bout du monde à Crozon, le Cornouaille à Quimper, la Saint-Loup à Guingamp) et d'autres festivals celtiques en France et à l'étranger. Elle trouve également échos dans les grandes salles : les Zéniths (Paris-Bercy, Caen, Limoges, Cournon-d'Auvergne), les parcs des expositions (Châlon, Brest-Penfeld, Troyes), les théâtres et autres espaces culturels. Avec ses quatre musiciens, dont Sébastien Guérive aux programmations et machines, il réalise une série de six concerts au Nouveau Casino à Paris en . Plusieurs dates ont lieu en Italie, en , 2007 et , ainsi que dans des festivals espagnols, tchèques, polonais. Il se produit sur une scène du Bardentreffen à Nuremberg, le plus grand festival allemand de world music.

Caractéristiques artistiques

Analyse musicale thumb|upright|Alan Stivell utilise sa harpe électrique de façon electro Le titre peut être vu de deux façons. Du point de vue musical c'est une ouverture à la nouveauté : la harpe celtique se fait instrument d’'exploration pour se jouer des modes et des limites culturelles. C'est aussi un conseil aux humains, de ne pas se contenter de quelque chose ou se résigner, mais être curieux du monde qui l'entoure et apprendre à explorer pour arriver sur Terre à un « parfait paradis », un monde meilleur en tout cas. Contrairement à Au-delà des mots, son précédent album entièrement instrumental, la majorité des titres comportent des paroles, pour lesquelles la voix s'offre des libertés, réalise des « volutes un peu spéciales »Daniel Lieuze, La tentation electro d'Alan Stivell : Rencontre avec le musicien, RFI Musique, 28 mars 2006 Son goût pour les passerelles est perceptible dans sa musique et dans ses textes ; souvent, les chansons sont bilingues breton-français ou breton-anglais. En tant qu'auteur, son talent pour jongler avec la langue bretonne est reconnu par les spécialistes ; pour Michel Toutous, ses textes en breton

Alan Stivell explore …et partage. Cet album montre une curiosité naturelle pour les nouveaux sons et une passion pour les nouvelles techniques. L'utilisation importante de loops, d'auto-samples, place l'album dans une sphère proche des musiques electro dans son approcheLe Stivell nouveau est arrivé !, Le Télégramme, 28 juillet 2006. Pour B. Douadi, du journal Libération, Quant à M. Toutous, de la revue ArMen, il juge que .

Stivell réutilise beaucoup d'éléments, stylistiques ou sonores, familiers du grand public, rendant facile la communication avec celui-ci, lors de ses concerts notamment. « Stivell échantillonne même un de son CD précédent pour une coupe ici, une tournure des événements fascinante. » note Chris Nickson en parlant du sample de l'album enregistré par Stivell avec le bagad Bleimor en 1974. Mais le musicien amène le public à découvrir d'autres apports très personnels et rares : comme les sons de ses harpes prototypes (pour donner « une autre dimension à ses célèbres harpes celtiques » selon E. Sadaka), son interprétation vocale et instrumentale très particulière, une façon unique de jouer avec et contre le tempo ou de se promener entre gammes tempérées et micro-intervalles (à la fois extra européens et celtiques). Les interludes improvisés de harpe, comme Into avant Druidic Lands, Explore et le morceau caché à la fin de Un Parfait Paradis sont des moments d'exploration harmonieux, qui font le lien avec l'album précédent et servent de transition. Véronique Maugé considère qu'. Il se promène à travers des formes très éclectiques, allant de déclinaisons très personnelles du blues, du rock, de la ballade, voire du jazz, jusqu'aux influences jamaïcaines, raga et hip-hop, d'Europe orientale, d'Écosse gaélique.

Description des morceaux thumb|Émeutes dans des banlieues, ici à Sèvres le 3 novembre 2005. Miz Tu (« Mois noir, novembre ») À l'automne, Alan Stivell, alors en plein travail dans son home studio, a été ému par le problème des banlieues ; « Les voitures qu'on brûle » évoque pour la première fois en musique les émeutes de fin 2005Yves Pouchard, Alan Stivell met en musique la crise des banlieues, Aujourd'hui en France, 16 mai 2006. Il en prolonge en breton les questions sociétales sous-jacentes : les relations inter-générations, les identités plurielles, les frustrations, les attentes politiques et sociales, en correspondance avec un rythme et une influence râga et un ton RnB ou hip-hopAlan Stivell : nouvel album, L'Humanité, 6 mars 2006, p. 21. La gravité de la situation contraste avec la douceur de la mélopée orientale et de sa voix lancinanteBenoît Le Breton, Sur son nouvel album, Stivell frotte sa harpe à l'electro, Ouest-France, 18 mars 2006. Après réflexion, il pense à sa propre vie parisienne et aux bretons qui ont quitté leur terre pour vivre dans ces banlieues et subir souvent la discrimination. Il réadapte la chanson pour conclure l'album positivement.

Là-bas, Là-bas Les paroles de ce chant évoquent les sentiments universels du deuil, du manque. C'est un hommage à sa mère (« Ton amour de mère demeure, jamais ne meure »). La rythmique electro, la harpe et les divers effets (des sons de suspense ou ressemblants à des cris d'oiseaux), le chant souvent haut (en français et breton) cherchent à approcher une musicalité disant un au-delà. Le site Forces Parallèles et Laurent Bourdelas y voient des ressemblances avec des sonorités du groupe Radiohead (le son qui imite le vent en intro de Planet Telex par exemple)Chipstouille, Chronique Explore, Forces Parallèles, 17 mai 2006.

You Know It (Anao'rit) Cette chanson semble être un chant de réconfort (« Nous rêvions d'un autre monde […] Un jour est un autre jour ») après un chagrin d'amour de celui/celle à qui il s'adresse (« Honneur et joie seront en vous / Et le deuil finit »), en unissant les langues – breton et anglais – entremêlées dans les coupletsParole de You Know It (Anao 'rit), sur parolesmania.com.

Té (Beyond Words)Té reprend en sous-titre anglais le titre en français de l'album Au-delà des mots et une intro qui ressemble à The Return sur The Mist of Avalon. Nouvel hymne à l'amour, qu'Alan Stivell voudrait crier au monde, à partir de sentiments autobiographiques, au sujet de sa femme Marie-José mais qu'Alan dédie à toutes les femmes en concertAlan STIVELL embrase les Nuits Salines à Batz sur Mer, le 24 juillet 2010, Culture & Celtie. Dans le texte en breton, Alan précise ce qui capte son regard et le fascine au point de lui faire oublier le monde extérieur, lors d'une exposition de peinture : les yeux et les genoux de celle qui deviendra sa muse. Il évoque ensuite ses sentiments envers la femme aimées dans plusieurs langues, la langue de Shakespeare, les langues celtiques (gallois, breton) et la langue de Molière : « My lady / Garedig / Azeulet / Et je l'aime » (Ma femme, aimable, adorée)« TE. Jamais Alan n'avait osé autant mettre à nu ses sentiments » Véronique Maugé, site de l'ABP : Explore : le nouveau CD d'Alan Stivell. Brian Mac Combe accompagne cette complainte électro-rock amoureuse, où se fond une cornemuse irlandaise au milieu.