La famille du Chastel était une des familles nobles importantes du diocèse de Léon, dans le nord-ouest de la Bretagne, dont la seigneurie principale avait au son siège au château de Trémazan, à Landunvez dans le Finistère et qui a donné plusieurs personnalités importantes qui ont servi les ducs de Bretagne et les rois de France.

Sa généalogie suivie commence avec Bernard de Castro, auteur d'un acte de 1274. Elle s'est éteinte avec la mort en 1865 de Gabriel-Victor du Chastel marié à la Martinique avec Marie d'Anglars de Bassignac.

Origine thumb|left|Le château de Trémazan.

Les du Chastel appartenaient à la haute noblesse bretonne du Moyen Âge et de la Renaissance, et comptaient parmi les quatre familles les plus importantes du Léon, qu'un ancien dicton caractérise en ces termes : « antiquité de Penhoët, vaillance du Chastel, richesse de Kermavan et chevalerie de Kergounadeac'h ».

Les fiefs du Chastel s'étendaient sur une grande partie du Léon. Landunvez est au cœur d'un territoire s'étendant sur 25 paroisses avec des juridictions à Brest, Lannilis et Cléder.

À la réformation de 1491, la famille du Chastel aurait justifié d'une ancienneté de quatorze générations. Dans l'hypothèse d'une continuité des générations, ceci permettrait de situer les premiers degrés au , ou avant dans le cas d'une discontinuité. Attester de quatorze générations devait être assez singulier et manifeste d'une certaine ancienneté du lignage car au début du , les familles nobles étaient en mesure de prouver leur ascendance avec des actes mais sur trois à cinq générations en général. La vita de Saint-Tanguy aurait fait remonter ce lignage jusqu'à l'époque de saint Tanguy de Locmazhé qui aurait vécu au , et, bien que cette vita fut établie dans le cadre de l’élaboration d’une idéologie nobiliaire à l’usage d’un véritable « clan » léonard, André-Yves Bourgès, historien spécialisé dans l'hagio-historiographie médiévale, évoque la possibilité selon laquelle la réalité ait rejoint la fiction.

Les documents sur la montre de 1491 et la vita de Saint-Tanguy ayant disparu, la Société académique de Brest, dans son bulletin de 1894, observant la récurrence du prénom Tanguy au sein du lignage, indique que pour nouer un lien avec le passé des du Chastel dont la légende de saint Tanguy de Locmazhé, qui serait mort en 592, fait partie, il a existé un ancien comte "Tanguy". Celui-ci apparait dans un acte du , d'après le cartulaire de Redon charte , où il fit avec son filleul Derrien, fils d'Alain le Grand roi de Bretagne de 890 à 907, donation aux moines de Saint-Sauveur d'une terre à Elven. Le comte Tanguy est le gendre du roi de Bretagne Alain qui, après sa réconciliation avec Judicaël prince de Poher et la mort au combat de celui-ci, s'illustre à la bataille de Questembert vers 888-890 où, avec l'aide de Bérenger II de Neustrie, il défait les Vikings ː

Le comte "Tanguy" est donc un comte de l'époque carolingienne, beau-frère de Mathuedoï, comte de Poher, père d'Alain II de Bretagne, dit « Barbetorte » (signifiant à la barbe mal plantée ou hirsute); ces derniers se sont exilés comme les principaux membres de l'aristocratie bretonne depuis 919 à la suite des invasions normandes en Bretagne insulaire, notamment Alain II qui trouve refuge avec son père Mathuedoï à la cour de son parrain Æthelstan roi des Anglo-Saxons et premier roi d'Angleterre à la suite de son unification, ou chez les Francs; avant de revenir en Bretagne armoricaine vers 935.

En 1231, Tanguy, fils Alterius, pourrait être le père de Bernard du Chastel (Bernardo de Castro). Frédéric Morvan fait remarquer que « cette succession Tanguy-Bernard n’est pas sans rappeler celle de la maison vicomtale de Poher, région où les Chastel disposaient d’importants biens. ». André-Yves Bourgés note que « Quant à Bernard, il s’agit d’un nom qui se retrouve en alternance avec celui de Tanguy chez les vicomtes de Poher aux ».

Francis Favereau, professeur des universités, CRBC Université Européenne de Bretagne, indique à l'article "vouloir" de son dictionnaire français-breton, que « mar car Doe » est la devise du comte du Poher qui signifie "Dieuleveult", or « Mar Car Doe » est la devise des "du chastel" telle qu'elle apparaît à de multiples reprises au sein du lignage.

En 1248, Bernard du Chastel (« nobili viro domino Bernardo de Castro ») se serait croisé aux côtés du duc Pierre de Dreux et du roi Saint Louis, ses armoiries ont été placées vers 1671 au pignon oriental de la chapelle du Crann à Spézet après une querelle de prééminence, afin de rappeler le rôle qu’il joua comme fondateur de la première chapelle après avoir échappé à la peste. Différents ouvrages font référence à Bernard du Chastel comme batisseur du château de Trémazan à son retour de la septième croisade, l'analyse récente du bois dans la structure (datation dendrochronologique) du château indique une mise en œuvre vers 1330-1350, il s'agirait alors sinon d'une construction plutôt d'une reconstruction au s; cette datation scientifique est certainement à mettre en correspondance avec le fait que Raoul Caours, mercenaire au service du roi de France, s’empara de Trémazan en (ou vers) 1351 et saccagea les châteaux et les biens des Sires du Châtel, ce qui accréditerait la thèse d'une reconstruction.

vignette|Sceau équestre avec armoirie à 5 ou 6 fasces de Bernard du Chastel - 1274 - d'après Dom Morice. Le , Bernard du Chastel apparaît dans un acte comme témoin garantissant la cession au duc d'un emplacement à « Penfeld / Penfeel » près de Brest :

; sous la forme « nobili viro domino Bernardo de Castro » (noble homme le seigneur Bernard du Chastel), acte auquel était appendu le sceau équestre reproduit par Dom Morice. Le , « Monsour Bernart dou Chastel, chevaler » est cité dans un acte où Hervé, vicomte de Léon vend au duc de Bretagne de la maison de Dreux, tout ce qu'il lui reste de son patrimoine.

En l'absence des documents anciens précités, l'origine du nom "du Chastel" fait l'objet de plusieurs hypothèses. Il pourrait être lié à la seigneurie du Chastel en Plouarzel, non loin de Saint-Renan. L'ouvrage larmorial et nobiliaire de l’évêché de Léon du marquis de Refuge les mentionne comme « Sr dudit lieu, Par. De Ploëarzmel » (Plouarzel). Il ajoute : « La seigneurie du Chastel est une ancienne bachelerie relevant de la vicomté de Léon ». Frédéric Morvan, historien spécialiste de la Bretagne, dans son étude sur le Livre des Ostz indique, parmi les noms cités en 1294, celui d’Hervé du Chastel, et précise : « Les Du Chastel tirent, semble-t-il, leur nom de la seigneurie du Chastel, en Plouarzel, qui contenait le château de Pont-ar-C'hastel, relevant du duc depuis 1274. ». Toutefois, le château de Pont-ar-C'hastel a été acquis le par Tanguy du Chastel et Bernard du Chastel est déjà cité en 1274 sans titre de "seigneur du chastel". André-Yves Bourgés note que « Bernard du Chastel » ne peut-être considéré comme un « homo novus », qu’il ne porte pas le titre de « seigneur du Chastel » et que son nom « doit donc être considéré comme un surnom d’origine toponymique, un véritable patronyme. Il reste à déterminer à quel "château" ce surnom avait été emprunté : monument assez remarquable pour mériter d’être ainsi appelé ; mais la forteresse dont il s’agit n’avait pas pris le nom de son détenteur. ».

En 1342 (ou 1343 cf acte avec Guillaume de Bohun), le , Tanguy du Chastel reçoit par lettres patentes les fiefs, seigneuries, domaines et justices situés dans la paroisse de Saint-Pierre-Quilbignon; il est nommé la même année capitaine de Brest.

En 1342, le : lors de la guerre de Succession de Bretagne ou guerre des deux Jeanne, qui dura de 1341 à 1364, déclenchée à la mort sans héritier du duc Jean III de Bretagne, Jeanne de Penthièvre et son oncle Jean de Montfort-l'Amaury, descendant de Jean Ier de Bretagne de la maison de Dreux (cf actes avec Bernard du Chastel), se disputent le duché et impliquent leurs conjoints respectifs Charles de Châtillon-Blois et Jeanne de Flandre dite Jeanne la Flamme dans le différend. Lorsque Jean de Montfort est fait prisonnier, Jeanne de Flandre prend la direction de ses armées et continue la lutte. Une trêve est conclue depuis Brest entre Jeanne et Charles de Blois selon un acte daté du où est cité Tanguy du Chastel :

Édouard III, allié de Jeanne de Flandres et de Jean de Montfort, lui donne alors une armée de mille hommes d’armes et de deux mille archers sous les ordres de Robert III d'Artois.

En 1343, Edouard III institue John de Gastedene comme capitaine de Brest et gardien de la vicomté de Léon. Quelques années plus tard, Guillaume de Bohun, lieutenant général du roi d'Angleterre en Bretagne, récompense le chef de guerre anglais Thomas Dagworth avec des terres confisquées à Hervé VII de Léon. Il en fait de même au profit d'Henri de Kaer en 1350.

vignette|Lion portant sur une banderole la devise MAR : CAR : DOE, "S'il plait à Dieu". Gisant d'Auffray du Chastel par Roland Doré dans l'église de Landeleau, photographie de Jean-Yves Cordier. Le , Tanguy du Chastel (Tanguino de Castello de Britannia) reçoit de Guillaume de Bohun comte de Northampton, lieutenant-général en Bretagne du roi et par la suite gouverneur de Bretagne, le château de Coëtgarz (château de Pont-ar-C'hastel paroisse de Plouarzel, cité en 1275 comme maison de Quoitgarz vendu par Hervé IV de Léon au duc Jean Ier de Bretagne, il s'agissait donc probablement d'une résidence peu ou guère fortifiée). Le don est confirmé par le roi « roi de Englelerre et de France » le . Ultérieurement, Guillaume sire du Chastel et de Coëtangars (sire du Chastel et de Pont-ar-C'hastel) sera cité.

L'acquisition du château de Coëtangars/Coëtgarz ou Pont-ar-C'hastel à Plouarzel faisant partie de la seigneurie du Chastel est daté du . Une datation dendrochronologique des éléments de bois conservés dans la structure, estime la construction (ou reconstruction) du château de Trémazan vers 1330-1350. Raoul Caours, mercenaire au service du roi de France, s’empare de Trémazan en 1351 et saccage les châteaux et les biens des Sires du Châtel. La tour Tanguy, fondée selon la tradition par date également du .

Fiefs, châteaux, possessions vignette|La tour Tanguy de Brest bâtie par . thumb|L'hôtel de Tanneguy du Chastel à Recouvrance (dessin du ). Titre Paroisse Commentaire Fief du Chastel, ensemble comprenant les châteaux de Coëtangarz, Coëtgarz, ou Coëtangars appelé "Pont-ar-C'hastel" et de Lezirivy Plouarzel Ce fief a reçu le nom de la famille de son possesseur et non l'inverse;