Fernand Jacopozzi, né le à Florence (Italie) et mort le à ParisActe de décès (avec date et lieu de naissance) à Paris , n° 523, vue 23/31., est un entrepreneur italien installé à Paris, ingénieur électricien, décorateur illuminateur, métier reconnu aujourd’hui comme concepteur lumière, relevant à la fois de la création artistique et de l’ingénierie.
Il épouse, le , Jeanne Emma Vivien. Leur fille unique, Donatella, naît le .
Surnommé le magicien de la lumière, il développe l’art de l’éclairage et transforme le paysage de Paris la nuit par ses illuminations des monuments, des grands magasins lors des fêtes et des évènements.
Pendant l’Exposition des arts décoratifs de 1925, son illumination de la tour Eiffel pour Citroën lui vaut une renommée mondiale.
En 1917, pour protéger la capitale des bombardements, les services du ministère de la Guerre décident de construire un faux Paris dans la grande banlieue et font appel à lui pour la réalisation d’un camouflage lumineux, simulacre de Paris nocturne, destiné à tromper les avions allemands.
Pour les services rendus à la défense nationale et son concours au rayonnement de Paris, il est promu commandeur de la légion d’honneur le .
Biographie
Il est l’aîné d’une famille aisée de sept enfants. Il gagne la France pour fuir un mariage arrangé, selon ses dires ; plus probablement à la recherche d’opportunités professionnelles.
Début
En cette période appelée la Belle Époque, Paris est une ville en pleine urbanisation et modernisation, au cœur d’une prospérité économique accompagnée d’innovations techniques, scientifiques et culturelles.
Il s’installe à Paris en 1900, où la fée électricité, qui triomphe à l’Exposition universelle, transfigure la capitale. Le soir, les visiteurs s’émerveillent des éclairages électriques qui illumine les allées et les pavillons. Sur le Champ-de-Mars, en face de la tour Eiffel dont les becs de gaz ont été remplacés par cinq mille ampoules à incandescence, il est inspiré par l’illumination de monsieur Henri Beau. des fontaines aux couleurs changeantes devant le Palais de l’électricité.
Première société En 1903, il crée sa première société : Jacopozzi et Cie, spécialisée dans la décoration de devantures et les enseignes pour les magasins, au 25 de la rue Popincourt.
L’activité, magasins et bureaux, déménagent, en juin, au 43 rue Sainte-Anne, au catalogue : enseignes sous glace et verre, armoiries et médailles, lettres en émail, relief et cristal, stores et lambrequins, vitraux.
Paz & Silva
thumb|Salon de l’automobile 1907 illumination de la nef du Grand Palais.
En ce début de siècle, Les ateliers Paz et Silva, précurseurs de l’illumination et des enseignes électriques, métamorphosent les places et les boulevards avec l’installation sur les toits et les balcons d’immenses publicités lumineuses automatiques.
Installés au 55 de la rue Sainte-Anne, les établissements Paz et Silva réalisent, avec leur procédé de bandes électriques souples et de lampes à pointes dont ils possèdent le brevet depuis 1901, les illuminations des monuments, des festivités de Paris et des grandes villes de province, par exemple la célébration du centenaire de la naissance de Victor Hugo en 1902, les salons annuels de l’automobile organisés par l’Automobile club de France.
Il y fait ses premières armes d’ingénieur électrique et devient directeur artistique ; ses réalisations pour les illuminations des salons de l’automobile au Grand Palais sont remarquées.
En , Paz et Silva se porte acquéreur de sa société de décoration.
Les parisiens peuvent en juger chaque année à l’exposition de l’Automobile-Club de France, au Grand Palais des Champs-Élysées. L’aspect féerique de la grande nef et l’illumination artistique des stands ont atteint, avec ce procédé, un degré de perfection auquel ne pouvaient pas prétendre les lourdes rampes à gaz et les anciens lampions graisseux.
Établissement En , il crée les Établissements Jacopozzi, au 78 rue du Chemin-Vert : décorations illuminations, décorations électriques en location, cortèges lumineux... En , la société déménage au 44 rue de Bondy (actuelle rue René-Boulanger) qui devient son siège principal.
L’art du spectacle Mi-carême lumineuse La qualité et l’originalité de ses dispositifs lumineux qui enchantent le public lui gagnent une bonne réputation.. Il est sollicité pour les décorations des festivités par les municipalités. Le comité des commerçants des quartiers de la gare Saint-Lazare et de l’Opéra demande à l’« artiste décorateur florentin un cortège lumineux à la mode italienne » pour la mi-carême de Paris de .
Le cortège des reines de Paris et ses motifs lumineux enchaînent une tournée en province, puis en Belgique.
Passion du Théâtre Dans une lettre ouverte publiée dans le journal Comoedia de , Fernand Jacopozzi écrit sa passion du théâtre et son souhait d’une politique de places à prix réduit qui le mettrait à la portée d’une population plus modeste.
Théâtre ambulant de Firmin Gémier thumb|La scène du Théâtre national ambulant de Firmin Gémier éclairée par Fernand Jacopozzi, 1911. En 1911, il réalise l’éclairage du Théâtre national ambulant de Firmin Gémier ; une salle démontable de transportée par camions ou wagons.
Cinémas clefs en main Le début du e siècle voit le grand essor du cinéma. D’abord forain, il se sédentarise. Des salles entièrement nouvelles créées pour le spectacle cinématographique sont construites.
Présent dans le milieu des industries cinématographiques, dès 1911, les établissements Jacopozzi se spécialisent dans l’agencement générale de salle de cinéma, « Installation complète de salles de cinématographe ».
Promoteur et directeur Décembre 1912, Inauguration du Passy cinéma-théâtre, salle de 600 places construite par les établissements Jacopozzi, au 22 rue de Passy : « La salle, très confortable en même temps que fort coquette, est joliment ornée de motifs lumineux d’un effet ravissant. N’oublions pas, du reste, que son directeur, M. Jacopozzi, est justement nommé le “Roi de la Lumière”. Il est donc tout naturel qu’il ait déployé tout son talent dans son établissement. » .
Ordener-La Chapelle Ouverture le du cinéma Ordener-La Chapelle, salle de 900 places au 3 rue de la Chapelle.
La salle des Nouveautés Aubert-Palace
thumb|Façade illuminée du cinéma Aubert Palace en 1922.
Parmi leurs réalisations, le cinéma des Nouveautés Aubert-Palace, près d’un millier de places, 24 boulevard des Italiens, inauguré le , marquera les esprits par son confort et son luxe... La salle est équipée d’une ventilation rafraîchissante et purifiante dissimulée, comme les cinq mille lampes de l’éclairage, dans une décoration inspirée de Pompéi.
Derrière ces peintures, c’est la campagne du Vésuve, et sous la lueur d’un ciel changeant parsemé d’étoiles, la salle, inondée d’une lumière douce donne aux spectateurs une sensation de plein air, et l’illusion des nuits d’Italie. Nul endroit n’est aussi confortable par ses fauteuils spacieux et ses loges coquettes ; nulle part la vision n’est aussi parfaite, grâce à une disposition heureuse et nouvelle qui place tous les spectateurs dans le champ de l’écran...
La guerre Soudain tout s'arrête. Le , Paris subit le premier bombardement aérien de son histoire. D’ à , la capitale connaîtra quarante-quatre journées de bombardements par avion. La « Grosse Bertha » bombarde Paris du au .
Obscurité La défense antiaérienne s’organise autour de Paris, l’ennemi mène des raids de nuit.. Dès 1914, les autorités plongent Paris dans l’obscurité afin que les pilotes allemands ne puissent pas se repérer.
Au moment des alertes, les pompiers et les gardiens de la paix prennent des mesures d’extinction des éclairages publics et privés. Une ordonnance du préfet de police de Paris contraint l’éclairage des commerces à un couvre-feu et interdit les enseignes lumineuses au-dessus du premier étageOrdonnance, 12 septembre 1914, APPP Ba 889.
Création d'un faux Paris À la demande de Clemenceau, il réalisa, pendant la Première Guerre mondiale, le maquillage nocturne de Paris et notamment, donne l’illusion que les services de la gare de l'Est se trouvent installés du côté d’Aulnay-sous-BoisL’Ouest-Éclair, 7 février 1932..
Jacopozzi créer trois zones distinctes Fernand Jacopozzi : du « Paris factice » à la Tour Eiffel Citroën : La zone A2, située entre Villepinte au sud, Tremblay-lès-Gonesse à l'est, Louvres au nord et Fontenay-en-Parisis au nord-ouest, correspondant grosso modo à la zone actuelle de l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle, doit reproduire la zone industrielle du nord de Paris : Saint-Denis, Aubervilliers, Saint-Ouen et la Gare de l’Est (appelée zone A1). La zone B2, qui reprend une boucle de la Seine identique à celle de Paris, à quelques détails près (dite zone B1), et doit représenter un double complet de la capitale. Elle se trouve au nord de Maisons-Laffitte, à l'est de Conflans-Sainte-Honorine et au sud de Saint-Ouen-l'Aumône. La zone C, autour de Chelles, Noisiel ou Gournay-sur-Marne, qui doit imiter une zone industrielle intense.
En 1918, la DCA, chargée de la défense du territoire contre les attaques aériennes, décide la création d'un Paris factice afin de détourner les attaques allemandes de la capitale. « Les services de DCA ne possédaient, toutefois, aucun moyen de réalisation, et l'on dut s'adresser à l'industrie privée », note L'Illustration. C'est Fernand Jacopozzi, qui emporta le contrat grâce à « son ingéniosité et [à] la simplicité de ses moyens », raconta Le Figaro en février 1932, à la mort de l'ingénieur électricien d'origine italienne. Un premier contrat fut passé pour la région de l'Orme de Morlu, au nord-est de Saint-Denis. Selon L'Illustration, « Les difficultés d'exécution étaient grandes (...) Il était nécessaire qu'on utilisât une boucle de la Seine analogue à celle qui traverse la capitale et dont aucun artifice de camouflage ne pouvait tenir lieu. Il fallait ensuite que les zones qu'on allait ainsi désigner aux bombardements de l'ennemi ne fussent pas semées de localités habitées ».. Trois zones furent retenues dans les régions Nord-Est, Nord-Ouest et Est de Paris. Dans la première, le projet devait restituer rapidement un faux Saint-Denis, un faux Aubervilliers, des fausses gares de l'Est et du Nord, « avec les usines qui peuplent cette banlieue Nord de Paris ». Dans les autres zones, on devait reproduire le chemin de fer de la petite ceinture, les Champs-Élysées et d'autres points remarquables répliquant Paris (zone B, ci-dessus), ainsi que des objectifs industriels (zone C).