Les Autodéfenses unies de Colombie (en espagnol : Autodefensas Unidas de Colombia ; AUC) sont un groupe paramilitaire colombien, fondé le sous l'égide de Carlos Castaño à partir d'une unification des groupes paramilitaires préexistants fondés à l'initiative de l’armée, de propriétaires terriens ou des cartels de drogue. Il s'agit de la plus grande force paramilitaire du pays.
Les paramilitaires constituaient une force auxiliaire de l’armée colombienne « utilisée pour semer la terreur et détourner les soupçons concernant la responsabilité des forces armées dans les violations des droits humains ». Les AUC étaient officiellement illégales et placées sur la liste des organisations terroristes du Canada, des États-Unis et de l'Union européenne. L'organisation est généralement tenue responsable par les ONG et organismes officiels de la grande majorité des crimes perpétrés durant le conflit.
Constitution des AUC De 1994 à 1997, les paramilitaires de la Colombie se fédèrent sous la bannière des Autodéfenses unies de Colombie (AUC), et affirment constituer une réaction de la classe moyenne colombienne à la violence dégradée des groupes de guérilla. À l'époque, les AUC se définissent comme « un mouvement national politico-militaire, de caractère anti-subversif, qui protège l’État de droit, la liberté économique et l'équilibre social ». Bien que le groupe ait incorporé à son discours un fondement idéologique en invoquant régulièrement la défense de la propriété privée et de la démocratie, ses membres de base ne présentaient habituellement qu'un faible degré de politisation et étaient avant tout des mercenaires ; ils étaient rémunérés et pouvaient le plus souvent quitter le groupe lorsqu'ils le voulaient, ce qui explique pourquoi les AUC ont fini par dégénérer en organisation narco-criminelle avant d’imploser pour donner naissance à plusieurs groupes se battant régulièrement entre eux pour le contrôle du trafic de drogue, plutôt que de se reconstituer en parti politique après leur démobilisation.
Des offensives importantes et la collaboration tacite des autorités militaires leur permettent de posséder une forte influence dans de larges zones du pays au début et au milieu des années 2000, surtout dans le centre et le nord du pays, ainsi que dans l'ancienne zone démilitarisée du CaguánCarte des fronts des AUC, Commission Nationale de Réparation et Réconciliation. Au cours de leur existence, les AUC ont des affrontements violents avec les FARC et l'ELN Mueren 39 paramilitares en combate guerrillero, El Siglo de Torreón, et contribuent à l'affaiblissement de ces forces au cours des années 2000. Toutefois leur stratégie militaire ne consiste généralement pas à attaquer de front les groupes de guérilla – les combats entre guérilleros et paramilitaires sont peu fréquents et se produisent généralement à l’initiative des premiers – mais à semer la terreur parmi les populations civiles considérées comme leur base logistique.
Massacres de civils
ONG et organismes internationaux s'accordent pour attribuer aux paramilitaires l'essentiel des crimes du conflit armé colombien. L'ONU leur impute 80 % des meurtres, contre 12 % pour les guérillas et 8 % pour les soldats du gouvernement . En 2005, Amnesty international déclare que « la très grande majorité des assassinats politiques, disparitions de personnes et cas de tortures ont été perpétrés par des paramilitaires soutenus par l’armée ». La Comisión Colombiana de Juristas rapporte que pour l'année 2000, 85 % des meurtres à motivations politiques proviennent des paramilitaires et des forces armées gouvernementales.
La torture est employée de manière systématique par les paramilitaires sur leurs victimes, et aboutit au décès de la personne dans l’immense majorité des cas. Conceptualisé suivant des codes précis, son usage ne présente pas un caractère spontané, il ne s'agit pas de satisfaire d'éventuelles pulsions sadiques de ses auteurs mais de répondre à des objectifs réfléchis. Pour obtenir des renseignements, des simulations de noyades, d’asphyxies et des électrocutions sont privilégiées. Lorsqu’il s'agit de terroriser une communauté paysanne ou indigène, des individus sont démembrés à la machette ou à la tronçonneuse (la seconde option reste la plus courante et constituait une « signature »). La torture peut aussi être pratiquée sur des membres des groupes paramilitaires par mesure disciplinaire.
Pour faire disparaître plus facilement leurs victimes, les AUC emploient dans certaines régions de Colombie des fours crématoires. Des témoins racontent que les paramilitaires « tuaient des gens, les enterraient dans des fosses et les déterraient six mois plus tard pour les brûler tous en même temps. Parfois, ils ouvraient les cadavres en deux, sortaient tout ce qu’il y avait dedans et, quand ils étaient secs, les coupaient en petits morceaux. Une fois hachés menus, ils les jetaient dans le four. Ici, on appelait cet endroit "l’abattoir" ». Bien que ces fours aient principalement servi à la disparition de cadavres, des personnes y ont également été jetées vivantes. Dans de plus rares cas des paramilitaires se sont livrés au cannibalisme.
Dans le cadre de leur démobilisation et du processus judiciaire qui en découle, les paramilitaires admettent leur responsabilité pour 30 000 assassinats et 68 000 actes de déplacements de populations. Ces chiffres se fondent néanmoins uniquement sur les aveux des démobilisés, et n'incorporent donc pas les victimes des paramilitaires tués ou toujours actifs. La justice colombienne évalue plutôt à environ 150 000 morts l'action des AUC et des groupes paramilitaires antérieurs. Ces milices sont aussi responsables de la grande majorité des 3,5 millions de déplacés par la guerrePhilippe Dufort (Université du Québec), Paramilitarisme et scandale de la parapolitique en Colombie, La Chronique des Amériques, octobre 2007, .
Financement Trafic de drogue Selon Carlos Castaño, ancien chef paramilitaire, les AUC participent au trafic de drogue et en dirigent une partie« Les paramilitaires au cœur de l'État colombien », Le Monde diplomatique, avril 2003. Selon lui, 70 % des recettes des AUC provenaient du trafic de drogues. En , l’Observatoire géopolitique des drogues de Paris affirmait que la majorité de la cocaïne arrivant dans les ports espagnols, belges et hollandais provenait des zones côtières colombiennes contrôlées par les AUC.
Entreprises privées Plusieurs entreprises et multinationales ont apporté leur contribution au financement des milices paramilitaires. Parmi elles, la multinationale Chiquita Brands International, plus connue sous le nom de United Fruit, a été condamné en par la justice américaine au versement d'une amende de 18,8 millions d'euros pour avoir financé les AUC, alors déjà inscrits sur la liste des « organisations terroristes étrangères » du ministère des Affaires étrangères des États-Unis. Chiquita, via sa filiale colombienne Banadex S.A. a également fourni des armes et des munitions aux AUC Banana 'para-republic', Semana, 17 mars 2007.
Outre Chiquita, 193 autres entreprises de production et d'exportation de bananes ont participé au financement du paramilitarisme colombien. Elles ont versé un total de 33 millions de dollars aux AUC et contribué à la logistique d’importation clandestine d'armement.
Coca-Cola a aussi usé des paramilitaires pour assassiner des syndicalistes. Au moins une dizaine de syndicalistes qui travaillaient dans les usines colombiennes de la multinationale ont été assassinés.
Accaparement de terres Les paramilitaires se sont emparés de nombreuses terres en intimidant les paysans. Ils venaient pour acheter les terres à prix dérisoire et donnaient vingt-quatre heures aux occupants pour partir, menaçant sinon « d'acheter à la veuve ».
Entraînement, lutte et connexions internationales La discipline observée à l'intérieur des AUC comprend une obéissance absolue aux chefs. Ces derniers possèdent le droit de mort sur leurs subordonnés et semblent pouvoir l'utiliser sans contrainte :« Notre entraînement a duré un mois, parce que nous étions déjà réservistes. On nous a appris l’importance de la fidélité à nos chefs, et surtout l’importance du silence que nous devions tenir sur tout ce que nous voyions ou entendions. Pour moi, ça n’a pas été difficile de m’adapter parce que je venais de quitter l’armée, mais les nouvelles règles étaient dures. Notre instructeur était très strict et ne pardonnait pas les erreurs. Une fois, ils chargèrent un nouveau compagnon d’une tâche pour laquelle il devait se lever à trois heures du matin. Mais, il est resté endormi et ne s’est pas levé. Le commandant nous a tous réveillés et à pas de loup nous a emmené là où dormait le type. Quand nous sommes arrivés près de son lit, il lui a retiré son pistolet et a ordonné à l’un de nous qu’il le tue dans son sommeil. Ce dernier n’a pas réagi, peut être qu’il pensait que c’était une blague, et il n’a pas pris l’arme. Le commandant n’a pas répété l’ordre, il a mis le canon sur la tempe du type endormi et il a tiré sans sommation. Le sang éclaboussait son visage. Il est revenu vers nous, qui avions été effrayés, et sans trembler mit une balle dans la tête à la personne qui n’avait pas pris le pistolet alors qu’il le lui avait ordonné. »En , une cargaison de 3117 kalachnikovs et 5 millions de cartouches à destination des AUC est déchargée au port de Turbo, en Colombie. La livraison a été réalisée par l'intermédiaire du trafiquant d'armes israélien Shimon Yenilek et avec l'aval du cartel mexicain de SinaloaFrançois Pilet, Marie Maurisse et Aliaume Leroy, SwissLeaks : HSBC abritait l’argent du crime, lemonde.fr, 4 mars 2015..
Le principal commandant des AUC, Carlos Castaño, a assuré en 2001 que « les pressions de la communauté internationale peuvent influencer le haut commandement, mais, sur le terrain, personne ne pourra jamais diviser des frères unis contre un même ennemi. Je n’ai pas à craindre l’armée parce qu’elle ne peut rien me faire ». Le rapport de la Commission des droits de l'homme des Nations unies, réalisé en 2001, confirme : « Le bureau a été témoin de déclarations des autorités de l’armée indiquant que le mouvement paramilitaire n’attente pas à l’ordre constitutionnel et que, par conséquent, l’armée n’a pas à le combattre (…). En revanche, les militaires mènent des opérations d’envergure contre les guérillas, dans lesquelles ils déploient des ressources humaines et logistiques énormes (…). Généralement, l’attaque contre les groupes paramilitaires ne fait l’objet que de faibles escarmouches, réquisitions ou détentions individuelles et sporadiques. » Castaño reconnait également entretenir des relations amicales avec le haut clergé catholique et une partie des dirigeants politiques. Il ajoute que « les Américains ont toléré » les groupes paramilitaires.
Relations avec la classe politique Lors d'une réunion secrète à Santa Fé de Ralito, le , plusieurs maires, sénateurs, chefs d’entreprise et gouverneurs scellèrent une alliance avec les chefs des AUC afin de permettre une « refondation de la patrie » au nom d’un « nouveau contrat social » basé sur le « droit à la propriété ».