Assunta Adelaide Luigia Modotti dite « Tina« Troisième enfant et deuxième fille d'Assunta Mondini et de Giuseppe Saltarini Modotti, la petite fille est très vite appelée « Assuntina », pour la distinguer de sa mère, diminutif qui ne tarde pas à se contracter en « Tina », le nom qu'elle portera toute sa vie. » Ibid. . Modotti », née le à Udine, région du Frioul-Vénétie Julienne, Italie et morte le , est une photographe, actrice et militante révolutionnaire.

Biographie Jeunesse Le père de Tina Modotti est mécanicien à Udine. Un oncle, Pietro Modotti, est un photographe réputé dans la même ville.. Elle naît le à Udine« 113, via Pracchiuso », ibid. et in Tina Modotti, Lettres à Edward Weston 1922–1931, « Chronologie » ., région du Frioul-Vénétie Julienne, Italie. En 1897 ou 1898, la famille s’installe dans les environs de Klagenfurt (Autriche) où son père a trouvé un emploi dans une usine de bicyclettes. La famille revient à Udine en 1905 et la jeune Tina Modotti doit recommencer ses études primaires au début, en italien, après les avoir faites en allemand à Klagenfurt.

La réadaptation lui est difficile, notamment à cause de la différence d’âge avec ses condisciples. Son père émigre en Amérique vers 1908 avec sa fille aînée, où il rejoint un de ses frères, établi à Turtle Creek (Pennsylvanie) depuis 1904. Au bout d'un an, il doit abandonner ce projet, qui est un échec et, revenant à son métier d’origine, il ouvre un atelier de mécanique, où il fait surtout des réparations en tout genre. Pendant ce temps, la famille restée à Udine se trouve plongée dans une grande pauvreté. À 12 ans, Tina Modotti travaille douze heures par jour dans une usine textile The Epic Life of Tina Modotti.et est la seule à apporter un salaire à la maison pour nourrir sa mère et ses quatre frères et sœurs.

L'Amérique vignette|upright=1.4|Le palais des Beaux-Arts de San Francisco. En 1913, le père a les moyens de faire venir sa fille à San Francisco. Tina Modotti débarque à Ellis Island le et répond au fonctionnaire de l’Immigration qui lui demande si elle n’est « ni anarchiste ni polygame, et n’a jamais été en prison». Tina Modotti a 17 ans et trouve rapidement un emploi de couturière auprès de sa sœur dans le prestigieux magasin de mode I. Magnin qui propose notamment les dernières créations de Paris. Sa beauté est remarquée, ce que lui vaut d'être employée comme mannequin pour présenter les collections.

En 1915, San Francisco accueille l’Exposition internationale Panama-Pacific, officiellement organisée pour célébrer l’ouverture du canal de Panama, mais surtout pour célébrer la reconstruction de la ville après le séisme de 1906. C’est là que Tina Modotti rencontre celui qui deviendra son mari en 1917, le peintre et poète Roubaix de l’Abrie Richey (dit « Robo »)., et est confrontée pour la première fois aux manifestations de l’art moderne. Au palais des beaux-arts, elle voit notamment des œuvres d’Edvard Munch et de futuristes italiens ainsi que des photos d’Edward Weston.. Un an plus tard, elle abandonne le métier de mannequin et se tourne vers une carrière théâtrale, elle joue dans des opérettes dans un théâtre italien local et est remarquée par un chercheur de talents de Hollywood.

Tina Modotti et Robo arrivent à Los Angeles fin 1918 et, après quelques petits rôles, elle obtient le rôle principal dans deux films, I Can Explain et The Tiger’s Coat. Dans ce dernier, elle porte une robe dont le modèle et le tissu ont été créés par Robo. Pour Tina Modotti et Robo, Los Angeles ne se limite pas à Hollywood et au cinéma. Ils font partie de tout un cercle d’avant-garde composé d’artistes, d’anarchistes et d’intellectuels, tous fascinés par l’art, le mysticisme oriental, l’amour libre et la révolution mexicaine.

Pendant ce temps, Modotti père a acquis une certaine aisance et, en 1920, il a enfin pu faire venir son épouse et les enfants restés en Italie.

Premiers voyages au Mexique À Los Angeles, en 1921, Tina Modotti rencontre Edward Weston, photographe célèbre de dix ans son aîné, marié et père de 4 garçons, personnage important d’un autre cercle d’intellectuels bohèmes. Les deux groupes se retrouvent régulièrement chez l’un ou chez l’autre, et Tina et Edward ressentent rapidement une attirance réciproque. Son mariage avec Robo bat déjà un peu de l’aile et Tina Modotti expliquera plus tard que leur union s’est progressivement dégradée, quoiqu’ils restent en bons termes, du fait de la personnalité de Robo, trop dépendant, qui ne peut la satisfaire ni sur le plan sentimental ni sur le plan sexuel. Tina Modotti devient d’abord le modèle d'Edward Weston, puis sa maîtresse. Robo et Weston sont invités à exposer à Mexico par le directeur de l’Académie des Beaux-Arts, le poète Ricardo Gómez Robelo, dont Robo a illustré un recueil. Il est prévu que Tina Modotti accompagne son mari, mais elle doit auparavant terminer le tournage de I Can Explain. Robo part donc seul pour le Mexique.

En 1922, elle part pour Mexico où Robo a contracté la variole, elle y arrive deux jours après son décès. Elle reste sur place et supervise une exposition des œuvres de Robo, Edward Weston et d’autres artistes californiens dont il avait emporté des travaux. Ricardo Gómez Robelo l’introduit auprès des muralistes mexicains lors de ce premier séjour qui se termine brutalement lorsqu’elle apprend la maladie et le décès de son père quelques semaines plus tard.

Sa relation avec E. Weston qui s’intensifie et cette double perte provoquent une nouvelle prise de conscience chez Tina Modotti. Elle ne peut plus se satisfaire des rôles stéréotypés que lui offre Hollywood, ni de son rôle de simple modèle devant l’objectif d'Edward Weston, de et des autres membres du cercle de Weston. Elle commence à travailler au studio de Weston , à les accompagner, Johan Hagemeyer et lui, lors de prises de vue en extérieur et à les assister pour les travaux de laboratoire.

En 1923, elle retourne au Mexique, accompagnée cette fois d'Edward Weston et de Chandler, le fils de ce dernier. Edward Weston s’est engagé à lui enseigner la photographie en échange de son aide au studio, elle devient donc officiellement son assistante. Le Mexico postrévolutionnaire des années 1920 est en pleine effervescence sociale et culturelle, un peu comme le sont Berlin et Paris à la même époque et la maison des Weston-Modotti devient un lieu de réunion célèbre où se rencontrent radicaux, écrivains et artistes tels que Diego Rivera, ou Jean Charlot. Le nouveau romancier B. Traven apprend la photographie à leurs côtésClaire Auzias, « Traven est de retour », Chimères. Revue des schizoanalyses, 1997, 31, 39-55..

La photographie Instruite par Edward Weston, Tina Modotti maîtrise rapidement la technique photographique et, plus son séjour se prolonge au Mexique, plus elle s’éloigne de son influence pour s’investir dans le reportage photographique et rendre compte de l’agitation politique et de l’injustice sociale dont elle est témoin, ainsi que de la révolution culturelle en cours au centre de laquelle se trouvent les muralistes. Le , une exposition où l’on peut voir des photos de Tina Modotti et d'Edward Weston est inaugurée en présence du président Álvaro Obregón. Ils font la connaissance de l’écrivain D. H. Lawrence qui est alors au Mexique en train d’écrire son roman fameux Le Serpent à plumes. Elle lit Oscar Wilde, Edgar Allan Poe, Freud ainsi que Nietzsche, et ses idées se radicalisent.

En 1926, elle sillonne le Mexique avec Edward Weston et son fils aîné, Brett, prenant des photos pour illustrer le livre d’Anita Brenner Idols Behind Altars (Des idoles derrière les retables), une réflexion sur l’art moderne mexicain et ses sources traditionnelles et précolombiennes. En novembre de la même année, la rupture entre Edward et Tina Modotti est consommée : l’écart entre leurs conceptions esthétiques et l’engagement politique et social de Tina Modotti, qui se tourne vers l’extérieur alors que Edward Weston est dépourvu de tout réalisme social, la nostalgie d'Edward qui veut revoir sa famille et la volonté de Tina de rester au Mexique, où elle pressent qu’elle a un rôle à jouer dans la révolution culturelle et sociale en cours, toutes ces différences s’accentuant provoquent leur séparation. Ils ne se reverront jamais, mais resteront en contact épistolaire permanent jusqu’en 1931, date à laquelle Tina Modotti s’installera en Russie. Edward Weston choisit de revenir en Californie, et Tina Modotti poursuit seule son parcours de photographe au Mexique. Son amitié avec les muralistes, proches ou membres du Parti communiste mexicain, Diego Rivera en particulier mais aussi José Clemente Orozco et Jean Charlot, la fortifie dans son engagement politique et l’amène à devenir la photographe officielle de ses fresques en 1925. Elle fait la connaissance du poète russe Vladimir Maïakovski, un des chefs de file des futuristes russes. C’est pour elle une période d'intense activité artistique et politique, où elle s’implique surtout dans des campagnes pour la libération des prisonniers politiques ou la promotion des mouvements de libération internationaux, laissant de côté les débats idéologiques qui ne l’intéressaient que très peu. Fin 1925, début 1926 elle retourne à San Francisco auprès de sa mère gravement malade. Elle fréquente tous les amis d'Edward Weston et le studio de Dorothea Lange.

Elle mène de front son œuvre personnelle, les photographies de travaux d’artistes mexicains destinées à la publication de livres d’art ainsi que ses travaux de photojournalisme pour El Machete, le journal du Parti communiste mexicain auquel elle adhère en 1927, et une activité de photographe plus conventionnelle, alimentaire, réalisant de nombreux portraits en studio pour la riche bourgeoisie de Mexico. Sa maison est devenue un lieu de rencontre pour les exilés dont elle soutient les luttes de libération nationale et pour nombre d’artistes mexicains, comme le jeune photographe Manuel Alvarez Bravo, Rufino Tamayo ou Frida Kahlo, qu’elle présentera à Diego Rivera.

Scandales, drames et procès vignette|200px|Julio Antonio Mella. En 1928, Tina Modotti vit avec Julio Antonio Mella, un jeune révolutionnaire cubain en exil, qui est abattu en pleine rue à ses côtés alors qu’ils rentraient un soir après être allés au cinéma. Il s’agit d’un crime politique dont le gouvernement se sert contre les communistes, le faisant passer pour un crime passionnel malgré les témoins qui ont décrit le déroulement des faits. L’enquête est orientée, sa maison est perquisitionnée et une véritable inquisition sur sa vie privée commence. Les photos de nus qu'Edward Weston a réalisées d’elle sont saisies comme preuve de son « immoralité », ce qui va causer un tort irréparable à sa réputation et à sa carrière, aussi bien auprès de la base du Parti communiste, paysans et ouvriers peu familiarisés avec l’art photographique, qu’auprès de sa clientèle de la haute société qui la voit dépeinte dans la presse comme une « communiste dépravée ».

Malgré son acquittement lors du procès, la mort de Julio Antonio Mella et le harcèlement policier et médiatique la laissent profondément meurtrie, lui donnent une perception du monde irrévocablement changée et renforcent son engagement dans la lutte pour le changement social :« Il n’y avait plus pour elle de moyen terme ; la vie était désormais affaire d’absolus. Elle avait été une photographe engagée, elle était désormais une révolutionnaire pourvue d’une mission. Un zèle nouveau la poussait à suivre les traces de Mella. »