Jean de Cheverus, de son nom complet : Jean-Louis-Anne-Magdeleine Lefebvre de Cheverus, né le à Mayenne et décédé le à Bordeaux, est un prêtre français, missionnaire aux États-Unis, où il fut évêque de Boston de à . Rappelé en France comme évêque de Montauban il fut transféré à l'Archidiocèse de Bordeaux en et créé cardinal en .
Biographie
Origine Le cardinal de Cheverus est issu d'une vieille famille de robe originaire de la MayenneLes Lefebvre de Cheverus ou Le Febvre de Cheverus étaient une vieille famille de robe, de bonne heure implantée en Mayenne. Le domaine de Chevrus, qui était son berceau, existe toujours à Saint-Hilaire-du-Maine, avec sa vieille tour, ses murs épais et une croix de pierre à proximité.. Son père, Jean-Vincent de CheverusNé en 1739. Il se marie avec Anne Lemarchand des Noyers le à Saint-Fraimbault (Orne). Les Le Marchand était une famille notable, originaire d'Argentan, dont une branche s'était établie en Mayenne. Le père d'Anne était fermier général du comte de Froulay de Tessé et demeurait au petit château de Tessé à Saint-Fraimbault (Orne). La mère d'Anne était une Tripier, famille notable aux nombreuses ramifications. Anne Charlotte des Noyers est morte le à Notre-Dame de Mayenne., était juge général civil et de police à la barre ducale de Mayenne. Il est l'oncle de Jean-Baptiste-Amédée George de La Massonnais. Il effectue ses études jusqu'à la quatrième au collège de Mayenne.
Les armes de la famille Lefebvre de Cheverus sont "D'argent, à la croix ancrée de sable"..
Études théologiques Il reçoit la tonsure en des mains de Jean-François de Hercé, évêque de Dol., où il devient prieur de TorbéchetIl est pourvu le de cette chapelle située en Saint-Georges-Buttavent avec le titre d'aumônier extraordinaire de Monsieur, frère du roi. malgré son jeune âge. Il continue ses études littéraires à Paris avec distinction au collège Louis-le-Grand à Paris en . S'étant destiné à l'état ecclésiastique, il étudie la théologie au séminaire Saint-Magloire, tenu par les oratoriens, et s'y lie avec l'abbé de Maccarthy, qui est du même âge et qui, se fait tant de réputation dans la chaire. Jacques-André Émery, supérieur général de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice veut lui offrir une place gratuite dans son séminaire ; mais le jeune de Cheverus est trop attaché aux directeurs de Saint-Magloire pour les quitter : la reconnaissance l'empêche d'accepter.
Révolution française Il est ordonné diacre en Il était alors maître de conférences à Louis-le-Grand., et n'a pas vingt-trois ans lorsqu'il est ordonné prêtre, le par dispense spécialePar rapport à l'âge., à la dernière ordination publique qui se soit, faite à Paris avant la Révolution française, le .
Déjà les biens du clergé sont envahis, la constitution civile du clergé décrétée, le serment prescrit à tous les ecclésiastiques, sous peine de déchéance ; le jeune prêtre retourne dans son diocèseIl y célèbre sa première messe la nuit de Noël..
Son oncle, curé de Mayenne, alors infirme et paralytique, le demande comme coopérateur sous le titre de vicaire ; l'évêque du Mans le nomme en même temps chanoine de sa cathédrale. Il refuse le serment le , exerce son ministère en secret. Sa prudence déjà connue et appréciée a porté l'évêque du Mans à lui donner des pouvoirs de grand vicaire. À la mort du curé de Notre-Dame de Mayenne, , l'évêque donne à son neveu les pouvoirs de curé et de vicaire général.
Obligé de quitter Mayenne au printemps de , ainsi que tous les ecclésiastiques insermentés du département, il a ordre de se rendre à Laval, où il doit être en surveillance et se présenter chaque jour aux autorités. Urbain-René de Hercé, évêque de Dol, est à leur tête. Le décret du condamne à la déportation les prêtres insermentés. On donne à ceux de Laval des passeports pour se rendre en pays étrangers ; Cheverus en prend un pour la Grande-Bretagne, et passe par Paris, où il arrive au moment des massacres de Septembre. Il se cache pendant ces journées, et part bientôt pour la Grande-BretagneIl embarque à Calais le ., sans connaître la langue de ce pays, et ayant pour toutes ressources .
Le gouvernement britannique accorde alors des secours aux prêtres français réfugiésAux offres du gouvernement britannique il répond : ; Cheverus ne veut pas en profiter, et il réussit à pourvoir lui-même à ses besoins, en se plaçant comme professeur de français et de mathématiques chez un ministre protestant qui tient une pension. Au bout d'un an, il sait assez l'anglais pour se charger du service d'une chapelle catholiqueIl obtint de l'évêque de Londres la desservance d'une chapelle catholique qui devint bientôt le centre d'une nouvelle paroisse. et y faire des instructionsLa première fois qu'il prêche en anglais, voulant s'assurer s'il a bien été compris, il demande à un homme du peuple ce qu'il pense de son sermon : Jusque dans les dernières années de sa vie, Cheverus aime à rappeler cette réponse à ses prêtres.. En même temps, on lui propose de se mettre à la tête d'un collège à Cayenne.
L'Amérique
Heureusement il croit ne pas devoir accepterIl n'aurait point échappé à la persécution qui éclata peu après contre les prêtres de la Guyane. En , l'abbé , ancien docteur et professeur de Sorbonne, l'appelle en Amérique (Nouvelle-Angleterre), où son zèle, ses vertus pourraient se déployer sur un plus grand théâtre.
À son arrivée à Boston, le , l'abbé de Cheverus trouvait un champ immense ouvert à son zèleC'est un territoire de près de en long, et de 100 en largeur sur la surface duquel quelques catholiques sont disséminés au milieu des protestants. Les esprits, divisés en plusieurs sectes religieuses, ne sont pas favorable à ce qu'ils appellent le papismeLe Magasin mensuel de Boston décrit le début de son apostolat, on voit un auteur protestant louer un prêtre catholique et rendre hommage à ses vertus. Tantôt c'est un dissident qui épie les démarches, observe les actions du jeune apôtre, et qui lui dit : Ici c'est un pasteur protestant qui désire attirer dans son parti l'abbé de Cheverus et son digne ami qui, après une conférence où il leur fait part de ses objections et entend leurs réponses, s'écrie : Ailleurs, frappé de l'estime et de la vénération que M. de Cheverus et M. de Matignon se sont conciliées par leurs vertus, le même journal fait cette réflexion dont personne ne contestera la justesse : ..
L'abbé de Cheverus s'applique aux études qui sont le plus en honneur à BostonIl apprit si parfaitement l'anglais, dit un journal de cette ville, II est aussi très connaisseur dans la littérature française, grecque et latine ; tous les jours il rafraîchit sa mémoire par la lecture des auteurs classiques.
John Carroll, évêque de Baltimore, informé de tant de vertus et de talents, lui propose la cure de Sainte-Marie, à Philadelphie ; mais il ne peut quitter Matignon, qui l'a appelé de Grande-Bretagne. Bientôt il se livre avec un nouveau zèle à ses travaux évangéliques en visitant les catholiques des environs de Boston, qui n'ont point de prêtres, et passant jusqu'à deux ou trois mois chez les Indiens de Passamaquoddy et de PenobscotLe tableau de ses missions a été peint par l'auteur de sa vie : ..
Boston Après avoir passé trois mois au milieu de ce peuple, l'abbé de Cheverus repart pour Boston. La fièvre jaune s'est déclarée dans cette ville (), et déjà de nombreuses victimes ont succombéOn voit alors le missionnaire se multiplier pour secourir les malades, catholiques et protestants, s'acquittant auprès d'eux de tous les soins d'un infirmier, et leur rendant les services les plus humiliants. On lui représente qu'il ne doit pas s'exposer ainsi : ..
Le nombre des fidèles s'accroît bientôt à Boston : les protestants eux-mêmes désirent entendre les prédications et assister aux cérémonies si touchantes de l'Église romaine. L'abbé de Cheverus ouvre donc une souscription pour bâtir une église dans cette ville. Le premier des souscripteurs est le président des États-Unis, John Adams. Bientôt la souscription est couverte des noms les plus honorables, tant protestants que catholiques. L'abbé de Cheverus élève les murs jusqu'à la concurrence des sommes déposées entre ses mains ; mais, ces fonds épuisés, il arrête tous les travaux, et jamais ils ne sont repris et continués qu'en proportion des fonds qu'il a reçus. La dédicace s'en fait le , avec une pompe qui produit les plus heureuses impressions. Parmi les conquêtes qu'il fait alors au catholicisme, il faut citer la dame Elizabeth Ann Seton, fondatrice, par la suite, de la première communauté de femmes des États-Unis.
Un retour en France ? Après le concordat de 1801, sa famille et ses amis de France le pressent de revenir dans sa patrie avec tous les prêtres exilés, il est un moment près de céder à leurs instances, mais les besoins des catholiques de Boston, son attachement pour l'abbé Matignon et les raisons que lui donne Carroll, dans une lettre du le décident à resterOn sait qu'il fut vivement agité à ce sujet ; son cœur le rappelait en France, son cœur le retenait en Amérique. Enfin, après de longues irrésolutions, il annonça à ses ouailles, le dimanche d'après Pâques, qu'il resterait avec elles, partageant leur bonne et leur mauvaise fortune, qu'elles lui tiendraient lieu de tous ses parents et amis de France, dont il se privait pour elles..
Pendant qu'il se livre aux travaux de son ministère, on lui adresse, des prisons de Northampton, une lettre qui l'appelle à la plus pénible de toutes les fonctions ecclésiastiques : deux Irlandais catholiques, condamnés à mort pour un crime qu'ils n'ont pas commis, lui écrivent afin de réclamer l'assistance de son ministère. L'abbé de Cheverus accourt, les console, et trouve les moyens d'adoucir ce que ce dernier moment a d'horrible. C'est la coutume aux États-Unis de conduire le condamné au temple pour qu'il y entende un discours funèbre immédiatement avant l'exécutionL'homme évangélique, montant en chaire, aperçoit une multitude de femmes accourues de toutes parts pour assister au supplice de ces infortunés. Alors, d'une voix forte et sévère, il prononça ce discours : ..
Évêque de Boston En , l'évêque John Carroll demanda l'érection de quatre nouveaux sièges, dont un serait à Boston pour toute la Nouvelle-Angleterre. Il a d'abord proposé l'abbé Matignon, qui, par son âge et sa réputation, semble avoir des droits à cette préférence. Mais le docteur, sans en prévenir son ami, dont il connait la modestie, fait tomber sur celui-ci ce choix honorable. Le , donne le bref qui établit quatre nouveaux évêchés. Un des nouveaux évêques, le P. Concanen, nommé évêque de New York, doit porter les bulles pontificales d’érection de diocèses et autorisant la consécration épiscopale. Mais comme il meurt à Naples avant d'avoir pu se rendre dans son diocèse, les bulles n'arrivent aux États-Unis qu'en .
L'abbé de Cheverus est consacré à Baltimore le , par John Carroll et son coadjuteur Leonard Neale ainsi que . L'abbé Matignon, son maître et son guide, s'honore d'être son aide et son secondRien ne fut changé entre eux, si ce n'est que l'évêque, forcé de prendre la première place, tâchait de faire compensation par un redoublement de soins et d'égards envers son digne ami.. Évêque comme missionnaire, il continue les plus pénibles fonctions de son ministère, confessant, catéchisant, visitant les pauvres et les malades, ne craignant pas d'aller, en toutes saisons, à toutes les heures du jour et de la nuit, porter à plusieurs milles de distance ses aumônes.