L'Istòria de Joan-l'an-presEn dehors de cette forme en norme classique, les différentes éditions font varier la graphie ; Gardy relève Histoira dé Jean-l'an-prés dans son édition accompagnant l'ouvrage de Le Roy Ladurie ; l'édition Virenque de 1839 donne Histouèra dé Jan-l'an-près. (« Histoire de Joan-l'an-pres ») est un roman picaresque et un conte philosophique de l'écrivain languedocien de langue occitane Jean-Baptiste Fabre. Il fut rédigé deux fois (il en existe donc deux versions), respectivement en 1756 et 1765. Grand classique de la littérature occitane, il en est l'une des œuvres majeures du (une période un peu pauvre comparée aux grandes productions du et du ).

Régulièrement édité depuis le et largement étudié. par le monde académique occitan (en particulier par le critique et écrivain Philippe Gardy), il a été l'objet d'une ample étude sociologique par Emmanuel Le Roy Ladurie (accompagnée d'une transcription et d'une traduction de Gardy), traduite par la suite en anglais.

D'un point de vue iconographique, Joan-l’an-pres a été illustré au par l'artiste languedocien Édouard-Antoine Marsal.. Une adaptation en bande dessinée a été réalisée au .

Résumé et citations Cadre narratif Ce roman s'ouvre un peu à la manière de Jacques Le Fataliste (bien qu'il faille souligner qu'il est antérieur à l'œuvre de Denis Diderot) avec une voix narrative occitane omnisciente qui rapporte les propos d'un protagoniste éponyme qui conte son histoire chemin faisant à un baron :

Un senhor de la Vaunatge, en se retirant un jorn a son castèl, ausiguèt a dos-cents passes davant el, un òme que s'escanava en cantant, e en repetant a tot moment, "la bòna aventura, ò gué ! la bòna aventura. [...]

_ L'ami, i diguèt en l'acostant, le refrain que vous chantez ne cadre guère avec l'équipage où je vous vois. Me ferez-vous le plaisir de me dire le mot de l'énigme ?

(Traduction : "Un seigneur de la Vaunage, en se retirant un jour dans son château, ouït à deux-cents pas devant lui, un homme qui s'égosillait en chantant, et en se répétant à tout moment, "La bonne aventure, o gué ! la bonne aventure". [...] _ L'ami, lui dit-il en l’accostant, le refrain que vous chantez ne cadre guère avec l'équipage où je vous vois. Me ferez-vous le plaisir de me dire le mot de l'énigme ?")

À partir de ce moment, c'est la voix narrative de Joan qui poursuit la narration au style direct, tandis que les deux interlocuteurs poursuivent leur chemin, le baron à cheval et Joan à pied. Le discours de ce dernier est rempli d'humour et d'ironie :

Vos dirai, Monsur, que soi nascut a Solòrgues, non pas d'una grand, grand familha, se volètz, mas pro passabla per l'endrech.

(Je vous dirai, Monsieur, que je suis né à Soulorgues, non pas dans une grande, grande famille, si vous voulez, mais assez passable pour l'endroit.)

Margòt et Truqueta Le père de Joan s’appelait Truqueta et s'était installé à Soulorgues où il séduisit une jeune fille, Margòt, qui venait régulièrement dans sa boutique pour y faire soufrer les allumettes fabriquées par sa mère. Elle en était tellement amoureuse que, malgré les nombreuses sollicitations d'autres prétendants, elle ne sortait à la fenêtre que lorsque Truqueta s'y manifestait, soit en sifflant, soit en toussant et même une fois alors qu'il lachèt pas qu'una gròssa ventada ("laissa partir rien d'autre qu'un gros coup de vent"). Finalement, Margòt et Truqueta se marièrent :

Mès, Monsur, jamai, s'es vist, ni se veirà dins Solòrgues, una nòça despensièra coma seguèt aquela. [...] Jujatz, Monsur, se los qu'èran convidats deguèron patir : dison que partiguèt a taula doas grandas olas de farinetas, doas bèlas merluças cuòchas sus lo grilh, una plena gauda de granolhas, un cat de mar que pesava nòu liura, mièja-dotzena d'agaças ; un bon parelh de corpatasses, que viravan a la bròcha ambe un rainard que lo caçaire de la Boissièra i aviá pas mens vendut de dotze sòus sens la pèl ; es verai qu'èra una bèla pèça e un fin morcèl.

(Mais, Monsieur, oncques ne vit ni jamais se verra à Soulorgues noce aussi dépensière comme le fut celle-là. [...] Jugez-en, si ceux qui étaient invités eurent à souffrir : on dit que l'on se partagea à table deux grandes marmites de petits fours, deux beaux merlus cuits sur le gril, un plein plat de grenouille, un poisson chat qui pesait neuf livres, une demi-douzaine d'agaces ; un bon couple de corbeaux, qui tournaient sur la broche avec un renard que le chasseur de La Boussière n'avait pas vendu pour moins de douze sous sans la peau ; il est vrai qu'il s'agissait d'une belle pièce et d'un fin morceau.)

La noce coûte tant que Truqueta doit vendre les habits de son épouse afin de pouvoir acheter de quoi manger. Quand cette dernière s'en rend compte, une violente dispute commence, au cours de laquelle (dans la rédaction de 1765) Margòt crie son racisme antigavot :

Truqueta suit le conseil et fait fortune de manière malhonnête avec trois complices et associés (dont un certain Quincarlòt) jusqu'à ce que le maire et la police le découvrent, le fassent prendre puis disparaitre ; par la suite, chaque fois que l'on demande au protagoniste, alors encore enfant, où se trouve son père, il répond systématiquement "l'an près" ("ils l'ont pris"), forgeant ainsi son nom. Margòt laisse son petit auprès de sa propre mère et part vivre avec un ancien amant émouleur.

Le garde-vigne et M. Sestièr L'enfance de Joan est désormais rythmée par les principes moraux pour le moins originaux de sa grand-mère (par exemple, d'éviter la courtoisie et l'humilité afin de pouvoir s'imposer). Elle souhaite envoyer son petit-fils à l'école bien que lui se choisisse une autre voie en s'entrainant au lancer de pierres ou à lancer des bâtons dans les pieds des lièvres. Une fois le capital de lièvres épuisé, il décide de s'entrainer sur un âne qui tombe de douleur et reste au sol un long moment. Préoccupé par les conséquences de son geste, Joan essaie de consoler la bête qui se venge à coups de sabot sur le ventre et la joue.

Dans le contexte de cet apprentissage, Joan explique au baron que :

Joan se sert d'un sifflet de garde-vigne afin de se faire passer pour l'un d'eux en voyant s'ils lui répondent ou pas quand il siffle. Malgré cette précaution, alors qu'il dérobe des pêches dans le verger d'un certain M. Sestièr, il est pris et lié par un garde-vigne qui s'en va chercher son maître tout en laissant Joan sous la surveillance de son fils. Celui-ci s'intéresse au sifflet, ce dont profite Joan qui lui propose de le lui offrir s'il accepte de se laisser attacher à sa place. Une fois cela fait, l'enfant se met à siffler ce qui accélère l'arrivée de M. Sestièr qui, prenant l'enfant pour le voleur, commence à le corriger. En voyant cela, le père s'en prend à Sestièr avec l'aide d'un autre garde-vigne. Ensemble ils l’assomment et Joan passe du statut de coupable à témoin du crime (M. Sestièr lui propose même de monnayer son témoignage) et obtient ainsi la place de garde-vigne et son bénéfice.

Garolha C'est alors que meurt la grand-mère de Joan :

En retournant à la maison et en cherchant de quoi manger, Joan trouve un coffre dans lequel sa grand-mère avait caché un trésor avec les restes des affaires de Truqeta. Joan le cache à nouveau et vit normalement afin de ne pas éveiller de soupçon. Amoureux de Babèu, la fille de M. Sestièr, il demande sa main à son père. Celui-ci, qui a de la sympathie pour lui, lui fait comprendre qu'il faudrait qu'il disposât d'une petite fortune et lui laisse un délai de 3 ans. C'est alors que l'on apprend que Garolha, une fille extrêmement laide, est enceinte et, en plus de cela, déclare que Joan est le père de son enfant. Trois hommes saisissent le protagoniste et l'emportent. Une fois loin du village, un d'entre eux se présente comme étant Quincarlot, le vieil ami de Truqueta. Il explique à Joan que le père de l'enfant de Garolha n'est en fait personne d'autre que M.Sestièr qui, sur son conseil, a promis une dot de mille écus à Judita Garolha à condition de se déclarer en "faveur" d'un autre, Joan en l'occurrence. Ce dernier est fou de rage, mais Quincarlòt lui explique que Garolha ne pourra pas survivre à l'accouchement. Effectivement, aussi bien elle que l'enfant meurent en couches et Joan, désormais riche, s’apprête à épouser Babèu (pour le coup, enceinte de lui). C'est pour cette raison que Joan chantait d’allégresse au début de la narration.

Le roman se ferme avec une leçon de morale dérisoire et déplacée du baron : [...] tu m'as raconté la vie de certaines gens et la tienne d'une manière assez amusante [...] je t'ai pourtant obligation d'avoir éclairci bien des doutes que j'avois sur le caractère des paisans de ton espèce. Les malotrus ! qui diroit que sous les dehors de la simplicité la moins suspecte se cache, ils cachassent des mœurs aussi suspectes [...]

Notes et références

Bibliographie Fabre jean-Baptiste, Histoira dé Jean l'an prés, Histoire de Jean-l'ont-pris, présentation Claire Torreilles et Philippe Gardy, traduction, notes, illustrations, 160 pages, A l'asard Bautezar !, 2023 . . . . . . Accompagné du texte de 1756 . Inclut la traduction de l'œuvre en anglais.

Catégorie:Littérature occitane au XVIIIe siècle