Edmond Rostand, né le à Marseille et mort le à Paris, est un écrivain, dramaturge, poète et essayiste français.
Il est l'auteur d’une des pièces les plus connues du théâtre français, Cyrano de Bergerac. Son œuvre est marquée par l’influence de Victor Hugo et de Théodore de Banville, .
Son épouse est la poétesse Rosemonde Gérard et il est le père du biologiste et académicien français Jean Rostand et du poète et auteur dramatique Maurice Rostand.
Biographie Edmond Eugène Joseph Alexis Rostand naît le à Marseille au de la rue Monteaux (devenue rue Edmond-Rostand).. Issu d'une famille bourgeoise commerçante et banquière, il est le fils de l'avocat et économiste Eugène Rostand et d'Angèle Gayet (fille d'un riche fabricant de produits chimiques)., et l'arrière-petit-fils d'Alexis-Joseph Rostand, un maire de Marseille.
En 1870, son père emmène toute sa famille, Edmond, sa mère et ses deux cousines, dans la station thermale en vogue de Bagnères-de-Luchon. Logés d'abord au « chalet Spont », puis à la « villa Devalz », ils font ensuite édifier la « villa Julia », à proximité du futur casino.. Edmond Rostand passe plus de vingt-deux étés à Bagnères-de-Luchon, dont le site, majestueux, lui inspire ses premières œuvres. Il y écrit notamment une pièce de théâtre en 1888, Le Gant rouge, et surtout un volume de poésie en 1890, Les Musardises. C'est dans cette station touristique qu'Edmond Rostand se lie d'amitié avec un homme de lettres luchonnais, Henry de Gorsse, dont il partage le goût pour la littérature.
De 10 à , il étudie au lycée Thiers de Marseille. Il y accumule les prix et accessits, particulièrement en composition française, en histoire et en latin. Il lance même un journal, avec quelques amis, nommé Le Farfadet. Il est un lecteur assidu de Victor Hugo, William Shakespeare et Miguel de Cervantès. Au détour d'une lecture d'un chapitre des Grotesques de Théophile Gautier, il découvre l'auteur Savinien Cyrano de Bergerac. Il se rend à Paris en 1884 pour compléter son cursus scolaire au collège Stanislas pendant deux ans. Là-bas, un professeur nommé Lorber lui lit Goethe et un autre nommé René Doumic, lui vante les auteurs du XVII siècle. En philosophie, il rédige, faisant hommage au Misanthrope de Molière, un devoir nommé « Alceste ou Philinte? ». Il écrit également une pièce restée inédite, Les Petites manies et une nouvelle en prose, Mon La Bruyère. Muni de son baccalauréat, il est dirigé vers l'école de droit par son père, qui souhaite en faire un diplomate. Il passe la licence, puis s'inscrit au barreau sans y exercer, avant de se consacrer à la poésie..
En 1887, il présente à l'Académie de Marseille un essai sur « deux romanciers de Provence », Honoré d'Urfé et Émile Zola, qui obtient le prix du Maréchal de Villars..
Le , il fonde en compagnie de son ami Maurice Froyez, journaliste parisien, le « Club des natifs du premier avril », dont les statuts stipulent que ses membres jouiront à vie du privilège d'entrer gratuitement dans tous les établissements publics, opéras, théâtres, champs de course et maisons closes, de pouvoir rire aux enterrements afin de les rendre moins sinistres, de bénéficier à leur naissance du parrainage du chef de l'État et, en outre, de se voir attribuer un appartement de fonction dans un des Palais nationaux, résidence pourvue de tout le confort souhaitable et d'une domesticité jeune, accorte et complaisanteFarceurs du Second Empire - Le Club des natifs du premier avril..
En août 1888, cette fois-ci avec son ami Froyez, il se rend au champ de courses de Moustajon et ils y décorent tous deux leur équipage d'une abondance de fleurs des champs. Ils font sensation devant un établissement à la mode, le café Arnative, et improvisent en terrasse une joyeuse bataille de fleurs avec leurs amis. C'est ainsi que naît le premier « Corso fleuri », ou Bataille des fleurs, à Bagnères-de-Luchon, devenue Fête des fleurs, le dernier dimanche d'août. Les organisateurs remettaient une bannière au gagnant.
Une histoire popularisée par un ami d'enfance d'Edmond Rostand, Henri de Gorsse, et depuis largement reprise par les biographes, relate que dans le train pour Montréjeau, son père aurait fait la rencontre de Madame Lee et de sa fille Rosemonde Gérard (poétesse elle aussi, dont Leconte de Lisle était le parrain littéraire, et Alexandre Dumas, le tuteur). Il semble qu'il ne s'agisse que d'une légende. Les deux familles auraient échangé lors d'un spectacle ou un concert et c'est lors d'une promenade organisée qu'Edmond rencontra Rosemonde. Angèle Gayet, la mère d'Edmond, raconte que lors d'une excursion au port de Venasque, Rosemonde eut un accident de cheval et perdit un anneau précieux. Edmond lui en offrit un autre. Ils tombèrent passionnément amoureux. Rosemonde poétisa d'ailleurs cet anneau dans un poème qui débute par ces vers: « Le cher anneau d'argent que vous m'avez donné, garde en son cercle étroit nos promesses encloses ». Le , Edmond épouse Rosemonde en l'église Saint-Augustin de Paris.
Rosemonde et Edmond Rostand ont deux fils : Maurice, né en 1891, et Jean, né en 1894. Edmond quitte Rosemonde en 1915 pour son dernier amour, l'actrice Mary Marquet..
Ses premiers débuts littéraires passent presque inaperçus. En 1888, il fait jouer la pièce Le Gant Rouge, écrite à quatre mains avec son beau-frère, Henry Lee, frère de Rosemonde. C'est un vibrant échec qui marque Edmond au point qu'il ne veuille plus entendre parler de cette pièce. Il écrit et fait publier à compte d'auteur chez l'éditeur Lemerre un recueil de poésies nommé Les Musardises en 1890. Bien que le recueil contienne toute l'exhortation et le panache que son public connaîtra bientôt de l'auteur, c'est un échec en termes de vente. Le recueil a droit à une republication en 1911 chez Fasquelle. Edmond, en 1890, ne manque pas d'idées pour faire valoir ses écrits. Il envoie une lettre à l'éditeur Lemerre afin que soit précisé noir sur blanc, sur une centaine de volumes, la mention « édition », afin de faire croire aux lecteurs que le recueil s'était très bien vendu.
vignette|Mikhaïl Vroubel, La Princesse lointaine (1896).
Edmond obtient un timide succès en 1894 avec Les Romanesques, pièce en vers présentée à la Comédie-Française. En 1895, Rostand écrit La Princesse Lointaine, donne le rôle titre à Sarah Bernhardt et fait de même en 1897 avec La Samaritaine. La postérité retient surtout Cyrano de Bergerac, qui triomphe dès la première en 1897, alors qu'il n'a que . En 1900, il connaît un nouveau succès avec L'Aiglon. Mal remis d'une pleurésie après la première représentation de cette pièce, il part, quelques mois après, en convalescence à Cambo-les-Bains. Séduit par le lieu, il y acquiert des terrains sur lesquels il fait édifier sa résidence, la villa Arnaga. Dans les années 1910, il collabore à La Bonne chanson, Revue du foyer, littéraire et musicale, dirigée par Théodore Botrel.
Pendant plusieurs années, il travaille irrégulièrement à Chantecler, dont la première représentation a lieu le . Après son insuccès critique, Rostand ne fait plus jouer de nouvelles pièces. À partir de 1914, il s'implique fortement dans le soutien aux soldats français, notamment en publiant le poème « Le Vol de la Marseillaise » en 1915.
Il meurt le à Paris, au 4, avenue de La Bourdonnais, de la grippe espagnole, peut-être contractée pendant les répétitions d'une reprise de L'Aiglon.
Il repose au cimetière Saint-Pierre de Marseille, sa ville natale. Son tombeau, laissé à l'abandon depuis les années 1920 a été entièrement réhabilité par Thomas Sertillanges, président du Festival Edmond Rostand en 2017.
Œuvres +Liste des œuvres d’Edmond Rostand (par ordre chronologique) Année Œuvre Genre Création (pour les pièces) Publication originale Texte1887Deux romanciers de Provence, Honoré d'Urfé, Émile Zola, le roman sentimental et le roman naturalisteEssai Marseille, Imprimerie du Journal de Marseille, 1888 Texte en ligne1888Le Gant rougeVaudeville, avec Henri Lee1888 Paris, Éditions Nicolas Malais, 20091890Les MusardisesPoésie1890 Paris, A. Lemerre, 1890 édition nouvelle 1887-1893. Paris, Fasquelle, 19111890Ode à la musiquePoésieNovembre 1890 (privée, pour l'inauguration de la maison de Jules « Tergis » Griset) ; 23 mars 1891 Théâtre du Châtelet. Musique d'Emmanuel ChabrierDelage R. Emmanuel Chabrier. Fayard, 1999..1890Les Deux Pierrots ou le Souper blancPièce (refusée par la Comédie-Française)18901894Les RomanesquesComédiePièce créée le 21 mai 1894 à la Comédie-Française, couronnée par l'Académie française Paris, Charpentier et Fasquelle, 1894 Texte sur Wikisource1895La Princesse lointainePièce en 4 actes, en vers1895 Paris, Charpentier et Fasquelle, 1895 seconde version. Paris, L'Illustration, 1929 Texte sur Wikisource1895La Maison des AmantsPièce en vers (inachevée)Pièce destinée à la Comédie-Française (Mounet-Sully, Bartet, Le Bargy, Féraudy, Leloir, Moreno…)Biarritz, Atlantica, 20181897Pour la GrècePoésie Paris, Fasquelle, 1897 Texte sur Wikisource1897La SamaritaineÉvangile en trois tableaux, en versPièce créée le 14 avril 1897 pour Sarah Bernhardt au Théâtre de la Renaissance Paris, Fasquelle, 1897 Texte en ligne1897Cyrano de BergeracComédie héroïque en 5 actes, en vers (alexandrins)Pièce créée le 28 décembre 1897 pour Coquelin aîné Paris, Fasquelle, 1898 Texte sur Wikisource1900L'AiglonDrame en 6 actesPièce créée le 15 mars 1900 pour Sarah BernhardtParis, Fasquelle, 1900 Texte en ligne1902Un soir à HernaniPoésie, hommage à Victor Hugo dans le cadre du Centenaire de la naissance de Victor HugoParis, Fasquelle, 1902Texte en ligne1903Discours de Réception à l'Académie française le 4 juin 1903EssaiParis, Fasquelle, 1903Texte en ligne1908Le Bois sacréPantomime Paris, L'Illustration., 19081910ChanteclerPiècePièce créée le 7 février 1910 pour Lucien GuitryParis, L'Illustration, 1910 Texte sur Wikisource1911La Dernière Nuit de Don JuanPiècePièce créée en 1921, trois ans après la mort de l'auteurParis, L'Illustration, 19211915Le Vol de la MarseillaisePoésie sur la guerre Paris, Fasquelle, 1919Le Cantique de l'ailePoésie Paris, Fasquelle, 1922Faust de GoetheAdaptation et traduction d'Edmond Rostand Édition réalisée par Philippe Bulinge à partir des manuscrits. Paris, Éditions Théâtrales, 2007
Voir aussi : Œuvres complètes (7 volumes, 1910-11) Théâtre (2007) L'Œuvre poétique d'Edmond Rostand, Avant-propos d'Alexis Michalik, Introduction de Philippe Bulinge et Pourquoi dire Rostand aujourd'hui ? par Jacques Mougenot ; Éditions TriArtis, 2018 ; ; avec le soutien du Haut comité des Commémorations nationales "Qui suis-je?" Edmond Rostand, Pardès, 2022 Anna de Noailles, Edmond Rostand : Correspondance. 1905-1918, Galliamrd, 2026
Œuvres principales Cyrano de Bergerac thumb|upright|Edmond Rostand à l'époque de la première de Cyrano, L'Illustration du 8 janvier 1898.|alt= La première représentation de Cyrano de Bergerac, le à Paris, au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, lui apporte la gloire. Pourtant, quelques minutes avant la pièce, Rostand pressent un fiasco et dit à Coquelin .
La pièce venait à point pour rendre le moral à une France traumatisée par la perte de l'Alsace-Lorraine, à la suite de la guerre franco-prussienne de 1870, et hantée depuis par l'humiliation et l'esprit de revanche.
Son héros démontre avec panache que l'on peut, dans l'adversité, garder la tête haute et faire preuve d'un très grand sens de l'honneur, avec la plus haute élévation d'âme. Aussi, dès l'entracte, la salle applaudit debout, et même le ministre de l'Instruction Publique et des Beaux Arts, Alfred Rambaud, vient le trouver dans les coulisses, décroche sa Légion d'honneur pour la lui agrafer, et lui dit : « Permettez-moi de prendre un peu d'avanceCertains auteurs attribuent ce geste et cette phrase au Ministre des Finances, Georges Cochery. Ce fut en fait Alfred Nicolas Rambaud qui fit ce geste et prononça cette phrase (in "La famille Haumant", Dominique Petetin, 2022).