thumb|upright=1.2|Le temple du Saint-Esprit, affecté depuis 1842, marque l'importance historique de la communauté locale. thumb|upright=1.2|Martin Luther, initiateur de la Réforme, auteur des 95 thèses en 1517.
Le protestantisme à Besançon désigne l'ensemble des phénomènes historiques, culturels, et sociaux, issus et/ou se réclamant de la Réforme, au sein de la capitale comtoise et sa région. Le dogme apparaît formellement dès la fin des années 1530, lorsque d'illustres prêcheurs y auraient lancé les balbutiements d'une première communauté locale par l'adhésion d'une part de plus en plus large et influente de la population. Les habitants, des classes populaires à l'élite, sont alors très profondément ancrés dans un rite catholique déjà millénaire et régissant toutes les strates de la société ; mais grâce à un travail missionnaire opiniâtre, un contexte sociétal favorisant un regain de propositions éthiques et novatrices, ainsi que la proximité de la principauté de Montbéliard et de la Suisse venant de basculer, c'est face à la perspective d'un véritable bouleversement que les opposants aux Huguenots qualifiés « d'hérétiques » tentent de résister. Après des décennies d’expansion et d'incidents, la situation se conclut brutalement pendant une terrible bataille en 1575 entre les deux camps dans un royaume et un continent eux aussi en proie à la guerre civile. Le parti de l'Église romaine en sort nettement victorieux et en profite pour définitivement confirmer sa suprématie imposant des conditions inflexibles aux dissidents : la conversion forcée ou l'exil.
Cette situation dure jusqu'à la Révolution française en 1789 où cette foi est reconnue, ouvrant l’émergence d'une formation officielle qui coïncide avec l'installation d'immigrés suisses. Cette base solide et durable de fidèles s'organise autour d'un Temple et obtient un cimetière, continuant de prospérer au cours du et par l'intégration aux réseaux nationaux d’obédience luthérienne, calviniste, et zwinglienne, et le développement de ses activités intra et inter paroissiales. Par ailleurs, plusieurs autres courants proches apparaissent, des origines communes comme les anabaptistes bien que plus fortement ancrés dans le nord de la Comté, aux plus récents tels que les Mormons arrivés à la fin des années 1920, en passant par les mouvances dites de Renouveau ou liées aux apports internationaux apparues après la Seconde Guerre mondiale, avec les pentecôtistes-mennonites, évangélistes, baptistes, adventistes, Témoins de Jéhovah, ou indépendants/libres, mais qui restent cultuellement distincts malgré des liens et contacts. La congrégation estimait ses membres à environ en 1999, chiffre honorable qui tranche pourtant avec certaine tradition de discrétion s'expliquant par un passé douloureux et des aspects sociologiques particuliers. À l'instar des Juifs et des musulmans, cette minorité religieuse a donc également durablement influencé la mémoire de la ville.
Histoire Contexte La religion à Besançon
thumb|right|La cathédrale Saint-Jean, église mère et siège de l'archidiocèse de Besançon.
À partir de l'évangélisation de la Franche-Comté au par les saints et martyrs Ferjeux et Ferréol, le christianisme de rite latin devient progressivement la religion quasi exclusive des habitants, page 6.La vie religieuse à Besançon, du à 2010, page 6.. Le catholicisme romain gagne toutes les strates de la société bisontine au cours des siècles sans obstacles majeurs en un temps où l'Église fait partie intégrante de la vie privée et publiqueLa vie religieuse à Besançon, du à 2010, page 3.. On note néanmoins l'apparition au d'une communauté juive locale, qui restera toujours en margeJon Irving Bloomberg, The Jewish world in the Middle Ages, New York, KTAV Pub. House, 2000, 227 p. , page 79.. Après un millénaire de domination presque totale du catholicisme à Besançon s'amorce à partir des années 1520 la Réforme protestante. Elle se diffusera dans la région, même après le Concile de Trente. La capitale comtoise et le Doubs sont alors considérés comme des bastions du catholicisme face au protestantisme et les habitants, de fervents défenseurs des traditions catholiques et du clergé franc-comtois, page 64 et 69.. Il faudra une bataille féroce entre les deux communautés pour les départager.
La Réforme en France
Dès 1520, les idées luthériennes se développent en France. Lors du synode de Chanforan de 1536, Guillaume Farel et les Vaudois, ralliés, obtiennent un budget pour imprimer la Bible en langue françaiseMichel Péronnet, Le : des grandes découvertes à la Contre-Réforme (1492-1620), Hachette U, 303 pages, 1981, , page 186 (comme la totalité de ce paragraphe de brève synthèse). À partir de 1540, la littérature protestante de plus en plus abondante, transmise oralement, se répand surtout après la publication en français de L'Institution chrétienne en 1541. Jean Calvin, depuis Genève, prend en charge l'organisation religieuse et unifie les protestants de France. À partir de 1555, les groupes, jusque-là autonomes, se structurent en assemblées dirigées par un consistoire. Calvin envoie des dizaines de missionnaires pour aider à l'édification de la nouvelle organisation. En 1560, on compte une quarantaine d'assemblées. Leur succès est très grand et fin 1561, il y a plus de six cent soixante-dix Églises réformées dans le royaume. On estime qu'à ce moment plus du quart de la population du royaume est protestante, essentiellement de confession réformée, avant que l'Église catholique ne réagisse marquant le début des guerres de religion.
La Réforme à Besançon
Naissance et expansion Répression et Contre-Réforme Reprise en main de l'Église catholique
Le renouveau La Révolution et l'immigration émancipatrices thumb|right|L'ancien grenier à blé de Besançon, lieu de culte de soldats protestants en garnison
En 1778, la cité de Besançon est sommée de fournir un local pour les protestants en garnison du d'infanterie de ligne basé à SonnenbergLa vie religieuse à Besançon, du à 2010, page 89.. Dans les magasins de l'ancien grenier à blé, place de la Révolution, la centaine de soldats et officiers pourront exercer leur culte, avec l'interdiction formelle notifiée aux autochtones d'accéder au prêche . En fait, il s'agit moins du résultat d'une évolution que d'une obligation. Pour preuve, le refus total du Parlement de Besançon d'accepter un édit de relative tolérance en 1787, qui ne sera connu que dans la période pré-révolutionnaireLa vie religieuse à Besançon, du à 2010, page 90.. L'édit sera pourtant imposé en 1788 avec treize autres mesures plus favorables aux protestants. Mais c'est la Révolution qui bouleversera les mentalités et la législation en 1789 : le les protestants acquièrent le droit d'exister dans le cadre de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, dont l'article dix proclame le droit d'exercer la religion de son choix tant que celui-ci ne contrevient pas à l'ordre public. Dès lors, la communauté protestante, devenue officiellement inexistante à Besançon depuis plus de deux siècles, refait surface d'une part grâce à la liberté de culte recouvrée et surtout grâce à l'immigration suisse. En 1793, un groupe de 80 horlogers calvinistes dont Laurent Mégevand s'installent dans la cité et fondent le pôle industriel horloger de la villeLaurent Mégevand sur Racinescomtoises.net (consulté le 7 septembre 2010).Hélène Richard, Bibliographie franc-comtoise 1980-1990, Presses univ. Franche-Comté, janv. 1997, 328 pages, page 52.Les Suisses et l'horlogerie à Besançon, sur Migrations.Besançon.fr (consulté le 7 septembre 2010).Besançon sur le site officiel du Larousse (consulté le 11 novembre 2010).. Ils seront bientôt suivis de 22 familles d'horlogers, soit entre 400 et 700 personnesLaurent Mégevand sur le site officiel de la ville du Locle (consulté le 7 septembre 2010)..
Cette immigration à Besançon fait renaître la communauté protestanteQuand Besançon se donne à lire : essais en anthropologie urbaine, page 57.. Les Suisses sont le plus souvent réformés et ils bénéficient de la protection du gouvernement révolutionnaire qui voit dans cet afflux de population qualifiée, composée d'artisans horlogers à plus de 80 %, l'apport de richesses économiques substantielles. On note également que nombre de réformés, immigrés ou non, sont membres de la franc-maçonnerie bisontine, en majorité dans la Loge de la « Sincère et Parfaite Union ». Ils entendent probablement démontrer ainsi leur volonté de progrèsJanine Garrisson, L'Homme protestant, Éditions Complexe, 1986, 254 pages, page 218.. Entre 1793 et 1796, la communauté protestante enregistre citoyens sur les que compte la ville, soient 8 % de la population totale. On les désigne encore sous l'appellation « communauté suisse », même si la plupart obtiennent plus tard la nationalité française de jure. Il faut préciser qu'à l'origine ils proviennent pour les 3/4 des principautés de Neuchâtel, de Genève et de Bâle. Le un « arrêté d'accueil » est officiellement proclamé ; la « communauté suisse » s'installe principalement dans les secteurs de la Boucle et de Battant, de préférence au square Saint-Amour, où fleurissent les ateliers d'horlogerie. Petit à petit ils s'intègrent à la société bisontine, même si une part importante de la population locale les rejette. Cet ostracisme s'estompera progressivement.
De l’institutionnalisation à nos jours thumb|left|Le temple du Saint-Esprit, lieu de culte définitif de la communauté réformée. Ici sur une carte postale peu avant la Seconde Guerre mondiale.
En 1796, le maire de Besançon prête la chapelle Notre-Dame-du-Foyer qui devient, après l'ancien grenier à blé, le premier vrai lieu de culte officiellement cédé à la communauté protestante. En réalité, il ne le sera effectivement que du à la fin de l'année 1804 (voir aussi la section détaillée sur les lieux de culte protestants de Besançon). Ouvert en 1793, le cimetière des Champs Bruley (consulté le 2 octobre 2010)., est destiné à recevoir dignement les dépouilles des protestantsQuand Besançon se donne à lire : essais en anthropologie urbaine, page 59.. Jacques-Frédéric Lambercier est le premier pasteur à officier en 1794. Lui succède Courlat de Genève entre 1796 et 1803. Une école protestante ouvre ses portes en 1802. En 1891, elle est fermée au profit des écoles communales. On crée un hospice pour personnes âgées qui existe encore transformé en un fonds d'aide socialLa vie religieuse à Besançon, du à 2010, page 91.. Le pasteur Courlat est remplacé dans le cadre du Concordat par Jean-Henry Ebray. La communauté trouve réellement sa place grâce à ce pasteur qui sait tirer parti des lois organiques du Concordat et de la tolérance enfin accordée par les autorités civiles et religieuses locales, en la personne du préfet Jean de Bry et celle de l'archevêque irénique Monseigneur Claude Le Coz. En 1805, la communauté déménage dans l'ancien couvent des Capucins, l'hôpital Saint-Jacques réclamant la restitution de la chapelle. Enfin, à la suite de l'ouverture de l'arsenal, elle s'installe dans l'ancienne église du Saint-Esprit, que les fidèles acquièrent définitivement en 1842. Entretemps, en 1824, est officiellement créée « l'organisation de l'Église réformée de Besançon »A. Soulier, Statistique des Églises réformées de France: Suivie des lois, arrêtés, ordonnances, circulaires et instructions qui les concernent; de l'indication des sociétés religieuses et des écoles, H. Servier, 1828, 284 pages, page 168..