thumb|Statuaire Byeri Fang Le Byeri ou Byer est une société secrète et initiatique masculine pratiquée par les Fangs et Boulou. C'était assurément l'initiation la plus indispensable et la plus importante pour un jeune Fang-Bulu. Les peuples Kota connaissent un culte comparable à celui du byeri des Fang, associant une figure anthropomorphe à un panier reliquaireHélène Joubert (Conservateur, Responsable de l'Unité patrimoniale Afrique au Musée du quai Branly), L'art africain, éditions Scala, 2006, collection Tableaux choisis, p. 59..

Description

Le Byeri désigne à la fois des reliques d'ancêtres que chaque famille détenait dans un coffret, une statuette en bois d'environ 25 à , un rituel et la plante Alan (Melan). Selon Samuel Galley, le byeri c'est le Samuel Galley, Dictionnaire Fang-Français et Français-Fang, Neuchatel, Éditions Henri Meisseiller, 1964, p.79..

Au-delà du caractère ethnocentriste de cette définition, elle a l'utilité de restituer l'essentiel de ce qui compose le Byeri. En réalité le Byeri n'était pas une divinité au sens occidental du terme mais une connexion directe avec les ancêtres. Ces rites ont été maladroitement qualifiés de paganisme par ignorance profonde des croyances africaines. Ce qu'il convient de dire c'est qu'il s'agit d'un culte familial.

Origines

L'origine du Byeri reste encore assez mal connue en raison d'absence de travaux historiques approfondis sur la question. Cependant, certains auteurs ont tenté de donner des pistes sur l'origine de ce rite ancestral. À partir d'une approche sémiotique, Nicolas Mba-Zuè tente d'élucider le problème. Il part d'un mythe qui met en jeu Nzame Si (l'aîné) et Nzame Yo (le cadet) dans le récit Mitsim. Le Byeri, pour cet auteur peut se résumer à ceci : l'Homme est égal au Byer qui est égal à la vieNicolas Mba-Zue, Mythe des origines du Byere Fang. Sémiotique du texte, Paris, L'Harmattan, 2010, p.73..

Pour Jean-Marie Aubame, l'origine du Byeri viendrait justement du culte voué à Nzame Ye Mebeghe. En effet, Jean-Marie Aubame, Les Beti du Gabon et d'ailleurs, tome 2 (Croyances, us et coutumes), Paris, L'Harmattan, 2001, p.27

L'origine du Byeri serait aussi liée à la migration ou à l'exode du peuple Fang-Bulu. Paul Mba Abessole précise pour sa part que l'origine du Byeri à proprement parler date de la mort de Nane NgoghePaul Mba Abessole, Aux sources de la culture Fang, Paris, L'Harmattan, 2006, p.57.. En effet, c'est durant la marche dans le désert que Nane Ngoghe trouva la mort. Au moment de son départ, elle recommanda à ses enfants de conserver son crâne auprès d'eux afin de les protéger et de perpétuer sa descendance.

Culte ancestral thumb|gauche| vue d'une statuaire de Byeri À l'origine le Byeri est un culte ancestral qui permet d'établir un lien permanent entre les vivants et les ancêtres. Le Byeri c'est à la fois le culte et un ensemble d'enseignements lié au lignage et à la famille. Dans la conception Fang-Bulu, Paulin Obame Nguema, Aspects de la religion Fang, Paris, Karthala-ACCT, 1983, p.51.. En clair, le Byeri ordonnançait la vie politique, sociale et religieuse. Ainsi, au cœur de ce dispositif se trouve le père ou l'aîné de la famille (Nda-e-Bot). Il est en quelque sorte le dépositaire et l'intermédiaire entre l'ancêtre ou les ancêtres et les vivants. Dans ce sens, la connaissance de la généalogie (Endane) et sa transmission relie chaque Fang-Bulu à l'ancêtre primordial, à Dieu, à Nzame Ye Mebeghe. C'est à lui que sont dédiées les prières, les lamentations et les adorations, mais aussi les offrandes.

Le rite en lui-même met en présence la plante Alan (Hylodendron gabunense), un Nsekh Byer (coffret cylindrique contenant le Byeri) et un Eyema Byeri (Statuette de Byeri). L'initiation est organisée dans un lieu secret pour les non-initiés et pour les femmes en général. Les reliques sont souvent composées d'ossements d'ancêtres ayant démontré leur esprit de rassemblement, de sagesse, de bravoure ou de fécondité. Le crâne et les tibias sont les os privilégiés pour leur longévité et surtout pour leurs pouvoirs mystiques.

Byeri et croyances

Il est important de noter que le Byeri ne peut se comprendre sans avoir à l'esprit la conception endogène des croyances de ce peuple. Il est impossible d'ignorer la notion d'Evüs. L'Evüs désigne, une énergie, une puissance, une force ou un pouvoir logée dans l'abdomen de tout individu. Cette force mystérieuse est aussi assimilée à une petite bête qui ressemblerait un crabe. Un humain peut d'ailleurs posséder plusieurs Bivü (pluriel de « Evüs »). La nature de chaque Evü varie en fonction du degré de cette énergie. Ainsi, on distingue trois catégories d'individus selon leur niveau d'Evü. On a Mye-Mye, Ñgoleñgol et Ñnem.

Le Mye ou Mye-mye désigne un individu qui ne détient pas d'Evü dans le corps. Il peut aussi signifier que la personne aurait les yeux complètement fermés et donc serait une innocente qui ne participe ignore le monde du Ngwel. Cette innocence ou naïveté serait même une sorte de protection ou de bouclier de défense. Ensuite nous avons le Ñgoleñgole qui peut se définir comme toute personne possédant l'Evüs mais qui ne s'en sert pas. Cette personne détiendrait un Evüs inactif ou passif, donc inoffensif. On dit de cette personne qu'elle n'est pas mauvaise car elle ne sort pas en vampire; elle ne mangerait pas les gens. Cependant cet Evüs peut être réveillé ou activé un Nnem. Il peut arriver que le Ñgoleñgole s'en serve uniquement pour faire du bien ou pour observer ceux qui vont en vampire ou font la sorcellerie (Ngwel). On dit qu'il voit sans être vu

Enfin, un Nnem ou (Beyem) c'est celui qui possède un ou plusieurs Bivüs.et qui s'en sert pour faire du mal. Il mange la chair humaine et va en vampire pour se nourrir. Étymologiquement, les Beyem ce sont ceux qui connaissent et qui détiennent des pouvoirs et des savoirs mystérieux. Les Beyem se transformeraient la nuit en chauves-souris et en hiboux.

Comme on peut le voir, l'Evüs varie selon les personnes et serait un pouvoir neutre dont on peut se servir pour faire du mal ou du bien. Ce qu'il faut préciser c'est que l'Evüs s'acquiert de façon diverses. Les notions d'Akomga et d'Akaghe permettent de comprendre les modalités d'acquisition de l'Evüs.

Statuaire thumb|Fang mask Louvre MH65-104-1 À la différence du rite, la statuaire du Byeri est très connue des marchés d'art et des musées occidentaux. En effet, les reliquaires Byeri ont acquis une très solide réputation. Ces statuaires sont très prisées par les collectionneurs, les ethnologues et les musées. Les ventes et les expositions de ces objets continue de drainer du beau monde. À plusieurs reprises d'ailleurs les reliquaires Byeri comme les masques Ngil connaissent des prix record sur le marché de l'art africain.

En , un reliquaire Byeri de la région de Chinchoua (près de la Pointe Denis dans la province de l'Estuaire du Gabon) avait été vendu à 2,5 millions de Francs français. Depuis lors, les prix des Byeri continuent de s'envoler. Comme en 2001 et 2006, la vente d'un reliquaire Byeri a atteint le million d'euro en 2001 avec la belle vente aux enchères de 2,5 millions d’euros pour une extraordinaire figure de reliquaire byeri Fang Mvaï du Gabonhttp://www.artnet.fr/magazine/dans_les_salles_de_ventes/dreyfus/ventes-juin-2011.asp. Cette bonne santé des reliquaires de Byeri témoigne de la curiosité que continuent de susciter cette Aimé Césaire, Cahier d'un retour au pays natal, Paris, Présence Africaine, 1983, p.30.

Ce succès est probablement dû aux techniques de sculptures de ces belles patines parfois suintantes. Le peuple Fang-Bulu .. Cette technique sculpturale a été examinée avec précision par l'ethnologue français Louis Perrois durant plus d'une cinquantaine d'années dans de nombreuses publications scientifiqueshttp://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/pleins_textes_5/b_fdi_04-05/06455.pdf ainsi que par des contributions sur les catalogues consacrés à l'art Fang (http://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/divers09-06/05942.pdf).

Aujourd'hui, l'art africain en général soulève de nombreuses questions dont les plus épineuses restent celles du retour et des modalités d'acquisitions de ces objets. Acquis pour la plupart dans des conditions douteuses par des explorateurs, des marins, des administrateurs coloniaux, des missionnaires et des ethnologues occidentaux, les reliquaires, masques, statuettes et autres objets africains continuent d'alimenter la polémique quant au remboursement ou au versement de devises aux pays africains qui ont été pillés.

Notes et références

Bibliographie

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