La bataille de Besançon de 1575 parfois dénommée la surprise de Besançon, est une bataille qui a lieu les 20 et dans la ville de Besançon (à l'époque ville libre relevant du Saint-Empire romain germanique), entre les réformés et les catholiques de la ville. Les huguenots, majoritairement d'anciens Bisontins expulsés pour cause d'hérésie quelques mois ou années auparavant, se sont réfugiés en Suisse ou à Montbéliard, où ils ont levé une armée afin de prendre Besançon et d'en faire un bastion de la Réforme. Plusieurs centaines de soldats marchent alors en direction de la ville, mais des imprévus font qu'une partie de la troupe est bloquée. C'est donc seulement une centaine d'hommes qui s'apprête à donner l'assaut. Après qu'ils ont pénétré dans la cité, une bataille s'engage, dont l'issue est une écrasante victoire catholique. La majorité des protagonistes protestants parviennent cependant à s'enfuir ; les assaillants capturés sont quant à eux pendus avec les Bisontins réputés traîtres. Cet événement a notamment pour conséquence une reprise en main définitive de la région par l'Église catholique, après plusieurs décennies d'expansion protestante.

Contexte

thumb|left|Guillaume Farel.

À Besançon, la Réforme apparaît de très bonne heure comme en témoignent les exécutions dès 1528 d'un religieux suspecté d'être réformé et d'un certain Lambellin, et l'expulsion de Simon Gauthiot d'Ancier. Toutefois, les idées nouvelles gagnent surtout une large audience à partir de 1538 grâce aux prêches de Guillaume FarelIngar Düring , et sans doute de ses confrères Théodore de Bèze et Jean Calvin, bien que leur venue dans la ville soit mise en douteBulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français, Agence centrale de la Société, 1861, pages 9, 10 et 11..

Malgré les poursuites, les châtiments et même l'adoption d'un édit bannissant les protestants de la ville, l'archevêque Antoine Ier de Vergy a du mal à contenir la propagation des idées protestantes qui se diffusent au travers d'un prosélytisme actif, de rassemblements religieux et occasionnent des attentats iconoclastesIngar Düring . En 1562, le massacre de Wassy voit naître les guerres de religion, véritable guerre civile qui ravage le royaume de France. La cité de Besançon est, à cette époque, une ville largement autonome relevant du Saint-Empire romain germanique. Elle est relativement épargnée par le conflit à ses débuts. Toutefois, malgré les restrictions, de nombreux réformés français affluent dans la ville, qui semble devenir majoritairement protestante.

À partir de 1571, la situation change brusquement à Besançon, puisque les incidents communautaires deviennent si importants que le parlement municipal en appelle à Philippe II d'Espagne, suzerain très engagé dans la lutte contre l'"hérésie", à savoir ici le protestantisme. Le nouvel archevêque, Claude de La Baume, demande alors que soit expulsé sans ménagement toute personne soupçonnée d'hérésieJoseph Fr. Michaud et Louis Gabriel Michaud, Biographie universelle, ancienne et moderne; ou, Histoire, par ordre alphabétique, Michaud frères, 1811, page 568.. Un comptage minutieux des protestants est orchestré par les pouvoirs locaux, qui en conséquence expulsent une cinquantaine de fidèles de la ville et en font fuir de nombreux autres, qui se réfugieront en Suisse ou à Montbéliard. On note par exemple le cas de Charles Mercier, chirurgien dans la ville, chassé dans ce contexte et réfugié à MontbéliardEmile Haag, La France protestante, 1846, page 367.. En 1572, le massacre de la Saint-Barthélemy provoque un regain de violence dans la région, et les expulsés, réunis à Montbéliard et Neuchâtel, décident de prendre Besançon et d'en faire un bastion protestant à l'est de la France, à l'image de La Rochelle à l'Ouest. La marche sur la cité est amorcée en La chronologie de Besançon sur Racinescomtoises.net (consulté le 15 novembre 2011).La chronologie de Besançon sur Cancoillotte.net (consulté le 15 novembre 2011)..

La bataille Prémices Désireux d'une réelle revanche, les protestants francs-comtois persécutés et expulsés accueillis en Suisse et à Montbéliard organisent la prise de Besançon avec l'appui d'une partie des populations de ces régions, page 108.Célestin Fleury-Bergier, Franc-comtois et Suisses, Impr. et Lithogr. de J. Jacquin, 1869 - 248 pages, page 110.Johannes von Müller, Robert Glutz-Blotzheim, Johann Jakob Hottinger, Louis Vulliemin, Charles Monnard, Histoire de la Confédération suisse, Volume 12, T. Ballimou, 1841, page 134.. Les effectifs annoncés au départ sont surprenants par leur nombre : 400 soldats à la frontière, 300 Suisses rassemblés par François de Lette, baron d'Aubonne ; 150 hommes de Montbéliard, dont la moitié à cheval ; la promesse d'un renfort venu de Lorraine, ainsi que pas moins de qui auraient été fournis par les Allemands après la prise de la ville. Un petit contingent supplémentaire est également espéré grâce à des tractations sur le chemin de la cité, Impr. et Lithogr. de J. Jacquin, page 111.. Cependant les habitants de Besançon, persuadés de subir un jour ou l'autre une attaque protestante, étaient sur leurs gardes. L'assaut devait alors être minutieux et ne comporter aucun imprévu. Le plan prévoyait que les protestants de Montbéliard devaient investir le quartier de Battant, pendant que ceux de Neuchâtel passeraient par la porte Notre-DameNicolas François Louis Besson, Annales Franc-Comtoises, Volume 7, 1867, page 14..

thumb|right|Le quai Vauban avec en fond, la tour de la Pelote.

Dans la nuit du 20 au , deux corps protestants armés en provenance de Montbéliard et de Neuchâtel font route en direction de Besançon. Une partie du groupe de Neuchâtel renonce cependant à la bataille car leur requête de paie supplémentaire n'a pas reçu satisfaction. L'autre partie du groupe est quant à elle arrêtée en amont par les habitants du val de MorteauA. Laurens, Annuaire statistique et historique ou département Du Doubs pour l'année 1837, Sainte-Agathe, l'aîne, 1837, page 507. et doit se replier après un combat acharné. La troupe de Montbéliard parvient seule à la cité avec environ 150 hommes, accompagnée de quelques autres embauchés sur la route. Bien que ne trouvant pas l'autre groupe au point de rendez-vous et l'ayant attendu une partie de la nuit, les soldats de cette petite armée sous le commandement du capitaine Paul de Beaujeu décident de mettre le projet à exécution. Arrivés à Palente vers minuitLa Crise huguenote à Besançon au XVIe siècle, pages 258 à 263., ils se cachent dans la forêt de Chalezeule, pendant qu'un Français protestant s'introduit dans la cité pour établir un plan d'attaque, prétextant rechercher des antiquitésJohannes von Müller, Robert Glutz-Blotzheim, Johann Jakob Hottinger, Louis Vulliemin, Charles Monnard, Histoire de la Confédération suisse, Volume 12, T. Ballimou, 1841, page 135.. L'introduction des troupes se fait alors par la tour de la Pelote, à l'aide d'une douzaine de petites barques mises bout à bout afin de créer un ponton, permettant ainsi à la troupe de franchir le Doubs. Les assaillants comptent également sur la complicité de bourgeois de la ville pour mener à bien l'opérationEmile Haag, La France protestante ou vies des protestants français qui se sont fait un nom dans l'histoire [...], Cherbuliez, 1847, page 91..

L'affrontement Équipés d'échelles, de cordes, d'armes et de munitions, les assaillants parviennent à obtenir les clés de la porte de Battant grâce à un dénommé Le Goux après avoir menacé le notaire Jean Papay. Ils marchent sur le pont Battant, puis envahissent le cœur de la ville pour s'apprêter à l'assautMémoires et documents inédits pour servir à l'histoire de la Franche-Comté, page 329. avec l'aide d'habitants, dont le dénommé Recy et le tapissier AugustinMémoires et documents inédits pour servir à l'histoire de la Franche-Comté, page 331.. Ils se saisissent de l'armement situé près de la porte, et veulent mettre à sac l'archevêché, les églises, et tuer les prêtres et dirigeants ecclésiastiquesMémoires et documents inédits pour servir à l'histoire de la Franche-Comté, page 330.. Les protestants se séparent alors en plusieurs groupes : une partie attend à la porte Battant, tandis qu'environ 70 hommes à cheval et à pied rejoignent la place Saint-Quentin (actuelle place Victor-Hugo), en une section qui emprunte la grande rue, et l'autre qui passe par la rue des Granges, les deux parties enrôlant la plupart des habitants sur leur passageEugène Rougebief, Histoire de la Franche-Comté ancienne et moderne : précédée d'une description de cette province, C. Stèvenard, Bibliothèque cant. et univ. de Lausanne, 1851, 695 pages, page 467.. Plusieurs maisons auraient alors été saccagées, telles celles de Madame de Thoraise, de Chavirey et d'autres demeures, ainsi que l'hôtel de ville dont l'assaut aurait fait un blessé parmi les catholiquesLa Crise huguenote à Besançon au , pages 263 à 267..

Arrivés au point de ralliement à l'aube, François de Vergy, comte de Champlitte, parent de Guillaume et membre de la Maison de Vergy, qui avait eu vent de leurs desseins grâce aux multiples alarmes relayées par les habitantsAlex Guenard, Besançon : description historique des monuments et établissements publics de cette ville, Baudin, 1860, 354 pages, page 17., s'approche de la troupe, et leur posa cette question : , auquel les insurgés répondirent par un coup de feu et Après plusieurs échanges de coups de feu, les combats se déplacent Grande rue, et les protestants prennent alors largement l'avantage, notamment grâce à deux pièces d'artillerie prises aux portes de la ville et à leur poste dans des maisons. Alors que le combat avait commencé depuis deux heures déjà, un groupe de prêtres et de religieux menés par François de Vergy s'y engagèrent munis de trois canons. La première, puis la deuxième pièce ne fonctionnent pas, ce qui enivre un peu plus les assaillants qui redoublent d'intensité dans leurs tirs, et provoque un doute grandissant dans les rangs catholiques malgré le fait qu'aucun des 300 hommes ne passe dans l'autre camp. C'est alors que le troisième canon, en ultime essai, est pointé contre l'ennemi, et envoie à deux reprises des décharges qui provoquent la panique chez l'adversaire. La lutte tourne court pour les réformés : les canons, les armes à feu, les couteaux et tous les objets contondants sont utilisés pour mettre un terme à la « surprise », avec en tête l'archevêque Claude de La Baume qui prend personnellement part aux combats. Bien que surpris par ce revers, les assaillants ripostent vigoureusement, mais le chef protestant est gravement blessé, son cheval ayant été touché par un certain Mairet. Cela provoque le désordre dans les troupes huguenotes et provoque leur fuite. De nombreux Bisontins y contribuent, avec l'artillerie surtout, mais également grâce aux femmes qui, de leurs balcons, jetaient tout ce qui leur passait sous la main, page 80..