La supernova de l'an 1054, ou, selon sa désignation normalisée, SN 1054, est une supernova dont l'explosion a été observée à partir du mois de juillet 1054, pendant une durée d'environ deux ans. De nombreux documents du monde chinois relatent son observation, qui est également attestée par un document en provenance du monde arabe. En revanche, l'hypothèse formulée plus récemment de la connaissance et de la transcription de cet événement par des Européens et des Amérindiens de cette époque reste très incertaine.

Le rémanent de supernova de SN 1054, constitué des débris éjectés lors de l'explosion, est appelé nébuleuse du Crabe. Elle est située dans une direction proche de celle de l'étoile ζ Tauri. Elle héberge en son sein le résidu compact de l'étoile qui a explosé, un pulsar, appelé pulsar du Crabe (ou PSR B0531+21). Cette nébuleuse et le pulsar qu'elle contient forment une des structures astronomiques les plus étudiées en dehors du Système solaire, entre autres parce qu'il s'agit d'une des rares supernovas galactiques dont la date d'explosion est parfaitement connue, et que ces deux objets sont parmi les plus lumineux de leurs catégories respectives. Pour ces raisons, et du fait du rôle important qu'elle a plusieurs fois occupé à l'époque moderne, SN 1054 est la supernova historique la plus célèbre de l'histoire de l'astronomie.

La nébuleuse du Crabe est facilement observable par les astronomes amateurs grâce à sa forte luminosité, et fut d'ailleurs cataloguée très tôt par les astronomes professionnels, bien avant que sa nature réelle soit comprise et identifiée. Lorsque l'astronome français Charles Messier guetta le retour de la comète de Halley en 1758, il confondit la nébuleuse du Crabe, dont il ignorait alors l'existence, avec la comète ; c'est à la suite de cette erreur qu'il entreprit de réaliser son catalogue d'objets nébuleux non cométaires, le catalogue de Messier, afin d'éviter de telles méprises à l'avenir. La nébuleuse figure ainsi à la première place du catalogue, sous la référence M1.

Recueil des témoignages historiques SN 1054 fait partie des huit supernovas galactiques dont des témoignages écrits décrivant l'explosion sont parvenus jusqu'à nous et ont pu être identifiés comme telsVoir l'article supernova historique pour plus de détails.. Au , les astronomes modernes commencent à s'intéresser à ces témoignages historiques qu'ils recensent, compilent et étudient, dans le cadre d'abord de leurs recherches sur les novae et comètes récentes, puis plus tard, sur les supernovaeAu , la distinction avec novae et supernovae n'était pas connue. Le terme de « nova » désignait alors indifféremment l'un ou l'autre de ces phénomènes, dont les astronomes entreprirent de rechercher des traces dans divers documents historiques..

Les premiers à avoir tenté une compilation systématique de témoignages d'Extrême-Orient sont les membres de la famille Biot : le sinologue Édouard Biot traduisait à son père, l'astronome Jean-Baptiste Biot, des passages du traité d'astronomie de l'encyclopédie chinoise en 348 volumes, le Wenxian TongkaoÉdouard Biot, Catalogue des étoiles extraordinaires observées en Chine depuis les temps anciens jusqu’à l’an 1203 de notre ère, publié dans « Connaissance des temps ou des mouvements célestes, à l’usage des astronomes et des navigateurs, pour l’an 1846 » (1843)..

Près de quatre-vingts ans plus tard, en 1921, Knut Lundmark entreprend une tâche similaire en se fondant sur un plus grand nombre de sources.. En 1942, Jan Oort, convaincu que la nébuleuse du Crabe est l'étoile invitée de 1054 décrite par les Chinois (voir section L'identification moderne de la supernova ci-dessous), demande à un compatriote sinologue, Jan Julius Lodewijk Duyvendak, de l'aider à compiler de nouveaux témoignages relatifs à l'observation de cet événement..

Documents authentifiés

Chine Les astres apparaissant temporairement dans le ciel étaient appelés de façon générique « étoiles invitées » (客星) par les astronomes chinois. L'étoile invitée de 1054 est apparue pendant le règne de l'empereur Song Renzong de la dynastie Song (960-1279). Selon la coutume, le règne de l'empereur était divisé entre plusieurs « ères », et celle couvrant l'année 1054 est l'ère dite Zhihe (1054-1056)Voir liste des empereurs de la dynastie Song. C'est par le terme de « première année de l'ère Zhihe » qu'est systématiquement mentionnée dans les documents chinois l'année correspondant à l'an 1054 du calendrier occidental. L'ère suivante, dénommée Jiayou, a commencé en 1056.

Six témoignages en provenance de Chine relatent l'observation du phénomène. Comme la quasi-totalité des témoignages relatifs aux étoiles invitées, aucun d'eux n'est de première main : le plus ancien remonte à environ un siècle après l'apparition de l'astre. Certains de ces témoignages sont cependant remarquablement conservés, et permettent de reconstituer les informations essentielles relatives à l'observation de l'explosionDans son ouvrage de vulgarisation Patience dans l'azur, Hubert Reeves présente une version romancée des réactions suscitées par l'étoile invitée, en faisant état d'un dialogue entre l'empereur Song Renzong et son astrologue en chef, celui-ci demandant à celui-là quel présage l'étoile invitée annonce ( de la première édition, ). Il ne semble pas que les sources historiques mentionnées dans la littérature spécialisée fassent état de ce dialogue, ni des prédictions de « récoltes abondantes » de l'astrologue comme le rapporte H. Reeves. Au contraire, la mention astrologique en provenance du royaume Khitan annonce un décès et celle du Song Huiyao la visite d'une personnalité..

Wenxian Tongkao Le Wenxian Tongkao représente la première source extrême-orientale connue des astronomes occidentaux. C'est celle que traduisit Édouard Biot en 1843. Cette source, compilée par Ma Duanlin vers 1280, est relativement brève. Le texte indique : « Ère Zhihe du règne, première année, cinquième mois lunaire, jour jichou. Une étoile invitée est apparue au sud-est de Tianguan, peut-être à plusieurs pouces de distance. Après plus d'une année, elle s'est dispersée et a disparu. »

Xu Zizhi Tongjian Changbian Le Xu Zizhi Tongjian Changbian, ouvrage portant sur la période 960-1126 et réalisé en une quarantaine d'années par Li Tao (1114-1183), contient le plus ancien témoignage chinois relatif à l'observation de l'astre. Il a été redécouvert en 1970 par le spécialiste de la civilisation chinoise Ho Peng Yoke et deux collaborateurs Ho Peng Yoke, F. W. Paar & P. W. Parsons, The Chinese guest star of A.D. 1054 and the Crab Nebula, Vistas in Astronomy, 13, 1-13 (1972) Voir en ligne (accès restreint)..

Il est relativement peu précis dans le cas de l'explosion de SN 1054 ; En voici une traduction approximative : « Première année de l'ère Zhihe [de l'empereur Renzong], cinquième mois lunaire, jour yichou. Une étoile invitée est apparue au sud-est de Tianguan, peut-être à plusieurs pouces de distance [de cette étoile]. »

Song Huiyao Le Song Huiyao (littéralement « Documents importants de la dynastie Song ») couvre la période 960-1220. Cet ouvrage n'a jamais été terminé mais fut publié en l'état en 1809 sous le nom de Song Huiyao Jigao (littéralement « Ébauche de compilation de documents importants de la dynastie Song »). Ce document relate l'observation de l'étoile invitée, en se focalisant sur les aspects astrologiques, mais donne plusieurs informations importantes relatives à la durée de visibilité de l'astre, de jour comme de nuit.

Première année de l'ère Jiayou, troisième mois lunaire, le directeur du Bureau Astronomique a dit : « L'étoile invitée a disparu, ce qui signifie le départ de l'hôte [qu'elle représente]. » Auparavant, pendant la première année de l'ère Zhihe, lors du cinquième mois lunaire, elle était apparue à l'aube, dans la direction de l'est, montant la garde de Tianguan. Elle a été vue en plein jour, comme Vénus. Elle avait des rayons dans tous les côtés, et sa couleur était blanc rougeâtre. En tout, elle fut vue pendant . »

Song Shi Le Song Shi représente les annales officielles de la dynastie Song. Le chapitre 12 (« Annales ») évoque l'étoile invitée, non pas lors de son apparition, mais au moment de sa disparition. L'entrée correspondante, en date du 6 avril 1056 indique : « Ère Jiayou, première année, troisième mois lunaire, jour xinwei, le Directeur du Bureau Astronomique a rapporté que depuis le cinquième mois lunaire de la première année de l'ère Zhihe, une étoile invitée était apparue à l'aube, dans la direction de l'est, montant la garde auprès de Tianguan. Désormais elle a disparu. »

Dans le chapitre 56 (« Traité astronomique ») du même document, l'étoile invitée est à nouveau évoquée dans une partie consacrée à ce type de phénomènes, se focalisant cette fois sur son apparition, et ce dans des termes très proches de ceux du Wenxian Tongkao : « Ère Zhihe du règne, première année, cinquième mois lunaire, jour jichou. Une étoile invitée est apparue au sud-est de Tianguan, peut-être à plusieurs pouces de distance. Après une année et plus, elle a graduellement disparu. »

Qidan Guozhi Il existe un témoignage en provenance du royaume Khitan (nord de l'actuelle Chine et Mongolie), où régnait alors la dynastie Liao (907-1125). L'ouvrage en question, le Qidan Guozhi, a été compilé par Ye Longli en 1247. Il comporte diverses notes astronomiques, dont un certain nombre sont manifestement copiées du Song Shi. Celle apparemment relative à l'étoile de 1054 semble cependant inédite : « Ère Chongxi du règne [du roi Xingzong], vingt-troisième année, huitième mois lunaire, le maître du royaume est mort. Auparavant avait eu lieu une éclipse de Soleil à midi, et une étoile invitée était apparue à Mao. Le Grand Officier du Bureau d'Historiographie, Liu Yishou avait dit : « Ce sont des présages annonçant la mort du roi. » Cette prédiction s'est en effet réalisée. »

Interprétation des témoignages chinois upright=1.8|thumb|Le ciel au matin du 4 juillet, date vraisemblable de la première observation chinoise de la supernova (carré bleu). La supernova sortait de sa conjonction avec le Soleil, et se levait environ deux heures avant lui, étant observable pendant une partie de cette période et de la journée.