Le manoir de la Bérardière est une demeure de la fin du qui se dresse sur le territoire de la commune française de Saint-Bômer-les-Forges, dans le département de l'Orne, en région Normandie. L'édifice est partiellement inscrit au titre des monuments historiques.

Localisation Le château est situé sur le territoire de la commune de Saint-Bômer-les-Forges, sur la route de Tinchebray à Domfront, dans le département français de l’Orne.

Historique Le fief serait cité dès la fin du ..

En 1461, l'arrière-fief de la BérardièreBulletin de la Société historique de l'Orne, tome XLIII, Bulletin, janvier 1924, . entre dans la famille Roussel par le mariage de Jehan Roussel, écuyer, originaire de Chérencé-le-RousselAuguste Surville, Histoire féodale de Saint-Bômer, dans Le Pays Bas-Normand, janvier-février-mars 1911, , Flers, ., dans la Manche, avec Augustine Hallé de Jumilly, dame de la BérardièreAssociation des Amis de la Bérardière. Selon d'autres sourcesAuguste Surville, "Histoire féodale de Saint-Bômer : Pièces justificatives", dans Le Pays bas-normand, avril/mai/juin 1911, , ., c'est le que la Bérardière passe dans la famille Roussel, par un échange de cette terre, appartenant à Perrin Furon, contre celle de la Thiboudière et de la Brionnière, appartenant à Jehan Roussel, écuyer, et sa femme Perrette Fourré.

Les Roussel sont des propriétaires normands issus d'une importante bourgeoisie rurale propre au pays Domfrontais. Ils n'ont jamais été anoblis mais possèdent des charges anoblissantes, qu'ils ne peuvent, en principe, transmettre à leurs descendants ou à leurs collatéraux. La charge la plus souvent exercée par les Roussel est celle d'avocat. Ils se rattachent ainsi à la noblesse de robe. Même si quelques Roussel cultivent eux-mêmes leurs terres, nombre d'entre eux se sont toutefois illustrés dans la magistrature, l’Église ou la science, .. On peut citer, entre autres, Henri-François-Anne de Roussel, professeur de médecine à l'Université de Caen, . et Jean-Henry Roussel de la Bérardière, professeur de droit dans la même université et également de l'Université de Mantoue en Italie.

En 1695 ou 1697, Jacques de Roussel, avocat, lieutenant en l'élection de DomfrontGénéalogie des Roussel de la Bérardière., fait construire le manoir tel qu’on le connaît aujourd’hui. Outre la Bérardière, les Roussel possèdent de nombreuses terres à Saint-Bômer-les-Forges : la Bouverière, la Benoistière, la Prairie, la Maigrère, la Rainfrère, Montpatry. Ils prennent l'habitude d'ajouter le nom de leur terre à leur nom de famille afin de se distinguer les uns des autres, bien qu'ils soient tous cousins. L'usage de la particule semble s'être développé surtout à partir du .

Sous la Révolution, la Bérardière joue un rôle dans la chouannerie normande. Entre et , Michelot Moulin y cantonne avec le de la légion de Saint-Jean-des-Bois composé de , tandis que le cantonne au château de Saint-Auvieu en PassaisMichelot Moulin,Chouan et espion du roi, éd. de Stéphane Vautier, La Louve éditions, 2013, .. Durant cette même période, le général de brigade Guidal, qui commande le département de l'Orne, y rencontre le baron de Commarque, colonel de la division de Flers (1799-1800) dans l'Armée catholique et royale de Normandie, lequel réside alors à la Bérardière où il a établi son état-major. Louis de Frotté y vient régulièrement à la même époqueBulletin de la Société historique de l'Orne, tome XLIII, Bulletin, janvier 1924, .. Il y reçoit, du général Guidal, un sauf-conduit pour se rendre à Verneuil-sur-Avre, devant lui permettre de négocier une trêve directement avec Napoléon Bonaparte. Piégé de façon déloyale par ce dernier, il est fusillé dès son arrivée.

En 1801, Jean-Henry Roussel de la Bérardière meurt, sans postérité, à la Bérardière.

Le , Jeanne Françoise Rose, née le à Rouen, fille de Marie François Beaumoret (épouse de Jean de la Maillardiére avocat à Sainte-Cécile), épouse à Caen Julien Anne François Bidard de la Thérière et hérite du manoir. Sur l'acte de mariage, Jean-Henry de Roussel reconnait Jeanne Françoise Rose comme étant sa fille naturelle. Leur fils, Georges Julien, lègue le domaine à son cousin, Émile Bidard-Huberdière, Docteur en Médecine à Paris, ancien médecin aux Armées, et devenu maire de Lonlay-l'Abbaye sous la Troisième RépubliqueBulletin de la Société historique de l'Orne, tome XLIII, Bulletin, janvier 1924, ..

Au début du , deux artistes peintres s'intéressent au manoir. En 1908, à l'invitation du Docteur Bidard, Gaston La Touche et Charles Léandre se rendent à la BérardièreF. Schlack de la Faverie, "Un joyeux repas : préambule d'une Histoire triste", dans Le Pays bas-normand, , juillet/août/septembre, 1908, .. Un pastel sur toile de Léandre, daté de 1905, s'intitule Le Château de la BérardièreMusée de Vire: http://circo-vire.etab.ac-caen.fr/IMG/pdf/Les_oeuvres_de_lExposition.pdf. En 1910 ou 1911, Émile Bidard-Huberdière lègue la Bérardière à son ami Georges Henri Roulleaux Dugage, évitant ainsi le morcellement du domaine et sa probable mise en venteAssociation des Amis de la Bérardière..

En 1920, le manoir est agrandi d'une aile et d'une tour polygonale..

Lors de la Seconde Guerre mondiale, le château n'est pas réquisitionné par l'occupant allemand. Il est mis à disposition en pour servir d'hôpital à la suite des importants bombardements alliés sur Flers ayant notamment détruit le quartier de la gare incluant l'hôpital de la ville. L'occupant installe alors à proximité une batterie légère de DCA. Le Domaine de la Bérardière est libéré le suivant à la suite de combats acharnés entre forces militaires américaine et allemande. Sa chapelle conserve le casque d'un soldat américain mort au combat.

Description Le manoir est construit en 1697 à l’emplacement de constructions antérieures, probablement une ferme fortifiée remontant au haut Moyen Âge, pour Jacques de Roussel, propriétaire agricole, avocat au Parlement de Rouen et lieutenant criminel à Domfront, avec un bâtiment principal, une cour d'honneur et deux pavillons d’entrée. Il subsiste du premier édifice un « donjon » ( ?) carré flanqué d'une tourelle d'angle.

Le bâtiment central, rectangulaire, est construit en granit, .. L'entrée, après avoir monté quelques marches, donne sur un grand escalier d'époque en chêne avec marches en briques, provenant de l'ancien évêché de Bayeux ou de Sées. Des boiseries décorées, surmontées de peintures en camaïeu, remontant au milieu du , ornent la salle-à-manger et le bureau. À gauche s'ouvre un salon , suivi d'un salon dont les boiseries sont décorées de scènes de chasse. L'étage contient quinze chambres« Une promenade entre Moyen Âge et », Ouest-France, ., dont une ornée de boiseries avec un grand lit à baldaquin. On peut voir un portrait de Jean-Henry Roussel de la Bérardière, maître de l'ouvrage, ainsi que de nombreux dessins au crayon en deux couleurs que ce dernier exécuta entre 1794 et 1798, représentant ses amis ou ses voisins. On remarque aussi des tapisseries des Gobelins des , et un portrait de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, ancêtre des propriétaires actuelsBulletin de la Société historique de l'Orne, tome XLIII, Bulletin, janvier 1924, ..

Au-dessus d’une toiture d’ardoise se dressent deux monumentales cheminées ornées des « boules de noblesse », particularité décorative propre au Domfrontais du Philippe Déterville, Manoirs & Châteaux de l'Orne, Éditions des Falaises, Fécamp, 2002, .. L’entrée, dans le prolongement d’une longue avenue boisée, se compose d’une cour d'honneur encadrée par deux pavillons à tourelles avec meurtrières, rappelant le caractère défensif de l'habitation initiale. Un portail réunit les deux pavillons, se composant d’une porte charretière et de deux portes piétonnières.

Au-dessus de l’une de ces portes piétonnières (porte gauche) a été sculpté le blason des Roussel qui se lit ainsi : d’argent, de cœur de gueules, entouré de trois trèfles de sinople, posés 2 en chef et 1 en pointeAuguste Surville, , .. Les Roussel ont en fait repris le blason des Hallé de Jumilly, en y ajoutant le cœur de gueules au .

Un jardin à la française, clos de mur, avec un petit escalier de pierre et portes, jouxte le bâtiment central. À l’angle du jardin se dresse un imposant pavillon carré, dit « Pavillon des Archives », de style Renaissance, datant de la fin du et jouxtant une entrée cochère de la ferme fortifiée d'alors. Ce pavillon constituait à la fois une tour de défense flanquée d’une tourelle extérieure et servait de grange fortifiée. Il fut ensuite aménagé en bibliothèque au . Un escalier extérieur permet d'accéder, au premier étage, à une pièce unique, comportant une belle cheminée en granit. La bibliothèque contient le chartrier de la Bérardière, dont certaines archives datent du , ainsi que des ouvrages raresBulletin de la Société historique de l'Orne, tome XLIII, Bulletin, janvier 1924, et .. À l’angle opposé, une petite chapelle, construite en 1745 et consacrée l'année suivante, est dédiée à Saint François-Xavier, célèbre évangélisateur jésuite en Chine jusqu'auprès de Kangxi, second empereur de la dynastie Qing, et canonisé vingt années plus tôt. Elle abrite un autel de en bois sculpté et doré, ainsi que des stalles en chêne. Deux vitraux sont disposés de chaque côté.

Autour de la grande avenue bordée d'arbres séculaires, ont été aménagées au sur de larges talus des « promenades » typiques de cette époque, dont on a pu souligner l'intérêt ethnologique. Le bois a disparu après la tempête de 1999, mais il a été replanté dans le même esprit.

Entre 1912 et 1919, à l’initiative de la famille Roulleaux-Dugage, des modifications sont apportées : une tour polygonale est construite au centre de la façade arrière pour mettre en valeur l'escalier, ainsi qu’une aile en retour aux fins d'habitation ordinaire, dans le même style que le manoirPhilippe Déterville, , .. Les dépendances, après avoir subi quelques transformations au , datent du Philippe Déterville, Manoirs & Châteaux de l'Orne, Éditions des Falaises, Fécamp, 2002, .. Des écuries, dans le style vieux-normand, ont également été construitesBulletin de la Société historique de l'Orne, tome XLIII, Bulletin, janvier 1924, ..

Protection Au titre des monuments historiques. : les façades et toitures du manoir (à l'exclusion de l'aile moderne), des tourelles d'angle des communs, du pavillon des archives et de la chapelle ; le salon avec son décor et l'escalier avec sa rampe en bois sont inscrits par arrêté du ; le parc du manoir comprenant : les façades et toitures des pavillons d'entrée et le portail les reliant ; les cours au nord et au sud du manoir ; le jardin clos avec ses portes, ses escaliers, ses murs de clôture, le bois et l'herbage l'encadrant ainsi que l'étang ; l'avenue d'accès avec ses promenades et le bois situé à l'entrée ; l'ancienne avenue et ses abords, y compris le colimaçon et les promenades est et le petit bois semi-circulaire sont inscrits par arrêté du .

Propriétaires Aveline Le Maignan, marié à Gilonne, fille du Seigneur de Saint-BômerAuguste Surville, « Histoire féodale de Saint-Bômer : Pièces justificatives », Le Pays bas-Normand, , avril/mai/juin 1911, .. Jehan Roussel, avocat, garde des sceaux de Carentan (1443)Auguste Surville, , , époux de Perrette Fourré, dame de la Bouvérière et de la Benoistière, vers 1440-1450. Jehan Roussel, sieur de la Bouvérière, marié, vers 1480, à Augustine Hallé de Jumilly, dame de la Bérardière. Mathurin Roussel, sieur de la Bouvérière, de la Benoistière et de la Bérardière, exempt-archer de la garde du duc d'Alençon, puis laboureur de ses terres de la Noé-aux-Geais, marié à Julienne Philippe, assassiné en 1530 par Gilles Pellier, sieur de la Faudrie. Guillaume Roussel, sieur de la Bérardière, marié à Madeleine Le Court. Michel Roussel, avocat, sieur de la Bérardière, marié à Jeanne Barré, puis, en secondes noces, à Marie de Bizeul.