L'expédition de DjidjelliÉgalement appelée « expédition de Gigéri », « expédition de Gigery », « expédition de Gigelly », « affaire de Gergily », « affaire de Djidjelli » ou « campagne d'Afrique », selon les sources. est une opération de débarquement menée de à par le royaume de France, avec le concours de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem à Malte, des Provinces-Unies et de l'Angleterre, en Kabylie, sur la cité portuaire de Djidjelli (transcription ancienne de Jijel) à l'Est de la Régence d'Alger. Cette « campagne d'Afrique » s'inscrit, d'une part, dans la vision de Louis en Méditerranée qui veut prémunir la flotte de commerce française des raids pirates nord-africains et, d'autre part, dans une politique globale du royaume de France en tant que membre de la ligue du Rhin : elle trouve alors un sens dans le cadre de la Première guerre austro-turque.
Cette expédition militaire visait à s'emparer de la ville de Djidjelli et de la fortifier afin d'y établir une base navale permanente facilitant la lutte contre les pirates barbaresques des régences Alger et de Tunis. L'expédition était placée sous le commandement de l'amiral de France François de Vendôme, duc de Beaufort (cousin de Louis XIV et petit-fils d'Henri IV) tandis que les forces terrestres étaient dirigées par le lieutenant général Charles-Félix de Galéan, comte de Gadagne.
Trois mois après la prise de la ville, privé de renfort à cause de la peste et assiégé par les troupes Kabyles et ottomanes, le corps expéditionnaire de Louis XIV abandonne Djidjelli et rembarque pour la France. Durant la traversée de retour, un navire de premier rang vieillissant et mal radoubé, La Lune, coule dans la rade de Toulon et fait plus de .
Causes de l'expédition thumb|left|Combat d'un vaisseau français et de deux galères barbaresques. Le jeune roi Louis XIV, dont le règne personnel a débuté en 1661 à la suite du décès du cardinal Mazarin, et son ministre Colbert souhaitent assurer le libre passage en Méditerranée de la flotte de commerce française qui, au même titre que celle des autres nations chrétiennes, est continuellement forcée de payer tributs aux corsaires en provenance des trois royaumes barbaresques d'Alger, de Tunis et de Tripoli, ces dernières étant vassales de la Sublime Porte.
Le corps expéditionnaire français était censé «rabattre l'orgueil des pirates barbaresques qui narguent sa puissance», et ravagent les côtes méditerranéennes..
Une ville de la côte à mi-chemin entre Alger et Tunis est choisie. Il s'agit de s'en emparer, de la fortifier, d'y construire un port et d'en faire un poste avancé permettant des sorties rapides contre les pirates, à l'image de ce que les Anglais faisaient alors à Tanger (1661-1684). À la même époque, à l'ouest de la côte, la ville d'Oran est aux mains de la Monarchie catholique espagnole depuis 1509 ; ce préside se maintiendra jusque sa reconquête en 1792.
Sont proposées les villes de Bougie, Bône et Stora, (près de l'ancien comptoir Bastion de France), mais c'est Djidjelli qui est retenue. Le choix de cette ville est un sujet de discorde entre le commandant de l'expédition, son second et l'ingénieur chargé des fortifications.
Composition du corps expéditionnaire Le commandant suprême de l'expédition est le duc de Beaufort.
L'armée est commandée par son second, le comte de Gadagne, qui est lui-même assisté de deux maréchaux de camp, de la Guillotière et le comte de Vivonne. L'artillerie est dirigée par de Bétancourt, le génie par le chevalier de Clerville (responsable des fortifications, il est assisté de Deshouliéres et Misgrini).
La flotte est confiée au chevalier Paul et à Abraham Duquesne, assistés des chefs d'escadre Pierre de Certaines de FricambaultCertaines de Fricambault, qui avait le avec le comte de Vivonne « conduit à Toulon, du port de Brouage, les vaisseaux la Reine et le César » Lettre du Duc de Beaufort, in Jal 1867, ., alors chef d'escadre de Provence, et Mathurin Gabaret. Le marquis de Ternes dirigeait pour sa part comme chef d'escadre des Galères une flotte de huit galères.
Les nombreuses dissensions dans le commandement seront une des causes principales de l'échec de l'opération.
La flotte et l'armée expéditionnaire sont assemblées au port royal de Toulon en et partent le .
En complément des huit galères de M. de Ternes, la flotte française sous les ordres de Beaufort est composée de quatorze vaisseaux : la Royale, navire amiral (commandé par le chevalier Paul), la Reine (sous les ordres de Vivonne), le César (sous Fricambault), l'Hercule (sous Gabaret), le Jules (sous des Ardens), le Beaufort (sous Gilles de La Roche-Saint-André), le Mercoeur (sous M. de Thurelle), la Perle (sous le chevalier de Buous), l'Écureuil (sous M. de Preuilly d'Humières), l'Anna (sous M. de Querven), la Françoise (sous M. de Châteauneuf), la Victoire (sous M. de Beaumont), le Saint Augustin (sous M. de Cou) et enfin la Flûte royale (sous La Roche Saint-André). À ces vaisseaux sont joints douze navires et vingt-neuf barques chargées de matériel de guerre et des vivres. À leurs côtés, le jeune Châteaurenault, futur Maréchal de France et Vice-Amiral du Levant, sert comme enseigne de la marine (il sera blessé dans l'expédition).
Sept galères de la Religion renforcent la flotte de l'expédition avec à leur bord le bataillon de Malte sous le commandement de Gadagne, guidé par le commandeur de Vivier, et avec pour principaux capitaines le commandeur de Briennes et les chevaliers de Certaines (frère de Fricambault), de La Garde, de Romilly, de Mirabeau, de Beaumont et de Blondet. Régiment des Gardes françaises (6 compagnies)Louis Susane : Histoire de l'ancienne infanterie Française Tome 2, Régiment de Picardie (1 bataillon), Régiment de Navarre (1 bataillon), Régiment de Normandie (1 bataillon), Régiment Royal des Vaisseaux (1 bataillon), Régiment Royal (20 compagnies) Le bataillon de Malte
Déroulement de l'expédition
Prise de Djidjelli par le duc de Beaufort () vignette|Djidjelli en 1646. La flotte appareille de Toulon le , devancée par les galères de France, et mouille devant Bougie le (après une halte à Majorque, au port Mahon, pour récupérer des galères de Malte).
Le corps expéditionnaire s'oppose dans un premier temps aux Kabyles du royaume de Koukou et de celui des Béni Abbès. En effet en dissidence avec la régence d'Alger, ils refusent son aide dans un premier temps. Cependant n'arrivant pas à reprendre la ville ils finiront pas accepter le passage des troupes du bey de Constantine et de la régence d'Alger.
Le au matin les galères s'avancent jusqu'au rivage et avec leurs pièces d'artillerie intimident les Kabyles, permettant ainsi aux chaloupes de transporter à terre les hommes de troupe, près du lieu-dit le Marabout. Le choix de cet emplacement (un lieu saint, et un cimetière) déclenchera un durcissement de la résistance des habitants et les combats du lendemain.
L'armée de débarquement compte environ , et le bataillon maltais . Débarquent successivement un bataillon du régiment de Picardie commandé par M. de Vivonne, puis le comte de Gadagne à la tête d'un bataillon de Malte, 1 bataillon du régiment des Gardes françaises, puis enfin le duc de Beaufort et La Guillotiere. Les volontaires, jetés les premiers sur le rivage, s'emparèrent d'un marabout, sous la protection duquel les autres troupes prirent terre successivement, le bataillon des Gardes françaises en tête. Celui-ci occupa immédiatement la droite de l'ordre de bataille, et s'établit sur une hauteur ayant à sa gauche un bataillon de Malte et un bataillon du régiment de Picardie. Pendant que le reste de l'expédition, qui se composait d'un bataillon de chacun des régiments de Navarre, de Normandie, Royal des Vaisseaux, mettait le pied sur la plage, les Gardes entretenaient un feu très-vif de mousqueterie avec les Arabes dispersés dans les broussailles. Tout à coup la cavalerie africaine se précipite à toute bride et sans ordre sur les trois bataillons, et malgré leur énergique résistance et le feu de la flotte, elle parvient à couper quelques pelotons qui sont impitoyablement massacrés. Cependant les troupes françaises fondent sur cette cavalerie piques baissées et la forcent à se retirer pour regagner les montagnes.
Le soir même le bataillon des Gardes campa sur une colline qui domine Djidjelli. Cette ville abandonnée de ses habitants fut occupée par les autres régiments.
D'importants combats ont de nouveau lieu le lendemain. Des Maures ayant présenté le pavillon blanc, signe de futurs dialogues, ordre est aussitôt donné aux galères et aux troupes de ne point tirer. Les Français saisissent cette chance pour dialoguer et établir des relations amicales avec les Arabes, mais les Kabyles, sortant d'une embuscade, prennent les troupes expéditionnaires par surprise, et y font un terrible ravageRevue de l'Orient, de l'Algërie et des colonies, Volume 2 (1843); . Lire en ligne.. L'intervention du bataillon de Malte (la Gazette de France du fait état de prodiges des chevaliers qui combattirent « revêtus de la soubreveste de drap rouge à la croix blanche ») avec Gadagne, qui, stimulant le deuxième front, met fin à cette attaque qui aura causé la mort de nombreux officiers et soldats. Quatre-cents victimes sont à déplorer dans le corps expéditionnaire et autant du côté des Maures.
La prise de la ville assurée, débutent sous les ordres du chevalier de Clerville les premiers travaux de sécurisation, avec un camp retranché protégé par trente canons.
Désaccord stratégique Beaufort / Gadagne La mésentente entre le duc de Beaufort et le comte de Gadagne est documentée, notamment par le courrier du adressé par le roi Louis XIV à monsieur de Gadagne. Il apparait que le comte de Gadagne souhaitait déjà, avant même le début de l'expédition, débarquer ses troupes à Bougie « alors abandonné, mieux situé et plus à portée des secours que Djidjelli ».
Après cette attaque le Conseil de guerre est partagé en deux clans : ceux qui pensent qu'il faut se contenter de fortifier rapidement la presqu’île pour soutenir un siège (Gadagne, Vivonne, et les principaux officiers de marine) et ceux qui sont d'avis que des travaux plus importants sont nécessaires et qu'il faut surtout attendre les ordres du Roi sur le projet de citadelle (Clerville et le duc de Beaufort). Le conseil de guerre statue avec Beaufort sur l'attente des ordres du Roi, et la mésentente s'accroît.
Siège de Djidjelli () Une attaque des Turcs et des Kabyles est repoussée par les assiégés le .
Arrivée des renforts / départ de Beaufort ()
En complément du corps expéditionnaire initial, le part vers l'Afrique un convoi de six vaisseaux et six barques chargées de vivres.
Le renfort militaire suit peu après : parti à son tour le de Toulon, le marquis de Martel arrive en renfort, à la tête d'une escadre (quatre vaisseaux, une flûte et un brûlot) transportant deux compagnies de cavalerie du régiment de Conti, le Olivier Lefèvre d'Ormesson, Journal d'Olivier Lefèvre d'Ormesson : et extraits des mémoires d'André Lefevre d'Ormesson, vol. 2, Imprimerie impériale, 1861, . (voir la correspondance de Louis XIV). L'escadre de M. de Martel est composée du Dauphin (vaisseau commandant), du Soleil (sous M. de Kerjean), de La Lune (sous le commandeur de Verdille), de la Notre-Dame (sous M. de la Giraudière), de l’Espérance (flûte, sous M. Garnier) et enfin d'un brûlot nommé le Triton (mené par le capitaine Champagne).
Un message du roi, qui a été mis au courant de la discorde entre les chefs de l'expédition, enjoint au duc de Beaufort de reprendre la mer laissant le commandement des opérations au comte de Gadagne. Le cousin de Louis XIV et sa flotte quittent donc définitivement Djidjelli le .
Retraite de Djidjelli ()