Les houillères de Ronchamp sont des mines de charbon situées dans l'est de la France, qui exploitaient la partie occidentale du bassin houiller stéphanien sous-vosgien, sous l'administration de différentes compagnies minières. Elles s'étendent dans trois communes, Ronchamp, Champagney et Magny-Danigon, dans le département de la Haute-Saône. Elles ont produit entre de tonnes de houille pendant plus de deux siècles, du milieu du jusqu'au milieu du , pour alimenter les industries saônoises et alsaciennes. Leur exploitation a profondément marqué le paysage du bassin minier de Ronchamp et Champagney avec ses terrils, cités minières et puits de mine, mais aussi l'économie et la population locale (immigration polonaise et traditions minières notamment). Une forte camaraderie et une conscience de classe se développent, notamment avec l'arrivée des Fressais, favorisant plusieurs grèves et mouvements sociaux. Au plus fort de l'activité, de 1861 à 1913, la mine employait et extrayait de combustible par an. La mine décline tout au long du avec l'épuisement des meilleures veines, la baisse de la qualité, la Grande Dépression, les deux guerres mondiales et l'absence de mécanisation de l'abattage, contrairement aux grands bassins houillers.
L'exploitation a démarré dans des galeries à flanc de coteau avant que ne soit creusé le puits Saint-Louis en 1810 au hameau de la Houillère. Il est le premier véritable puits d'extraction du bassin minier. Les couches de charbon s'enfonçant de plus en plus, les puits se succèdent et sont de plus en plus profonds jusqu’à ce que la compagnie (la Société civile des houillères de Ronchamp) finisse par creuser deux fois de suite le puits le plus profond de France ; le puits du Magny () en 1878 et le puits Arthur-de-Buyer () en 1900. L'activité se diversifie avec la fabrication de coke dès 1862 au puits Saint-Joseph, transféré au Chanois en 1898 et l'ouverture d'une centrale électrique au même lieu en 1907. Celle-ci est dotée d'un réseau de distribution spécifique couvrant des dizaines de communes dans plusieurs départements. Un réseau ferré spécifique et raccordé au réseau national via une gare privée est créé en 1858 et agrandi jusqu'en 1910. À la nationalisation des mines en 1946, les puits en activité et la centrale thermique sont confiés à Électricité de France. Cette exploitation est aussi marquée par des catastrophes minières, en particulier des coups de grisou.
Après la fermeture en 1958, les sites miniers sont mis en sécurité, les infrastructures sont pour la plupart démolies et les ouvriers se reconvertissent dans d'autres activités. Dans les années 1970 et 1990, le musée de la mine Marcel-Maulini et deux associations sont créés pour préserver la mémoire de ce passé minier ; plusieurs sites sont réaménagés pour devenir visitables.
Géographie
Situation La zone exploitée et influencée par les houillères correspond au bassin minier de Ronchamp et Champagney qui est situé au cœur des bassins houillers des Vosges et du Jura, à l'est du département de la Haute-Saône, dans le nord de la région française de Bourgogne-Franche-Comté, à proximité de l'Alsace et des industries de Mulhouse. Les houillères sont donc une source d'énergie importante et indispensable pour les deux régions. La zone de chalandise alsacienne se situe entre les villes de Mulhouse, Thann et Cernay..
La concession de Ronchamp, Champagney et Éboulet, où sont exploitées les mines, mesure et comprend les communes de Ronchamp, Champagney, Magny-Danigon, Clairegoutte, Andornay, Palante et La Côte (seules les trois premières accueillent des charbonnages). Elle est entourée par la concession de Mourière (exploitation artisanale et intermittente) au nord-ouest, la concession de Saint-Germain (inexploitée) à l'ouest et la concession de Lomont (inexploitée) au sud mais aussi par des travaux de recherches à l'est.
Géologie vignette|gauche|alt=Un bloc de roches volcanique au milieu de morceaux de schistes|Exemple de roches constituant les terrils de Ronchamp. vignette|upright=1.4|alt=Schémas montrant comment l'érosion apporte les débris végétaux dans un lac avant que ceux-ci ne soient recouverts par les sédiments.|La formation du gisement de Ronchamp. vignette|upright=1.4|alt=Schémas en coupe du gisement en forme de coque de bateau.|Coupe du gisement houiller entre Ronchamp et Courmont, avec le puits Arthur-de-Buyer (Magny-Danigon).
Le charbon a entamé sa formation il y a moins de d'années, pendant le Stéphanien. La transformation des débris végétaux a eu lieu sur une période de d'années pour former la houille. Pendant cette phase, les sédiments organiques se rassemblent dans une cuvette et sont recouverts par des alluvions, ils perdent ensuite leur oxygène et leur hydrogène à cause d'une élévation de la température et de la pression..
Le gisement fait partie du bassin houiller stéphanien sous-vosgien, situé sur un synclinal est-ouest Permo-Carbonifère.. Ce gisement est divisé en plusieurs cuvettes dont Ronchamp est l'une des plus importantes et la seule exploitée de façon industrielle. Il est ici composé de deux couches de charbon (dont l'épaisseur varie de quelques centimètres à trois mètres), parfois séparées par une couche intermédiaire, s'étendant sur une surface de cinq kilomètres de longueur sur deux kilomètres de largeur avec une forme de coque de bateau.. Ce gisement est perturbé par plusieurs soulèvements géologiques du socle ; les soulèvements de l’Étançon, de Saint-Joseph, d'Éboulet, du Magny, de Sainte-Barbe ou encore le grand soulèvement sud..
Il s'appuie sur le versant méridional du massif des Vosges avec un pendage de 20° vers le sud-ouest. Celui-ci est presque immédiatement recouvert par du grès rouge et divers types d'argile. Le charbon n'affleure que sur une fine bande au nord du gisement en pleine forêt, ce qui explique sa découverte tardive...
Les roches stériles retrouvées dans les différents terrils sont majoritairement des schistes ou de la pyrite de fer. Ces deux roches se trouvent barrées dans les couches de houille ou autour de ces dernières, ce qui rend l'exploitation difficile et impose de laver le charbon avant sa commercialisation. Les terrils du basin minier recèlent de nombreux fossiles témoignant de l'époque du Carbonifère dont la particularité est de regrouper à la fois des plantes vivant dans un environnement sec et montagnard (Épine noire, Fougères, et les premières plantes à fleurs qui sont présentes uniquement dans les couches les plus récentes) et dans des milieux de plaines marécageuses (renoncule flottante , sigillaire, , ) ainsi que des poissons d'eau douce (présence d'un grand lac) ..
Histoire Débuts modestes vignette|alt=Un trou sous la roche dans la forêt en hiver.|Une galerie du .
Des gisements de houille sont découverts à Ronchamp au milieu du . L'activité minière constitue une ressource complémentaire pour une population dont l'activité est alors majoritairement agricole. En 1744, deux galeries de recherche ainsi que diverses fouilles en surface sont creusées, mais ces travaux n'ont rien d'officiel. En 1749, le sieur de Gensanne, propriétaire de mines à Plancher-les-Mines et de plusieurs mines d'Alsace, envoie un morceau de charbon dans un laboratoire de Besançon afin d'effectuer des analyses. C'est en 1751 que plusieurs demandeurs d'exploitation se font connaître. Parmi eux, deux industriels locaux : le sieur de Gensanne et François Guy, propriétaire d'une grande forge de Magny-Vernois. Finalement aucun d’entre eux n’obtiendra de concession..
Deux concessions sont finalement accordées en 1757.: la concession des seigneurs de Ronchamp à Ronchamp, accordée le ; la concession des princes-abbés de Lure à Champagney, accordée le .
L'arrêté du accorde aux barons de Ronchamp et consorts l'exploitation exclusive, pendant trente ans, de toutes les mines de charbon de terre qui se trouvent dans l'étendue de la baronnie de Ronchamp. Les deux concessions n'en font qu'une seule et elles sont exploitées à frais communs par les deux concessionnaires, qui demandent une seule et même concession. Celle-ci est accordée par l'arrêté du .
vignette|alt=Gravure en noir et blanc : le bâtiment de la mine est doté d'une cheminée et tour pyramidale au milieu d'un paysage champêtre.|Le puits Saint-Louis, principal puits de la première moitié du .
Sur une petite bande de quelques centaines de mètres, quelques dizaines de galeries et de petits puits intérieurs sont creusés et exploités entre 1760 et 1810. Mais la production est faible (de à par an.) et les conditions de travail sont pénibles. À la Révolution, les mines deviennent des et sont par la suite exploitées par des institutions publiques, puis diverses sociétés privées. À la fin du est créé le hameau de la Houillère avec des logements pour les ouvriers et le directeur, des places à charbon et des bâtiments de triage. De petites usines sont également construites, comme une fabrique d'alun, une usine de noir de fumée ou encore une verrerie. En 1810, le fonçage du puits Saint-Louis est entrepris, premier d'une série de vingt-sept.. Deux ans plus tard, les houillères sont acquises par la société Dollfus-Mieg et Compagnie appartenant à une famille industrielle alsacienne qui était alors la principale cliente des mines de charbon de Ronchamp..
De 1815 à 1832, huit puits se succèdent. D'abord le puits (1815 ; profondeur : ), très proche voisin du puits Saint-Louis, il sert peu à l'extraction et est principalement utile à l'exhaure et à l'aérage de son voisin, plus profond et plus productif.. Le puits Samson (1822 ; profondeur : ) est creusé à l'ouest du hameau dans une zone marécageuse du bois de la Tançon et est rapidement abandonné à cause de la mauvaise qualité du charbon et de venues d'eau.
À l'est du hameau, dans le bois du Chevanel sont creusés quatre puits qui connaîtront une activité extractive n'excédant pas une décennie. Il s'agit du puits 1 (1825 ; profondeur : ), du puits 2 (1825 ; profondeur : ), du puits 3 (1825 ; profondeur : ) et du puits 4 (1829, profondeur : ). Les deux premiers sont équipés d'une machine d'extraction à vapeur, mais les deux derniers se contentent d'un baritel.
Plus lointain, au sud-est, le puits 5 (1830 ; profondeur : ) est creusé dans le bois des Époisses, il rencontre un soulèvement de terrain sans dépôt houiller et manque de peu la zone qui sera exploitée trois décennies plus tard par les puits Sainte-Pauline et Sainte-Barbe..
Le puits 6 (1832) — creusé au sud du puits Samson — descend toutefois, à , sur un soulèvement et le puits Saint-Louis est en fin d'exploitation, car les deux couches qu'il exploite ont disparu. Le creusement du puits est donc entrepris en 1839 afin de trouver de nouvelles veines de charbon. Comme la compagnie est en faillite, la concession est mise en vente et le fonçage du puits arrêté. L'histoire des houillères de Ronchamp aurait pu s'arrêter là..
Épopée industrielle vignette|upright=2|alt=Une petite concession au nord-ouest (Mourière) avec deux puits, une grande concession au nord ou se trouve tous les puits anciens entre Ronchamp et Campagney ; une autre grande concession au sud comprenant surtout des puits récents creusés autour d'Éboulet et de Magny-Danigon.|Évolutions des concessions (1757-1950).