Le Schtroumpfissime est la neuvième histoire de la série Les Schtroumpfs de Peyo et Yvan Delporte. Elle est publiée pour la première fois de () à () dans le journal Spirou, puis en 1965 dans le deuxième album de la série, également intitulé Le Schtroumpfissime, avec l'histoire Schtroumpfonie en ut. Elle met en scène le village des Schtroumpfs qui, pendant l'absence du Grand Schtroumpf, vote pour élire un chef. Une fois au pouvoir, le Schtroumpfissime met en place une dictature militaire, tandis que des Schtroumpfs rebelles luttent en secret contre lui.

Cette histoire est une critique féroce de la démocratie représentative, accusée de mettre au pouvoir les individus les plus démagogues, lesquels s'empressent de trahir le peuple une fois élus. L'humour y est très présent, notamment le comique de répétition du cadeau explosif du Schtroumpf farceur qui apparaît pour la première fois au cours de cette histoire et devient par la suite un élément récurrent de la série. Elle permet aussi d'introduire de nombreux personnages récurrents dans les histoires des Schtroumpfs qui suivront.

Résumé Le Grand Schtroumpf quitte le village des Schtroumpfs pour partir à la recherche de l'ingrédient qui lui manque pour terminer une potion. En son absence, les Schtroumpfs décident de voter pour élire un chef. Un Schtroumpf a l'idée de manipuler les autres pour remporter l'élection. Une fois au pouvoir, il se donne le titre de Schtroumpfissime et instaure petit à petit une véritable dictature.. La tension monte dans le village, au point qu'un nombre croissant des Schtroumpfs fuient dans la forêt pour y installer un camp et organiser la lutte contre le Schtroumpfissime. Alors que le village, fortifié par son dictateur, est pris d'assaut par ses opposants, et que le Schtroumpfissime lui-même est encerclé, le Grand Schtroumpf revient. Sermonnant tous les Schtroumpfs, il fait revenir le village à une situation normale.

Personnages Le Schtroumpfissime est un Schtroumpf comme les autres avant son élection à la tête du village. Il ne réapparaît pas dans les histoires ultérieures, reprenant probablement son rang de simple Schtroumpf., bien que son nom y soit mentionné à deux reprises, dans Les Schtroumpfs olympiques et Les Schtroumpfs de l'ordre. Le Schtroumpf à lunettes est un des personnages les plus en vue dans cette histoire. D'abord candidat moralisateur contre le futur Schtroumpfissime, il devient son premier soutien une fois les élections validées. Il ne cesse dès lors de changer de camp, jusqu'à finir en prison à partir de la vingt-deuxième planche, malgré un dernier retournement de veste désespéré au moment de son arrestation. Il passe le reste de l'histoire à penser que les Schtroumpfs rebelles vont venir le délivrer et le considérer comme un héros et un martyr, mais rien de tout cela n'arrive et sa libération n'est le fait de personne.. Le Schtroumpf bêta, bien que n'étant jamais désigné sous ce nom au cours de l'histoire, fait plusieurs apparitions. Il est le seul à voter pour le Schtroumpf à lunettes lors des élections et rejoint ensuite les rebelles sans jamais comprendre complètement la situation. Pour une fois, il s'applique à faire exactement ce qui lui a été demandé par un autre Schtroumpf (en l'occurrence le futur Schtroumpfissime, qui, par machiavélisme, espérait que le bêta ferait le contraire). Le Grand Schtroumpf fait une courte apparition au début et à la fin de l'histoire, c'est son départ qui provoque la zizanie dans le village et son retour qui rétablit le calme. Le Schtroumpf grognon est dans le camp des rebelles opposés au Schtroumpfissime. Le Schtroumpf costaud est le chef de la garde personnelle du Schtroumpfissime. C'est sa première apparition dans la série. Le Schtroumpf farceur est emprisonné pour avoir offert un de ses cadeaux-surprises au Schtroumpfissime. Il devient ainsi pour les rebelles le symbole du despotisme et de l'arbitraire du nouveau chef des Schtroumpfs. C'est sa première apparition dans la série avec les cadeaux explosifs, mais sa seconde dans l'univers des Schtroumpfs. Le Schtroumpf musicien est nommé porte-parole du Schtroumpfissime après son élection, mais celui-ci l'oblige à jouer du tambour, ce qui ne le guérit pas de sa compulsion à jouer faux. Le Schtroumpf coquet, le Schtroumpf paresseux et le Schtroumpf gourmand font partie des Schtroumpfs abusés par les promesses du Schtroumpfissime.

Historique vignette|droite|Peyo, l'auteur principal de l'histoire. Quand débute la publication de l'histoire en 1964, Peyo travaille depuis douze ans pour les éditions Dupuis, dont il est un auteur de premier plan. Le succès est d'abord venu avec la série Johan et Pirlouit, dont il a déjà publié douze albums (sur les treize albums sortis de son vivant) et dans laquelle les Schtroumpfs font leur toute première apparition en 1958. Cependant, cette série n'est plus une priorité pour Peyo, qui ne se consacre bientôt plus qu'aux Schtroumpfs, du fait de leur grand succès. Les lutins bleus vivent leurs premières aventures à l'occasion de six mini-récits, puis dans deux histoires de vingt planches intitulées Le Schtroumpf volant et Schtroumpfonie en ut. Pour Le Schtroumpfissime, Peyo décide de changer de formule : il se lance pour la première fois dans une histoire des Schtroumpfs en quarante-quatre planches..

La publication de Le Schtroumpfissime débute dans le du journal Spirou, daté du . Mais outre Johan et Pirlouit et Les Schtroumpfs (qui l'occupent de plus en plus), il anime également les séries : Benoît Brisefer, Poussy et Jacky et Célestin. De plus, à cette période, le téléphone de Peyo ne cesse de sonner pour des commandes publicitaires, que l'auteur accepte pour la plupart. Il y consacre alors une grande partie de ses journées, délaissant ainsi l'élaboration de l'histoire elle-même. En effet, trop occupé par le marchandisage pendant la journée, c'est principalement en fin d'après-midi et le soir qu'il fait le crayonné du Schtroumpfissime et de ses autres séries. Pour faire face à cette importante charge de travail, Peyo a engagé toute une équipe (que l'on compara à un « petit studio ») qui l'aide dans ses différents projets. Et ce sont donc ces assistants qui prennent le relais du maître pour dessiner les décors, parfois jusqu'à deux ou trois heures du matin. Mais contrairement à d'autres dessinateurs, tel Jijé par exemple, les spécialistes comme Hugues Dayez ne considèrent pas que Peyo ait engagé des jeunes pour les former. Il témoigne lui-même qu'il attendait plutôt d'eux qu'ils l'aident et le fassent avancer dans son travail. Ainsi, quand un dessin ne convient pas, Peyo (seul maître et décisionnaire des choix artistiques) se contente de le signaler sans donner d'explications, laissant ses assistants devant le fait accompli et esseulés devant le travail à refaire...

Cependant, en raison du retard qui s'accumule, Peyo est parfois contraint d'accepter des planches à contre-cœur. Cette surcharge de travail de Peyo et ses proches se ressent également dans la fréquence de parution de la série dans Spirou, qui passe rapidement de deux (rythme habituel des histoires à suivre du journal) à une planche par numéro. La publication s'achèvera enfin le , dans le de Spirou...

L'équipe qui entourait Peyo vignette|gauche|Derib, l'assistant de Peyo qui a contribué à l'histoire. Installée au premier étage de la maison que Peyo a fait construire à l’avenue Boetendael, à Uccle, l'équipe d'assistants de Peyo est composée du Suisse Derib, engagé quelques mois auparavant pour l'aider spécifiquement sur les Schtroumpfs, François Walthéry, engagé l'année précédente sur conseil de Charles Dupuis, et Gos, un militaire qui travaille pour Peyo durant ses congés et ses fins de semaine. En complément, pour ce nouvel épisode des Schtroumpfs, le rédacteur en chef de Spirou, Yvan Delporte, participe à l'élaboration du scénario...

Le principal membre du studio à travailler sur Le Schtroumpfissime est Derib, qui encre les planches préalablement crayonnées par Peyo et dessine les décors. Il crée notamment lui-même le graphisme du palais du Schtroumpfissime. À l'occasion de cette collaboration, Derib tend, selon des spécialistes comme Hugues Dayez, à développer le trait spontané caractéristique de Peyo. En revanche, François Walthéry, qui a travaillé sur l'histoire précédente (Schtroumpfonie en ut), ne prend pas part à l'élaboration de cette histoire. En effet, Peyo estime qu'il ne parvint pas à dessiner correctement l'univers des Schtroumpfs, et l'oriente donc vers la série Jacky et Célestin. Au moment de la réalisation de l'épisode, l'équipe de Peyo tente également de redessiner entièrement l'histoire Le Lutin du Bois aux Roches de la série Johan et Pirlouit, qui date de 1955, mais les essais ne sont pas concluants et Peyo juge que Derib peut maintenant se concentrer uniquement sur Le Schtroumpfissime....

Delporte quant à lui n'est crédité que dans la page de garde de l'album : son nom n'apparaît ni lors de la publication dans l'hebdomadaire, ni sur la couverture de l'album. En effet, il ne souhaite pas mettre en avant son travail de scénariste depuis qu'il a eu bruit d'une rumeur, courant dans les couloirs de la rédaction, selon laquelle la condition sine qua non pour être publié dans Spirou serait d'être scénarisé par lui. Jusqu'alors, Yvan Delporte écrivait un scénario pour chaque dessinateur qui lui en demandait un, mais à partir de maintenant, il ne se limitera qu'à l'écriture de scénarios pour ses proches, dont Peyo faisait partie. D'après l'analyse de Hugues Dayez, la patte d'Yvan Delporte se ressent fortement dans la manière dont l'autorité est malmenée à travers les nombreux gags ayant pour thème le pouvoir, notamment planche neuf. Pour l'élaboration du scénario, Delporte se rend régulièrement au studio pour des séances de « remue-méninges » (ou brainstorming) qui, d'après les témoignages, sont ponctués par de nombreux éclats de rire. Cependant, le travail entre les deux coscénaristes est très structuré : Peyo et Delporte discutent de l'histoire, le premier réalise des croquis durant cette séance et le second prend des notes. Ensuite, le soir, Yvan Delporte écrit le scénario du Schtroumpfissime à partir de ce qui a été dit durant la séance. En cas de désaccord entre les deux auteurs, c'est toujours Peyo qui a le dernier mot et Yvan Delporte est parfois amené à réécrire plusieurs fois un texte s'il ne plaît pas à son complice...

À l'intérieur de la maison d'Uccle, le bureau de Peyo se trouve dans la première pièce et dans la deuxième, bien plus grande, sont installées les tables à dessin de ses assistants. Il n'était par ailleurs pas rare de voir Yvan Delporte s'allonger entre les tables au milieu de la pièce, fumant une cigarette et fixant le plafond pour mieux réfléchir à l'épisode en cours.

Analyse Humour C'est dans cette histoire qu'apparaissent pour la première fois, à la planche cinq, les cadeaux explosifs du Schtroumpf farceur qui deviennent rapidement l'un des comiques de répétition les plus connus de la série.. Dans cette histoire sont moqués la politique et le pouvoir ; ainsi, dans la planche sept, ce sont les discours démagogiques des candidats aux élections qui sont parodiés. En deux cases et en langage schtroumpf, l'ensemble des phrases toutes faites des politiciens est passé en revue par le futur Schtroumpfissime.. Dans la planche , c'est l'opportunisme qui est brocardé à travers le personnage du Schtroumpf à lunettes qui, après s'être présenté à l'élection contre le Schtroumpfissime, devient son allié le plus fidèle. À partir de la planche vingt-deux, il devient l'objet d'un gag récurrent : emprisonné, le Schtroumpf à lunettes attend sa libération par les rebelles, qui sera involontaire. Les auteurs font de temps en temps un point avec une ou deux cases le montrant dans sa cellule, n'hésitant pas à interrompre une action en cours pour susciter un contraste comique avec cette situation qui n'évolue pas.

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