Le chant militaire, ou chanson de soldat, est un des trois répertoires musicaux utilisés par les armées avec la musique militaire proprement dite (jouée par des orchestres d'harmonie ou des fanfares) et la céleustique (les signaux d'ordonnance). thumb|Divers recueils de chants militaires suisses, russes, allemands, anglais et belges du . L'usage du chant peut différer considérablement d'une armée à l'autre suivant les traditions, les usages et la règlementation. Les travaux concernant ces répertoires ont été bien avancés en ce qui concerne les armées anglo-saxonnes. Il existe de nombreux recueils de chants militaires allemands et suisses. Les Russes ont enregistré les répertoires des anciennes armées tsaristes, les travaux manquent pour les répertoires espagnols et italiens. La musique n'a pas de frontière, par exemple lors de la Seconde Guerre mondiale, la chanson Lili Marleen composée en Allemagne a connu un tel succès qu'elle a été reprise par tous les belligérants. Les travaux comparatifs entre les répertoires sont embryonnaires, un autre exemple, les recueils militaires suisses publient des chansons en trois langues (allemand, français et italien), les soldats suisses ont servi longtemps dans de nombreuses armées européennes, ainsi on retrouve dans leurs recueils d'anciennes chansons disparues de leur répertoire d'origine. Avant d'aborder les répertoires étrangers, il est nécessaire de savoir comment fonctionne le répertoire militaire français. Cette page ne donne pas une liste des chansons des soldats français, il en existe plus de dans celles qui sont utilisées ou ont survécu mais plus nombreuses encore sont celles qui ont disparu.
La chanson de soldat dans l'armée française La chanson de soldat constitue un répertoire à la fois très ancien et toujours vivant au dans l’armée française. Pourtant, dernier répertoire de chants de métier, il est resté à l’écart des grandes collectes réalisées sur les chants traditionnels au et des travaux des musicologues du .
Fonctionnement du répertoire
Rôle du chant dans l'armée française Le soldat a longtemps utilisé le chant pour soutenir son effort et se distraire pendant les longues marches. Actuellement, le chant a surtout un rôle de cohésion et de démonstration. Mais le soldat en activité n’est pas le seul à entretenir son répertoire. Il le partage avec les anciens militaires qui savent toujours entonner les chants dans les réunions des amicales régimentaires et les commémorations. Il est aussi partagé avec des mouvements de jeunesse comme les scouts, certaines chorales civiles, des groupes de reconstitution et certains mouvements politiques. On retrouve aussi quelques titres réadaptés par des groupes musicaux. À partir des différents répertoires entretenus par l’armée, se dessinent les contours d’un ensemble plus vaste qui témoigne de la présence de ces chansons dans les mémoires de la population française d’aujourd’hui. En effet, un chant n’existe que parce qu’il est chanté, transmis et toujours présent dans les mémoires.
Un répertoire d’usage Dans l’armée française, il n’existe pas de répertoire officiel ni de recueil officiel – le TTA 107TTA 107, éditions de 1980 et 1985. n'est pas utilisé – ou d’organisme chargé de décréter les chants autorisés ou interdits. Le chant relève uniquement des usages de la troupe et répond à une nécessité de service. Il a pu exister des circulaires autorisant ou interdisant des chants, mais elles sont tombées dans l’oubliCirculaire DEF/EMAT/INS/FG/66 du 17/06/1982 et circulaire DEF/EMAT/INS/FG/65 du 13 juin 1987. Évidemment, on retrouverait d’autres cas de chants interdits dans le passé, notamment avec tous les changements de régimes politiques au , et aussi les tentatives du commandement de moraliser le répertoire après la guerre de 1870, ou encore les chants politiques imposés sous la Révolution. Si l’armée est un milieu particulier, elle n’est pas coupée de la population, ainsi elle est influencée par les modes musicales et les soldats peuvent participer aux débats de société.
Dans l’armée française, la pratique du chant a toujours été un usage de la troupe dans lequel le commandement n’intervient qu’exceptionnellement. Il a bien existé une tentative de recueil officiel dans les années 1980, mais sans réussir à s’imposer. Le modèle en la matière a fini par devenir le carnet de chants de la Légion étrangèreLes carnets de chants de la Légion sont présentés à cette page : http://chantmilitaire.blog.de/2008/11/14/legion-etrang-egrave-re-les-carnets-de-chants-5037510/, aussi bien pour le format que pour son organisation.
L’enseignement du chant dans l’armée Comme il n’existe pas de répertoire officiel, il n’existe pas de formation règlementée du chant. Cet enseignement relève des usages et est laissé à l’initiative des officiers subalternes, essentiellement les chefs de section. L’enseignement se fait à l’imitation dans la pure tradition orale, sans l’aide de partitions. Le chant est exécuté a cappella.
Emploi du chant Le chant est utilisé pour entretenir la cohésion, les déplacements et les activités de cohésion (repas, pots…), c’est aussi un moyen d’expression de l’unité dans les défilés et le cérémonial. C’est le général Bigeard qui est à l’origine des chants de compagnie dont l’usage s’est étendu à toute l’armée. Dans le passé, le chant a d'abord été longtemps utilisé pour faire oublier la fatigue dans les déplacements qui, depuis toujours, se faisaient à pied. Si les soldats continuent d’entretenir le dernier répertoire de chansons de métier, ce n’est pas pour le plaisir de chanter, mais parce qu’elles leur permettent d’apprécier l’état des liens collectifs qui leur sont nécessaires dans le combat.
Le défilé au pas en chantant Cet usage est relativement récent. Il a été emprunté aux Allemands en 1940 par l’armée d’armistice, notamment le général de Lattre de Tassigny. Il a été repris par le général Bigeard pendant la guerre d’Algérie pour être ensuite généralisé dans les unités aéroportées puis dans toute l’armée. Cet usage démonstratif s’est progressivement imposé dans les prises d’armes quand les musiques régimentaires ont commencé à disparaître avec la fin de la conscription. Depuis la disparition des orchestres régimentaires, on observe une dégradation de la pratique du chant avec un ralentissement de la cadence et des fins de vers avalés. Ces usages nuisent à l'intelligibilité des paroles, allant à l’encontre du rôle de communication du chant. L’origine de cette pratique est située dans le contrepas.
Temps forts et contrepas Les mélodies des chants respectent les règles de la composition musicale. Elles sont marquées de temps forts, indiqués par la grosse caisse dans les défilés, qui doivent impérativement se retrouver sur le pied gauche. Sauf que 2/3 des chants militaires débutent en anacrouse, c'est-à-dire qu’ils doivent être attaqués sur le pied droit pour retrouver le temps fort sur le pied gauche (rappelons que le premier pas d'une marche militaire se fait toujours du pied gauche : le soldat fait donc un premier pas du gauche, sur un second pas - du droit - commence à chanter, et sur son troisième pas - du gauche - retrouve le temps fort). Réglementaire, cette précision figure dans l’édition du TTA 107 de 1980 : « En ce qui concerne les départs, pour éviter de faire chanter à « contrepas », le moniteur doit donner le ton avec la première phrase, puis faire attaquer soit après avoir prononcé : 1,2,3,4 si la première mesure du chant est complète, soit après avoir prononcé seulement 1,2,3 si la première mesure est incomplète, ce qui est souvent le cas ». La liste des chants débutant en anacrouse est disponible en ligne.
Les chorales militaires
Il existe une formation professionnelle de choristes au sein des orchestres de la Garde républicaine, le Chœur de l’armée française, qui interprète essentiellement un répertoire lyrique. Les promotions d’élèves officiers (ESM, EMIA, Navale, EAE) forment traditionnellement des chorales qui ne sont pas des formations officielles et enregistrent régulièrement des chants militaires depuis les années 1970. On trouve aussi des chorales dans les lycées militaires et l’ENSOA. Plus récemment vient de se créer le Chœur des marins de la base navale de l'Adour. La Musique de la Légion étrangère est la seule à chanter dans ses prestations. La qualité des chorales militaires peut obtenir une reconnaissance médiatique, comme pour la promotion de l’Académie militaire Général Caillaud en 2020.
Les sources Les sources du répertoire sont multiples avec des recueils imprimés, des cahiers manuscrits, des enregistrements et maintenant des vidéos en ligne, sans oublier quelques rares études. Il existe un répertoire commun et des répertoires spécifiques aux différentes armes. Les traditions d’arme sont très fortes dans l’armée française et ont généré des répertoires spécifiques qui figurent dans les recueils de chants édités par les unités. Ces recueils imprimés ne reflètent pas forcément la réalité du répertoire oral effectivement chanté. Les livres sur les chants militaires : pour essayer de reconstituer les répertoires anciennement en usage, il faut s’appuyer sur quelques rares ouvrages dont le plus ancien est celui de KastnerKastner, Georges, Les chants de l’armée française, Brandus, Dufour et cie, 1855. même s’il s’agit plus du travail d’un érudit que le résultat d’un connaissance effective des chants en usage à son époque. Parmi les documents les plus intéressants figure le manuscrit de la collecte réalisée par le chef de musique Léonce Chomel avant la Grande GuerreChomel, Léonce, Marches historiques, chants et chansons des soldats de France, 3 tomes, Musée de l’armée, 1912 (manuscrit).. Les ouvrages du major SarrepontSarrepont, major H. de, Chants et chansons militaires de la France, Librairie Henry du Parc, Paris, vers 1896. et de VingtrinierVingtrinier Joseph, Chants et chansons des soldats de France, Albert Méricant éd., 1902. avant la Grande Guerre, ceux du colonel JouvinJouvin, colonel, et capitaine Gillet, Marches et chansons des soldats de France, 1919. et du capitaine LehurauxLehuraux, capitaine Léon, Chants et chansons de l’armée d’Afrique, éd. Soubiron, 1933. dans l’entre-deux guerres, enfin ceux de FontaineFontaine, Louis, En marchant avec les soldats de France, L’Orme rond, 1985. et surtout de BouzardBouzard, Thierry, Histoire du chant militaire français, Grancher, 2005..
Les cahiers de chanson manuscrits des soldats : Il existe de nombreux cahiers de chanson rédigés, surtout à partir de 1872 et la généralisation de la conscription, mais les chants qu’ils réunissent donnent un aperçu différent de ceux qui étaient en usage. Ceux rédigés dans les tranchéesRibouillault, Claude, La musique au bout du fusil, Éditions du Rouergue, 1996. sont plus fidèles au répertoire vécu, mais la plupart de leurs chants n’ont pas survécu à la guerre. Le plus ancien remonte au milieu du et a été retrouvé en Savoie..
Les enregistrements de chants sont évidemment plus récents, mais donnent de bons témoignages sur les répertoires contemporains. Parmi ces enregistrements, les promotions des élèves officiers d’infanterie offrent l’avantage de présenter l’évolution de la pratique du répertoire en remontant aux années 1970.
Les sites de partage de vidéos fournissent de nombreux exemples de la pratique actuelle du chant, comme des enregistrements moins récents.
Les témoignages auprès d'anciens ou de militaires en activité constituent une source d'informations encore trop peu exploitéeUn exemple d'entretien auprès d'un chef de chœur de l'ESM : http://theatrum-belli.org/le_chant_aux_-ecoles_de_saint_cyr_coetquidan/.
Introduction à l’histoire des chansons des soldats français