Le Grand casino de Dieppe est un casino situé dans la commune française de Dieppe, dans le département de la Seine-Maritime.
Historique L'actuel casino est le cinquième qu'a connu la ville de Dieppe.
Le premier casino (architecte : Pierre Châtelain)Recherche sur les lieux de villégiature . fut établi en 1822 grâce au comte de Brancas, sous-préfet de la ville. vignette|gauche|200px|Le Casino de 1857 (image de 1860). En 1857, un nouveau casino avec voûtes et toits de verre fut édifié par Léon Benoît LehmannLéon Benoît Lehmann (25 mars 1828 à Honfleur - 26 avril 1898 Neuilly-sur-Seine). Il est également l'auteur du pavillon impérial construit pour l'Exposition universelle de 1867. sur le modèle des grands palais de verre des expositions internationales comme Crystal Palace.
Le , le casino mauresque (dû à Alexandre Durville, 1844-1922, comme le casino actuel de Trouville) lui succède et donne alors à Dieppe son image de marque.
En 1926, passé de mode, il est modifié pour laisser place à un casino de style Art déco, dû à Raoul Jourde (1928). Celui-ci est détruit durant la Seconde Guerre mondiale.
Après la guerre, de 1946 à 1961, des casinos provisoires en bois ou la villa Rachel sur le front de mer font office de casino de remplacement.
En 1961, la villa Rachel est démolie pour laisser place à l'actuel casino par René Coulon et Henri Tougard.
Histoire de l'orchestre du casino
La duchesse de Berry a eu un rôle non négligeable dans le lancement en France de la vogue (venue d'Angleterre) des bains de mer, en particulier à Boulogne-sur-Mer et Dieppe, première cité balnéaire de France, vers 1820. Sa fille, Louise d’Artois, a d'ailleurs été peinte en costume de bain sur la plage de Dieppe par Alexandre-Jean Dubois-DrahonetAlexandre-Jean Dubois-Drahonet, Portrait de Louise d’Artois, fille de la duchesse de Berry, sur la plage de Dieppe (1830), en vente dans une galerie parisionne en octobre 2022.
Après la visite de l'Empereur, à la fin de l'été 1853, Dieppe devient un lieu de villégiature à la mode pour les hautes sociétés parisienne et londonienne. Jusqu'en 1914, elle attira Léopold II de Belgique, le duc de Westminster, un grand nombre d'aristocrates parmi lesquels on comptait des « musicophiles » et des salonnières, la Comtesse Greffulhe, qui invitait les Polignac dans sa villa (La Case), à Dieppe, la duchesse d'Uzès, Madeleine Lemaire… Marguerite de Saint-Marceaux possède une propriété à mi-chemin entre Paris et Dieppe (à Cuy-Saint-Fiacre). De nombreux artistes et singulièrement des compositeurs vont à Dieppe : Camille Saint-Saëns, Claude Debussy, Gabriel Fauré…
Une liaison ferroviaire existe entre Rouen et Dieppe depuis 1848, mettant Dieppe à six heures de Paris, à deux heures trente en 1866. Des affiches sont créées, vantant « La plage la plus proche de Paris », son casino, la proximité de Londres, sa « route autodrome » (circuit automobile)Affiches par Jules Chéret (Bains de mer de Dieppe, 1887) ; René Granval ; Raymond Tournon, Lem (Louis Lemoine-Maudet) (Dieppe, 2h 3/4 de Paris, 5h de Londres ; Chemins de fer de l'Ouest et de Brighton,1900)…
Une petite publication locale, Le Journal des Baigneurs (par un imprimeur dieppois, Émile Delevoye), vante les mérites de Dieppe ; une autre (La Plage normande), ceux de Fécamp. La presse parisienne n'est pas en reste : un article d'Adolphe Poujol dans le Journal des arts, des sciences et des lettres du serait aujourd'hui qualifié de publireportage. Un incident survenu en 1889 permet de se faire une idée des relations entre la presse et le casino : le , alors que commençait la saison, L'Écho de Paris annonça une épidémie de variole à Dieppe. Le maire protesta, et l'Écho de Paris déclara disposer d'une source fiable - qu'il ne nomma pas. Selon La Vigie de Dieppe, la publication faite par l'Écho de Paris aurait été justifiée par le refus du directeur du casino de faire de la publicité dans ce journal : .. C'est sans doute aussi dans ce cadre qu'il faut interpréter un article de 1884 paru dans La Liberté, signé par le polémiste Charles-François-Xavier Müller et censé être consacré aux Courses de Dieppe, d'après le titre. En fait, la moitié de l'article est consacrée à porter atteinte à l'image de la station de Dieppe, dont la clientèle, loin d'être aristocratique, comporterait « quelques Anglaises, beaucoup de trafiquantes sur le retour, des femmes de commerçants faisant montre de toilettes d'un goût douteux; pas une personnalité ». Il est question plus loin des « horizontales [qui] coudoient effrontément la femme honnête ». L'article semble préférer « les petits coins paisibles » que l'on trouve sur les côtes de Bretagne, de Normandie et le littoral nord - il est (incidemment ?) question un peu plus loin de deux fort beaux bateaux (dont le yacht de luxe d'Edmond Blanc, La Nubienne) qui viennent de Deauville, pour l'un, et de Cabourg, pour l'autre.…
La ville bénéficie rapidement des avancées techniques : électricité, téléphone… Le casino est plusieurs fois reconstruit - mais au début des années trente, la clientèle huppée commence à se détourner de Dieppe.
Depuis au moins les années 1860, beaucoup de musiciens y trouvent une occupation, au théâtre ou au casino, durant les mois d'été, quand les établissements parisiens font relâche. La saison commence après les courses de Longchamp (le Grand Prix de Paris, créé en 1863, a alors lieu fin juin) et se termine début septembre.
Avant la Première guerre
De 1856 à 1873, l'orchestre du casino est dirigé par Auguste Placet (1816-1888), prix de Rome, compositeur (on peut entendre son Ave Verum sur Youtube). En1857, le chœur du Conservatoire de Paris accompagne un chanteur de l'Opéra de Paris (Romain Bussine) et une cantatrice du Théâtre-Lyrique dans une cantate composée par Placet.
Le casino reprend un grand succès de la salle Favart, Les Noces de Jeannette, opéra comique en un acte de Victor Massé, le ..
La cantate David Rizzio, de Charles Constantin, a été créée au casino de Dieppe (en 1863 ou 1864)La Gazette des eaux : revue générale des établissements de l'Europe, 7 janvier 1864..
En 1872, Placet reçoit notamment le pianiste Théodore Ritter et Louis Antoine Saint-Jacome (1830-1898), qui a publié en 1870 une Grande méthode complète de Cornet à piston..
En 1876, c'est Édouard Colonne qui prend la direction de l'orchestre, et en 1877, Jean-Baptiste Arban. Un journaliste du Ménestrel note que . On y a entendu cette année-là notamment Paola Marié et J. Anschutz (sans doute Jacques-Albert Anschütz, 1835-1902) et Le Trompette de Chamboran, opéra comique en un acte, paroles d'Adolphe de Leuven et de Jules Adenis, musique de Louis Deffès, qui est créé au casino le .. Le Petit Faust d'Hervé est donné le ..
En 1880, Charles GengCharles Geng né le à Lingolsheim (67), mort à Paris (75006) le , enterré à Pantin. prend la tête de l'Orchestre du Casino. Ancien élève du Conservatoire de Strasbourg, Geng est compositeur et chef d'orchestre, et il recrute ses 50 musiciens « parmi les instrumentistes des concerts Colonne, Lamoureux, Pasdeloup, et du Conservatoire ». Il est l'auteur d'une polka intitulée Paris-Dieppe. Un encart publicitaire dans La Gazette des femmesEncart de Jean Alesson, alias d'Anatole Alès (1840-1903). annonce 50 musiciens.. Marie Grisier-Montbazon chante à Dieppe pendant l'été 1880..
En 1883, Geng recrute ses musiciens dès le début du mois d'avril : dans son annonce dans Le Progrès artistique : journal des artistes musiciens instrumentistes et choristes, il cherche seulement quatre instrumentistes pour la saison d'été à Dieppe, ce qui laisse entendre qu'il peut compter sur presque tous ceux qui ont fait la saison précédente avec lui..
En 1884, Geng réunit son orchestre début : il fait venir le flûtiste Brossa (élève de Louis Dorus au Conservatoire), le harpiste Dante Jandelli et présente de nouveaux solistes de l'orchestre : Mimart fils et Pierre Fauthoux (né à Biarritz le , cornet à piston)..
À partir de 1883 (au moins), L'Officiel-artiste (de Paris) annonce les Tableaux de troupes pour la saison d'été : le nom des chefs, des chanteurs, du directeur de corps de ballet.
En 1886, Emile Pessard devient directeur artistique du casino de Dieppe. C'est lui qui, Geng étant parti prendre la direction de l'orchestre du casino de Paramé, recrute Adolphe Bourdeau (Paris - - Asnières Sur Seine), qui est également compositeur et avait été bassonniste à l'Opéra-Comique (1857-1872).. Pessard démissionne dès 1887X et Y..
La saison d'été est calme dans les casinos, en 1887, à la suite d'une circulaire sur les jeux sortie (en ) par le directeur de la Sûreté générale (1885-1888) Isaïe Levaillant (1845-1911).
Deux concerts du (annoncés en détail dans L'écho de Rouen illustré) permettent d'entendre de la musique légère, surtout française : deux ouvertures d'Auber, des pièces de Gounod, A. Thomas, Grétry, Lecocq, Halévy, Clapisson, Émile Waldteufel, et des musiciens aujourd'hui bien oubliés comme Alfred Dufresne (Boléro), Napoléon Henri Reber. Parmi les compositeurs étrangers on compte , dont une œuvre était bien connue à l'époque, transposée notamment par Eugène Ketterer ; le prussien Wilhelm Taubert (son op. 16) , J. Strauss, Joseph Gungl, Suppé ; le belge Auguste Dupont et (le presque parisien) Verdi..
Le programme du dimanche est annoncé en détail dans L'Écho de Rouen illustré. Il comporte l'ouverture des Dragons de Villars de Maillart et la Sérénade hongroise de Victorin de Joncières suivis d'une scène comique (de Guyon) et d'une bouffonnerie (de Leserre), dites par M. Leserre, du Châlelet. Cette partie se termine sur une Romance de Svendsen jouée par le jeune violoniste américain, Premier prix du Conservatoire de Paris, Achille Rivarde, suivie d'une Fantaisie sur Aida (Verdi). La deuxième partie commence par des extraits du ballet de Sylvia de Léo Delibes suivis de La Danse des Fées d'Elias Parish Alvars exécutée par Marie Spencer Owen (future Tassu-Spencer), la harpiste de l'orchestre, et d'une fantaisie arabe (c'est encore l'époque de la conquête de l'Algérie), Au bord du Sebaou, d'Adolphe Sellenick, qui s'est installé en Normandie. Comme dans la première partie, le concert est interrompu, cette fois par un monologue de Feydeau, Les Célèbres, dit par M. Matrat, du Palais-Royal. Le programme se conclut sur un galop, Moulin à Vent de Jacques Albert Anschütz. Les réjouissances ne sont pas terminées : le casino offre encore 45 minutes de « Musique sur la terrasse », puis, après le dîner, un spectacle de lanterne magique donné par un M. Duviquet (qui tient aussi un guignol), suivi d'un bal dans la salle des fêtes.
En 1889, Bourdeau est toujours à la tête de l'orchestre, qui compte désormais 60 musiciens. Paris-Dieppe en train se fait maintenant en 3 heures 30..
La saison 1889 commence dès le . On compte parmi les musiciens le violoniste polonais (Varsovie, 1846-1915 Lausanne), et de nouveau Achille Rivarde. La liste des artistes invités à Dieppe pour l'été est publiée dans la presse parisienne, dans Le Journal, par exemple.. En septembre, Charles Dancla dirige une de ses symphonies, avec le concours de son élève Rivarde.
Une œuvre d'Augusta Holmès est donnée en 1891 : Hymne à Eros, chantée par Mlle Fereil (Gil Blas, ).. En 1893 Cobalet donne une série de concerts au Casino, avec des œuvres toujours célèbres (extraits de Lakmé ou de Mignon) et d'autres un peu moins telles qu'Ouvre tes yeux bleus, de J. Massenet, Marche vers l'avenir, de Jean-Baptiste Faure, Les Yeux, de Paladilhe... Le journaliste ajoute que . L'orchestre a interprété Mage, de J. Massenet, Souvenir de Copenhague et Széchényi (marches de Phillip Fahrbach), des extraits de Sylvia et de Coppélia, de Léo Delibes, l'ouverture du Caïd, d'Ambroise Thomas, Les Mille et une Nuits (valse de Johann Strauss), Les Hydropathes (valse de Joseph Gung'l) et la Marche des Vagabonds, du même..