Mario di Carpegna, né à Rome le et mort dans cette même ville le , est un homme politique italien et une personnalité civile de la diplomatie vaticane. Les mandats confiés par deux papes successifs, Pie X et Benoît XV, l'amènent à poser dans un premier temps les structures de la fédération sportive catholique italienne puis de l'« Union internationale des œuvres catholiques d’éducation physique ». Cette tâche menée à bien, il use du poids de ces structures pour normaliser, toujours à la demande du Vatican, les débuts laborieux du scoutisme catholique au sein du scoutisme italien. Les contacts pris à cette occasion avec lord Baden-Powell l'orientent vers le scoutisme international qu'il marque de sa personnalité à partir de 1920.

Biographie Mario Gabrielli, comte de Carpegna (Mario Gabrielli di Carpegna), est issu de la famille comtale de Carpegna, près de Montefeltro, en Italie, résidant dans la province de Pesaro et d'Urbino, ainsi que de celle des princes Gabrielli. Diplômé en droit de l'université La Sapienza de Rome, il accède à , de 1892 à 1900, aux fonctions de conseiller communal et adjoint au maire de Rome. Engagé également dans le domaine de l'Action catholique, il se voit confier plusieurs mandats d'envergure au sein de l'Église catholique qui lui valent d’être nommé garde noble du papeLa garde noble du Vatican, ancien corps d'armée chargé de la protection et de la garde d'honneur du pape, est créée par Pie VII, le .. En 1905, le pape Pie X lui confie le soin de contrôler les premiers vagissements du sport catholique italien avant d'étendre cette mission à l'ensemble de l'Europe : en 1911 Mario di Carpegna est le premier président de l'« Union internationale des organisations catholiques d'éducation physique » (UIOCEP). Cette réussite amène Benoît XV à lui confier en 1916, à partir de ses mandats précédents, la régularisation des rapports mal engagés et restés conflictuels entre les scoutismes italiens laïcs et catholiques. Comme antérieurement, cette mission se trouve étendue au scoutisme catholique mondial puis au scoutisme international dont Mario di Carpegna est commissaire par intérim en 1922–1923. Mario di Carpegna, que Benoît XV a nommé commandant de la Garde palatine, meurt à Rome le .

La Fédération des associations sportives catholiques italiennes (FASCI) De la au sport catholique international thumb|upright=0.8|Le pape Pie X (1903-1914). Les sections de gymnastique des patronages paroissiaux de France et de Belgique confrontées à une vague anticléricale sont déjà organisées en fédérations nationales à la fin du quand un grand concours international est organisé à Rome en 1905 à l'initiative de Fratel Biagio à la suite d'une visite de Pierre de Coubertin au Vatican. Le pape Pie X, convaincu par le rénovateur des jeux olympiques et impressionné par la manifestation, confie alors à un de ses gardes nobles, Mario di Carpegna, la mission de réfléchir à ce nouveau moyen potentiel de soutenir la foi. Dès l'année suivante celui-ci crée la « Fédération des associations sportives catholiques italiennes » (FASCI), devenue depuis le Centre sportif italien (CSI). et réunit à nouveau à Rome sous l'égide du pape Pie X environ venus respectivement de France, de Belgique, d'Irlande, du Canada et d'Italie. Le pape émettant alors le vœu de voir ces rassemblements perdurer, Mario di Carpegna récidive en 1908. Après l'échec d’une tentative en 1909, un quatrième concours international de gymnastique se tient en France à Nancy en 1911, à l'initiative de la et de son président fondateur, le .

thumb|upright=0.8|Plaque commémorative de la création de l’Apposée à Metz, sur la façade de la maison natale du . Sur cette plaque, on peut remarquer que la lettre E, probablement oubliée lors de la gravure, ne figure pas dans le sigle UIOCEP..

À cette occasion, la création d'une union internationale est ratifiée par les nations présentes ou représentées. Elle prend le nom d'« Union internationale des œuvres catholiques d’éducation physique » (UIOCEP) et sa présidence est confiée à Mario di Carpegna. Participent alors aux travaux : la « Fédération des associations sportives catholiques italiennes » représentée par Mario di Carpegna, la représentée par Paul Michaux, la « Fédération nationale des sociétés catholiques de gymnastique et d'armes de Belgique » représentée par Robert Cardol, l'« Elsaessicher Turnerbund » fédération des sociétés alsaciennes représentée par Auguste BiechelerCette association est alors considérée comme autonome et non comme une organisation représentative d’un länder allemand, la « Fédération des sociétés catholiques de gymnastique et d'armes de Hollande », la « Fédération des sociétés sportives catholiques de Suisse », la « Société nationale de gymnastique du Canada » représentée par le lieutenant Henri T.Scott et la « Société catholique de jeunes gens d’Irlande »Notons que l'Irlande n'est alors qu'une province à majorité catholique du Royaume-Uni puisque le Home Rule, premier pas vers l'indépendance, ne date que de 1914. En ce sens, son invitation à Nancy, comme celle de l’Alsace, est loin d’être neutre.

À partir de , Mario di Carpegna préside donc l' dont le siège est fixé à Paris au 5 rue Saint-Thomas-d'Aquin. Secondé au secrétariat général par les Français Charles Simon, puis Armand Thibaudeau, il assure cette présidence jusqu'en 1919, date à laquelle le Belge Félix van de Kerkhove lui succèdeÀ partir de 1947, l' prend le nom de Fédération internationale catholique d’éducation physique et sportive (FICEP). Mario di Carpegna se consacre alors spécifiquement au scoutisme dont il a déjà fondé, le , la branche italienne : l' (ASCI).

De la au scoutisme catholique italien thumb|upright=0.8|Dessin au crayon de Mario di Carpegna. thumb|upright=0.8|Le pape Benoît XV(1914–1922).

Le mouvement scout italien est créé le sous le nom de (REI) par un proche de Robert Baden-Powell, le docteur James Spensley et un jeune éducateur catholique, Mario Mazza. Entre 1911 et 1912 celui-ci se retire pour divergences idéologiques avec le colonel Ottavio Reghini, président, sur les aspects confessionnels. Il crée alors la résolument empreinte de culture religieuse catholique. En 1915, des conflits opposent cette organisation aux placés sous le patronage de Victor-Emmanuel III et la présidence de Carlo Colombo. La et son président Mario di Carpegna sont alors chargés par la hiérarchie catholique d'une série de contacts officiels avec le (CNGEI) présidé par l'amiral Bettolo en vue de régler le conflit par la reconnaissance du au sein de l'organisation nationale. Des négociations longues et ardues ne débouchent en fin de compte que sur un consensus vague dont la mise en œuvre pratique n'aboutit qu'à l’émergence des structures régionales propres au .

Cette première tentative pour octroyer au un statut d'autonomie comparable à celui du scoutisme catholique au Royaume-Uni, ayant échoué la décision est prise d'y missionner Mario di Carpegna, président de la , afin d'analyser sur place les tenants et aboutissants du scoutisme. Il y rencontre personnellement Robert Baden-Powell avec lequel il entretient par la suite des contacts réguliers. Les 15 et , il fait part de son rapport au conseil central de la « » (SGCI : Société de la jeunesse catholique italienne) qui procède dès lors à la fondation de l'« Association du scoutisme catholique italien » (ASCI) dont Mario di Carpegna est nommé premier commissaire le . C'est le supplément de la revue Stadium (organe officiel de la ) du qui annonce officiellement la naissance de l' en ces termes : .. Le , le pape Benoît XV, après quelques hésitations, décide créer le poste de vice commissaire ecclésiastique central de l' et d'y nommer le père jésuite Giuseppe Gianfranceschi, futur directeur de Radio VaticanLe père jésuite Giuseppe Gianfranceschi, physicien et mathématicien, est le premier directeur de Radio Vatican, inaugurée le , date à laquelle la voix du pape Pie XI est entendue pour la première fois sur les ondes..

L'Association du scoutisme catholique italien (ASCI)

L' : Mario Mazza et Mario di Carpegna thumb|upright=0.8|Logo de l’Initialement connue sous la dénomination Associazione scautistica cattolica italiana – Esploratori d’Italia, puis renommée dès 1966 en Associazione scouts cattolici italiani avant la fusion, survenue en 1974, entre l’Associazione guide italiane (AGI) et l’Associazione guide e scouts cattolici italiani (AGESCI). thumb|upright=0.8|, de Robert Baden-Powell.

À partir de ce moment le personnage public de Mario di Carpegna se confond avec l'histoire du scoutisme catholique qu'il oriente résolument vers l'ouverture au monde. En dépit de leur estime réciproque, les deux fortes personnalités que sont respectivement Mario Mazza et Mario di Carpegna ne vibrent pas au même diapason : Mario Mazza se réfère certes à une approche inspirée de celle de Robert Baden-Powell mais fortement réimprégnée de catholicisme et de nationalisme alors que Mario di Carpegna s'ouvre à des horizons internationaux également éminemment chrétiens mais plus conformes à l'histoire et la mystique du mouvementvoir son article du dans Stadium, la revue de la .. Ce souci l'entraîne jusqu'à bien attribuer l'origine du scoutisme au livre de la jungle de Rudyard Kipling, écrivain étranger suspect d'anglicanisme : audace exceptionnelle à l'époque compte tenu de ses autres fonctions. La volonté d'une mise en œuvre rigoureusement conforme de la philosophie scoute l'amène à traduire en italien l'ouvrage de Robert Baden-Powell : Scouting for Boys.En 1912, les éditions Delachaux et Niestlé publient la première édition francophone du livre de Robert Baden-Powell Scouting for boys (1908) qui constitue la base même du scoutisme. Traduction effectuée par les soins du pédagogue genevois Pierre Bovet..

En 1921, Mario Mazza déménage à Rome. Il est alors nommé commissaire central et chargé de la direction du centre destiné à la formation des futurs dirigeants de l'. C’est à ce titre qu’il organise le premier rassemblement national à Val Fondillo auquel participent pas moins de 700 scouts sur les recensés. Réticent à souscrire à la récurrence de tels rassemblements nationaux qu'il qualifie de Le scoutisme a pour but initial de développer en chacun et en toute circonstance son propre esprit d'initiative, ainsi que sa capacité de débrouillardise., Mario di Carpegna réussit à convaincre la majorité du commissariat central de l'organisation de ne pas pérenniser systématiquement ce type d'événement ponctuel dans le cadre des programmations de l'. Commissaire central de l' depuis sa fondation en 1916, il en devient également le chef scout de 1922 jusqu'à son envol vers d'autres sphères.

Le jamboree de 1920 rapproche le et l' qui esquissent une collaboration avec tout le soutien de Mario di Carpegna mais la montée progressive du fascisme vient bientôt interrompre ces efforts de rapprochement. Il meurt le . Il ne vit donc pas suffisamment pour être témoin de l'abolition du scoutisme par le régime fasciste italien.. Dès la fin de l'année 1943, c'est la propre nièce de Mario di Carpegna, Giuliana di Carpegna., qui participe à la fondation de l' (AGI) équivalant à la branche féminine de l' dont la création, en tant que telle, est dûment approuvée par le pape Pie XII.

De l' au scoutisme catholique mondial

À l'occasion de sa participation au premier Jamboree mondial, en à l'Olympia Hall de Londres, Mario di Carpegna renoue des liens étroits avec Robert Baden-Powell et participe, en qualité de représentant officiel de l'Italie, à la première conférence internationale de Londres, dont il est le fondateur. Avec le père jésuite Jacques SevinLe fondateur du scoutisme "vénérable", Le Figaro, 10 mai 2012. (France) et le professeur Jean Corbisier (Belgique), il est également cofondateur du Bureau international du scoutisme catholique (BISC) dont il est élu président ; ce qui, en quelque sorte, le désigne comme étant à l'origine du scoutisme catholique mondial.