Le Mouvement de sanctification (Holiness movement en anglais) est un courant chrétien issu du protestantisme méthodiste. Le mouvement se distingue par l’importance qu’il donne à la doctrine de la « perfection chrétienne » dérivée de l'enseignement de John Wesley (1703-1791), à savoir la croyance qu’il est possible de vivre libre du péché volontaire, et en particulier la croyance que cela peut être accompli instantanément par la grâceMannoia, Kevin W. et Don Thorsen. The Holiness Manifesto, (William B. Eerdmans Publishing, 2008). En 1894, ce mouvement se sépare du méthodismeClaude , Le Monde contemporain et la Bible, éditions Beauchesne, 1985, . Il rassemble aujourd'hui plus de 12 millions de croyants dans le mondeConseil Œcuménique des Églises, Églises de l'Illumination, Site officiel du Conseil Œcuménique des Églises, Suisse, consulté le 19 juillet 2015. Sa contribution historique a été de déclencher le développement du pentecôtisme et du renouveau charismatique, des mouvements majeurs dans le paysage du christianisme du Conseil Œcuménique des Églises, Églises pentecôtistes, Site officiel du Conseil Œcuménique des Églises, Suisse, consulté le 14 juin 2018.

Doctrine

Les membres du mouvement de sanctification adhèrent à la doctrine – vigoureusement contestée par de nombreux luthériens et réformés - de la perfection chrétienne, qui a pour principe que les croyants qui sont d’abord sauvés et régénérés par la grâce divine, peuvent ensuite être libérés de l’envie de commettre tout péché volontaire. Cette expérience personnelle, nommée sanctification complète (en anglais : entire sanctification), est réalisée par la « seconde œuvre de la grâce » ou « seconde bénédiction » qui œuvre au travers de l’Esprit saint. Elle n’empêche pas le croyant sanctifié de pécher mais il lui est possible de vivre une vie morale, épurée si ce n’est de toute occasion de chute, du moins de la plus grande partie d’entre elles. Pour cela le mouvement de sanctification prône de suivre la loi divine avec rigueur. C’est ainsi que de nombreux groupes s’interdisent toute consommation d’alcool, de jeu d’argent et parfois de danse et autres divertissements tels que le théâtre ou le cinéma.

Fondements théologiques Les racines du mouvement de sanctification sont les suivantes : la Réforme protestante, avec sa doctrine du salut par la foi par la seule grâce divine, le puritanisme du anglais et sa version américaine avec son insistance sur la fidélité absolue à la Bible et le droit d’être en désaccord avec l’église officielle, le piétisme allemand du , conduit par Philipp Jacob Spener et les Frères moraves, qui combinait la recherché spirituelle individuelle avec la responsabilité de vivre une vie droite et intègre, le quiétisme, tel qu’enseigné par la Société religieuse des Amis (les quakers), avec sa conviction que chaque individu peut faire l’expérience d’un contact avec Dieu et peut comprendre quelle est la volonté de Dieu pour lui-même, Le premier Réveil des années 1730 en Angleterre sous la conduite de George Whitefield et des frères John et Charles Wesley, et aux États-Unis avec Jonathan Edwards qui mit à l’honneur ce qui était jusque-là le concept purement orthodoxe de théosis, les enseignements du piétisme allemand, et le besoin pour chaque chrétien de connaître une expérience de conversion religieuse, Le second grand réveil du aux États-Unis, propagé par, entre autres, Francis Asbury (1745-1816), Charles Finney (1792-1875), Lyman Beecher (1775-1863) et Phoebe Palmer (1807-1874), qui mit lui aussi l’accent sur le besoin de sanctification personnelle et se caractérise par la multiplication des meetings évangéliquesPeter Hocken, Le Réveil de l'Esprit : les Églises pentecôtistes et charismatiques, France, éditions Fides, 1994, page 54.

Historique Émergence du mouvement de sanctification

Propagateurs méthodistes Bien qu’il se soit propagé grâce au Grand Réveil sur une base pluri-confessionnelle, et bien qu’il soit très loin de faire l’unanimité parmi les méthodistes, le décollage du mouvement de sanctification doit presque tout au méthodisme : d’une part il s’appuie sur la doctrine de la perfection chrétienne développée par John Wesley dans son ouvrage A Plain Account of Christian Perfection, et d’autre part une partie des méthodistes américains se sont consacrés à sa propagation dès la fin du Vinson Synan, The Holiness-Pentecostal Tradition: Charismatic Movements in the Twentieth Century, (Grand Rapids, Michigan: William B. Eerdmans Publishing Company, 1997 ), .. À partir de 1840, le grand réveil et la diffusion du méthodisme au travers des « camp meetings » font beaucoup pour diffuser le mouvement de sanctificationSynan 1997, .. Il est à noter que deux dénominations se réclamant de John Wesley et du mouvement de sanctification se sépareront de l’Église épiscopalienne méthodiste pendant cette période. En 1843 Orange Scott fonda la Wesleyan Methodist Connection (ancêtre de l’Église wesleyenne ) à Utica, dans l’État de New York. En 1860, B.T. Roberts et John Wesley Redfield fondèrent l’Église méthodiste libre () qui s’attacha aux idéaux d’abolitionnisme, d’égalitarisme et de sanctification par la “seconde bénédiction”. Le plaidoyer et l’action en faveur des pauvres restera une caractéristique de ces églises d’inspiration méthodiste.

Parmi les premiers et ardents propagateurs méthodistes du mouvement, on peut citer le cercle new-yorkais se réunissant autour du couple Palmer et la mission au Canada du pasteur Caughey. À New York, des dizaines de personnes dont des évêques méthodistes participent aux « Tuesday Meetings » lancés dès 1835 sous la conduite de Sarah A. Lankford puis de sa sœur Phoebe Palmer qui disait avoir vécu une expérience de sanctification complète en 1837 et devint un des grands propagateurs du mouvement de sanctification naissant. Simultanément, à Boston, le pasteur méthodiste Thimothy Merritt fondait un journal nommé « le guide vers la perfection chrétienne » qui devint ensuite « le guide vers la sainteté » atteignant un tirage de Synan 1997, .. Le docteur Walter Palmer et son épouse Phoebe rachetèrent le journal en 1865. Au Canada, le pasteur méthodiste James Caughey, missionnaire américain envoyé en Ontario par l’Église méthodiste wesleyenne (Wesleyan Methodist Church) des années 1840 jusqu’en 1864, réalisa des conversions massives, particulièrement dans l’ouest canadien dans les années 1851-1853 en combinant un appel modéré à l’émotion religieuse et un appel sans ambiguïté à l’engagement personnel, réalisant ainsi la synthèse entre le style émotionnel des « camp meetings » et les attentes d’un public méthodiste urbain plus sophistiquéPeter Bush, "The Reverend James Caughey and Wesleyan Methodist Revivalism in Canada West, 1851-1856", Ontario History, Sept 1987, vol. 79 Issue 3, . Sous son ministère, un réveil a pris place en Ontario, en 1857, Stan Ingersol, christianitytoday.com, The Holiness Movement Timeline, USA, consulté le 11 mars 2016.

Succès au-delà du méthodisme Le mouvement de sanctification attire rapidement des adeptes non méthodistes qui deviennent également ses ardents propagateurs : le congrégationaliste , qui avait été un participant précoce des Tuesday Meetings se lança dans des recherches sur le mysticisme et identifia un certain nombre de précurseurs au mouvement de sanctification parmi lesquels le piétiste allemand Johann Arndt et la quiétiste catholique Madame Guyon. le calviniste , président du Oberlin College, et Charles Grandison Finney, évangéliste lié au collège, dirent avoir reçu le baptême de l’esprit en 1836 et furent d’ardents défenseurs de l’abolition de l’esclavage. le presbytérien William Boardman renforça le message de ses campagnes d’évangélisation par la publication en 1858 d’un livre The Higher Christian Life, qui marqua le point haut du développement du mouvement avant la pause forcée de la Guerre de Sécession (1861-1865). Le "Mouvement pour une vie supérieure" se développa en Grande-Bretagne sur les idées du livre (voir plus loin). La quaker américaine Hannah Whitall Smith fit une expérience personnelle de la conversion pendant les années 1860. Elle découvrit cette occasion ce qu’elle appelait le secret de la vie chrétienne : le fait de consacrer totalement sa vie à Dieu, et simultanément de laisser Dieu transformer sa vie. Son mari fit la même expérience lors d’un camp meeting en 1867. Le couple devint le principal animateur de la déjà célèbre "convention de Keswick", qui forma la base Réveil de sanctification de KeswickRandall Herbert Balmer, Encyclopedia of Evangelicalism, Baylor University Press, USA, 2004, page 634.

Après la Guerre de Sécession Expansion rapide du mouvement de sanctification Après la Guerre de Sécession (1861-1865), de nombreux adhérents du mouvement de sanctification — pour la plupart méthodistes — voulurent retrouver les temps forts des « camp meetings » méthodistes qu’ils avaient connus pendant l’époque du Réveil. Le premier de ces camps clairement marqué au coin du mouvement de sanctification réunit à Vineland dans le New Jersey en 1867. Ses principaux animateurs étaient les pasteurs méthodistes John S. Inskip, John A. Wood et Alfred Cookman. Au cours d’une réunion de prière à genoux à l’issue de ces journées, le groupe des organisateurs décida de tenir un autre meeting du même genre l’année suivante. Cette organisation se fit connaître sous le nom d’Association nationale de la Sanctification (National Holiness Association), puis de Partenariat pour la Sanctification chrétienne (). Le deuxième « camp meeting » national, tenu à Manheim en Pennsylvanie, réunit venues de tous les États-Unis. Certains le surnommèrent une « Pentecôte ». Le culte du lundi soir devint presque légendaire en raison de l’impact spirituel et de l’influence qu’il dégagea. Le troisième camp meeting national se réunit à Round Lake, dans l’État de New York. Cette fois, il fut couvert par la presse national, ce qui assura une notoriété instantanée à bon nombre des organisateurs. Dans les années 1870, la ferveur revivaliste de mouvement de réveil de Keswick s’empara de la Grande- Bretagne où il fut parfois appelé le Mouvement de Vie supérieure, du nom du livre de William Boardman (voir plus haut). Ce mouvement tint des conférences à Broadlands et Oxford en 1874 puis à Brighton et Keswick en 1875. La Convention de Keswick devint rapidement le centre névralgique du Mouvement de Sanctification en Grande-Bretagne. La Mission de la Foi () en Écosse fut un autre conséquence du Mouvement de Sanctification britannique. Il y eut aussi des conséquences aux États-Unis : en 1874, Albert Benjamin Simpson ayant lu l’ouvrage de William Boardman ressentit le besoin d’une vie plus sanctifiée. Simpson fonda l’Alliance chrétienne et missionnaire (Christian and Missionary Alliance).

Des associations américaines de sanctification commencèrent à se former à la suite de cette nouvelle vague de « camp meetings », telle que l’Association de Sanctification de l’Ouest (« Western Holiness Association ») - première association régionale, formée à Bloomington, dans l'Illinois, et préfigurant les futures séparations entre méthodisme et mouvement de sanctification. En 1877, plusieurs "conventions de sanctification générale" se rencontrent à Cincinnati et à New York.

En 1871, l’évangéliste américain Dwight L. Moody fit une expérience de baptême de l’esprit après des rencontres avec deux femmes de l’Église méthodiste libre mais il la baptisa « expérience avec la puissance » et conserva l’idée d’une sanctification progressive. Il ne s’affilia donc pas au mouvement de sanctification méthodiste-wesleyien. Ses idées sont toujours celle des églises qui se réclament de lui aujourd’huiPrincipes de l’Église Moody sur le site de l’église, accès le 17 janvier 2016.

Structuration du mouvement de sanctification vignette|, une des figures du mouvement de sanctification. Elle était une prêcheuse méthodiste. Vers 1885.