thumb|200px|Le globe géant de Gottorf, reconstruction de 2005

Le Globe géant de GottorfGottorf est l'orthographe allemande moderne. En danois et en bas-allemand, on écrit Gottorp. est un globe terrestre de de diamètre visitable, construit entre 1650 et 1664 pour le compte du duc Frédéric III de Holstein-Gottorp dans le jardin de son château de Gottorf à Schleswig, et qui fut célèbre dans toute l'Europe. La conception du globe a été confiée au savant et bibliothécaire de la cour Adam Olearius, et sa réalisation à l'armurier du Limbourg Andreas Bösch. Le globe se trouve maintenant dans le Musée d'ethnographie et d'anthropologie de l'Académie des sciences de Russie à Saint-Pétersbourg. On trouve d'autres globes visitables dans le Planétarium Adler de Chicago, et à l'observatoire Robert-Mayer de Heilbronn. Avec la reconstruction moderne à Gottorf, ce sont ainsi quatre globes visitables connusCeci est à distinguer des grands globes comme ceux de Coronelli, de dimensions comparables, mais uniquement destinés à un examen de l’extérieur..

La maison du globe dans le jardin de Neuwerk

thumb|200px|La vieille maison du globe, modèle reconstruit par Felix Lühning thumb|200px|La nouvelle maison du globe dans le jardin de Neuwerk, vue du bassin d'Hercule.

Sans doute, le globe était une partie importante dès le début de la planification du jardin de Neuwerk. Mais tandis que celui-ci était en place dès 1637, le duc Frédéric n'a pu en venir qu'en 1650 à la construction du point central, la maison du globe. Sept ans plus tard, le bâtiment était fini. Mais la construction du globe dura encore plus longtemps : les travaux ont été interrompus en 1659 par la mort du duc Frédéric III et la guerre suédo-polonaise, et ne se sont terminés qu'en 1664. C'est Christian Albert, le successeur de Frédéric III qui l'inaugura solennellement au milieu de cette année.

C'est probablement Adam Olearius qui fut l'architecte de la maison du globe. Elle était orientée nord-sud, au sommet d'un mur qui encerclait le « jardin du globe » semi-circulaire, au nord du bassin d'Hercule. Extérieurement, c'était un bâtiment rectangulaire en briques de quatre étages, avec un toit en terrasse accessible. Les murs étaient garnis de trois ou six grandes fenêtres, pour la plupart à quatre vitres encadrées de pierre. De tous côtés, le bâtiment était muni de dépendances atteignant le deuxième étage ; celle du nord continuait en tour au-dessus du reste du bâtiment, et était couronnée d'une coupole en bulbe de cuivre. Les dépendances sur les côtés longs étaient le résultat d'une modification ultérieure des plans.

La conception de l’espace du bâtiment prévoyait deux étages de cave bas, superposés, puis le rez-de-chaussée avec la salle du globe et enfin l'étage supérieur, avec deux chambres à coucher, un bureau, et une plus grande salle vers le sud. Un escalier en colimaçon reliait les deux étages à la tour, qui débouchait sur la terrasse. Le niveau du rez-de-chaussée, avec l'entrée principale vers le nord se situait au niveau de la première terrasse du jardin. La cave inférieure était au niveau du jardin du globe, au sud. Avec une surface au sol de (sans les dépendances) et une hauteur de presque (sans la tour), il s'agissait pour l'époque d'un bâtiment imposant. C'est peut-être pour cela qu'on l’appelait parfois « Friedrichsburg » (le château de Frédéric). Dans le langage officiel de Gottorf, le bâtiment ne s'appelait que la « folie » ; ce n’est que dans les dernières décennies de son existence qu'elle prend le nom de « maison du globe ». Avec son corps de bâtiment conçu en cubes, et le toit en terrasse accessible, la maison du globe correspond aux folies contemporaines d'Italie, des Pays-Bas et du Danemark. La forme du bâtiment devait avoir un effet exotique, et on le désignait aussi parfois par « Maison persane ». Mais dans ses détails architecturaux, la maison du globe suivait complètement les formes de la Renaissance hollandaise, comme c'était alors l'usage en Schleswig et Holstein.

On ne possède que peu de témoignages sur l'utilisation de la maison du globe, quoique des trouvailles de fouille témoignent de grands banquets dans la maison. Après la mort du duc Frédéric III, il semble qu'elle ait été rarement utilisée. C'est pourquoi il est apparu de nombreux dommages, que l'on peut en particulier rapporter à des défauts d'étanchéité de la terrasse. Mais le grand globe est toujours resté un objet de curiosité recherché, qui était volontiers présenté aux visiteurs intéressés.

Le globe

thumb|200px|Reconstruction de la mécanique du globe (dessin: Felix Lühning)

Le centre et l'attraction de la maison du globe était évidemment le grand globe. De dehors, il présentait la sphère terrestre, et dans son intérieur, il cachait un planétarium, qui montrait le ciel et ses étoiles, ainsi que la trajectoire du Soleil, vue de la Terre. Son charme particulier était que l'on pouvait entrer dedans et laisser tourner les étoiles tout autour de soi, sans bouger soi-même. Le globe était une invention personnelle du Duc, qui en a laissé la direction scientifique à son savant et bibliothécaire Adam Olearius. L'armurier Andreas Bösch, recruté au Limbourg finit par réaliser l’idée du Duc.

Le globe a vu le jour avec et dans le bâtiment – ses pièces ont été réalisées dans un atelier de forge loué par la cour sur le Hesterberg, et assemblées dans la maison du globe. Pour cette opération, Andreas Bösch réunit pendant des années une équipe d'artisans, composée de forgerons, de serruriers, d'horlogers, de graveurs, d'orfèvres, de menuisiers et de peintres, et à l’occasion, d'autres entreprises, comme une fonderie de laiton de Husum. Parmi eux se trouvaient les horlogers de Gottorf Nikolaus Radeloff et Hans Schlemmer, le graveur de Gottorf Otto Koch et les cartographes Christian et Andreas Lorenzen, surnommés Rothgießer, de Husum. Adam Olearius lui-même participait comme cartographe, maniant le pinceau et la plume.

En outre, vit le jour dans les années 1654 à 1657 la « Sphaera Copernicana », qu'Andreas Bösch avait mise au point lui-même, et qu'il fit construire sous sa direction. Apparemment, elle trouva son origine comme complément et extension du concept cosmologique du grand globe, et à un moment où les travaux sur le globe lui-même étaient déjà fort avancés.

Transport vers Saint-Pétersbourg

Le plus célèbre – et le plus néfaste – des visiteurs du globe a été le tsar Pierre le Grand, qui au cours de la grande guerre du Nord, rencontra le roi Frédéric IV de Danemark le à Gottorf. Le tsar Pierre montra un si grand intérêt pour le globe, que le régent du duché de Gottorp Christian Auguste signa le l'ordre d'envoyer la grande sphère – mi-prise de guerre, mi-présent d'ÉtatCette décision faisait fi de la particularité du globe d'être ajusté à la latitude de Gottorf. Or Saint-Pétersbourg est situé à 5° 25' plus au nord.. Elle y arrive après quatre années de voyage le . Le globe y trouve là sa place dans la Кунсткамера (KounstkameraKounstkamera, de l’allemand Kunstkammer, littéralement chambre des arts – ou des artifices. Correspond au Cabinet de curiosités) du Tsar. Quand celle-ci brûla en 1747, le globe subit des dégâts importants : seules ses parties métalliques subsistèrent. La même année, la tsarine Élisabeth donna l'ordre de le réparer, sous la direction du savant Mikhaïl Lomonossov (1711-1765), en profitant comme il se doit des progrès des connaissances géographiques. Seule la vieille trappe d'entrée du globe avait échappé à l'incendie – elle présente encore aujourd'hui la peinture originale du , avec les armes de Gottorf. La réparation dura jusqu'à la fin du , avec notamment de nouvelles améliorations par l'astronome . En 1750-1753, on construisit pour abriter le globe une nouvelle maison du globe sur les plans de l’architecte I. Y. Schumacher. Le globe y reste jusqu'en 1901. Puis il est déménagé à l'« Amirauté » de Tsarskoie Selo.

En 1942-1947, le globe va en Allemagne, d'abord à Neustedt, puis à Lübeck. En 1948, il est rendu à l'Union Soviétique et retourne à Leningrad. Pour l’abriter, la tour de la Kounstkamera est construite sur les plans du premier directeur du Musée M. V. Lomonossov, l’architecte R. I. Kaplan-Ingel. Le globe y est encore, en tant qu'objet d'exposition du Musée d'Anthropologie et d'Ethnographie Pierre le Grand de l'académie des Sciences de Russie.

Dans le Schleswig, pour extraire la grosse sphère en entier de la maison du globe, on avait dû pratiquer une grande ouverture dans le mur ouest. Ceci arrachait l'intérêt propre du contenu du bâtiment, et scellait son avenir. Il ne menait plus que l’ombre d'une existence. Toutes les réparations nécessaires n'ont été menées qu'à contre-cœur, et n'ont pas suffi à arrêter la ruine menaçante. Le bâtiment est resté là sans utilisation pendant une bonne cinquantaine d'années, jusqu'à ce qu'il soit vendu aux enchères publiques pour destruction en sur l’ordre du roi Christian VII de Danemark. Un maître-artisan de Schleswig acquit la ruine ; un an après, rien ne rappelait plus la maison du globe. C'est ainsi que disparut un bâtiment dont le projet, la conception et la programmation figurent de façon unique dans l'histoire de l'architecture et de la technique.

La visite de la maison du globe

On entrait dans la maison du globe au nord par l'entrée principale ornée par un portail, sous la tour de l’escalier. De là, on arrivait par une petite antichambre dans la salle du globe, dont la surface au sol occupait presque tout le rez-de-chaussée. La salle était munie de nombreuses fenêtres, et peinte tout de blanc, afin que le globe paraisse en pleine lumière. Sous les fenêtres peintes en vert, des panneaux de plomb étaient peints à la manière de carrelages hollandais. Le plafond était orné de stuc. Le globe lui-même était situé au centre d'un large plancher en bois horizontal accessible, à douze côtés, soutenu alternativement par des hermès sculptés et des colonnes corinthiennes. À l'extérieur du globe était dessiné le monde connu : Europe, Afrique, Amérique et Asie – « … aussi finement que sur les cartes imprimées des pays », avec des frontières de pays tracées en couleur, et peuplé de « tous animaux selon les pays », ainsi que de « flottes de bateaux … monstres marins et poissons ». La base de la cartographie était les globes de la célèbre édition de cartes d'Amsterdam de Willem Blaeu et Johannes Blaeu, avec lesquels Adam Olearius entretenait de bonnes relations.

Par une petite trappe, on pouvait pénétrer dans le globe, et prendre place autour d'une table ronde située au milieu. C'est là que l'on pouvait voir le ciel étoilé – les étoiles étaient représentées par plus de 1000 têtes de clous en étoile, de laiton doré, tandis que les constellations étaient représentées en couleurs sur le fond bleu du ciel. En outre, le globe cachait des mécanismes qui reproduisaient le mouvement annuel du soleil, et animaient une « horloge universelle », qui montrait les régions de la Terre où il était exactement midi ou minuit. Le globe était mû au choix soit en temps réel par une mécanique à eau située à la cave – « afin que le ciel ait son mouvement et rotation dans les 24 heures habituelles … » – ou aussi par une manivelle de l’intérieur, pour accélérer la rotation autrement imperceptible. Dans son genre, le globe de Gottorf était le premier planétarium accessible de l'histoire. Simultanément, il représentait un grand modèle du vieux modèle cosmologique géocentrique de Ptolémée. Quand le globe ne servait pas, la trappe était fermée par un couvercle frappé aux armes de Gottorf, et un lourd drap vert était passé au-dessus du globe. Sur les portes de la salle du globe figuraient les portraits de Nicolas Copernic et de Tycho Brahe – allusion aux génies de l’astronomie du temps.