Le hameau des Sept-Saints se trouve dans la commune du Vieux-Marché, en Bretagne. Il est connu pour sa chapelle et sa crypte-dolmen où l'on honore les Sept Dormants d'Éphèse, saints communs aux chrétiens et aux musulmans (Ahl al-Kafh dans la sourate 18 du Coran). Chaque quatrième week-end de juillet a lieu un pèlerinage islamo-chrétien, revivifié par l'orientaliste Louis Massignon en 1954.
Le hameau des Sept-Saints
Le hameau des Sept-Saints tire son nom de la chapelle consacrée aux Sept Dormants d'Éphèse. Ce fut par le passé le plus gros hameau de la paroisse.
En 1876, une demande de construction d'une école de hameau aux Sept-Saints est faiteRapports et délibérations du Conseil général des Côtes-d'Armor, août 1876, lire en ligne.. Une école mixte de hameau y est construite en 1905Rapports et délibérations du Conseil général des Côtes-d'Armor, août 1908, lire en ligne. et reconstruite en 1936Rapports et délibérations du Conseil général des Côtes-d'Armor, 1937, lire en ligne..
La chapelle des Sept-Saints
La source-lavoir
Probablement ancien lieu de culte païen (druidique), cette source se caractérise par sept trous qui sont peut-être à l'origine du mythe. Aménagée en lavoir depuis un temps immémorial, cette source a retrouvé sa seule fonction originelle depuis que les pierres du lavoir ont été enlevées. La gwerz des Sept-Saints, en langue bretonne, la décrit ainsi :
François-Marie Luzel écrit en 1878 que « les malades faisaient autrefois leurs ablutions dans la fontaine » et qu'elle sert de lavoir aux femmes du village.
« La fontaine est à l'ouest de la chapelle, dans un champ. On ne voit sortir qu'un assez maigre filet d'eau du bassin inférieur où les malades faisaient autrefois leurs ablutions et qui sert aujourd'hui de lavoir aux femmes du village » écrit un auteur anonyme en 1888Auteur anonyme, Le dolmen-chapelle des Sept-Saints en Bretagne, Matériaux pour l'histoire primitive et naturelle de l'homme : revue mensuelle illustrée... , 1888, lire en ligne..
La crypte-dolmen du Stivel
Le dolmen du Stivel (mot qui signifie source ou lavoir en langue bretonne) a été réutilisé comme crypte sous le transept sud de la chapelle. L'architecture initiale du dolmen ayant été remodelée, il est difficile d'en déterminer le type mais sa grande largeur l'apparente aux grandes allées couvertes du département.
La chambre mesure de long pour de largeur côté ouest et de largeur côté est devant l'autel. Elle est constituée d'un orthostate côté nord ( de longueur pour de hauteur) prolongé par un appareillage de maçonnerie. Côté sud, elle comporte deux orthostates ( de longueur pour de hauteur et de longueur pour de hauteur) prolongés de nouveau par un mur maçonné. La dalle de chevet est désormais masquée par l'autel dont elle dépasse en arrière sur de hauteur. L'ensemble est recouvert par deux tables de couverture dont la face supérieure constitue désormais le sol du transept (respectivement de long pour de large et de long pour de large)..
Ce dolmen est classé Monument historique depuis 1889.. Il aurait été christianisé dès le .
Franois-Marie Luzel la décrivit ainsi en 1878 :
Selon la légende, ces anciennes statues des sept Saints d'Éphèse auraient été trouvées miraculeusementPierre Larousse, Grand dictionnaire universel du , 1866, lire en ligne..
La chapelle proprement dite
Elle a été classée Monument historique en 1956.
Description de la chapelle
L'actuelle chapelle des Sept-Saints a été construite entre 1703 et 1714 (« Je suis bâtie des aumônes, et par les soins, de Yves Le Denmat, depuis 1703 jusqu’en 1714 » dit une inscription difficilement lisible située au-dessus du porche.), remplaçant un édifice antérieur devenu trop petit en raison du succès du pèlerinage. Elle est en forme de croix latine avec une surélévation des ailes du transept, l'aile sud étant construite sur le dolmen du Stivel ; une sacristie a été construite, par souci de symétrie, sous l'aile nord du transept.
François-Marie Luzel a aussi écrit dans le même article:
Ces noms sont presque les mêmes que ceux donnés par Jacques de Voragine (vers 1225-1298) dans la Légende dorée (Maximien, Malchus, Marcien, Denis, Jean, Serafion, Constantin) a quelques petites variantes orthographiques près. La gwerz des Sept-Saints cite aussi quasiment les mêmes noms Marc, Maximien, Martinien, Denis, Jean, Sérafion, Constantin), remarquait aussi François-Marie Luzel.
Description des statues des sept Saints
François-Marie Luzel faisait déjà remarquer la naïveté des statues :
Ces statues, datent du . Trois d'entre elles, volées, ont été récupérées en 1985 dans une consigne de la gare Montparnasse à Paris où elles avaient été déposées par le voleur repenti. Ce sont les statues situées sous le dolmen et non celles de la chapelle qui ont été dérobées et retrouvées après avoir été restaurées.
Les autres statues de la chapelle
La chapelle possède aussi : sur les côtés du maître-autel : une statue de l'archange saint Michel ; le saint foule aux pieds un monstre vert qui montre de longues dents crochues.Il tient dans sa main gauche un bouclier avec l'anagramme du Christ inscrit en lettres d'or et brandit de sa main droite une épée flamboyante. Il est coiffé d'un casque empanaché de plumes. une statue d'un ange gardien qui tient dans sa main droite une fleur de lys. l'autel du transept sud est dédié à saint Isidore, patron des laboureurs, représenté en paysan breton, vêtu d'un bragoù brazGrande culotte bouffante s'arrêtant au genou; élément du costume traditionnel de paysans bretons., de guêtres en grosse toile, de sabots, et portant des instruments de labour. l'autel du transept nord porte une statue de saint Joseph, une Mater dolorosa qui, en 1878, selon le témoignage de François-Marie Luzel, était « entourée d'une multitude de béquilles vouées par les malades guéris pour avoir invoqué les Sept-Saints et lavé leurs pieds avec l'eau sainte de la fontaine », une Vierge à l'Enfant et un saint non identifié.
Les Sept Dormants d'Éphèse
Les travaux de François-Marie Luzel et d'Ernest Renan dans la seconde moitié du ont permis de réaffirmer en 1878 le lien avec le récit légendaire des Sept Dormants d'Éphèse, dont la tradition populaire gardait d'ailleurs confusément le souvenir à travers la gwerz et les noms attribués à chacune des statues représentant l'un des sept Saints.
Ernest RenanErnest Renan, La légende des Sept-Saints dormants, revue Mélusine, 1878, lire en ligne. s'étonne de l'existence de ce culte lié à une légende orientale dans un endroit isolé de cette Bretagne où des cultes innombrables sont certes rendus à des saints très nombreux d'origine plus ou moins mythique et à l'existence historique incertaine, les fameux saints bretons, mais ayant une origine celte en provenance le plus souvent de la Bretagne insulaire ou de l'Irlande (Îles Britanniques actuelles). Il en trouve l'origine dans la Passio de Grégoire de Tours.
L'origine du pardon des Sept Saints remonterait au . Le culte serait parvenu au Vieux Marché par l'intermédiaire de moines et de missionnaires grecs qui accompagnaient les commerçants d'Orient sur la route de l'étain. qui, venant de Méditerranée, aurait traversé la Bretagne selon un itinéraire allant de Vannes vers le littoral nord de la Bretagne (sans doute Le Yaudet, où ils parvenaient en suivant le cours du Léguer, et où existe une "Vierge couchée", probablement d'inspiration orientale), avant de traverser la Manche en direction des Îles Britanniques où se trouvaient des gisements d'étain. Mais ce n'est là qu'une hypothèse, pour l'instant insuffisamment étayée.
La gwerz des Sept-Saints La gwerz ar seiz sant ou « gwerz des Sept-Saints de la paroisse de Plouaret » (la commune du Vieux-Marché ne s'est détachée de celle de Plouaret qu'en 1860) est un chant en breton long de 54 versets. On a pu alléguer que certaines strophes remonteraient au en raison de la manière de compter par vingtaines (la gwerz dit que la dormition des Sept Dormants d'Éphèse a duré « , plus 8 fois ») mais cette manière de compter s'est maintenue longtemps et le cantique est caractéristique du style du . Il s'agit d'une œuvre de propagande religieuse.
Il existe aussi toute une symbolique du chiffre 7 en vieux breton : l'enclos paroissial de Lanrivoaré (Finistère) abrite un "cimetière des saints" (en fait 7847 chrétiens qui auraient été massacrés par les païens)., qui n'est peut-être pas étrangère au culte des Sept-Saints. De même, dans Le roman de la Table rondeL. Techener, Les romans de la Table ronde, tome 4, 1868, lire en ligne., Galehaut dit au roi Artus : « Si je n'ai pas tenu ce que j'avais promis, que Dieu et les sept Saints de cette église ne me soient jamais en aide ! », mais on ignore à quelle église il est fait allusion.
Selon la gwerz des Sept-Saints Gwerz des Sept-Saints., traduite par Geneviève Massignon, dont il reste 18 strophes dans le cantique de la processionSources et détails et . Gérard Prémel., la grotte (crypte) date de la création du monde et les six pierres du dolmen n'ont pas été érigées de main d'homme.
« Je vous parle d'un travail qui n'a pas été fait de main d'homme... La chapelle n'est formée que de six pierres : Quatre rochers servent de murailles, Et deux autres de toiture ; qui ne comprendrait Que, seul, le Dieu tout puissant a pu la bâtir ? Vous me demanderez peut-être Quand et comment elle fut bâtie ; Et moi, je réponds, que je crois que quand furent créés le monde, Le ciel, la mer, la terre, elle fut aussi bâtie »
Pèlerinage
Le pardon traditionnel
La veille du pardon, le soir, une cérémonie se déroulait, suivie d'une procession et d'un tantad (« grand feu de joie » en breton). Le pardon était tombé en désuétude dans le courant du .
Le pèlerinage islamo-chrétien
Louis Massignon, professeur au Collège de France et spécialiste des questions orientales, visite la crypte des Sept dormants d'Éphèse aux Sept-Saints le et assiste au pardon de 1953 ; il est frappé par la similitude entre les paroles de la vieille gwerz chantée en breton et les versets de la sourate 18 du Coran, dite de la Caverne. « C'est d'ailleurs l'intuition d'une solidarité généalogique et topographique, dans le cadre de la méditation du thème de la résurrection des morts de l'époque mégalithique que j'ai vécue, en venant, après avoir visité la crypte d'Éphèse, prier avec les paroissiens bretons, avec qui j'ai fait trois fois déjà la procession traditionnelle et le feu de joie, tantad, au pardon des Sept Saints ».. Il évoque, à propos de la dévotion des Sept Dormants d'Éphèse aux "Sept-Saints", « un mythe hors-classe » et relance en 1954 « un pardon greffé d'islam », c'est-à-dire un pèlerinage commun réunissant chrétiens et musulmans..
« Le pardon a lieu le quatrième dimanche de juillet, dimanche suivant sainte Madeleine. Le pèlerinage commence le samedi matin, et continue l’après-midi par un colloque auquel prennent part des représentants des trois religions monothéistes, et un représentant agnostique. Le thème varie tous les ans. Le soir, à la chapelle, grand-messe à 21h, suivie d’une procession et d’un « tantad » (feu de joie). Le dimanche à 11h, grand messe du Pardon suivie d’une procession qui va à la fontaine, où a lieu une cérémonie musulmane : la sourate 18 du Coran est psalmodiée par un imam et traduite en français. Ainsi se terminent les cérémonies ».
En 1965, l'ancienne mosquée transformée en cathédrale Saint-Philippe d'Alger (redevenue mosquée Ketchaoua) a offert sa grande cloche à la chapelle des Sept-Saints (« Appelez-moi cloche de l'Unité »); celle-ci a été placée dans l'église paroissiale du Vieux-Marché car la chapelle des Sept-Saints était trop petite pour la recevoir.
Notes et références Notes
Références
Voir aussi Bibliographie
Articles connexes Sept Dormants d'Éphèse Pèlerinage Tro Breiz
Liens externes Les Sept Dormants au Vieux-Marché Pardon des Sept-Saints - Pélerinage islamo-chrétien Pardon des Sept Saints. Pèlerinage islamo-chrétien 2022