Le chef de bataillon Jean Bulle est un militaire et résistant français, né le à Pontarlier et mort pour la France. le près d’Albertville.
Il est abattu par les SS lors des combats de libération de la ville d’Albertville et est promu chef de bataillon à titre posthume.
Biographie
Enfance et scolarité Jean Marie Bulle naît à Pontarlier de Simon Bulle et Juliette Laresche, tous deux fonctionnaires des Postes. Son père, officier de réserve, est mobilisé en 1914 au Régiment d'Infanterie de Besançon et ne rentre de la guerre qu'en 1919. De cette absence paternelle, Jean Bulle tire la maturité et l'indépendance qui le caractériseront tout au long de sa carrière. D'abord élève de l'école Saint-Joseph de Pontarlier, il entre ensuite au petit séminaire de Vaux puis en internat à l'Institut Saint-Jean de Besançon où il obtient son baccalauréat en 1930. Désireux de s'orienter vers une section de mathématiques supérieures, il entre en 1931 au Prytanée National Militaire de La Flèche, solution la moins coûteuse pour ses parents pour préparer aux grandes écoles. Cette période lui fait prendre goût à la vie militaire et, alors qu'il se destinait initialement à l'École Polytechnique, il choisit finalement Saint-Cyr. Il intègre l’École Spéciale Militaire le , et figure à la promotion Roi Alexandre de Yougoslavie. Lors de son passage à l’école, il encadre un autre futur grand résistant, Tom Morel.. Avant-guerre À sa sortie, il choisit le régiment de sa région et de son père : le Régiment d’Infanterie. La réglementation de l'époque impose aux jeunes officiers, dix-huit mois après leur intégration dans leur premier régiment, d'être muté dans un bataillon de forteresse. Il choisit alors Bourg-Saint-Maurice où en 1938 il est affecté à la Compagnie du Bataillon Alpin de Forteresse (BAFBAF : lire partout "Bataillon Alpin de Forteresse"). Cette compagnie est destinée, en cas de tensions graves avec l'Italie, à être renforcée pour constituer le Bataillon Alpin de Forteresse. Désireux de prendre à l'avenir le commandement d'une section d'éclaireurs-skieursAncêtre des actuels Groupes Commandos Montagne (SESSES : lire partout "Section d'Eclaireurs-Skieurs"), Jean Bulle s'entraîne durement aux techniques de ski et d'alpinisme et effectue plusieurs stages à l'École de Haute-Montagne de Chamonix. En , Jean Bulle fait partie des officiers de son bataillon chargés d'encadrer des immigrés espagnols ayant fui la dictature franquiste. Ceux-ci sont employés à des travaux permettant l'enterrement de lignes téléphoniques et la réfection de route desservant les ouvrages fortifiés des alentours de Bourg-Saint-Maurice, contribuant ainsi à la préparation de la défense des Alpes. Le , la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l'Allemagne. Malgré la déclaration de non-belligérance de l'Italie deux jours avant, la préparation des combats alpins se poursuit et, comme prévu, la du BAF est détachée et devient le BAF qui s'installe dans le Beaufortain. Bulle est d'abord nommé officier de détail et est chargé d'organiser la mobilisation et l'équipement des réservistes venu renforcer le nouveau bataillon. Mais le , il voit ses efforts récompensés en se voyant confier le commandement de la SES du BAF.
Guerre et armistice
Le printemps 1940 est consacré à l'instruction et au perfectionnement des hommes de la SES, aussi bien sur les techniques montagnardes que sur celles purement militaires. La non-belligérance italienne se poursuivant, le front des Alpes est calme ; la « drôle de guerre » se prolonge dans les Alpes jusqu'en juin. Cependant, la précipitation des événements dans le nord de la France et l'attitude de plus en plus belliqueuse de Mussolini à la suite des succès allemands ne laisse guère de doutes sur un futur engagement des troupes italiennes. Au sein de la Demi-Brigade AlpineConstituée des et BAF et assistée du Bataillon de Chasseurs Alpins. Elle est chargée de tenir le secteur du Beaufortain au sein du Secteur Fortifié de Savoie., la SES commandée par Bulle effectue de nombreuses reconnaissances dans le secteur du Beaufortain. Les observations faites sur l'avant-poste de Séloges, dans la vallée des Chapieux et au col de l'Enclave s’avéreront cruciales par la suite.
Le , l'Italie déclare la guerre à la France. Les premières échauffourées ont lieu entre le 14 et le , notamment le 16 où sur le col de la Seigne une soixantaine d'italiens tentent d'encercler les éléments de la SES, profitant de l'absence de Jean Bulle convoqué en vallée pour une réunion de commandement. Malgré l'arrivée au pouvoir du Maréchal Pétain et la demande d'armistice avec l'Allemagne, les combats continuent dans les Alpes. Le , l'armée italienne attaque le Beaufortain et la Tarentaise dans le but de s'emparer de Bourg-Saint-Maurice et d'ouvrir la voie vers Albertville puis Chambéry. La SES du BAF est chargée de défendre le passage du Col de l'Enclave que l'ennemi tente de traverser le 22. La section résiste héroïquement sous l'impulsion de son commandant qui n'hésite pas à descendre en rappel le long d'une crête pour se poster sur un replat au plus près des colonnes italiennes et les mitraillerLa légende selon laquelle il aurait mitraillé les italiens suspendu à une corde à flanc de falaise a été niée par Jean Bulle lui-même dans son compte-rendu écrit. Cette légende est sûrement née de la célèbre photo prise pendant une reconstitution de l’événement.. Entretemps, un ordre de repli est parvenu mais la SES est encerclée. Dans la nuit du 22 au , Bulle reconnait en solitaire la seule arête permettant une évacuation de ses hommes puis organise leur descente homme par homme. Finalement le 24, la nouvelle de la relève parvient à la SES qui, en arrivant dans la vallée, apprend la nouvelle de l'armistice avec l'Italie.
La convention d'armistice prévoyant l'évacuation des unités françaises, Bulle suit son bataillon qui a été transféré à Laissaud. Les et BAF sont dissous et leurs hommes sont affectés au Bataillon de Chasseurs Alpins où, fraîchement décoré de la Croix de Guerre 1939-1940, il prend la tête de la compagnie. Cependant, le BCA a perdu 60 % de ses effectifs le à Pinon lors de la bataille de l'Ailette et l'apport des hommes des Bataillons Alpins de Forteresse n'est pas assez important. Il est donc à son tour dissous. Jean Bulle choisit alors d'être affecté au Bataillon de Chasseurs Alpins de Grenoble au sein de l'armée d'armistice. Le , à la suite des citations reçues pour ses faits d'armes, il est fait chevalier de la Légion d'Honneur. Entre et , son temps est partagé entre le quartier de Grenoble où il s'occupe d'instruction, d'intendance et de service social, des périodes de convalescence à la suite d'ennuis de santé et d'un temps de détachement à l'Unité de Gardiennage 14/14Unité chargée, dans le secteur Beaufortain-Tarentaise, d'entretenir les installations militaires, de déminer et d'entretenir des relations avec l'occupant italien. qui lui permet de retrouver son ancien secteur de Beaufortain-Tarentaise et de revoir ses anciens éclaireurs, base de son futur réseau. Dans le même temps, bien que cela ne soit pas avéré, il est possible qu'il ait pris part aux premières actions clandestines de collectes et de cache d'armes.
La résistance En , à la suite du débarquement des troupes anglo-américaines en Afrique du nord (opération Torch), Hitler déclenche l'opération Anton dont l'objectif principal est la capture de la flotte de guerre française à Toulon. En résulte l'envahissement de la zone libre française par les troupes allemandes mais aussi italiennes dans les zones alpines. Dès lors, l'organisation des mouvements de résistance s'intensifie en Savoie. Selon les directives du Conseil National de la Résistance, chaque secteur doit être dirigé par un triumvirat comportant un chef civil, un intendant et un chef militaire. Le , Bulle est nommé chef militaire du secteur III de Savoie (Albertville) au sein de région R1. Prenant le pseudonyme de « Dubois »., il rencontre les chefs locaux et les résistants déjà en place, prend en main l'organisation et effectue un bilan des hommes et des armes. Il constate beaucoup de bonne volonté de la part des hommes mais un cruel manque d'organisation, d'instruction, de matériel et d'armement. Il commence dès lors à réfléchir à des parachutages. Début septembre, les Allemands remplacent les Italiens dans la région. La répression devient alors plus sévère et les opérations plus délicates. Bulle parvient cependant à renforcer les trentainesSection locale de résistants et à intensifier les missions de sabotage. À la même époque, il rencontre Roger Frison-Roche, récemment réfugié dans le Beaufortain. vignette|left|Le lac et le barrage de la Girotte. Le , mis en position de « non-disponibilité » par le régime de Vichy, il doit trouver un moyen de justifier ses déplacements lorsqu'il croise des patrouilles allemandes. Par le biais de son réseau, il se fait engager dans une scierie locale ce qui lui permet d'arpenter librement les pentes et les forêts du Beaufortain. Il profite de cette activité pour installer de nouvelles caches et de reconnaître de futurs terrains de parachutages. Au lac de la Girotte, il tire profit de la construction d'un barrage. Chantier considéré comme prioritaire par l'occupant afin de fournir en électricité les aciéries d'Ugine, les ouvriers y étant affectés bénéficient d'une certaine liberté de mouvement ainsi que de ravitaillements en vivres et en matériels non négligeables. Bulle fait donc du chantier un véritable réservoir de résistants en organisant l'affectation des hommes réfractaires ou déserteurs au STO, mettant en place pour cela une filière de faux papiers. Les trois premiers mois de Bulle à la tête de son secteur sont particulièrement fructueux en matière d'organisation et d'instruction ce qui lui vaut, à lui et ses compagnons, les félicitations du directoire de Chambery.
L'hiver 43-44 voit une intensification des actions de sabotages, aussi bien en termes de quantité que de qualité, au point d'être mentionnés dans une note du SOE. Fort de son expérience d'officier de détail et dans l'objectif avoué d'avoir à disposition une armée formée et équipée mobilisable dès le futur jour J, Bulle organise la mise en place de stocks d'équipements individuels comprenant des effets paramilitaires. Il souhaite en effet disposer d'une unité uniforme qui soit immédiatement assimilable à la future armée française et considérée par l'ennemi comme belligérante et non terroriste. Aussi, un grand nombre de coups de main sont organisés dans le but de constituer ces stocks d'équipement et de ravitaillement. L'attaque d'un train dans le secteur d'Albertville permet ainsi de s'emparer d'un important stock de tickets de ravitaillement alors que dans le même temps est organisée la récupération des armes de chasse que les habitants avait obligatoirement dû déposer dans les mairies au début de l'occupation. De nombreux explosifs destinés aux futurs sabotages sont également récupérés grâce aux complicités des personnels des aciéries d'Ugine, du chantier du barrage de la Girotte et des mines de charbon locales. Un coup de main dans un dépôt local et la prise d'un train circulant entre Albertville et Ugine permettent de rajouter plus de quatre tonnes d'explosif et une caisse de détonateurs à ce stock.