Marie-Dominique Peyramale, né le à Momères, dans les Hautes-Pyrénées et décédé le à Lourdes (France) est un prêtre catholique français du , curé-doyen à Lourdes de 1855 à sa mort. De 1858 à 1862, il fut un témoin privilégié, d'abord sceptique puis soutien d'une jeune paroissienne, Bernadette Soubirous, qui affirmait avoir été la bénéficiaire d'apparitions d'une Dame qu'elle nomme et en qui l'Église catholique reconnaîtra la Vierge Marie récemment déclarée avoir été conçue sans péché (l'« Immaculée Conception »).

Biographie Marie-Dominique Peyramale, né à Momères, dans les Hautes-Pyrénées, le , est le quatrième enfant d'un médecin. Il est ordonné prêtre en 1835, et nommé vicaire dans la paroisse de Vic-en-Bigorre. Deux ans plus tard, il devient premier vicaire de la paroisse Saint-Jean, à Tarbes. En 1851, il est nommé aumônier de l'hospice civil et militaire de Tarbes..

En novembre 1854, alors qu'il espère être nommé curé de Vic-en-Bigorre, il se voit proposer par l'évêque de Tarbes la paroisse moins importante de Lourdes, bourg de 4300 habitants. L'abbé commence par refuser tout net, puis finit par accepterJean-Pierre Ardoin Saint Amand, « L’étonnante histoire d’Alexandre Peyramale », sur sauvonslemuseeaquarium.org, 18 janvier 2010.. Le , il est nomméAnne Gourlaouen et Cyrille Marque, du Sacré-Cœur liée au destin lourdais », sur ladepeche.fr, 2 septembre 2003, d'après le livre d'Emmanuel Quidarré, L'église du Sacré-Cœur de Lourdes, Paroisse de Lourdes, 2003.. Le , il est installé. Bourru, emporté, il acquiert cependant à Lourdes une réputation de grande générosité à l'égard des pauvresRené Laurentin, Lourdes : récit authentique des apparitions, Paris, Lethielleux, 2002, 101...

Projet d'agrandissement de l'église paroissiale thumb|left|upright=1.5|Saint-Pierre, l'ancienne église paroissiale, datant peut-être de 1003, démolie en 1905.

À peine arrivé, selon Jean-Pierre Ardoin Saint Amand, il lui prend une qui va l'obséder jusqu'à sa mort : agrandir ou remplacer la vénérable église paroissiale, datant du milieu du Moyen Âge. Il engage le combat. Ce n'est qu'en janvier 1857 que le conseil municipal charge l'architecte diocésain d'étudier la possibilité d'agrandissement. Le coût élevé des travaux ainsi que des doutes quant à la capacité des vieux murs à supporter le poids des modifications amènent le conseil municipal à voter la destruction de l'édifice pour en construire un nouveau. Pour autant, les travaux ne commencent pas, car nul à part le curé n'en voit l'urgence : le volume de la vieille église Saint-Pierre est parfaitement adapté au nombre des fidèles, et l'édifice, bien entretenu, reste solide. L'abbé Peyramale harcèle en vain l'évêque, le conseil municipal et le préfet. C'est alors que, selon le mot de Jean-Pierre Ardoin Saint Amand, .

Cette présentation des faits, que l'histoire a retenue, a été très vigoureusement contestée par Henri Bourgeois, l'entrepreneur de travaux publics de Chartres que l'abbé Peyramale sollicita pour la réalisation de l'église, aucun entrepreneur local n'ayant accepté le projet et le marchéEmmanuel Quidarré : L'église paroissiale du Sacré-Cœur de Lourdes, 50 pp, 2003. Consultable à la bibliothèque d’Étude et du Patrimoine de Toulouse (Périgord), cote Lm C 21751.

Comme il est dit plus loin, Henri Bourgeois sera conduit à poursuivre la commune de Lourdes devant les tribunaux pour défaut de paiement. Il produira à l'appui de son recours, en 1888, un mémoire de 45 pages très documenté et argumenté, intitulé dans lequel il développe que la ville de Lourdes est le véritable initiateur et commanditaire de l'ouvrage et qu'elle s'est servie du curé Peyramale parce qu'il était le plus à même de susciter les dons des fidèles. Ce document a été mis en ligne par GallicaGallica : Henri Bourgeois - La nouvelle église paroissiale de Lourdes (Hautes-Pyrénées) : sa légende et son histoire, imprimerie Garnier à Chartres, 1888 et réédité en 2003 par Hachette-BNFHenri Bourgeois : La nouvelle église paroissiale de Lourdes (Hautes-Pyrénées), sa légende et son histoire. Réédition de l'ouvrage de l'auteur publié en 1888, broché, 48 pp, Ed. : Hachette Livre BNF, mai 2013, .

Les apparitions

thumb|alt=vitrail au-dessus de fonts baptismaux|right|upright=1|Vitrail de l'église paroissiale de Lourdes illustrant une rencontre entre l'abbé Peyramale et sainte Bernadette.</span> Au bas de l'image, les fonts baptismaux sur lesquels Bernadette a été baptisée. Le vitrail a été réalisé par Gabriel Loire. Le , le pape Pie IX, par l'encyclique Ineffabilis Deus, promulgue un nouveau dogme, celui de l'Immaculée Conception qui affirme que la Vierge Marie, Mère de Dieu, n'est pas concernée par le Péché originel (donc qu'elle a été conçue sans la tache du péché originel).

Du au , la jeune Bernadette Soubirous affirme avoir vu une 'Belle Dame' qu'elle nomme "Aquero" (en dialecte) dans la grotte de Massabielle, au bord du Gave..

L'abbé Peyramale, sur les instructions de son évêque, Bertrand-Sévère LaurenceBertrand-Sévère Mascarou-Laurence, évêque de Tarbes du au ., a la prudence de ne jamais s'approcher de la grotte pendant les apparitions. Il est témoin cependant des effets que ces apparitions produisent sur Bernadette et sur l'assistance. Néanmoins, il délègue un observateur, Jean-Baptiste Estrade, receveur des contributions, qui est tout de suite persuadé de la sincérité de la voyante.

L'abbé Peyramale est profondément impliqué dans les événements, interrogeant Bernadette en un certain nombre d'occasions. Songeant à une mystification, il reste longtemps sceptique. Puis il finit par être convaincu de la sincérité de Bernadette. Son soutien à la jeune fille est tardif, mais déterminant. Il la protège, en s'opposant à ce qu'elle soit internée comme malade mentale. Et son rapport très favorable à Bertrand-Sévère Laurence va conduire ce dernier, le , à former une commission d'enquête. Elle est chargée d'interroger Bernadette et de vérifier la validité des miracles qui se seraient produits à la grotte. L'abbé Peyramale, jugé trop partisan et de caractère trop difficile, est dans un premier temps écarté de cette commission d'enquête. Mais sa présence finit par s'y révéler indispensable.

La question s'est posée de savoir si l'abbé Peyramale avait influencé Bernadette dans sa vocation. L'historienne britannique Ruth Harris ne pense pas qu'il ait poussé la jeune fille à embrasser la vie religieuse ; elle évoque néanmoins un patient travail du curé de Lourdes : il aurait engagé Bernadette à rester dans l'effacement et dans l'humilité, de façon que le tumultueux culte populaire dont elle était l'objet cesse de détourner les foules de la grotte..

Organisation du pèlerinage et administration du sanctuaire Le , Bertrand-Sévère Laurence proclame le caractère surnaturel et divin des apparitions, et en appelle à la générosité des chrétiens pour le financement de la chapelle voulue par la Vierge (, aurait-elle dit le à Bernadette SoubirousRené Laurentin, Vie de Bernadette, Desclée de Brouwer, 1978, 104.). L'abbé Peyramale est chargé d'organiser le pèlerinage. Le site des apparitions a été acquis quatre mois plus tôt par l'évêque. L'abbé fait aménager les abords de la grotte de Massabielle.. Et il peut donner libre cours à son instinct de bâtisseur en lançant la construction de la chapelle, qui prendra pied au-dessus de la grotte. S'insurgeant contre la de l'architecte, il déchire le plan établi et en jette les morceaux dans le gave. Car, cette chapelle, il la veut , aussi vaste que ce que peut accueillir le sommet des roches Massabielle. Il veut réellement digne de la mère de Dieu.

En parallèle, afin de pouvoir accueillir les pèlerins, l'abbé Peyramale veille à faire venir des religieux et à mettre en place des infrastructures adaptées : maisons de retraite pour prêtres et laïcs, orphelinats, asiles, écoles, maisons de travail et de relèvement…

Le , la première procession se rend de son église paroissiale à la grotte, où Bertrand-Sévère Laurence bénit la statue de la Vierge.

Perte de l'administration du sanctuaire thumb|left|upright=1.5|La basilique de l'Immaculée Conception (à droite), au-dessus de la grotte. Débordé, l'abbé Peyramale réclame quelques vicaires de plus à l'évêque, pour le seconder. Ils lui sont refusés. En mai 1866, Bertrand-Sévère Laurence préfère envoyer à Lourdes le père Rémi Sempé et trois autres missionnaires diocésains de Garaison« Missionnaires de l'Immaculée Conception de Lourdes », sur peresdegaraison.free.fr.. Ils sont là, semble-t-il, pour aider l'abbé Peyramale dans sa tâcheÉmile Zola tient ces informations d'Alexandre, le frère de l'abbé Peyramale, qu'il a longuement interrogé en 1892. .. Celui-ci tombe malade. Lorsqu'il se rétablit (peut-être en 1867Zola dit pour ce qui concerne la guérison de l'abbé Peyramale. .), il découvre que le contrôle sur l'administration du sanctuaire a été transféré de la paroisse au diocèse. Ce sont les missionnaires diocésains, les pères de Garaison, qui ont désormais la charge du domaine de la grotte. Les pères de Garaison (ou pères de l'Immaculée Conception) restent les représentants de l'évêque à la grotte jusqu'en 1903. À la suite des lois anticléricales, l'Église est expropriée. L'ordre est dissous, et les pères sont chassés du domaine de la grotte. ..

La grande chapelle — édifiée dans les proportions voulues par l'abbé Peyramale — est bénie le « Basilique de l'Immaculée Conception », sur lourdes-infotourisme.com. et achevée en 1872.. En 1874, elle reçoit du pape Pie IX le titre de basilique mineure et prend le nom de basilique de l'Immaculée ConceptionElle sera consacrée en 1876..

Début 1874, Pie IX décerne à l'abbé Peyramale le titre de protonotaire apostolique ad instar participantium.

Construction de l'église paroissiale Ulcéré, Dominique Peyramale s'est replié sur sa paroisse. Celle-ci a perdu le contrôle de la grotte, mais le curé veille à ce qu'elle ne soit pas complètement mise à l'écart. Il tient à ce que les processions continuent de partir de son église paroissiale. Lorsque Zola vient à Lourdes en 1892, les processions ne partent plus de l'église paroissiale : Id., p. 808. Il fait par ailleurs remarquer : Ibid.. Ce faisant, il estime n'être que (). Mais si l'église paroissiale veut être le point de ralliement des pèlerins, elle doit être capable d'en accueillir le nombre toujours croissant. Depuis 1871, le curé de Lourdes en est donc revenu à sa marotte de faire construire une nouvelle église paroissiale. En 1874, il obtient l'accord de l'évêque. Mandaté par le conseil de fabrique pour recevoir dons et legs, il lance une souscription, fait établir plans et devis, se bat pour acquérir un terrain. La bénédiction de la première pierre a lieu le .

La fin de la vie de Dominique Peyramale est assombrie par les graves difficultés qu'il rencontre dans le financement de ce projet. Car les dons cessent bientôt d'affluer : , c'est-à-dire aux missionnaires diocésains de Garaison. L'entrepreneur n'a reçu que , alors qu'il a exécuté pour de travaux. Le , il arrête le chantier. Ce jour-là, l'église s'élève d'un peu plus de la moitié, jusqu’aux voûtes des bas-côtés.. Les bases et les chapiteaux des colonnes ne sont pas décorés.. Le , l'entrepreneur assigne devant le conseil de préfecture le curé, le trésorier de la fabrique et le maire. Malgré tous ses efforts, Dominique Peyramale ne peut récolter que , sur les qu'il doit à l'entrepreneur. Il meurt le , sans avoir vu son église achevée.

Achèvement de l'église paroissiale thumb|right|upright=1.3|Le Sacré-Cœur, nouvelle église paroissiale, achevée en 1936.