La synagogue de Rastatt, inaugurée en 1906, a été détruite en 1938 lors de la nuit de Cristal comme la plupart des autres lieux de culte juif en Allemagne.

Rastatt est une petite ville allemande, chef-lieu de l'arrondissement de Rastatt, dans le district de Karlsruhe (Land de Bade-Wurtemberg) à environ au nord de Baden-Baden et au sud-ouest de Karlsruhe. Elle compte actuellement environ habitants.

Histoire de la communauté juive

Au Moyen Âge Des Juifs vivent au Moyen Âge dans la ville de Rastatt qui appartient au margraviat de Baden. En 1337-1338, ceux-ci sont persécutés. Aucun document ne permet d'attester de la présence de Juifs après cette date pendant plus de deux siècles.

Du au La communauté moderne voit le jour aux : En 1560, un document fait référence à deux Juifs de Rastatt, Samuel et Lebel. Puis en 1584 et de nouveau en 1615, les Juifs sont expulsés du margraviat de Baden. Une nouvelle communauté est fondée en 1683 et en 1701 de même qu'en 1721, cinq familles juives résident à Rastatt. À la fin du , le Juif de cour, Mattityahu Schweitzer, est actif pour le compte de la communauté, et ses fils en deviennent les responsables. Dans les années 1770 et 1780, une imprimerie hébraïque fonctionne, dirigée par le rabbin Pelta Epstein de Bruchsal et par son beau-frère Hirsch Moses Wormser. Celle-ci sera ultérieurement transférée à Karlsruhe.

Lorsque le margrave Louis-Guillaume de Bade-Bade (1655-1707) fait construire sa résidence près de Rastatt, il confie à sa femme Sibylle Auguste (1675-1733) le soin de la terminer pendant ses absences en raison des guerres constantes qui l'obligent à séjourner pendant plusieurs années en Autriche: ..la nouvelle résidence devait être équipée d'une chaussée pavée digne, dont le coût approximatif se chiffrait à florins. Pour réunir cette somme, le gouvernement de la margravine-régente lui conseille une méthode spéciale, de faire payer par chaque famille juive résidente dans le margraviat, une somme d'argent de protection, chacune en fonction de ses avoirs. Le montant le plus faible payé était de 34 florins, et le plus élevé de 155 florins, les familles sans moyens étant exonérées. Les familles qui refusaient de payer leur contribution ont été expulsées du pays. Les florins n'ont toutefois pas suffi à achever le pavage. En 1750, une somme de 568 florins a donc été prélevée de la même manière chez les familles juives qui s'étaient établies depuis le premier règlement de 1721: Magazine Der Israelit du 21 décembre 1903; Emanuel Mayersohn (enseignant et Hazzan: Die Ansiedlung der Israeliten in der ehemaligen markgräflichen Residenz Rastatt.

Au et au avant l'arrivée du nazisme Au , la population juive de la ville progresse rapidement, passant de 61 en 1834, à 89 en 1845, 158 en 1865 pour atteindre un maximum de 230 en 1875, sur un total de habitants. À partir de cette date, la population juive de Rastatt va rester relativement stable, 227 Juifs en 1900, jusqu'à ce que l'émigration, principalement des jeunes, s'accélère après la Première Guerre mondiale.

Le la première synagogue est inaugurée, située dans l'ancienne Hildastraße (aujourd'hui au 9 Ottersdorfer Straße). Le bâtiment est maintenant utilisé comme habitation.

En plus d'une synagogue, la communauté juive possède une école, au uniquement religieuse, et un Mikvé (bain rituel). Au début, les morts sont enterrés au cimetière juif de Kuppenheim, puis à partir de 1881, dans le propre cimetière de la communauté à Rastatt. Pour les offices, un enseignant est embauché, qui sert aussi de Hazzan (chantre) et de Shohet (abatteur rituel). Pendant quarante ans, de 1883 jusqu'en 1923, Emanuel Mayersohn, occupera ce poste. En 1827, la communauté est rattachée au rabbinat régional de Bühl.

Depuis la seconde moitié du , les habitants juifs de Rastatt participent pleinement au développement économique et industriel de la ville. En 1877, un Juif, Josef Altschul, est élu pour la première fois conseiller municipal de la ville. Jusqu'en 1933, il y aura toujours des résidents juifs membres du conseil municipal ou membres des associations locales.

En 1906 une nouvelle synagogue est inaugurée et en 1918, le Centralverein deutscher Staatsbürger jüdischen Glaubens (Union centrale des citoyens allemands de confession juive) ouvre un bureau à Rastatt puis en 1924, ce sera l'Organisation sioniste.

En 1924, la communauté compte environ 200 membres soit 1,33 pour cent de la population totale de habitants. Les responsables de la communauté sont Moritz Weil, Jonas Friedmann, Arnold Lion, Isak Wertheimer et Salo Bloch. L'enseignant, Hazzan et Shohet est Hermann Translateur. Il donne également des cours d'instruction religieuse dans plusieurs communautés environnantes.

En 1933, 155 personnes juives vivent encore à Rastatt. Elles possèdent de nombreux établissements commerciaux et industriels. Il y a deux médecins juifs, un avocat et l'auberge "Zum Wilden Mann» d'Isaac Wertheimer. Parmi les établissements, l'usine de tri de vieux chiffons de Richard Baer, la fabrique de carton Dreyfuß & Roos, l'usine de chaussures S. Weil und Söhne OHG, la société de négoce de produits manufacturés d'Alfred Durlacher et de Julius Ettlinger, le grand-magasin des frères Knopf, les négoces de chevaux de Salomon Kuppenheimer et de Leopold et Alfred Loeb, le négoce de bétail de Sally Maier et Moritz Wertheimer, le grossiste en tabac Moritz Maier, propriété de Joseph Julius Maier. En plus de nombreux commerçants sont juifs: on compte des commerces de détail d'huile et de vin, de tricot et fils, d'article de ménage et de quincaillerie, d'articles en cuir, de meubles, de chaussures, une chapellerie, une épicerie et une quincaillerie.

La période nazie Après l'arrivée au pouvoir des nazis en 1933, la situation des Juifs se dégrade rapidement. En raison du boycott économique, de la répression et de la privation des droits civiques et politiques, de nombreuses familles quittent la ville. De 1933 à 1940, les deux tiers de la population émigrent aux États-Unis, en France et en Palestine ou se réfugient dans les grandes villes allemandes.

Lors du pogrom de la nuit de Cristal, du au , la synagogue est incendiée et la majorité des maisons et des magasins appartenant à des Juifs sont pillés et détruits. Les hommes juifs sont arrêtés, transférés à la gare où ils doivent passer en courant entre deux rangées de militants nazis les frappant à la schlague, avant d'être déportés au camp de concentration de Dachau.

Après la destruction de la synagogue, les dernières réunions de la communauté juive se déroulent chez l'enseignant et Hazzan, Siegfried Simon. Le , 30 habitants juifs de Rastatt sont déportés au camp de Gurs en France. Parmi eux, six décèderont à Gurs, et un au camp de Noé et un au camp de Rivesaltes à la suite des privations. Huit réussissent à s'évader. Les autres sont envoyés dans les camps d'extermination à l'est. Pendant la guerre, il ne reste alors plus à Rastatt, qu'une seule femme juive Mischling née d'un couple mixte juif et « aryen ».

Le mémorial de Yad Vashem à Jérusalem a identifié 51 victimes juives du nazisme, parmi les personnes nées à Rastatt ou ayant résidé longtemps dans la villeMémorial de Yad Vashem et Gedenkbuches - Opfer der Verfolgung der Juden unter der nationalsozialistischen Gewaltherrschaft in Deutschland 1933-1945 (Livre mémorial – victimes de la persécution des Juifs sous le régime nazi en Allemagne 1933-1945)..

Seuls douze déportés de Rastatt reviendront des camps après la guerre.

Histoire de la synagogue Les salles de prière Depuis 1720, les Juifs de Rastatt célèbrent leurs offices dans une petite salle de prière dans la maison de Daniel Kassel (Kusel), considéré comme le prévôt des Juifs et qui vit dans le centre-ville. À partir de 1724, le rabbin Isak est l'officiant à Rastatt et à Bühl.

Dans les années qui suivent, des débats parfois très violents sont organisés concernant la Judenschule (synagogue). Le gouvernement lui-même est entrainé dans la controverse. En 1741, il est indiqué que dans la Judenschule, « de façon répétée, il y a eu des cris et des disputes terribles et déplorables avec probablement de façon réciproque des engueulades et des coups ». Les fils de Daniel Kassel et le Juif Vola sont considérés comme les principaux responsables. Le margrave Louis-Georges de Bade-Bade (1702-1761) décide alors que la salle de prière ne sera plus dorénavant en ville, mais dans la banlieue, par delà le pont, c'est-à-dire de l'autre côté de la Murg. Daniel Kassel est autorisé à garder sa maison, mais interdiction d'y célébrer des offices. Les fauteurs des troubles doivent en plus payer une amende.

Le grand-bailli de Rastatt, von Lassolaye, durcit la punition et interdit aux communautés de Rastatt et de Kuppenheim, les offices dans une maison ainsi que la construction d'une synagogue dans la banlieue. Il faudra attendre quelques décennies pour qu'une synagogue soit érigée de l'autre côté du pont.

Après quelques années, une salle de prière est de nouveau installée dans une maison juive. Au début du , elle se trouve dans la maison du président de la communauté, Löb Simson Altschul, propriétaire de l'auberge Zum goldenen Rössle.

La première synagogue Vers 1825, la communauté envisage l'édification d'une synagogue dans la banlieue Augusta. Avec seulement 61 membres, la petite communauté est confrontée à de nombreuses difficultés pour gérer le projet. Cependant, celle-ci réussit, après deux années de travaux préparatoires, à obtenir le financement, sur la base d'une répartition équitable entre tous ses membres. La synagogue est construite dans l'ancienne Hildastrasse (actuellement le bâtiment du 9 Ottersdorfer Strasse). Le , le bâtiment est inauguré par Karl Rehfuß, le prédicateur et enseignant de la communauté juive d'Heidelberg.

En 1859, la synagogue est rénovée. Le nombre de membres de la communauté juive a presque doublé depuis 1825. Lors de la rénovation, le pupitre mobile existant est supprimé, et des sièges ainsi que des bancs pour le chœur sont ajoutés. Le 12 et (Chabbat Na'Hamou), la synagogue est rouverte. Le sermon est prononcé par le rabbin du district, Leopold Schott de Bühl en présence du président de la communauté, . Hirsch Loew, du gérant municipal, ; Scheible, du bourgmestre, .Hammer, et de l'archidiacre Buchdunger. Le Allgemeine Zeitung für das Judentum dans son article décrivant la cérémonie, souligne dans la façon emphatique de l'époque, la bonne entente avec la population chrétienne : Journal du 26 septembre 1859. : La population locale est d'environ âmes, dont la moitié provient de la garnison de la forteresse fédérale, la communauté juive se compose de seulement 15 familles et est donc une minorité des plus modestes. Mais grande est la bienveillance dont elle jouit de la part de toute la population, et surtout de la part des autorités locales. Ainsi les pauvres israélites, comme les chrétiens reçoivent un soutien régulier de la caisse pour les pauvres de la ville, de même l'école israélite, qui est la seule école religieuse, reçoit annuellement une corde et demi de bois de la forêt communale, et pareillement, l'enseignant reçoit une corde et demi pour son usage personnel.