Vesta (prononciation latine : ) est la déesse du foyer du peuple romain Angelo Brelich, Vesta, Zürich, Rhein-Verlag, 119, 1949. Carl Koch, Drei Skizzen zur Vesta-Religion, 1953. et, par extension, de la maison et de la famille dans la religion romaineJean-Paul Roux, La Femme dans l’histoire et les mythes, Paris, Fayard, 2004, 426, .. Sa présence était symbolisée par le feu sacré qui brûlait dans son foyer et ses temples.

L’importance de Vesta dans la religion romaine était telle que le culte qui lui était consacré à Rome était le seul à y disposer à temps plein d’un collège d’officiantes vierges, les Vestales, recrutées entre les âges de six à dix ans comme « prêtresses de feu éternel » pour maintenir la flamme du temple qui lui était dédié. La fête religieuse romaine de Vesta, observée du 7 au 16 juin, avait cours lors des Vestalia.

Origine vignette|gauche|Le temple de Vesta à Tivoli.|alt=cette photo est le temple dans lequel la flamme sacrée brûlait thumb|Image du temple dans lequel la flamme sacrée brûlait. Il existe plusieurs divinités féminines du foyer dans le monde indo-européen. Il semble que les peuples indo-européens devenus sédentaires tels les Romains ou les Grecs aient préféré une déesse (du) foyer à un dieu (du) feu, le foyer étant une réalité quotidienne, saisissable et toujours bénéfique alors que le feu est ambigu et peut être redoutable.

Le culte de Vesta ne se limite pas à Rome et il est probable qu'il existait chez d'autres peuples italiques, notamment chez les Vestini à en juger par leur nom et chez les Ombriens. Le verbe ombrien vestikā- « faire des libations » évoque les monnaies romaines de Vesta versant la libation. Ces parallèles italiques rendent improbable un emprunt à la Grèce même si cette idée est partagée par plusieurs auteurs romains (Cicéron, Servius). Rien n'atteste l'existence d'un doublet *westā en Grèce.

Néanmoins, le fait que Vesta n'ait originellement aucune place dans le culte du foyer familial suggère un culte emprunté : celui du foyer du roi sabin Numa qui serait devenu le culte du foyer public. De plus, il semble avoir existé un feu perpétuel antérieur, celui de Caca. Ceci explique comment Romulus et Rémus ont pu naître d'une Vestale alors que le collège des Vestales romaines a été institué par Numa.

Selon lÉnéide, elle était honorée à Troie, longtemps avant la ruine de cette ville, et ce fut Énée qui, croit-on, apporta en Italie son culte et son symbole : il l’avait parmi ses dieux pénates.

Plusieurs auteurs romains rapportent que son culte aurait été amené d’Albe à Rome par la mère de son fondateur, Rhéa Silvia. Selon la tradition, c’est le successeur de Romulus, Numa Pompilius, qui, en signe de gratitude envers la déesse, établit à Rome son culte qui a duré jusqu’à la fin du paganisme, en y faisant bâtir un temple circulaireJuste Lipse, Vesta et les vestales (De vesta et vestalibus), éd. Filip Vanhaecke, Peeters Publishers, 2006, 212, , ..

Parenté Fille de Saturne et Ops et sœur de Jupiter, Neptune, Pluton, Junon et Cérès, son plus proche équivalent dans la mythologie grecque est Hestia, mot qui désigne le « foyer de la maison », bien que le culte romain ait pris plus d’importance. Selon certains mythes concernant la fondation de Rome, Vesta paraît avoir intercédé en faveur de Rhéa Silvia, violée par Mars pendant qu’elle dormait, et enceinte des jumeaux Romulus et Rémus.

Il importe de ne pas confondre la vierge Vesta, déesse du feu ou le feu lui-même, avec l’antique Vesta, c’est-à-dire Titéia ou Gaïa (la déesse Terre), même si, chez les poètes, ces deux divinités paraissent souvent être confonduesPierre Commelin, Mythologie grecque et romaine, Paris, Armand Colin, 2005, 407, ..

Culte et rituels Sous sa dénomination bien attestée de Vesta P(opuli) R(omani) Quiritium, elle préside au foyer national. Cicéron précise que son culte est célébré « dans l'intérêt du peuple romain, des Quirites ». Sa place essentielle pour l'État explique l'emplacement de l’aedes Vestae et de l’atrium Vestae à proximité de la Regia de Numa.

Son culte consistait principalement à entretenir le feu qui lui était consacré et à prendre garde qu’il ne s’éteigne jamais.

C'est au milieu de son temple dont l'accès était interdit à tous, sauf aux Vestales et au Grand Pontife, que l'on entretenait le feu sacré avec d'autant plus de vigilance qu’il était regardé comme le reflet du feu central de la TerreAdolf Edward Jacobi, Dictionnaire mythologique universel, ou, Biographie mythique des dieux et des personnages fabuleux de la Grèce, de l’Italie, de l’Égypte, trad. Thalès Bernard, Paris, Firmin Didot frères, 1846, 515, .. Si ce feu venait à s’éteindre, la vestale était frappée de verges par le pontife et on rallumait le feu en frottant deux morceaux de bois pris à un arbre de bon augure (arbor felix) – probablement un chêneHenry Thédenat, Le Forum romain et les forums impériaux, Paris, Hachette et Cie, 1908, . –, alors qu’en Grèce, on ne devait le rallumer qu’aux rayons du soleil, au moyen d’une sorte de miroir. Même non éteint, le feu était renouvelé tous les ans, le premier jour de mars. Le vestibule, où, autrefois se trouvait le foyer (mais cette explication et cette étymologie est discutée), tire sans doute son nom de Vesta, qui, dans les sacrifices, était toujours invoquée la dernière..

vignette|Vesta. Chaque ville avait sa Vesta et ses Pénates ; et chaque colonie allumait le feu de sa Vesta au foyer de la métropole. C’est ainsi que Rome honora spécialement la Vesta et les Pénates d’Albe-la-Longue, puis, après la destruction d’Albe, ceux de Lavinium, considérés comme les Pénates mêmes de Troie, Sacra principia populi romani, c’est-à-dire les objets sacrés auxquels se rattachaient les origines de Rome et de toute la nation latine. Un temps vint, où Vesta, sans cesser de résider dans le feu, et non seulement dans celui du foyer national, mais encore dans les feux allumés sur l’autel de toute divinité, prit une figure humaine, et présida en personne au culte qu’on lui rendait dans son atrium, devenu son templeAndré Lefèvre, Revue des traditions populaires, Paris Société des traditions populaires au Musée d’ethnographie du Trocadéro, 1886-1919, , ..

Un temple de Vesta construit à Tibur au , est toujours présent à TivoliJohn Bryan Ward-Perkins, Architecture romaine, Paris, Gallimard, 1994, 205, , , 1983..

Vesta est la déesse protectrice du foyer domestique, des familles, des villes, des colonies, de la sérénité religieuse et du feu. Déesse du foyer, elle est le symbole de la pureté, honneur de la vie familiale ; ternir cette pureté, c’est offenser Vesta et s’exposer à sa juste colèreAndré Baudrillart, La Religion romaine, Paris, Bloud, 1905, 64, ..

Représentation Vouée au rituel, Vesta n'est pas ou n'est plus représentée à date ancienne. Elle n'avait d'autre image ou d'autre symbole que le feu sacréFrançois-Joseph-Michel Noël, Dictionnaire de la fable, éd., , Paris, Lenormant, 1810, .. Ovide dit que Vesta n’est rien d’autre que la flamme vive. Mais, elle est représentée par la suite notamment sur les monnaies.

Lorsqu’elle était représentée, c’était en habit de matrone, vêtue de la stolaDavid Étienne Choffin, Dictionnaire abrégé de la fable ou de la mythologie, Halle, La maison des orphelins, 1750, ., tenant de la main droite un flambeau ou une lampeBernard de Montfaucon, L’Antiquité expliquée, Paris, Florentin Delaulne et al., 1722, ., ou une patèreLéopold Welzl de Wellenheim, Catalogue de la grande collection de monnaies et de médailles, , Vienne, J.-P., Sollinger, 1844, ., vase à deux anses, appelé capedunculaDictionnaire universel françois et latin, Paris, Compagnie des libraires associés, 1771, ., quelquefois aussi un palladiumGinette Dubosc, Recherches sur les empereurs romains et la déesse Minerve, Atelier national de reproduction des thèses, 2004, 555, . ou une petite Victoire. Parfois, au lieu de la patère, elle tient une hasteActes de l’Académie nationale des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux, , Bordeaux, Charles Lawalle, Hôtel des sociétés savantes, 1845, ., javelot sans fer, ou une corne d’abondanceEncyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, , Genève, Pellet, 1779, .. Sur les médailles et les monuments, les titres qu’on lui donne sont Vesta la sainte, l’éternelle, l’heureuse, l’ancienne, Vesta la mèreDictionnaire universel de mythologie : ancienne et moderne, , Paris, Jacques-Paul Migne, 1855, 1519, ., etc.

Comme son homologue Hestia qui appartient à la première génération divine, Vesta est une vieille déesse « aux cheveux blancs »Virgile, Enéide, 5,744 ; 9,259

Nature et attributs Ses attributs sont le feu sacré et la corne d'abondance.

Vierge mère ? vignette|Vesta Mater. Vesta a pour trait commun avec Hestia la chasteté, mais la virginité est propre à cette dernière. A Rome, la virginité ne vaut que pour les desservantes du culte, les Vestales, alors que Vesta n'est qualifiée de vierge que tardivement par assimilation à Hestia, et sur le modèle des Vestales. En effet, cette prétendue virginité se concilie mal avec le qualificatif de « mère » qui est attribué à Vesta et qui est confirmé par l'iconographie. De plus, la présence d'un phallus dans l'aedes Vestae constitue une difficulté supplémentaire. Enfin, Vesta a pour attribut l'âne qui est l'animal de Priape et des satyres.

La comparaison avec le monde indien permet de comprendre que le feu a été conçu anciennement comme fils de mères et nourrices virginales. Ce sont ces figures qui expliquent la virginité d'Hestia et le fait que des jeunes filles sont affectées à l'entretien du feu perpétuel de Vesta.

Phallus Le membre viril (fascinus) dont la représentation était conservée au temple de Vesta est un symbole du Feu divin. Il représente la tarière servant à produire le feu dans le foyer du foret à feu.

Cette présence du Feu divin explique l'obligation de chasteté faite aux Vestales. Le Feu est décrit comme un mari jaloux, car mères et nourrices du Feu, elles en sont également les épouses. Il en est de même pour Hestia et Vesta qui ne sont pas des Feux divins mais les épouses d'un ancien dieu Feu disparu.

Vesta et les cultes domestiques Vesta n'incarne pas le foyer focus en général ni aucun autre foyer que le « foyer de la Ville ». Les divinités du foyer domestique sont les Lares, les Pénates et le Génie du maître de maison. Le nom latin du vestibule n'atteste pas une Vesta domestique. D'ailleurs, le foyer ne se trouvait pas dans cette pièce. Contrairement à Hestia, son théonyme est seulement un nom propre>.

. L’importance de Vesta et du foyer à l’époque romaine subsiste dans la langue moderne, à travers les divers usages, à la fois scientifiques et métaphoriques, du terme foyer (focus en latin).

Vesta hors de Rome Le culte de Vesta est attesté à Bovillae, Lavinium et Tibur. Bovillae accueillait les (Albanae Longanae Bovillenses), censées continuer les vestales albaines. Lavinium avait les vestales des Laurentes Lavinates. Ces deux ordres s’enracinaient dans la plus ancienne des traditions antérieure à Rome. L’épigraphie atteste que Tibur disposait également de ses propres vestales.

Des vestales furent peut-être présentes dans le sanctuaire de Diana Nemorensis près d’Aricia Maria Grazia Granino Cecere, « Vestali non di Roma », Studi di Epigrafia Latina, , 2003, ..

Vestalia