Les Forces de défense du Timor oriental (FDTO) (en tétoum : , en portugais : ) sont la force militaire responsable de la défense du Timor oriental (ou Timor Leste). Elles sont créées en février 2001 et comprennent actuellement deux petits bataillons d'infanterie, une modeste composante navale et plusieurs unités de soutien.

Le rôle principal des FDTO est de protéger le Timor oriental contre les menaces extérieures. Elles ont aussi un rôle de sécurité interne qui se chevauche avec le rôle assigné à la police nationale du Timor oriental. Ce chevauchement engendre des tensions entre les deux services qui sont exacerbées par la faible discipline au sein des FDTO caractérisée notamment par des tensions entre les militaires originaires de l'Ouest du pays avec ceux venant des régions orientales.

Les problèmes au sein des forces de défense du Timor oriental jaillissent au grand jour en 2006 quand la moitié des effectifs est congédiée à la suite de manifestations au sein de l'armée contre les discriminations à l'encontre des soldats venant notamment des provinces occidentales. Cet important licenciement entraîne un effondrement général des forces armées et des forces de police débouchant sur la crise de mai 2006, qui force les autorités à demander l'aide internationale pour maintenir l'ordre et la sécurité dans le pays. Les FDTO sont actuellement en reconstruction grâce à l'aide étrangère et un plan de développement à long terme de l'armée timoraise a été élaboré.

Rôle

La Constitution est-timoraise assigne aux FDTO la responsabilité de la protection du territoire national contre les attaques extérieures. Elle proclame aussi que les forces de défenses « doivent garantir l'indépendance nationale, l'intégrité territoriale ainsi que la sécurité et la liberté des populations contre toute agression ou menace extérieure dans le respect de l'ordre constitutionnel ». La Constitution proclame aussi que les FDTO « doivent être politiquement neutres et doivent obéir à tout organe de souveraineté en accord avec la Constitution et les lois et ne doivent pas intervenir dans les affaires politiques » Constitution du Timor oriental, section 146. La police est-timoraise et les forces de la sécurité civile sont quant à elles responsables de la sécurité intérieure.

En pratique, les responsabilités des FDTO et de la police nationale ne sont pas clairement établies et cela a déjà conduit à des conflits entre les deux organisations. Bien que les FDTO n'aient officiellement aucune fonction de police, elles ont parfois pris part à des opérations policières. Réciproquement, la police nationale a été impliquée dans des opérations de défense frontalière près de la frontière occidentale. Les conflits entre la police et l'armée ont été aggravés par le fait que le gouvernement est-timorais a échoué dans l'établissement d'une politique de sécurité nationale. Finalement, en février 2010, le gouvernement met en place une législation définissant clairement les fonctions des deux services.

L'armée est porteur de la médaille de l'Ordre du Timor Oriental

Histoire

Avant l'indépendance Les FDTO sont issues de la guérilla du mouvement de libération nationale connue sous le nom de FALINTIL (acronyme du portugais ou Forces Armées de libération du Timor Leste). Au cours de la période précédant 1999, plusieurs dirigeants est-timorais dont l'actuel président José Ramos-Horta propose que le futur État du Timor oriental soit dépourvu d'armée. Toutefois, le climat généralisé de violence et de destruction qui suit le référendum d'indépendance en 1999 et le besoin de fournir une reconversion aux vétérans du FALINTIL conduisent à un changement de politique. À la suite du départ des Indonésiens, le FALINTIL propose la création d'une armée de .

Au milieu de l'an 2000, l'Administration transitoire des Nations unies au Timor oriental (ATNUTO) invite une équipe du de Londres à conduire une étude sur les différentes options s'offrant au Timor oriental en termes de forces de sécurité. L'équipe identifie trois options. Tout d'abord, l'armée serait basée sur le projet du FALINTIL d'un corps nombreux et lourdement armé de . La deuxième option est la constitution d'une force de et de tandis que la dernière option propose la création d'une armée de et de réservistes. Selon l'équipe d'étude, la dernière option est la plus appropriée au vu des besoins du Timor oriental en matière de sécurité et de sa situation économique. Cette recommandation est suivie par l'ATNUTO en et l'option numéro trois du devient la base de la future armée du Timor oriental. Le plan est aussi accepté par l'ensemble des pays participant à la mission de maintien de la paix au Timor oriental. Cependant, le rapport de l'équipe d'étude a été critiqué car il conduit le Timor oriental à créer une police nombreuse ainsi qu'une armée aux effectifs relativement importants par rapport à sa population, alors que les besoins en sécurité du nouvel État auraient pu être mieux assurés par une simple petite unité paramilitaire.

Si certains commentateurs critiquent le fait que le Timor oriental se dote d'une armée, le gouvernement du nouvel état considère qu'elle est nécessaire pour des raisons politiques et sécuritaires. Les opposants affirment que le Timor ne fait pas face à des menaces extérieures et que les ressources limitées du gouvernement devraient être dépensées autrement qu'en renforçant les FDTO. Si les autorités politiques reconnaissent que le pays ne fait pas actuellement face à une menace extérieure, il soutient qu'il est nécessaire de maintenir une capacité militaire substantielle pour dissuader tout futur agresseur. La création des FDTO est aussi vue comme un moyen efficace d'intégrer les anciens guérilleros du FALINTIL dans le nouveau Timor indépendant.

Formation des FDTO thumb|Vétérans du FALINTIL

Le FALINTIL devient les FDTO le . Les 650 premiers membres de la nouvelle armée sont sélectionnés parmi et anciens membres des FALINTIL. Ils commencent l'entraînement le . Le premier bataillon est créé le et atteint sa pleine capacité le . La plupart des membres de cette unité proviennent des provinces orientales du Timor. Le deuxième bataillon est créé en 2002 à partir du et formé principalement de nouvelles recrues âgées de moins de 21 ans qui n'ont pas participé à la lutte pour l'indépendance. Du fait du prestige de la nouvelle armée et du salaire relativement élevé, se présentent pour les 267 premiers postes au sein du bataillon. Enfin, la petite composante navale est créée en .

Plusieurs des problèmes ayant affecté les FDTO au cours de son existence proviennent du processus ayant conduit à sa création. Ainsi, une des failles de ce processus a été le fait de laisser les instances dirigeantes du FALINTIL sélectionner les futurs membres de l'armée parmi les guérilleros du FALINTIL sans aucune supervision extérieure. De ce fait, la sélection a été en grande partie basée sur des critiques d'allégeance politique. De nombreux vétérans du FALINTIL ont trouvé que ce procédé les a injustement éliminés de l'armée tout en réduisant l'indépendance de celle-ci. En outre, l'ATNUTO ne parvient pas à mettre en place les fondations adéquates dans le domaine de la sécurité est-timoraise en développant des textes législatifs, des projets de développement et des mécanismes de contrôle démocratique de l'armée. Ces oublis sont d'autant plus graves qu'ils ne sont pas corrigés à la suite de l'indépendance complète du Timor le .

Les FDTO ont alors peu à peu assuré la responsabilité de la sécurité du Timor oriental à la place de la force de maintien de la paix de l'ONU. Le district de Lautém est la première région du Timor où l'armée timoraise devient la seule garante de la paix en . Après avoir suivi un entraînement supplémentaire, les FDTO prennent la responsabilité de la sécurité militaire du pays dans son ensemble le bien que plusieurs membres de la force de maintien de la paix restent au Timor jusqu'au milieu de l'année 2005 au sein de la Mission d'appui des Nations unies au Timor oriental. En janvier 2003, les FDTO mènent leur première opération quand une unité de l'armée doit réprimer un gang de miliciens timorais menant des activités criminelles dans le district d'Ermera, à l'Ouest du pays. Si l'armée timoraise opère de façon relativement disciplinée, elle arrête illégalement près de cent personnes qui sont relâchées plusieurs jours plus tard sans qu'aucune charge ne soit retenue contre elles.

Les FDTL souffrent toutefois d'un sérieux manque de discipline et d'un faible moral depuis leur création. Ces difficultés sont causées par l'incertitude régnant autour du rôle de l'armée timoraise, les conditions de pauvreté y régnant du fait du manque de ressources, les tensions issues de la transformation du FALINTIL d'un mouvement de guérilla à une armée régulière et les rivalités politiques et régionales. Du fait de ces conditions délétères, un grand nombre de soldats sont limogés ou sanctionnés. Si le gouvernement timorais prend conscience du problème avant la crise de 2006, il n'agit aucunement pour le corriger et contribue ainsi à renforcer le faible moral et la turbulence des soldats.

Les tensions entre les forces de police et l'armée contribuent aussi à réduire l'efficacité des services de sécurité timorais. Au cours des années 2003 et 2004, des membres des deux services entrent en confrontation à plusieurs reprises. Ainsi, des groupes de soldats attaquent des postes de police en et . Ces tensions sont dues aux rôles parfois similaires des deux services en matière de sécurité et aux divergences d'opinions parmi les meneurs du Timor oriental.

Crise de 2006

Les tensions atteignent leur paroxysme en 2006. En janvier, 159 soldats provenant de la plupart des unités des FDTO envoient une pétition au président Xanana Gusmão dans laquelle ils se plaignent que les soldats venant des régions orientales du pays reçoivent un meilleur traitement que ceux venant de sa partie occidentale. Les pétitionnaires reçoivent seulement une vague réponse et quittent leurs baraquements trois semaines plus tard en laissant leurs armes derrière eux. Ils sont rejoints par plusieurs centaines de soldats et le , le brigadier-général Taur Matan Ruak qui dirige l'armée licencie 594 soldats soit près de la moitié de l'armée. Parmi ces soldats figurent aussi 200 militaires de rangs divers, coupables d'absences chroniques dans les mois et les années précédents .

La crise prend rapidement une tournure violente à la fin du mois d'avril. Le , les pétitionnaires et plusieurs de leurs partisans manifestent devant le palais du gouvernement à Dili et demandent la création d'une commission indépendante chargée d'étudier leurs doléances. Les premiers épisodes violents se déroulent le quand plusieurs pétitionnaires ainsi que des groupes de jeunes qui ont rejoint les protestataires attaquent le palais. La police ne peut contenir les émeutiers et le bâtiment est sévèrement endommagé. Après que la violence s'est étendue à plusieurs autres quartiers de Dili, le Premier ministre Marí Alkatiri ordonne aux forces armées de soutenir la police dans la restauration de l'ordre. Or, les soldats déployés à Dili le n'ont aucune expérience dans le domaine du contrôle des foules et ce manque conduit à la mort de trois civils. Le , le major Alfredo Reinado, le chef de l'unité de police militaire des FDTO et la plupart de ses soldats abandonnent leurs postes en protestation de ce qu'ils considèrent comme des tirs délibérés de l'armée en direction de civils.