vignette|redresse=1.2|Centre du sanctuaire vignette|redresse=1.2|Fosse à libations du sanctuaire de Corent vignette|redresse=1.2|Escalier de cave en cours de dégagement (2013) vignette|redresse=1.2|Fouilles de Corent (atelier de potier, 2013)
L’oppidum de Corent, également appelé oppidum du Puy de Corent, est un oppidum gaulois fondé par le peuple des Arvernes. Il est situé à cheval entre les communes de Corent et de Veyre-Monton, dans le département du Puy-de-Dôme, en Auvergne. Occupé à partir du troisième quart du , durant la période de La Tène finale, de La Tène D1 à la période augustéenne, il est progressivement abandonné au lendemain de la guerre des Gaules. L'époque romaine voit la reconstruction du sanctuaire à l’origine de l’occupation, associé à un petit théâtre, marquant le centre d'une nouvelle agglomération qui perdure au moins jusqu'au . La surface recouverte par l'oppidum est estimée à environ .
Les recherches les plus récentes tendent toutefois à nuancer l’idée d’un abandon brutal au lendemain de la conquête, les fouilles menées depuis 2013 ayant mis en évidence une occupation gallo-romaine structurée, comprenant des habitations maçonnées sur cave et des activités artisanales.
Au vu des découvertes archéologiques, l’oppidum de Corent est considéré à l’heure actuelle comme la capitale des Arvernes jusqu’à la veille de la conquête romaine et pourrait, à ce titre, être la Nemossos dont parle Strabon dans sa Géographie.
Cette interprétation, aujourd’hui largement admise dans la littérature scientifique récente, s’est progressivement imposée à partir des années 2000, à la faveur des fouilles extensives qui ont révélé l’ampleur monumentale du centre urbain et ses fonctions politiques, religieuses et économiques.
Historique des fouilles Découvertes fortuites et premières collectes d'artéfacts La partie sommitale du Puy de Corent a été mise en culture au . Les labours effectués alors ont permis la remontée et le ramassage de petits artéfacts (objets archéologiques). Aussi, dès le milieu du , les premières campagnes de fouilles ont été mises en place. Ainsi, Jean-Baptiste Bouillet est le premier à fouiller le site. Il est suivi en 1856 par messieurs Grange et Fabre qui montrent le riche potentiel archéologique du site. À la suite de ces recherches, le plateau est fréquenté par des antiquaires et ramasseurs venus se constituer une collectionM. Provost, C. Mennessier-Jouannet, Carte archéologique de la Gaule 63/2 - Le Puy-de-Dôme, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1994.
Ces premières interventions, menées dans le cadre des sociétés savantes locales, s’inscrivent dans une archéologie encore peu réglementée, dominée par la collecte de mobilier plus que par l’étude stratigraphique des contextes.
Les fouilles reprennent dans le courant des années 1930, avec une première campagne en 1935 dans le secteur nord-est du plateau, menée par le docteur Bruyère. Une autre série de prospections et de fouilles, menées par Jean-Raymond Terrisse, s'est déroulée entre 1937 et 1939. Pierre-François Fournier a également fouillé le plateau à cette époque.
Après 1941, les recherches s’inscrivent dans le nouveau cadre législatif national encadrant les fouilles archéologiques. L’activité sur le plateau devient plus ponctuelle et se limite principalement à des prospections et à la surveillance des découvertes de surface.
En 1969, la sépulture collective néolithique qui occupait l'un des sommets du plateau est fouilléeH. Delporte, Auvergne et Limousin, Gallia Préhistoire, volume 13, , , 1970, lire en ligne.
Cette découverte confirme l’ancienneté de l’occupation du plateau, bien antérieure à la période laténienne, et contribue à replacer Corent dans une séquence d’occupation plurimillénaire.
Toutes ces recherches ont permis essentiellement de recueillir un important volume de mobilier archéologique, à partir duquel une première proposition de chronologie a pu être faite. Elles confirment également la grande superficie de l’occupationFouille programmée du sanctuaire du Puy de Corent, rapport de fouille 2001.
Campagnes de fouilles Guichard et Collis Les recherches reprennent à la fin des années 1980 avec un ensemble de prospections en 1988, suivies de sondages effectués en 1991 sous la direction de Vincent Guichard (directeur du Centre Archéologique Européen de Bibracte) et John Collis (université de Sheffield). Ces sondages, en estimant la densité des vestiges sur le plateau, permettent un resserrement des recherches dans les zones les plus riches en vestiges, notamment sur une parcelle au centre de l'oppidum.
Entre 1987 et 1990, un programme de prospections géophysiques et pédestres mené par l’Université de Sheffield (« The Auvergne Survey ») avait déjà contribué à mieux percevoir l’organisation interne du plateau en identifiant plusieurs anomalies correspondant à des structures enfouies* Chany, Candice, Écrire l’histoire d’un site archéologique : Corent et les sites arvernes, mémoire de recherche (2e cycle), École du Louvre, 2023, 2 vol., en ligne sur HAL : https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-05128902.
Cette parcelle a fait l'objet de campagnes de fouilles plus extensives en 1992-1993, sous la direction des mêmes archéologues. Ces recherches ont abouti à la découverte du sanctuaire gallo-romain. La taille de ce sanctuaire reste alors incertaine, mais la structure semble recouvrir la totalité de la parcelle agricole concernée par les fouilles, ce qui suppose un périmètre de près de de côté.
Ces fouilles constituent une étape décisive : elles révèlent que le site ne correspond pas seulement à un habitat fortifié, mais à un centre monumental structuré, préfigurant l’interprétation actuelle d’un véritable centre urbain arverne.
Campagnes de fouilles de Matthieu Poux Une campagne de fouilles est programmée en 2001 sur le sanctuaire, sous la direction de Matthieu Poux (université Lumière Lyon 2). Renouvelées jusqu'en 2008, ces campagnes sont à l'origine de l'essentiel de nos connaissances sur le site. La reprise des recherches s’inscrit dans un contexte plus large de renouveau des études sur les oppida celtiques en Europe et de professionnalisation accrue de l’archéologie française.
Ces fouilles programmées de 2001 à 2004 s’intéressent essentiellement au sanctuaire, découvrant la majorité de sa surface, précisant et élargissant sa chronologie et les différentes phases de son occupation. La fondation du sanctuaire est remontée au , à la veille de la conquête de la NarbonnaiseFouille programmée du sanctuaire du Puy de Corent, rapport de fouille 2004. Le sanctuaire constitue donc probablement le noyau initial autour duquel s’organise l’urbanisation de l’oppidum.
En 2004, une première zone est sondée hors du sanctuaire, ouvrant la voie à une campagne tri-annuelle, de 2005 à 2007 qui explore les abords immédiats au nord du sanctuaire. Cette recherche est validée en 2008 par une campagne de fouilles de complément. Le résultat de cette série de recherches est la mise au jour d'un quartier aristocratique et artisanal. Les datations établies pour celui-ci confortent les résultats obtenus pour le sanctuaire, à la seule différence que le quartier artisanal semble avoir été abandonné à la veille de la période augustéenneFouille programmée de l'oppidum de Corent, rapport de fouille 2008.. L’ensemble de ces découvertes contribue à identifier Corent comme un centre de pouvoir associant fonctions politiques, religieuses et économiques.
Malgré ces résultats, la poursuite des recherches a été arrêtée en 2009.
Mise en valeur du site et reprise des fouilles triennales Lors de cette interruption des fouilles programmées, le Conseil départemental du Puy-de-Dôme, propriétaire du site depuis 2007, procède à des travaux de mise en valeur du site, dans l'optique de permettre un meilleur accueil du public. Ces travaux conduisent à la découverte fortuite au niveau du péribole du sanctuaire des restes d'un trophée militaire constitué de quatre boucliers à umbo, d'une cotte de mailles, d'une épée, et d'une enseigne militaire en forme de sanglier, en tôle de bronze. Trois bagues en or sont également mises au jour à proximité. Le tout prend place immédiatement au nord de l'édificeCommuniqué de presse, http://www.luern.fr/Tropaion.pdf..
En 2010, les fouilles reprennent, concentrées cette fois sur l'esplanade supposée à l'est du sanctuaire. Une fouille préalable a précédé la mise en place d'un second programme tri-annuel (2010-2013)Fouille programmée de l'oppidum de Corent, rapport de fouille 2010..
Depuis 2013, les fouilles se sont déplacées à l'ouest, de l'autre côté du sanctuaire. Des habitations d'époque gallo-romaine ont été mises en évidence et ont permis d'infirmer la thèse jusque-là envisagée de l'abandon total du plateau après la conquête romaineFouille programmée de l'oppidum de Corent, rapport de fouille 2014..
En 2018, les fouilles s'éloignent du centre du plateau pour explorer des zones jusque-là peu touchées par les recherches, abordant notamment la question du rempart et cherchant à préciser l'organisation des vestiges au niveau du lac du puy.
La campagne de fouille commencée à l'été 2024 et continuée jusqu'à l'été 2026, a mis au jour, pour la première fois en Europe, un très important atelier monétaire. Les artefacts retrouvés non seulement donnent à voir comment les Arvernes battaient monnaie, mais apportent un nouvel éclairage sur toute une dimension politique, sociologique et économique de leur culture..
Malgré son importance scientifique, le site archéologique du plateau de Corent ne bénéficie toutefois pas d’un classement complet au titre des monuments historiques, ce qui a suscité des réflexions sur la protection à long terme des sites arvernes.
Géologie Le plateau de Corent est une vaste table basaltique formée par une coulée volcanique datée d’environ trois millions d’années et appartenant à l’ensemble des buttes volcaniques de la Limagne, situées au sud-est de la chaîne des Puys. Cette coulée repose sur des sédiments oligocènes.
Le plateau adopte une orientation sud-ouest / nord-est et présente une superficie d’environ 60 à 70 hectares. Son altitude varie entre 570 et 610 mètres. Les pentes sont particulièrement abruptes au sud et à l’est, où le substrat rocheux affleure. Cette configuration confère au site une forte valeur défensive naturelle, ce qui explique des premières traces d'habitations dès le Néolithique moyen.
Le plateau présente également une zone d’affaissement interne, connue sous le nom de « lac du Puy », où s’accumulent les eaux de pluie. Plusieurs sources affleurent en périphérie du substrat basaltique, garantissant un accès régulier à l’eau.
L’épaisseur variable du substrat et les phénomènes d’érosion ont entraîné des états de conservation différenciés des niveaux archéologiques selon les secteurs du plateauChany, Candice, Écrire l’histoire d’un site archéologique : Corent et les sites arvernes, École du Louvre, 2023..
Premières occupations Néolithique Les premières traces d’occupation du plateau remontent au Néolithique moyen , vers 4200-3700 av. J.-C. Des vestiges attestent de l’existence d’une enceinte au milieu du plateau, protégée par une palissade. Le mobilier découvert comprend de nombreuses haches polies ainsi que de la céramique attribuable à cette période.
Une occupation du Néolithique final vers 3000-2400 av. J.-C. est aussi attestée par la présence d’outils lithiques et par la découverte d’une sépulture collective fouillée en 1969 sur l’un des sommets du plateau.
Ces occupations ne présentent pas de continuité directe avec l’oppidum laténien ultérieur. Elles témoignent cependant d’une fréquentation précoce et récurrente du site, probablement liée à sa position dominante et à ses ressources naturelles.
Âge du bronze