vignette|alt=Mur sur lequel sont collés des prénoms. Par exemple : Solange, Mélissa, Inès...|Fresque à Paris, faite du collage des prénoms des 159 victimes de féminicide recensées en France en 2025. vignette|Graffiti contre le féminicide au Mexique (« Plus jamais de féminicides » en espagnol).
Le féminicide (ou fémicide, gynécide ou gynocide) est le meurtre d’une ou plusieurs femmes ou filles pour la raison qu’elles sont des femmes. Les définitions peuvent varier selon le contexte culturel. La prise en compte juridique des féminicides varie largement de pays à pays, de même que les modes de lutte contre ceux-ci.
L'Organisation mondiale de la santé et l'Organisation des Nations unies proposent des typologies de féminicides. La question des causes des féminicides peut être abordée par la psychologie ou la sociologie et l'ethnologie, comme par la criminologie.
Origine du terme, étymologie et définition Origine du terme Dans le texte d'une comédie théâtrale de Paul Scarron, écrite en 1652, le mot « femmicide » apparaît pour la première fois. Employé dans l'expression « faire femmicide » ; il traduit le désir exprimé par un homme de brutaliser une femme.. L'ethnologue Christine Gamita la relève dans un ouvrage en français datant de 1853 et écrit par Alphonse Toussenel, un disciple de Fourier -La graphie feminicide apparut comme terme caricatural anglais en 1801, puis en 1848, il devient un terme juridique : , consigné dans de Wharton. Sous la forme d'un adjectif, elle renvoie aux violences faites aux femmes..
Dans un article de l'hebdomadaire Le Monde illustré, publié en 1863, Jules Lecomte forge la locution « lacet féminicide ». Par ce néologisme, le journaliste laisse entendre que les femmes disposeraient d'un instrument pour attraper les hommes et les maintenir sous leur emprise. En 1887, dans une édition du journal Le Rappel, le substantif « féminicide » est employé pour désigner le meurtre d'une femme par une autre, suivi du suicide de la meurtrière, lors d'une dispute conjugale. La suffragette française Hubertine Auclert l'utilise en 1902 dans le quotidien Le Radical, à propos d'une loi portant sur le divorce et qu'elle qualifie de « féminicide ».. Au fil des siècles, le mot « féminicide » apparaît et disparaît sous divers sens et sans se fixer comme notionGiacinti, Margot. « Nous sommes le cri de celles qui n’en ont plus » : historiciser et penser le féminicide », Nouvelles Questions Féministes, vol. 39, no. 1, 2020, pp. 50-65, https://doi.org/10.3917/nqf.391.0050...
Étymologie Le terme est calqué sur homicide avec la racine , « femme, femelle »Gaffiot, . en latin, et le suffixe « -cide » issu du latin , « frapper, battre, abattre, tuer, massacrer »Gaffiot, ...
Il peut donc être interprété comme une sous-catégorie de l'homicide (le terme latin signifiant en latin « homme » en général, « humain », sans distinction de sexe ni de genreGaffiot, .), au même titre que le parricide ou l'infanticide. À l'origine, toutefois, le concept contemporain de féminicide témoignait de la volonté de spécifier les violences subies par des femmes, parce que femmes, du fait de l'asymétrie de genre des rapports de pouvoirs. Les deux usages coexistent, soit meurtre de femme à l'égal d'androcide"Green, Tamara (2014).T he Greek & Latin Roots of English. p. 51", soit meurtre sexiste de femme. Les violences féminicides ou féminicidaires parfois contractées en féminicides, comme le viol ou l'excision féminicide, considérés alors en destruction partielle d'une personne de sexe féminin.
Définition et concepts Origines américaines Le terme de « » est popularisé en anglais dans les années 1980 par la Britannique Jill Radford et la Sud-Africaine Diana E. H. Russell, reprenant l'Américaine Carol Orlock (1974).. Elles en proposent comme définitionAnne-Aël Durand, « Qu’est-ce que le « féminicide » ? », Le Monde, , . le Diana Russell l'utilise publiquement pour la première fois en 1976 lors du Tribunal international des crimes contre les femmes qui se tient à Bruxelles... Bien que le terme soit déjà connu dans le monde anglophone, Russell y ajoute un sens politique critique et le contextualise dans le cadre d'une pensée politique féministe.. Elle affine ensuite la définition du concept qui devient le « meurtre misogyne de femmes par des hommes ». Cette définition se retrouve dans l'ouvrage de 1992 de Radford et Russell, Femicide : The Politics of Woman Killing (Fémicide : la politique du meurtre de la femme).. La Britannique Liz Kelly rajoute ensuite l'idée qu'il s'agit d'une manifestation extrême de violence sexuelle, mettant en évidence la nature genrée de certaines formes de violence envers les femmes, et se focalisant sur ce qu'elle voit comme un désir de l'homme pour le pouvoir, la domination et le contrôleGrzyb, Naudi et Marcuello-Servós, « Femicide definitions », p. 20..
Inspirée par le livre de Russell et Radford, l'anthropologue et militante féministe mexicaine Marcela Lagarde propose au début des années 1990 le concept similaire de « », traduction en espagnol de l'anglais . Le concept est développé de manière plus contextuelle pour apporter un cadre théorique à la très forte hausse de violences extrêmes et de meurtres de femmes au Mexique, en particulier à Ciudad Juarez. Un de ses éléments centraux est l'impunité, en l'occurrence l'incapacité des autorités à poursuivre et punir les auteurs de ces crimes.
Le concept est ainsi proposé par le mouvement féministe afin de politiser et de remettre en question la violence des hommes envers les femmes. Dès le départ, il comprenait diverses formes spécifiques de violences mortelles commises contre des femmes, telles que les meurtres d'honneur et les meurtres de prostituées. Avec le temps, la définition devient plus floue et générale, élargie par certains auteurs à toute forme d'homicide de femmes et ainsi débarrassée de sa connotation politique.
Au contraire des définitions basées sur celle de Russell, la définition donnée par l'OMS en 2012 inclut de manière implicite les homicides commis par une femme sur une autre femme ou sur une fille, en raison de la condition féminine de la victime..
En France En France, la Commission générale de terminologie et de néologie, qui travaille en lien avec l'Académie française, en a préconisé l'usage dans le domaine du droit en 2014, avec le sens d'féminicide (Vocabulaire du droit et des sciences humaines), JORF du page 15186, texte (Consulté le 08-08-2019).. — ce qui en fait donc un crime sexiste, à l'image du crime raciste (crime de haine commis en raison de la perception raciale de la victime par le meurtrier). Il fait son entrée au dictionnaire Le Robert en 2015 : . En 2019, le dictionnaire Le Petit Robert fait du mot « féminicide » son mot de l'année.. Il demeure cependant absent en 2019 de la plupart des dictionnaires, notamment du Trésor de la langue française, et n'est pas reconnu par l'Académie française.. Fin 2025, on le trouve dans la version en ligne du Larousse, mais pas sur le site du CNRTL.
Pour être qualifié de féminicide, l’assassinat d'une femme doit donc nécessairement être associé à des motifs liés à son identité de femme.. Tuer une femme pour un mobile crapuleux ou l'homicide involontaire d'une femme ne constituent donc pas des féminicides selon les dictionnaires et référents terminologiques francophones.
Une définition plus englobante, issue semble-t-il de l'usage du mot dans le monde anglophone, consiste à envisager le féminicide comme . Cette définition englobe les situations où le viol, l’esclavage sexuel, l’inceste, l’hétérosexualité forcée, les mutilations génitales voire celles effectuées au nom de normes sociales de beauté comme la chirurgie esthétique, provoquent la mort d'une femme.
En 2020, un rapport parlementaire portant sur l’inscription de ce terme dans la loi. en a rejeté l’opportunité.
Utilisation du terme « Féminicide » a été retenu de préférence à « uxoricide » ( signifiant en latin) pour désigner ce qui a été perçu en 1976 comme un fait de société, et parce que l'uxoricide a très longtemps désigné un type très particulier de féminicide, le meurtre d'une femme convaincue d'adultère et excusé par la loi dans le droit romain. L'uxoricide ne concernerait que les féminicides "conjugaux" et l'assassinat de la conjointe, mais certains usages modernes l'emploient également dans le cas du meurtre du conjoint. L'utilisation du mot féminicide est particulièrement encouragée par les associations féministes.. Selon elles, parler de féminicide, c’est transformer un fait divers en fait social, et mettre en lumière le caractère systémique des violences dont sont victimes les femmes dans le monde entier, jusqu'à l'homicide. L’Association des journalistes professionnels a recommandé aux journalistes d'utiliser ce terme, ce que font par exemple Le Monde.. ou Slate..
Selon Vinciane Votron, chef de rédaction à la RTBF, le mot féminicide est lourd de sens et ne devrait être employé qu'en présence de tous les éléments permettant de caractériser un meurtre de femme « parce que c'est une femme ». En France, le terme est généralement utilisé dans les médias dans une acception spécifique, lorsqu'une femme est tuée par son conjoint ou son ex-conjoint., et rarement dans d'autres cas. En 2019, sur 173 personnes tuées par leur conjoint en France, 146 sont des femmes (dont une dans le cadre d'un couple homosexuel) et 27 sont des hommes (dont 7 dans des couples gays).. Dans l'actualité, le terme féminicide, devenant presque synonyme de crime conjugal, englobe de ce fait très rarement les meurtres d'une travailleuse du sexe par un homme. ou d'autres formes de féminicides non intimes.
Le terme est utilisé pour servir de base à des recherches visant à quantifier le nombre de meurtres de femmes qu'on peut qualifier de violence de genre. ou de violence masculine... Le féminicide est une construction politico-scientifique nécessaire pour rendre visibles des violences structurelles de genre notamment par l'effet performatifs du langage.
Franceinfo diffuse depuis une courte vidéo sur le terme de féminicide et la définition donnée par différents organismes comme le Petit Robert, l'OMS ou Franceinfo..
Typologies alt=Sculpture à la mémoire des femmes victimes de féminicide en Belgique.|vignette|Sculpture à la mémoire des femmes victimes de féminicide en Belgique. L'OMS distingue quatre catégories. : le féminicide lorsqu'il s'agit du conjoint actuel ou ancien (ce qui en fait un synonyme de crime conjugal) ; le crime d'honneur est pratiqué par un homme ou une femme, membre de la famille ou du clan de la victime, afin d'en protéger sa réputation. Il est commis lorsque la femme a transgressé des lois morales telles qu'un adultère, la fréquentation d'un garçon sans l'accord de sa famille, ou même après avoir subi un viol ; le féminicide lié à la dot correspond à l'homicide d'une femme par sa belle-famille, lors du mariage dû à une dot insuffisante, particulièrement en Inde ; le féminicide est un crime commis en dehors d'une relation intime avec la victime, donc un homicide commis sur une femme par un ou plusieurs hommes.
Un colloque sur le sujet tenu dans le cadre de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC) identifie onze formes que le féminicide peut prendre, entre autres : Meurtre à la suite de violences conjugales ; Torture et massacre misogyne ; Assassinat au nom de l'« honneur » ; Meurtre ciblé dans le contexte des conflits armés ; Assassinat lié à la dot des femmes ; Mise à mort des femmes et des filles en raison de leur orientation sexuelle ; Assassinat systématique de femmes autochtones ; Fœticide et infanticide ; Décès à la suite de mutilations génitales ; Meurtre après accusation de sorcellerie ; Autres meurtres sexistes associés aux gangs, au crime organisé, au narcotrafic, à la traite des êtres humains et la prolifération des armes légères.