La classe King George V est une classe de cuirassés de la Royal Navy durant la Seconde Guerre mondiale. Cinq navires de cette classe ont été lancés et mis en service, les et en 1940, le en 1941, les et en 1942.

Ces cinq navires ont servi durant la Seconde Guerre mondiale, d'abord dans les eaux européennes, en Atlantique et en Méditerranée, principalement contre la Kriegsmarine, accessoirement contre la Regia Marina, ensuite dans le Pacifique, contre la Marine impériale japonaise. À l'exception du , coulé au large de la côte orientale de la Malaisie par des attaques aériennes japonaises en , ils ont été vendus pour la ferraille à la fin des années 1950.

Contexte Du traité de Washington (1922) au premier traité naval de Londres (1930) Selon les termes du traité de Washington de 1922, les constructions de cuirassés pour les marines de guerre du Royaume-Uni, des États-Unis d'Amérique, de l'empire du Japon, de la France et de l'Italie ont été limitées, quantitativement, qualitativement et dans le temps. Signé le , le traité naval de Londres étend la durée d'application du précédent traité jusqu'à fin 1936 et abaisse encore le nombre des cuirassés des trois principales parties signataires.

Aux termes des stipulations de ces deux traités, la flotte de cuirassés de la Marine Royale britannique était constituée de dix anciennes unités maintenues depuis la fin de la Première Guerre mondiale, la et la , des deux croiseurs de bataille de la , mis en service en 1916-17, et refondus au début des années 1920, du , mis en service en 1920, tous trois capables de filer , et des deux unités de la , les cuirassés les plus puissamment armés du monde avec leurs neuf canons de mais dont la vitesse est limitée à . Avec son escadre de croiseurs de bataille, la Royal Navy dispose de bâtiments plus puissamment armés et mieux protégés que les croiseurs de bataille japonais de la , et sans équivalents dans l'U.S. Navy. Or, si, depuis 1928, la Royal Navy a commencé à étudier les spécifications pour des navires dont elle souhaitait commencer la construction en 1931, le Royaume-Uni aurait souhaité, dans le cadre des négociations sur le désarmement engagées sous l'égide de la Société des Nations à partir de 1927, un durcissement des limites posées par le traité de Washington pour les cuirassés, aussi bien pour le calibre de l'artillerie principale que pour le déplacement maximal.

Mais la construction, pour le compte de la Reichsmarine allemande, du Deutschland, armé de six canons de , et filant , à partir de 1929, fait l'effet d'une bombe, dans les milieux maritimes. L'Allemagne n'était pas partie au traité de Washington, mais était soumise aux stipulations du traité de Versailles, qui lui interdisait de construire tout navire de plus de , mais sans limitation de calibre de l'artillerie principale. Elle en a profité pour concevoir un « navire blindé » (en allemand Panzerschiff), en fait un croiseur-cuirassé, que le traité de 1922 avait cru bannir, et que la presse anglo-saxonne appellera « cuirassé de poche ». Il est plus puissamment armé que les croiseurs de , limités au calibre de , tout en étant plus rapide que les cuirassés construits depuis 1922.

La mise en service des cuirassés de poche relançait l'intérêt pour les cuirassés rapides, alors que, vers 1925, il avait semblé établi que la technologie de la propulsion navale ne permettait pas de construire de tels bâtiments, dans la limite d'un déplacement de et d'une artillerie du plus gros calibre, ce dont les cuirassés de la aurait été l'exemple le plus connu. On observera cependant que la Marine Impériale japonaise, sur le Nagato, qui avait un déplacement identique au , et dans une coque de même longueur, avait réussi à installer une artillerie principale un peu plus lourde, et un peu moins puissante (quatre tourelles doubles au lieu de trois tourelles triples). Avec une puissance installée presque double ( au lieu de ), sa vitesse dépassait , au prix d'une protection un peu plus faible, pour le blindage de ceinture, celui des tourelles, et le pont blindé. Les caractéristiques de la résultaient donc de la volonté d'avoir les cuirassés les plus puissamment armés du monde (ils le resteront jusqu'à la mise en service de la ), et protégés en conséquence, fût-ce au détriment de la vitesse.

Le traité naval de Londres de 1930 n'a, contrairement aux vœux du gouvernement du Royaume-Uni, rien modifié sur le plan qualitatif pour les cuirassés, mais a reporté au la date limite du moratoire pour la construction de nouveaux cuirassés. Les efforts britanniques en faveur de la limitation des armements navals ne se relâchèrent pas pour autant. Un accord bilatéral franco-italien, sous les auspices du Gouvernement de Londres, pour limiter à deux unités de les nouvelles constructions de cuirassés des deux pays, jusqu'en 1936, fut très près d'aboutir au début de 1931. Soucieuse de ne pas laisser sans réponse la construction de navires de la , la France va mettre sur cale, en 1932, le Dunkerque, navire de , armé de huit canons de , filant . Souvent qualifié de croiseur de bataille, en fait c'est un « "petit" cuirassé », qui a été conçu en fonction des capacités techniques des arsenaux français de l'époque, mais aussi dans le but de ne pas compromettre les tentatives de limitations des armements navals des Britanniques. Cette année-là, en effet, les discussions ont continué entre le Royaume-Uni et les États-Unis, sur les limites qui pourraient être appliquées aux cuirassés, en matière de déplacement et de calibre, et , selon les Britanniques et et selon les Américains.

Le Royaume-Uni et la politique de désarmement naval de 1930 à 1937

Dans l'impossibilité de reprendre une politique de construction de cuirassés avant 1937, plusieurs marines vont engager ou accélérer une politique de refonte, voire de reconstruction de leurs cuirassés anciens. Trois des quatre unités de la avaient déjà été refondues au tournant des années 1920-1930. Elles ont bénéficié, y compris le Hiei cette fois, d'une véritable reconstruction dans la seconde moitié des années 1930. Les Italiens ont entamé, à partir d', un programme de reconstruction, qui a concerné d'abord les cuirassés de la , qui avaient été désarmés en 1928, puis ceux de la classe Andrea Doria. La Royal Navy, enfin, a modernisé à partir de 1934, trois cuirassés de la , puis le . Dans tous les cas, les appareils propulsifs ont été profondément modifiés, car la technologie a fait de gros progrès. Le nombre des chaudières s'est trouvé drastiquement réduit, les gains de place et de poids ont été considérables, et ont permis d'améliorer la protection, le plus souvent horizontale ou anti-sous-marine, et de renforcer la défense contre-avions. Mais ces transformations ont été très coûteuses, pour aboutir à des navires d'un déplacement d'environ , avec une protection qui, à l'exception de la , ne dépassait pas en ceinture, donc incapables d'affronter les cuirassés lourds et lents construits au tout début des années 1920.

Au début de 1934, en Allemagne, la question s'est posée des caractéristiques des nouveaux navires, pour faire suite à la , car il était clair que le Dunkerque surclassait nettement les « cuirassés de poche ». Le débat a eu lieu dans le plus grand secret, car il est apparu très vite que les stipulations du traité de Versailles ne seraient plus respectées. Les mises sur cale du Gneisenau et du Scharnhorst auront lieu en mars et en , le déplacement annoncé étant de , comme le Dunkerque, mais ils auront déplacé en réalité près de , avec cependant une artillerie principale au calibre de , pour complaire au Royaume-Uni, avec lequel le Troisième Reich allait signer le un accord naval germano-britannique qui accordait à la Kriegsmarine un tonnage global égal à 35 % de celui de la Royal Navy pour les navires de surface. Ce fut le dernier résultat positif de la politique du Royaume-Uni, pour la limitation des armements navals.

Mais c'est à cause des Italiens que les choses vont être bouleversées : le Duce Benito Mussolini a annoncé, le , l'intention de l'Italie d'utiliser ses droits alloués par le Traité de Washington pour la construction de cuirassés, et il a été précisé, peu après, que ce seraient deux cuirassés de , armés de canons de . Le Dunkerque avait été conçu pour surclasser les navires de la , mais sa protection devait lui permettre d'affronter aussi les cuirassés italiens anciens. De ce point de vue, les Italiens n'avaient pas tort de considérer que le nouveau cuirassé français rompait l'équilibre entre les flottes des deux nations en Méditerranée occidentale. Mais le choix du déplacement maximal autorisé et du calibre de l'artillerie pour leurs nouveaux cuirassés répondait, du côté italien, au désir de pouvoir aussi contrer les cuirassés de la Mediterranean Fleet britannique. La réponse française ne se fit pas attendre, un second navire de la , le Strasbourg déjà inscrit au budget de 1934, est commandé un mois plus tard, vu l'urgence, en décidant aussitôt d'accroître son blindage de ceinture de à . Les caractéristiques générales d'un cuirassé de sont également arrêtées.

Mise devant le fait accompli de l'annulation de facto des clauses navales du Traité de Versailles, la France va mettre sur cale, en , le Richelieu armé de canons de , sans respecter la date du , pour dépasser la limite globale de de constructions nouvelles de cuirassés, qui lui avait été accordée. En Allemagne, on procéda, également très rapidement, à la mise sur cale d'un cuirassé déclaré pour , le Bismarck, armé lui aussi de canons de .

Avec la mise sur cale dans trois pays, entre et , de sept cuirassés dont quatre déplaçant dans une période où la construction de cuirassés est censée être suspendue, les politiques de réarmement naval sont enclenchées en Europe, alors que se réunit la deuxième conférence de désarmement naval de Londres, le . Le second traité naval de Londres n'est signé, le , que par le Royaume-Uni, les États-Unis d'Amérique, et la France, et les principales stipulations concernant les cuirassés sont d'une part le maintien du déplacement maximal à anglaises de (soit métriques) et d'autre part l'abaissement du calibre maximal de l'artillerie principale de () à (), à la condition que ce soit accepté par toutes les parties signataires du traité de Washington de 1922. Or le Japon avait quitté la conférence le , et l'Italie avait refusé de signer le traité, pour protester contre l'attitude, qu'elle jugeait hostile, de la Société des Nations, à la suite de son invasion de l'Abyssinie. Ces deux nations avaient jusqu'au pour accepter cette clause.

En , aux États-Unis, dans le cadre du Vinson-Trammel Act, adopté en , qui avait fixé un premier cadre pour une reprise des constructions navales, ce sont deux cuirassés armés de trois tourelles quadruples de 356 mm/50 Mark B qui sont proposés. En Europe, ce sont deux nouveaux cuirassés, sister-ships de ceux construits en 1935, qui sont mis sur cale, le Tirpitz en Allemagne, en , le Jean Bart en France, en .

Caractéristiques

Du côté britannique, la planification de nouveaux navires a débuté en 1935, en s'appuyant sur les travaux de conception précédents. Le déplacement retenu, , a été conforme aux limites des traités en vigueur, et l'idée de la transgression de cette limite est, pour le Royaume-Uni, simplement inconcevable, ce qui n'est le cas ni en Allemagne ni en Italie. Plusieurs esquisses ont été proposées pour des navires filant en pleine puissance, et il avait été estimé qu'une bataille se déroulerait entre 12 et de distance. Le blindage et la protection contre les torpilles devaient être plus importants que sur la classe précédente de cuirassés de la Royal Navy.