vignette|Graffiti revendiquant la libération de Gendun Chökyi Nyima, le premier enfant à avoir été désigné comme 11e panchen lama, qui était détenu par les chinois.
La controverse du panchen lama est un différend concernant le détenteur légitime actuel du titre de panchen-lama, second dirigeant du bouddhisme tibétain après le dalaï-lama. Après la mort de Choekyi Gyaltsen, le panchen-lama, un différend entre les dirigeants chinois et le dalaï-lama en exil en Inde a mis en lice deux candidats. Le processus du comité de recherche impliquant des moines de Tashilhunpo sous la stricte supervision du gouvernement chinois a été arrêté lorsque le dalaï-lama, selon la tradition tibétaine, a annoncé unilatéralement la sélection de Gedhun Choekyi Nyima, un enfant tibétain de 6 ans, le . Le , les autorités chinoises eurent recours au processus de sélection par une urne d'or datant de la dynastie Qing pour choisir Gyancain Norbu, un autre enfant tibétain du même âge. Le , le cas de Gedhun Choekyi Nyima fut examiné par le Comité des droits de l'enfant de l'ONU dépendant du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, et les autorités chinoises admirent pour la première fois avoir « pris l'enfant pour sa sécurité » TCHRD, Gedhun Choekyi Nyima: the XIth Panchen Lama of Tibet.. Selon d'autres sources la direction chinoise l'a enlevé pour éviter que les Tibétains ne le légitiment en lui rendant hommageGilles van Grasdorff, , p. 311.
En , le dalaï-lama a déclaré que Gedhun Choekyi Nyima était bien vivant et recevait une éducation normale. Il espérait que Gyancain Norbu, le panchen-lama officiel étudiait bien, sous la conduite d'un bon enseignant, ajoutant qu'il y avait des exemples, dans la tradition bouddhiste tibétaine, de lamas ayant plus d'une réincarnation. Cependant, Gedhun Choekyi Nyima n’est jamais réapparu en public depuis 1995.
Histoire de la controverse En , les autorités chinoises convoquent impérativement et sans préavis à Pékin 75 dignitaires tibétains, près de la totalité des responsables religieux et politiques du Tibet. Il s'agit de les contraindre à accepter la décision de récuser le candidat choisi par le dalaï-lama et à soutenir la remise en usage d'un rite politico-religieux de la dynastie mandchoue pour désigner la réincarnation du panchen-lama parmi trois candidats. Si les autorités chinoises n’ont pas donné leurs identités, elles ont été publiées par les Tibétains en exil et le candidat du dalaï-lama n'y figure pasFrancis Deron, La Chine intervient brutalement dans le choix du panchen-lama. Le Monde, 14 novembre 1995 , p. 6 . On est en droit de se demander si les autorités chinoises n'ont pas décidé de se confronter délibérément au dalaï-lama, c'est, du moins, la thèse de Warren SmithSofia Stril-Rever, Dalaï Lama, Appel au monde, Seuil, 2011, , p. 247, citant Warren Smith, Tibetan Nation, p. 657.
Historique du tirage au sort
En 1792, en réponse à la demande du gouvernement tibétain, l'empereur Qianlong envoya une grande force armée pour aider l'armée tibétaine à repousser les Gurkhas népalais qui avaient envahi à nouveau le Tibet méridional et pillé le monastère de Tashilhunpo à Shigatsé, forçant le panchen lama à se réfugier à Lhassa. L'année suivante, l'armée impériale défit les Gurkhas, les obligeant à restituer leur butin Kate Teltscher, The High Road to China: George Bogle, the Panchen Lama, and the First British Expedition to Tibet, Farrar, Straus and Giroux, New York, 2006, .. Entretemps, l’empereur signa un décret intitulé « Règlement en 29 articles pour mieux gouverner le Tibet »Melvyn C. Goldstein, The Snow Lion and the Dragon, , : .. Selon l’article premier, le choix de la réincarnation du dalaï-lama et de celle du panchen lama se ferait au moyen du tirage au sort dans une urne d’or afin d’éviter d’éventuelles manipulations conduisant à la désignation de rejetons de puissantes familles laïquesMelvyn C. Goldstein, The Snow Lion and the Dragon, , : . Le tirage au sort dans l'urne d'or est, en fait, la reconversion à des fins divinatoires d'un procédé bureaucratique d'attribution de postes en usage sous les Ming Résumé (abstract) de Max Gordon Oidtmann, Between Patron and Priest: Amdo Tibet Under Qing Rule, 1792-1912, Doctoral Dissertation, Harvard University, 2018, xv + 612 p., p. iii :
Selon le gouvernement tibétain en exil, un événement en Mongolie, où le Tibet avait une grande influence spirituelle, précipita l'introduction de ce système. À la mort du lama mongol Erdini Pandita Khutuktu, un conflit avait surgi au sujet du choix de sa réincarnation. Afin d'éviter de telles complications à l'avenir, un tirage au sort fut introduit Tempa Tsering, Xinhua's allegations baseless claims, Department of Information & International Relations, sur Tibet.com, 15 juin 1995..
Pour le gouvernement tibétain en exil, il n'y a aucune preuve historique démontrant que le tirage au sort ait été établi pour choisir les réincarnations des dalaï-lamas et des panchen-lamas. Il fait valoir que les Mandchous de la dynastie des Qing étaient un peuple bouddhiste asiatique central distinct, une puissance étrangère occupant la Chine et que les Chinois eux-mêmes les identifiaient comme une force étrangère de métier. En 1911, quand la révolution nationaliste renversa la dynastie Qing, le Dr. Sun Yat-sen indiqua que la Chine avait été occupée à deux reprises par des puissances étrangères : d'abord par les Yuans et en ensuite par les Qings. Aussi, le gouvernement tibétain en exil n'accepta-t-il pas les réclamations chinoises prétendument héritées du rapport historique de prêtre-patron entre le Tibet et les Mandchous.
La tibétologue Anne Chayet indique qu'à de nombreuses reprises le tirage au sort ne fut pas utilisé, ou respecté, pour désigner le dalaï-lama et le panchen-lama. Ainsi, à la mort, en 1804, de Jamphel Gyatso, le dalaï-lama, son successeur est reconnu sans utiliser l'urne. Ce fut aussi le cas pour Thubten Gyatso, le dalaï-lama. Et quand l'urne fut utilisée, son résultat ne fut pas respecté, les Qing ne pouvant imposer cette traditionAnne Chayet, Le Tibet est-il chinois ?, sous la direction d'Anne-Marie Blondeau & Katia Buffetrille (2002), pages 63 et suivantes..
Historique de la reconnaissance mutuelle entre dalaï-lamas et panchen-lamas
Le panchen-lama écrit en 1988 que selon la tradition tibétaine, la confirmation d'un dalaï-lama et d'un panchen-lama requiert leur reconnaissance mutuelleMelvyn C. Goldstein, The Snow Lion and the Dragon, , : Panchen-lama, 1988. "On Tibetan Independence." China Reconstructs (aujourd'hui China Today) (January): Vol. 37, No. 1. pp 8–15..
Enjeux
Le différend entre le gouvernement tibétain en exil et le gouvernement chinois au sujet du choix du panchen-lama revêt un enjeu crucial dans la succession du dalaï-lamaGilles Van Grasdorff, A la recherche du quinzième Dalai-LamaRomain Franklin Le onzième panchen-lama en otage à Pékin. Pour asseoir sa mainmise sur le Tibet, la Chine cherche à contrôler l'autorité religieuse, Libération, 22 septembre 1995. Thubten Samphel, Tibet's Panchen Lama: 25 Years After, 29 janvier 2014. John B. Roberts II, Elizabeth A. Roberts, Freeing Tibet: 50 Years of Struggle, Resilience, and Hope, AMACOM Div American Mgmt Assn, 2009, , p. 234 Arch Puddington, Aili Piano, Camille Eiss, Katrina Neubauer, Tyler Roylance, Freedom in the World 2008: The Annual Survey of Political Rights & Civil Liberties, Rowman & Littlefield, 2008, , p. 804. Gilles Van Grasdorff considère qu'il existe deux autres raisons. D'abord déconsidérer le dalaï-lama en prouvant qu'il se trompe. Puis faire en sorte que le panchen-lama ait un rôle plus important que le dalaï-lama.
Controverse Point de vue des exilés tibétains Le , dans son monastère de Tashilhunpo, à Shigatse au Tibet, le panchen-lama, Choekyi Gyaltsen, meurt à l’âge de 50 ans. Après sa disparition, le Parti communiste chinois chargea Chadrel Rinpoché, le responsable du monastère du Tashilhunpo, croyant qu'il leur était favorable, de trouver la réincarnation du panchen-lama. Le dalaï-lama propose à Pékin de dépêcher une délégation de hauts dignitaires religieux pour « assister » Chadrel Rinpoché. Mais l’offre est rejetée par la Chine, qui la qualifie de « superflue ». Le dalaï-lama et les autorités tibétaines commencent à organiser les recherches pour trouver sa réincarnation suivant les traditions tibétaines. Au Tibet, Chadrel Rinpoché retient trois enfants aux qualités remarquables. Parmi eux, le petit Gendhun Choekyi Nyima, âgé de six ans, fils de nomades tibétains. Chadrel Rinpoché informe une équipe envoyée clandestinement au Tibet par le dalaï-lama. Gendhun aurait reconnu sans hésiter les biens du défunt Lama. Il aurait d'ailleurs déclaré à ses parents « Je suis le panchen-lama. Mon monastère est le Tashilhunpo. » Le , après avoir étudié les différents candidats, Gendhun Choekyi Nyima est officiellement reconnu par le dalaï-lama comme étant le panchen-lamaGedhun Choekyi Nyima, réincarnation du panchem lama Libération, 25 mai 1995. Fils de Kunchok Phuntsok et Dechen Choedon, il est né le dans la ville de Nagchu.
Trois jours plus tard, le , Gendhun Choekyi Nyima et ses proches furent portés disparus et certaines rumeurs laissèrent croire qu'ils avaient été kidnappés et emmenés à Pékin. Chadrel Rinpoché, lui, est immédiatement arrêté et emprisonné pour avoir informé le dalaï-lama. Un an plus tard, Pékin avouait détenir le panchen-lama, ce qui en fait le plus jeune prisonnier politique au monde. En 1996, son cas a été examiné par le Comité des Droits de l'Enfant de l'ONU et les autorités chinoises avaient admis pour la première fois avoir « pris l'enfant pour sa sécurité » quand la question du panchen-lama fut abordée. Le Comité a demandé à rendre visite à Gendhun, mais les autorités chinoises ne l'ont pas invité. Le dossier n'a pas avancé depuis lors. Aujourd'hui, il serait toujours détenu par les autorités chinoises. Pour les Tibétains et les bouddhistes de l'école tibétaine, il est le onzième panchen-lama, l'un des plus hauts dignitaires du bouddhisme tibétain. Une alerte AMBER mondiale a d'ailleurs été lancée par le monastère de Tashilhunpo en Inde et une récompense est offerte à toute personne fournissant une information permettant d'entrer en contact avec le panchen-lama L'alerte ambre sur le site du monastère Tashi Lhunpo et Traduction française..
Selon Thubten Samphel, à l'époque ministre des affaires étrangères du gouvernement tibétain en exil, le gouvernement chinois refusant de reconnaître Gendhun Choekyi Nyima comme successeur du panchen-lama, met en place un tirage au sort dans une urne d'or au monastère de Jokhang à Lhassa, dont est exclu Gedhun Choekyi Nyima, le candidat du dalaï-lamaGilles van Grasdorff, Panchen Lama, Otage de Pékin, Ramsay, 1999, et désigne ainsi, le , son propre candidat, Gyancain Norbu, nommé Erdini Qoigyijabu. Erdini est un terme mongol qui signifie précieux joyau, titre offert en 1713 par l'empereur Kangxi au panchen-lama. Il s'agit en fait d'un titre élogieux partagé par de nombreux lamas mongols.
Point de vue du gouvernement chinois La République populaire de Chine, se référant aux coutumes de la dynastie Qing, soutient que le panchen-lama doit être désigné par un tirage au sort effectué dans une urne d'or avant d'être reconnu par le gouvernement central Melvyn Goldstein, The Snow Lion and the Dragon: China, Tibet and the Dalai Lama, University of California Press, 1997, p. 101 : .
Une déclaration du panchen-lama citée dans une publication officielle chinoise affirme que Panchen Lama, On Tibetan Independence, China Reconstructs (actuellement appelé China Today), vol. 37, 1988, No. 1 (janvier), 8–15..
Critiques de la décision du dalaï-lama