Jean-Henri Jaubert ( à Enchastrayes - à Écully, Rhône) est un négociant et fabricant de soieries de Lyon, dirigeant de la maison Jaubert et Audras, et cofondateur du Crédit lyonnais.

Biographie

Fils de Jean-Antoine Jaubert, cultivateur à Enchastrayes, et de Marie-Angélique Bellon, Jean-Henri (dit Henry) Jaubert passe sa jeunesse dans les Basses-Alpes. Orphelin de père dès l'âge d'un an, il est placé sous la protection de ses oncles Joseph et Damien Bellon après avoir obtenu son baccalauréat. Les Jaubert appartiennent à une famille ayant longtemps possédé une charge de notaires aux environs de Barcelonnette. Au commencement du , ils sont plus modestement cultivateurs.

Les frères Bellon avaient créé à Lyon, dans les années 1830-1840 une importante affaire de fabrication de soie, sous la raison « Bellon frères & Couty » qui prospéra très vite. Ils associent rapidement leur neveu Henry Jaubert à leurs affaires, pour finalement lui en confier la gestion et en faire leur associé.

Sous l'impulsion d'Henry Jaubert, la société se transforme pour se spécialiser dans la fabrication de soieries et tissus unis noirs de toutes qualités. Le chiffre d'affaires passe de sept millions de francs-or en 1855 à quarante trois millions de francs-or en 1875, avec des moyens industriels très importants : métiers répartis dans les usines de Vizille, Pont-en-Royans, Voiron, La Murette, Charlieu et L'Arbresle.

En 1862, on recense environ métiers à tisser. À la fin du Second Empire et dans les années qui suivent, la Maison Bellon et Couty, toujours dirigée par Henry Jaubert, occupe environ quatre mille cent métiers à tisser, dont deux mille cinq cents placés à la campagne et mille six cents à Lyon, faisant travailler au total plus de cinq mille ouvriers. À cela, il faut ajouter le moulinage de la soie, installé dans des fabriques. Grâce à ce réseau dense, elle peut recruter plusieurs centaines de tisseurs à domicile.

Les affaires commerciales de la société devenue en 1872 la « Maison Jaubert, Audras &  » (les Bellon et Couty n'étant plus engagés qu'à hauteur de 3 millions de franc sur 5) s'étendirent jusqu'aux États-Unis où l'on parlait de marchandise « à la Jaubert », gage de qualitéDurant un temps, la société fut connue comme Jaubert, Lions et Audras, une famille Lions étant parente avec les deux autres à Bercelonnette..

La maison Jaubert-Audras est en 1879 la toute première affaire première de Lyon : elle fait trente millions de chiffre d'affaires par an ; la maison qui la suit immédiatement en fait douze puis on tombe à cinq.

Henry Jaubert est également, derrière Henri Germain, l'un des fondateurs du Crédit Lyonnais, aux côtés de son oncle Joseph Bellon, de son ami Édouard Aynard. Il reçoit une croix de la Légion d'honneur par décret du du Ministre de l'agriculture et de l'industrie.

Ce grand succès lui permet d'abandonner assez rapidement les affaires (1885) pour mener une vie de riche rentier, entre une vaste propriété de plusieurs hectares à Écully, Les Marronniers, rachetée à la famille Aynard, et une propriété à Cannes, Bel Respiro non loin de la Croisette, qui deviendra plus tard l'un des hauts lieux de la vie mondaine cannoise. Les Jaubert font restaurer ces deux demeures par l'architecte Charles Roux-Meulien au tout début du , dans un style Louis XVI admirable.

La société Jaubert passe ensuite par voie indirecte entre les mains de la famille Tresca, apparentée aux Bellon.

Henry Jaubert est l'un de ces entrepreneurs originaires de la région de Barcelonnette qui surent faire fortune au : les Barcelonnettes. Il ne manifesta jamais publiquement ses opinions politiques mais il était connu pour être grand catholique et bonapartiste. Et malgré les inévitables crises qui frappèrent le monde de la soierie, il fut toujours très bien considéré par son personnel. Il décède en 1901 dans sa propriété d'Écully à la tête d'une fortune considérable.

Bellon, Jaubert, Audras et la crise de la soierie

En 1879, la crise de la soierie lyonnaise est déjà en marche, les affaires deviennent plus difficiles, même pour la Maison Jaubert qui avait résisté jusqu'alors grâce à sa spécialisation dans le tissu de couleur noire, toujours demandé : les exportations s'effondrent totalement. Jaubert et Audras veulent abandonner le tarif de 1869 ce qui crée un scandale dans le monde ouvrier de l'époque, mais surtout chez la concurrence, furieuse. Cependant, la crise était bien réelle, les exportations de soie s'étant littéralement effondrées. Pour témoigner de cette crise, un rapport puis deux articles de presse de l'époque : Rapport sur l'état du commerce de soie à Lyon . Extraits d'articles de presse . .

Et un journaliste de conclure avec humour : .

Les affaires continuent toutefois de tourner, mieux que dans la concurrence, et la société peut continuer son commerce, sous la raison Tresca frères & Sicar".

Mariage et postérité

En 1866, Henry Jaubert épouse à Sorgues Claire Floret (1843-1907), fille de Joseph Floret et de Rosine Jullian. La famille Jullian est une famille de taffetassiers, fileurs de soie et marchands, faisant place depuis plusieurs générations dans les rangs de la bourgeoisie avignonnaise. François Julian, père de Rosine, fut négociant et maire d'Avignon puis il s'installe à Sorgues dont il devient maire en 1837.

La famille Floret est une famille de Carpentras, ville à laquelle les Floret fournirent sous l'Ancien Régime de nombreux juristes (notaires, avocats, juges) ainsi que des consuls. Ils s'implantèrent ensuite à Sorgues. Joseph Floret fut maire de Sorgues (1858-1868), ami de Thiers et Mignet, d'abord sous-préfet puis préfet (Var, Hérault, Haute-Garonne), il fut également maître des requêtes au Conseil d'État, puis député de l'Héraut. De 1848 à 1868, il fut sans interruption conseiller général du canton de Bédarrides et président du conseil général de Vaucluse de 1848 à 1852. C'est sous sa présidence que le conseil général vota à l'unanimité une adresse au pape Pie IX exprimant et le suppliant de . Pie IX exprima sa reconnaissance au conseil général, mais déclina sa proposition.

De leur union, Henry Jaubert et Claire Floret eurent deux enfants : Thérèse Jaubert (Lyon, 1867 - Écully, 1947), qui épousa (château d'Alivet, Isère, propriété Baboin) le soyeux Émile Baboin dont les descendants portent aujourd'hui le patronyme Baboin-Jaubert. Elle reçut une dot de francs or. Émile était le fils d'Henry Baboin, soyeux, député de l'Isère, et de Léoncie Blanchet, d'une famille de papetiers dauphinois. Joseph Jaubert (1868-1947) : officier de cavalerie, issu de la corniche Stanislas, Croix de Guerre, chevalier de la Légion d'honneur. Grand joueur de polo, membre du Paris Polo Club, il fut même l'un des tout premiers à pratiquer ce sport à Cannes, en y fondant un club avec trois amis : le prince Jan Ghika, le duc de Guiche et le baron de Meyronnet Saint-Marc. Trouvant en effet que la saison de Paris était trop courte, ils eurent l'idée, avec l'aide du maire de Cannes André Capron, de lancer le polo sur la Riviera, en 1906. Il épousa Marguerite Klein, fille du général Georges Klein et de Claire de Cernowitz (sans postérité). Joseph Jaubert fit de la maison de son père, Bel Respiro, un pilier de la vie mondaine de Cannes. Il joua également beaucoup à Deauville où il contribua à lancer ce sport avec quelques amis (la Coupe d'Or).

Notes et références

Voir aussi Bibliographie

Les Dynasties lyonnaises, Catherine Pellissier, Bernadette Angleraud Les Patrons du Second Empire : Lyon et le Lyonnais Dominique Barjot, Pierre Cayez The evolution of polo par Horace A. Laffaye

Liens externes

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