right|thumb|250px|Les premières pollutions de grande importance semblent avoir émergé avec la révolution industrielle, permise par les machines à vapeur, la métallurgie et le charbon. Cheminées industrielles, par Eugène Bracht (1842–1921), tableau daté de 1905
La pollution industrielle désigne la part de la pollution de l'environnement directement induite par l'Industrie quand elle introduit des altéragènes biologiques, physiques (dont radiations telles que la radioactivité ou dans la lumière artificielle quand elle perturbe l'environnement nocturne), chimiques ou organiques, affectant de manière plus ou moins importante le fonctionnement de l'écosystèmeAdapté de la définition de l'OCDE, 1974, Transboundary transfer of potentially hazardous substances<ref>Dictionnaire de l'environnement. Les termes normalisés. Lexique français-anglais, anglais-français ; Paris La Défense, AFNOR, 1994.- 307 p</ref> .
Cette pollution correspond à une contamination plus ou moins durable (selon le type de polluant, dégradable, biodégradable ou non -biodégradable) des compartiments des écosystèmes que sont l'air, eau, sol ou le réseau trophique ou de l'être humain. Elle se quantifie souvent par rapport à un seuil ou à une norme, mais il faudrait aussi tenir compte des synergies entre polluants. Les sites et sol industriels (friches industrielles le cas échéant) sont sources de contamination qui peuvent s'étendre ou se modifier via une diffusion passive dans l'environnement ou via le réseau trophique (chaîne alimentaire ; par la bioconcentration ou bioturbation et métabolisation notamment).
Histoire Histoire du mot Selon Geneviève Massard-Guilbaud, historienne spécialiste de la pollution industrielle, le mot « pollution » (avec son sens contemporain de dégradation des milieux de vie) apparaît en France vers 1860, mais d'abord pour l'eau exclusivement, avant que l'adjectif « pollué » n'apparaisseGeneviève Massard-Guilbaud (directrice d’études à l'école des Hautes études en sciences sociales) ; La nature au péril de l'industrie : deux siècles de pollution ; France culture (émission Concordance des temps de Jean-Noël Jeanneney ; diffusée le 26.11.2011 - 10:00 (58 min).
Le mot et l'adjectif sont ensuite utilisés pour évoquer la pollution de l'air. Il faut attendre encore plus longtemps pour que l'on parle de pollution du sol.
Les anglophones l'auraient utilisé plus précocement.
L'expression nuisance industrielle est utilisé au , avant que le mot pollution ne se diffuse fortement, dans les années 1970.
Histoire du concept L'histoire de la notion de « pollution environnementale » est mal connue pour l'Antiquité, où une certaine industrie s'est développée (carrières, taille des pierres, production de briques, tuiles, amphores, métallurgie... parfois très polluante avec l'industrie du plomb et du mercure par exemple).
De l'Antiquité au Moyen Âge, les villes denses peinent parfois à éliminer leurs déchets, dont artisanaux (les chroniqueurs évoquent parfois des cloaques, merderons, ruelles pleines dimmondicitez, rues encombrées de boue, mares et bouillons où pataugent les chiens, chevaux, charrois et piétons qui recherchent le « haut du pavé », espérant ne pas recevoir le contenu d'un pot de chambre jeté du premier étage. De la Rome antique à ces époques médiévales, des solutions plus ou moins ingénieuses sont testées et développées pour limiter ces nuisances.
De la Renaissance au les pollutions étaient plutôt localisées, dans les régions de métallurgie (ex. mines de plomb et mercure en Espagne), et en ville autour de certaines fabriques : feutres ou miroirs formés au mercure. Souvent les activités les plus nuisantes étaient reléguées en périphéries dans des quartiers réservés à certaines activités artisanales notamment liées à la viande et aux cuirs (boucheries, boyauderies, écorcheries, corroyages, tanneries, mégisseries, fonderies de graisse...), de même que les forges bruyantes et productrices de fumées. Périodiquement des conflits réapparaissaient, liés à l'extension urbaine qui englobait à nouveau ces quartiers ou établissements.
Des problèmes se posent avec l'intégration dans les villes où leurs banlieues d'industries à risques (dont les dangereuses poudreries, sources d'explosions dramatiques). écrit et dit le conventionnel centralisateur Barrère en août 1793, à propos des fabriques de poudre et matériel de guerre, qu'il souhaite installer au centre névralgique de la France, dans sa capitale même.
Avec la révolution industrielle, la pollution industrielle a pris une ampleur considérable, mais se délocalise avec l'apparition de l'énergie électrique : les villes sont moins polluées par les fumées charboneuses qui se concentrent autour des centrales électriques. La mondialisation accentue encore ce phénomène en délocalisant les pollutions vers les pays émergents (en particulier après la Seconde Guerre mondiale).
Elle touche alors la planète entière, sans s'arrêter aux frontières, emportée par l'eau ou les mouvements des masses d'air (pesticides, pluies acides, pollution radioactive de Tchernobyl, etc.). Le charbon pollue gravement l'air de centaines de milliers de villes, de même que le procédé de production de soude, dit procédé Leblanc, très nocif, jusqu'à ce qu'il soit supplanté par le procédé Solvay, moins nocif, mais au moment où le procédé Leblanc avait été tellement amélioré qu'il ne polluait presque plus. Ainsi la quête d’eau pure au xıxe siècle s’amplifie à cause de cet agglutinement de population qui trouvent du travail dans les villes et la pollution des sources d'eau traditionnelles.
Histoire des mesures concernant la pollution industrielle Selon les documents d'archives (minutes de procès, règlements, procès-verbaux, etc.) et divers textes laissés par les chroniqueurs, au moins à partir du Moyen Âge les citadins et édiles cherchent à établir un équilibre plus ou moins consensuel entre le besoin de respecter la santé et la quiétude des riverains et le besoin d'activités artisanales ou industrielles.
De nombreux documents anciens montrent que du Moyen Âge à la Révolution française, les conflits sont anciens et nombreux, mais qu'on a le plus souvent cherché à limiter ou réduire les nuisances des activités artisanales, avec des mesures (amendes, déplacements d'activité, fermetures...) et un dialogue entre les parties, ou des enquêtes de l'administration.
Quelques textes littéraires décrivent de manière pittoresque les miasmes (voir théorie des miasmes) et nuisances urbaines qui, dans ces cas, selon l'historien Thomas Le RouxLE ROUX, Thomas Le laboratoire des pollutions industrielles. Paris 1770-1830, Albin Michel, 2011., ont sans doute été exagérées par les auteurs et par certains historiens qui s'en sont ensuite inspirés.
Selon les documents historiques (archives juridiques, administratives), ces nuisances étaient assez fortement contrôlées et relativement maîtrisées à Paris au , par la police dans le cadre de ses missions de salubrité publique. Jusqu'à cette date, la gouvernance royale ou urbaine fait appel à la concertation (avec par exemple enquête ou information de commodo et incommodo), à la recherche d'un équilibre pragmatique entre les contraintes économiques par la police.
Cependant, la révolution française intervient au moment des prémisses de la révolution industrielle. À cette époque, la chimie fait aussi sa révolution, avec une école française reconnue à cette époque dans le monde entier (Lavoisier, Laplace, Berthollet, Fourcroy, Guyton-Morveau, Meusnier, Monge...). Les chimistes, alliés aux premiers industriels de la chimie, exercent rapidement un lobbying auprès des gouvernements successifs qui ont besoin d'eux. Ils obtiennent qu'on protège les intérêts de l'industrie chimique, avant ceux des citoyens riverains, en dépit d'impacts importants sur l'air, l'eau et la qualité de vie des riverains ; Une date marquante est 1774, année durant laquelle se déroule à Rouen le premier grand procès industriel dit procès Holker, du nom du producteur d'acide sulfurique qui va gagner face aux plaignants et à la police, pour des raisons politiques et commerciales, sa production étant considérée comme d'intérêt national. Les guerres qui ont suivi marquent en France un tournant important, avec un recul de ce qu'on appellerait aujourd'hui la protection de l'environnement, recul qui durera - selon G. Massard-Guilbaud - environ deux siècles ; jusqu'aux années 1970.
Les intérêts personnels et ceux de l'industrie chimique naissante se mêlent parfois avec ceux de la politique, suscitant de possibles conflits d'intérêts. Par exemple, de 1770 à 1970, la Révolution française a lieu en même temps qu'une révolution scientifique, celle de la chimie. Dans le contexte de crise révolutionnaire, la protection des riverains, de l'eau et de l'air passe au second plan, et le citoyen est moins écouté voire systématiquement débouté face à des industries de plus en plus nuisantes. La priorité du gouvernement où sont présents les industriels de la chimie est aux guerres révolutionnaires. Les gouvernements successifs demandent aux chimistes d'améliorer la production de poudre à canon et de se mettre au service de l'économie de guerre. L'administration protège alors les industriels dont elle estime que le pays a besoin, contre les riverains et municipalités en cas de conflits; Le révolutionnaire Jean-Antoine Chaptal illustre cette situation : ce brillant chimiste ambitionne de mettre la chimie au service des arts et métiers, c'est-à-dire de l'Industrie, dont l'industrie militaire des poudres et explosif, qu'il côtoie de près puisqu’il est nommé par le Comité de salut public inspecteur des poudres et salpêtres pour l’arrondissement du Midi, puis (en ) directeur de l'Agence révolutionnaire des poudres. En 1798, Chaptal crée avec Coustou deux manufactures de produits chimiques, très polluantes, qu’il va installer en banlieue parisienne, aux Ternes à Neuilly pour la première et à La Folie (Nanterre) pour la seconde. Il en créera une troisième dans le Midi, au Plan d’Arenc (Fos). Face aux plaintes des riverains qui doivent respirer un air lourdement chargé d’acides et de chlore, il fait en sorte de favoriser ses propres activités industrielles en utilisant son influence et ses pouvoirs dans le Directoire puis au Conseil d’État (1799) ou en tant que ministre de l’Intérieur, par intérim le , puis titulaire, le . À la fin de sa vie, il confirmera un point de vue très libéral, en décrivant par exemple dans son livre De l’industrie française (1819) sa philosophie économique et industrielle : Ministère de la Culture, Archives de France, Célébrations nationales 2006 ; Jean-Antoine Chaptal Nojaret (Lozère), 5 juin 1756 – Paris, 30 juillet 1832, alors qu’on a pu, à juste titre, lui reprocher dans certains cas d’être juge et partie ou d’avoir favorisé ses intérêts industriels en les confondant avec ceux du pays.