René la Combe dit Bottin alias Melville, né le à Combrée (Maine-et-Loire) et mort le à Saint-Germain-des-Prés (Maine-et-Loire), est un homme politique et un dirigeant de la Résistance intérieure française, fait Compagnon de la Libération.
Biographie Famille Fils de Louis la Combe (1878-1951), chevalier de la Légion d'honneur, chevalier de l'ordre équestre du Saint-Sepulcre, commandeur du Nichai Iftikhar, diplomate, consul de France, et d’Élisabeth Veillon de La Garoullaye (1878-1958). Louis la Combe fut en poste successivement à Londres (1907-1912), Larnaca (1912-1914), Newcastle (1914-1919), Varsovie (1919-1920), Manchester (1920-1921), Londres (1921-1934) et Southampton (1934-1939) aux côtés de Paul Cambon, Charles de Beaupoil puis d'Aimé Joseph de Fleuriau et Charles Corbin, ambassadeurs de France. À l'issue de sa carrière diplomatique, Louis la Combe rentre en France et devient maire de Saint-Germain-des-Prés (Maine-et-Loire) de 1938 à 1945, où se situe la demeure de famille acquise par son grand-père, le comte Paul la Combe en 1852. René a un frère aîné, Claude, né en 1905 à Paris, décédé en 1984 à Combrée.
René la Combe épouse en 1949 à Paris, Jacqueline Raspay (Cavaillon 1923 - Paris 2013) rencontré pendant la Résistance à Nîmes à l'âge de . Leurs témoins de mariage sont deux anciens résistants: Lucien Schlienger alias Sylvaner et Pierre-François Guillain de Bénouville. Ils auront trois enfants, Jérome (1947), Anne (1950) et Frédéric (1965) et René-Francois Teissèdre (1945-2026), marchand d'art, issu du premier mariage de Jacqueline avec Robert Teissèdre en 1944. René-François épouse Béatrice Darlay en 1963 à Paris 6ème. Le mariage est célébré par la Maire adjointe Marie-Claire Scamaroni, ancienne résistante. Ils ont deux enfants, Fabrice et Aurore. Jérome épouse Sabine Yon en 1972 à Versailles. Ils ont quatre enfants, France, Benjamin, Gautier, Nathanaël. Anne épouse Luis Munoz-Bastide à Saint-Germain des Prés en 1972. Elle se marie religieusement avec l'Abbé Laudrin, ancien résistant et député du Morbihan. Ils ont deux filles, Elisa et Isis.
Seconde Guerre mondiale René la Combe vit pendant son enfance en Pologne et en Angleterre et finit ses études au lycée français de Londres. Il effectue son service militaire dans le Génie. Mobilisé à , il est affecté dans la réserve générale du Génie à Strasbourg de 1936 à .
En , il est affecté à la mission française de liaison dans l'armée britannique à la division écossaise commandée par le Général Fortune en qualité d'interprète. Il est fait prisonnier le à Saint-Valery-en-Caux, lors de l'encerclement par les troupes du général Rommel et envoyé à l'Oflag V A de Weinsberg près de Stuttgart. En , il est transféré au Stalag V-A de Ludwigsbourg (Wurtemberg). Il n'entend pas l'appel du 18 Juin mais écoute celui de Pétain demandant l'armistice. C'est dans les camps de prisonniers qu'on lui parle du général de Gaulle.
Le , après 17 mois de détention, il s'évade par un train de rapatriés, passe la frontière en gagnant Dole et parvient en zone libre à Ambérieu où il rejoint Lyon grâce à l'entraide de quelques cheminots. Il se rend au centre de démobilisation de Bourg (Ain). Il part à Nîmes où il avait des amis avant-guerre. Dans le Gard, à Nîmes, il se fait embaucher dans les services de ravitaillement. En , il rencontre Albert Thomas, qui est chef départemental de l'Armée secrète et devient son agent de liaison, sous l'autorité de Chevance-Bertin et de son adjoint Henri Aubry, alias Avricourt. Repéré par Henri Frenay, fondateur de Combat, René la Combe devient responsable du mouvement à Alès sous la couverture de l'aide aux prisonniers de guerre en . Il devient adjoint du chef de l'Armée Secrète, René Pagès dans le Gard.
Début 1943, de nombreux chefs de la résistance sont arrêtés par la Gestapo. Le , René la Combe est nommé adjoint du chef du NAP-fer (Noyautage des administrations publiques) René Hardy et s'installe à Lyon. Il a 28 ans. René la Combe prend le nom de « Bottin », René Hardy étant « Didot », en référence à la société Didot-Bottin, éditrice du fameux Bottin Mondain. René la Combe se déplace sans arrêt dans toute la zone Sud en transportant dans sa valise, armes et explosifs, effectuant le trajet classique Lyon-Limoges-Clermont-Marseille. René la Combe est chargé de la propagande et du recrutement des cheminots, du contrôle des effectifs, du centre de commandement, du renseignement, de la diffusion du Bulletin des Chemins de Fers et des tracts. À ses côtés travaille Jacques Taulelle, son ancien agent de liaison, Henri Garnier, dit « Ledoux » qui est chef des équipes de sabotage et Max Heilbronn, dit « Harrel » responsable du "Plan Vert". À la tête de chaque région est placé un « chef Fer » sous la responsabilité du Nap-Fer : Thévenon, dit « Lacroix » à Lyon, Nieutin, dit « Jerson » à Toulouse, Citroën, dit Constant à Marseille, Roiffet, dit « Thélourbat » à Limoges, Dejussieu (chef de l'AS) à Clermont-Ferrand, Garchet, dit Carayac ou Pages chef régional des MUR à Montpellier.
Pierre de Bénouville, qui s'occupait des affaires extérieures de Combat, prend la direction militaire des Mouvements unis de la Résistance après l'arrestation et l'évasion de Maurice Chevance en et le départ de Henri Frenay pour Londres et Alger en .
Claude Bourdet, adjoint politique d'Henri Frenay, demande à René la Combe de prendre la tête du NAP Fer en zone Sud en , après l'affaire de Caluire et l'arrestation de Jean Moulin le . René la Combe devient le bras droit de Jean-Guy Bernard, secrétaire général de Combat, et change de nom pour « Melville » en référence à un vieux lord anglais qu'il avait connu enfant en Grande-Bretagne. Jean-Guy Bernard sera remplacé par Louis Armand puis Jacques Chaban-Delmas à la tête de Résistance Fer à la suite de son arrestation en .
En , l'organisation des affaires militaires de Combat dirigé par Pierre de Bénouville est la suivante : L'armée secrète est dirigée par le général Pierre Dejussieur Pontcarral (en remplacement du général Delestraint arrêté à la Muette en ). Le Sabotage Fer par René la Combe. Les groupes Francs par Jean Chanton (qui a remplacé Jacques Renouvin arrêté en ). Les maquis par Michel Brault (remplacé en par Georges-Louis Rebattet).
René la Combe poursuit les actions de sabotages des trains allemands en s'appuyant sur le « Plan vert » de son ami, alors déporté, Max Heilbronn (fondateur de Monoprix et futur président des Galeries Lafayette) et de Louis Armand (ingénieur) (futur président de la SNCF) qu'il rencontre en recrutant les ingénieurs des grandes gares et obtient des résultats exceptionnels.
Le , dénoncé par un traître avec Louis-Hugues Citroën, polytechnicien et neveu d'André Citroën, il est arrêté et emprisonné à Nîmes. Malgré de nombreux interrogatoires et sévices, il ne parle pas et son nouveau nom d'emprunt « Melville », changé après l'arrestation de Hardy, empêche la Gestapo de faire un rapprochement avec le NAP-Fer et Combat. Le , il est transféré à la prison Saint-Pierre de Marseille. Le , la Gestapo découvre le vrai nom de « Constant » alias Louis-Hugues Citroën et l'envoie en déportation. Le , René est transféré à la prison neuve des Baumettes de Marseille. Il y reste 6 mois, reclus dans une cellule individuelle, la cellule 327.
Condamné à mort, il est transféré le au Fort Hartry (Belfort) où il arrive le . Le , il est embarqué par les nazis avec 722 autres prisonniers politiques dans l'un des derniers convois (L 267) pour l'Allemagne au camp de concentration de Neuegamme, près de Hambourg. René la Combe avait fait le serment de s'évader. Il le fait, par le vasistas du wagon à bestiaux, et saute du train aux environs de Montreux-Château grâce à l'aide de son ami Michel Taperell , résistant, membre du SOE, fils d'une française et du consul de Grande-Bretagne à Paris, Bernard Treleaven Taperell.
Blessé, en fuite, il est recueilli par des fermiers, la famille Tomberay, et se cache pendant cinq semaines dans leur ferme à Montreux-Vieux (Territoire de Belfort). Le , il tente en vain de passer la frontière avec d'autres réfugiés politiques et se réfugie à la ferme Saint-André. Le , il passe la frontière à Delle puis réussit à se réfugier en Suisse où il est conduit au village le plus proche à Boncourt. La gendarmerie suisse l'envoie en train à Porrentruy, puis à Pontarlier libéré.
Le , il rentre en France et rejoint ses parents à Saint-Germain-des-Prés. Il cherche alors des nouvelles de son ami Louis-Hugues Citroën auprès de sa femme et sa sœur Yvonne qui n'en ont pas. Ils apprendront bien plus tard que Louis-Hugues Citröen a été interné à Drancy puis déporté et mort, le à Auschwitz. Son compagnon de détention aux Baumettes, Michel Taperell, sera battu à mort par un SS au camp de Neuegamme le . 500 déportés de ce train du ne rentreront pas.
Il est nommé Compagnon de la Libération, le , pris par décret le aux côtés de Claude Bourdet et le Général Dejussieu-Pontcarral. Le , il se voit remettre la Croix de la Libération aux Invalides par le général Paul Legentilhomme, Gouverneur Militaire de Paris aux côtés d'Edgar Tupet Thomé et Pierre Moguez.
Il est nommé chevalier de la Légion d'honneur le 6 aout 1945 par le général de Gaulle. Le , il reçoit la Légion d'honneur des mains du général Dejussieu-Pontcarral aux Invalides avec son compagnon du Nap-Fer Henri Garnier. Il est promu officier, le (aux côtés de Jacques Chaban Delmas et Etienne Moulin, gendre de Max Heibronn) et commandeur le .
Son épopée est retracée par le Colonel Rémy dans le neuvième épisode de son livre La Ligne de démarcation puis mis en scène dans la série télévisée de Jacques Ertaud en 1973. Ses mémoires de guerre seront publiées en 2021 dans le livre La liberté guide nos pas grâce au travail mené par son fils Jérome la Combe et sa petite-fille France Martin-Monnier, mémoires issues de différents entretiens réalisés dans les années 1990 avec son fils Jérôme.
Il est témoin aux côtés d'Henri Frenay, Pierre de Bénouville, et Max Heilbronn dans les différents procès Hardy après-guerre.
"La déposition de M. la Combe, qui fut le bras droit de « Didot », sous le pseudonyme de « Bottin ». Il a été peiné par le mensonge de Hardy, qu'il ne peut s'expliquer, mais conserve toute son admiration pour l'homme qui mit sur pied Résistance-Fer. Bien qu'il n'apportât aucune précision, ce témoin, dont la belle voix chaude a d'émouvants accents, a fait une forte impression. L'homme qui connaissait le mieux Hardy lui reste fidèle." Le Monde, le .
Vie politique Au lendemain de la guerre, il travaille aux côtés d'Henri Frenay, au ministère des anciens prisonniers de guerre, comme directeur de l'aide alliée. Il passe ensuite dans le secteur privé chez Westhinghouse comme directeur commercial. Impressionné par le discours de Bayeux du général de Gaulle en 1946 auquel il assistait avec Jacques Soustelle et Pierre de Bénouville, il adhère au RPF en 1951. En 1953, il est élu conseiller municipal de son village Saint-Germain-des-Prés. Il est élu maire en 1959 et sera réélu jusqu'en 1989.
Le , il signe l'appel de 223 Compagnons de la libération dans le journal le Monde du , adoptant une motion commune dans laquelle ils affirment qu’ils font « confiance à celui qui a libéré la patrie et rétabli la République pour définir et appliquer la politique qui permettra à la France de restaurer son autorité et son prestige".